Pourquoi le monde n’est-il pas devenu socialiste ? Version remaniée avec l'aide de l'IA
Pourquoi le monde n’est-il pas devenu socialiste dans la seconde moitié du XXe siècle, après la victoire de l’Armée rouge sur l’Allemagne nazie en 1945 et celle de la révolution chinoise en 1949 ? Et surtout : comment faire pour que le socialisme redevienne une idée d’avenir au XXIe siècle ?
La question peut sembler étrange aujourd’hui. Pour beaucoup de jeunes travailleurs, le socialisme appartient au passé. On leur a appris à penser que le communisme a échoué, que l’économie de marché est la seule qui fonctionne et que, malgré ses défauts, il n’existe pas vraiment d’alternative.
Mais ce n’est pas une évidence. C’est une idée qui s’est imposée avec le temps.
Pendant une grande partie du XXe siècle, le socialisme a représenté pour des millions de travailleurs l’espoir d’une autre société. Une société où les richesses produites par le travail collectif ne seraient pas accaparées par une petite minorité de propriétaires, où chacun aurait accès à l’éducation, à la santé, au logement et à un emploi, et où les grandes décisions économiques seraient prises en fonction des besoins de la population plutôt que de la recherche du profit.
En 1945, après la victoire contre le nazisme, le socialisme semblait même gagner du terrain partout dans le monde. L’Union soviétique était devenue une grande puissance. La Chine allait bientôt connaître sa révolution. Les mouvements communistes et socialistes étaient puissants en Europe et dans les pays colonisés. Des millions de travailleurs et de peuples opprimés pensaient qu’un changement de société était possible.
Alors pourquoi cette dynamique s’est-elle arrêtée ?
Une première réponse est que les puissances capitalistes ont tout fait pour empêcher l’extension du socialisme. La guerre, les coups d’État, les interventions militaires, la répression et le soutien aux dictatures ont joué un rôle considérable au cours du XXe siècle.
De Madrid à Auschwitz, d’Hiroshima au Viêt Nam, du Congo à l’Indonésie, du Chili à l’Afrique du Sud, de la Corée à l’Afghanistan, l’histoire du XXe siècle est aussi celle de guerres, de massacres et de violences commis au nom de puissances politiques et économiques. Les peuples qui cherchaient à sortir de la domination coloniale ou capitaliste ont souvent rencontré une opposition extrêmement brutale.
Mais la répression n’a pas été le seul moyen utilisé pour combattre le socialisme.
Il y a eu aussi une autre méthode, beaucoup plus efficace à long terme : reprendre certaines de ses idées.
Après 1945, les pays capitalistes ont développé la Sécurité sociale, les retraites, les services publics, les nationalisations et de nombreux mécanismes de redistribution. Pourquoi ? En partie parce que les travailleurs réclamaient ces droits, mais aussi parce que les dirigeants des pays capitalistes voulaient éviter que leurs populations se tournent vers le communisme.
Pendant plusieurs décennies, le capitalisme a donc accepté de limiter une partie de ses propres mécanismes pour préserver l'essentiel : la propriété privée des entreprises et du capital.
Puis, progressivement, un autre combat a commencé : celui des idées.
Pour beaucoup de gens aujourd’hui, quand on prononce le mot « socialisme », les premières images qui viennent à l’esprit sont le Goulag, les Grandes Purges, le Rideau de fer, la pénurie ou la répression politique.
Ces événements font évidemment partie de l’histoire du socialisme soviétique et doivent être étudiés. Mais pourquoi les crimes des régimes communistes occupent-ils une place aussi importante dans notre représentation du socialisme, alors que les crimes commis par les puissances coloniales et capitalistes sont beaucoup moins souvent associés au fonctionnement du capitalisme lui-même ?
La réponse à cette question mérite au moins d’être discutée.
Car aujourd’hui, le principal problème du socialisme n’est peut-être plus la peur qu’il inspire. C’est l’idée qu’il serait tout simplement impossible.
« Le socialisme, ça ne marche pas. »
C’est probablement l’argument que l’on entend le plus souvent.
Mais que signifie exactement « ça ne marche pas » ?
Est-ce qu’une économie fonctionne lorsqu’une minorité possède une immense partie des richesses pendant que des millions de personnes travaillent sans parvenir à se loger correctement ?
Est-ce qu’elle fonctionne lorsque des entreprises détruisent des ressources naturelles indispensables parce que cela augmente leurs profits ?
Est-ce qu’elle fonctionne lorsque des travailleurs doivent accepter des emplois précaires alors que leur travail produit suffisamment de richesses pour assurer à tous une existence décente ?
Et surtout : pourquoi faudrait-il considérer comme naturel que les décisions concernant l’économie soient prises par ceux qui possèdent les entreprises ?
C’est ici que la question du socialisme redevient actuelle.
Le principe est finalement assez simple : les grandes richesses que nous produisons ensemble devraient appartenir, au moins en grande partie, à la collectivité.
Une usine n’existe pas grâce à son propriétaire uniquement. Elle existe grâce aux travailleurs qui y travaillent, aux infrastructures construites par la collectivité, aux connaissances accumulées pendant des générations et aux clients qui achètent les produits.
Alors pourquoi les décisions essentielles devraient-elles appartenir uniquement aux propriétaires du capital ?
C’est cette question que pose le socialisme.
Il ne s’agit pas seulement de partager un peu mieux les richesses à la fin du mois. Il s’agit de savoir qui possède les moyens de produire les richesses et qui décide de leur utilisation.
Aujourd’hui, cette question est plus importante que jamais.
Le changement climatique, les inégalités, la pauvreté, les guerres, la crise du logement, la précarité du travail et l’épuisement des ressources ne sont pas des problèmes séparés. Ils sont liés à la manière dont notre économie fonctionne.
Et cette économie fonctionne principalement autour d’un principe : produire pour vendre et réaliser un profit.
Le socialisme propose de partir d’un autre principe : produire pour répondre aux besoins de la population.
Cela ne signifie pas que tout doit être décidé par un ministère ou qu’il faut supprimer toute forme de marché du jour au lendemain. Cela signifie d’abord que la société doit pouvoir reprendre le contrôle des secteurs essentiels de son économie.
C’est aussi pour cette raison que l’expérience chinoise mérite d’être étudiée sérieusement.
La Chine se définit toujours officiellement comme socialiste. Elle a cependant largement utilisé les mécanismes du marché, surtout depuis les réformes engagées à partir de la fin des années 1970. Cette combinaison entre propriété publique, planification et marché a accompagné une transformation économique spectaculaire et une réduction massive de la pauvreté.
On peut discuter du bilan politique et social de la Chine, de ses contradictions et de ses limites. Mais il serait absurde de ne pas étudier cette expérience simplement parce qu’elle ne correspond pas à l’image classique que l’on se fait du socialisme.
Il faut donc cesser de présenter le socialisme uniquement comme une histoire ancienne.
Le socialisme doit être capable de répondre aux problèmes d’aujourd’hui.
Que faire pour que chacun puisse se loger ?
Comment garantir un emploi utile et correctement payé ?
Comment empêcher les grandes entreprises de décider seules de l’avenir de secteurs entiers de l’économie ?
Comment produire suffisamment sans détruire les conditions de vie des générations futures ?
Comment éviter que la richesse produite par des millions de travailleurs soit concentrée entre les mains de quelques-uns ?
Voilà les questions auxquelles le socialisme doit répondre.
Et il faut également remettre en cause une idée profondément ancrée dans notre société : celle selon laquelle chacun serait entièrement responsable de son propre destin.
On nous répète que, si nous travaillons suffisamment, si nous sommes suffisamment diplômés, ambitieux et intelligents, nous pouvons devenir ce que nous voulons.
Mais un jeune travailleur ne choisit pas le prix de son loyer.
Il ne choisit pas le salaire proposé par son employeur.
Il ne choisit pas le prix de l’électricité, des transports ou de la nourriture.
Il ne choisit pas non plus les crises économiques, les licenciements ou les décisions prises par les grandes entreprises.
On lui demande pourtant de vivre comme si tout dépendait de lui.
C’est là que l’idéologie individualiste devient particulièrement efficace : elle transforme des problèmes collectifs en échecs individuels.
Tu n’arrives pas à te loger ? Tu n’as qu’à travailler davantage.
Tu es mal payé ? Forme-toi.
Tu es épuisé ? Organise mieux ta vie.
Tu n’as pas d’avenir ? Sois plus ambitieux.
Mais si des millions de personnes rencontrent les mêmes difficultés, peut-être que le problème n’est pas dans chacune d’entre elles.
Peut-être est-il dans le système qui organise leur vie.
Le socialisme commence précisément par cette prise de conscience : nous ne sommes pas seulement des individus qui se font concurrence. Nous sommes aussi des travailleurs qui produisent ensemble et qui ont des intérêts communs.
Notre travail nous sépare aujourd’hui les uns des autres : chacun cherche son salaire, sa promotion, son logement, sa voiture, son statut social. Nous sommes poussés à comparer nos vies et à nous concurrencer en permanence.
Mais derrière cette compétition se trouve une réalité beaucoup plus simple : nous dépendons les uns des autres.
L’hôpital ne fonctionne pas sans infirmières, médecins, agents d’entretien et techniciens.
Une usine ne fonctionne pas sans ouvriers, ingénieurs, logisticiens et employés.
Une ville ne fonctionne pas sans chauffeurs, enseignants, éboueurs, employés des commerces, agents publics et artisans.
Toute notre société repose sur un travail collectif.
Alors pourquoi les richesses et le pouvoir économique devraient-ils rester concentrés entre les mains de ceux qui possèdent le capital ?
C’est cette contradiction qu’il faut remettre au centre du débat.
Le socialisme ne doit donc pas être présenté comme la nostalgie d’un monde disparu.
Il doit être présenté comme une question très actuelle :
si nous sommes capables de produire collectivement toutes les richesses dont nous avons besoin, pourquoi ne serions-nous pas capables de décider collectivement de leur utilisation ?
C’est peut-être la question la plus importante à poser à une nouvelle génération de travailleurs.
GQ — 22 mai 2023, relu le 8 octobre 2026
Commentaire de l'IA ; Cette version est volontairement plus directe et concrète : j’ai remplacé une partie du vocabulaire marxiste par des situations qu’un jeune salarié peut immédiatement reconnaître, tout en faisant progressivement apparaître les notions de propriété, de capital, de travail collectif et de lutte des classes.