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Réveil Communiste

Retour sur la question juive, et la campagne actuelle contre l'antisémitisme

3 Octobre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Front historique, #Asie occidentale, #Front politique intérieur, #lutte contre l'impérialisme, #Mille raisons de regretter l'URSS, #L'Europe impérialiste et capitaliste, #États-Unis

Retour sur la question juive, et la campagne actuelle contre l'antisémitisme

Pourquoi y aurait-il une « question juive » ?

Rappelons pour commencer que les juifs forment un groupe humain défini par sa religion, dont les adeptes croient, en principe, avoir conclu il y a trois mille ans une alliance exclusive avec Dieu. Ce qui si on le prend à la lettre va évidemment poser un problème pour les non-juifs. Sans doute la convention implicite de la modernité veut que les religions sont des récits sans vérité, et qu’il ne faut pas les prendre au sérieux. Mais la tendance actuelle dans le monde est de s'éloigner de la modernité.

Croire qu’on appartient à un peuple élu, ça parait pourtant complètement idiot, et les juifs de l'avis général ne sont pas idiots - quoique le niveau soit en train de baisser.

Robert Misrahi, le philosophe des années 1960 qui voulait rejudaïser Spinoza, en voulait à la terre entière, et en particulier à Marx, à cause de l’idée qu’il y ait eu dans l’histoire un « problème juif ». En suivant sa manière de penser, c’est parce que des socialistes au XIX siècle ont posé le problème que des nazis au XXème ont voulu lui trouver une solution.

Mais c’est pourtant évident que les juifs posent des problèmes aux non-juifs - sinon, ils n'en parleraient pas tout le temps. D’abord, parce qu’ils éprouvent de la difficulté à les définir – forment-ils une nation, une religion, un groupe social, un réseau d'influence? Ils se demandent aussi comment expliquer leurs succès si manifestes dans la culture et l’économie. Ils les soupçonnent souvent même s'ils n'osent pas le formuler d'avoir un pouvoir occulte, illégitime et disproportionné sur les affaires du monde, et d'avoir trop d'influence dans les médias. Ils questionnent aussi leur part de responsabilité dans les crimes contre l'humanité perpétrés en leur nom par l'État israélien en Palestine.

Puis ils finissent par se demander aussi pourquoi ils se heurtent à des obstructions, à des esquives, à des amalgames, et à des tentatives d'intimidation, pour trouver réponse à leurs questions. Les juifs sont tabous, et évoquer le tabou est tabou également.

La question que se posait l’Europe des Lumières sur les juifs, c’était à peu près ceci : après leur émancipation, doivent-ils se fondre dans la masse des autres individus libres et égaux en droit, ou peuvent-ils persévérer comme une communauté distincte ?

En conséquence, au cours de la première moitié du XIXème siècle, les juifs qui voulaient conserver leur identité ethnico-religieuse furent largement rejetés des constructions politiques du romantisme nationaliste et démocratique sous l'accusation d’être des suppôts de l'Ancien régime.

Puis au tournant des XIXème et XXème siècles la bourgeoisie devenue conservatrice les rejeta à son tour sous une toute autre accusation : celle de propager internationalisme et communisme et de pousser les travailleurs à la révolution. C'est à ce moment là, et à ce moment seulement que l'anti-judaïsme prit la forme de l'antisémitisme raciste et génocidaire qui culmina dans la tentative d’extermination totale entreprise par le IIIème Reich.

Mais aujourd’hui, les communautés juives organisées paraissent recentrées, et sont devenues des soutiens fervents de l’impérialisme occidental pseudo-démocratique et libéral.

La colonisation de la Palestine et l'expulsion de ses habitants pour en faire un territoire national exclusivement juif leur a aliéné irréversiblement le monde arabo-musulman, et aggravé la méfiance latente chez les non-juifs, qui pour n’être plus jamais exprimée est toujours présente, et qui porte sur le conflit de loyauté. 

Or autant on ne voyait pas pourquoi en 1894 un capitaine Dreyfus parce qu’il était juif aurait été plus loyal envers l’Empire allemand que son propre pays, la IIIème République française, autant il est clair que la sécurité d’Israël est devenue bon gré-mal gré une priorité absolue pour la plupart des juifs de la diaspora, dont beaucoup jouissent de la double nationalité.

Mais le véritable centre du judaïsme contemporain se situe plutôt dans la métropole new-yorkaise et ses annexes, qui est la capitale mondiale de la culture, des médias, et de la finance, où se nouent tous les réseaux d’influence mondiaux. On peut donc se demander si dans la situation actuelle ce qui est jugé bon pour les juifs ne le serait pas aussi pour les États-Unis, et réciproquement.

Envisagés d'un point de vue subjectif, ils se rangent en différentes catégories selon l’importance qu’ils accordent à leur judéité : les apostats (athées, ou convertis à un autre culte), qui ne sont juifs que par leur culture spécifique - dont il ne reste parfois rien, et les libéraux qui jouent à fond sur l’ambiguïté ethno-religieuse et qui veulent adapter le judaïsme à la modernité en le laïcisant pour en faire une sorte de sous-culture éclectique du libéralisme tout en conservant les avantages pratiques de l'appartenance à un réseau économique et culturel mondial; les conservateurs qui pensent qu’il leur faut donner des gages aux forces traditionalistes en Occident pour obtenir pour eux et pour Israël leur protection ; et les néo-messianiques sionistes, laïcs ou religieux de plus en plus nombreux et de plus en plus délirants qui revendiquent en pratique une supériorité ontologique des juifs sur le reste de l’humanité. On a la nette impression que les derniers sont devenus hégémoniques, au delà de leur communauté, et orchestrent une fuite en avant meurtrière et catastrophique - d'abord pour les Palestiniens, mais aussi pour les juifs eux-mêmes.

Ceci explique pourquoi l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme passe si facilement dans les médias – et la violence des campagnes grossières contre Mélenchon, ou Rima Hassan.

Bref, dans le cadre de la lutte des classes mondiale, si les apostats se joignent souvent aux combats des exploités, les autres juifs, de plus en plus communautarisés et enrégimentés dans la défense inconditionnelle d’Israël se rangent massivement dans l’autre camp, de la gauche à l’extrême-droite. Ce qui est la manifestation de la question juive, pour nous maintenant.

Par contre, il n'y a pas de problème d’antisémitisme, lequel, quoi qu'on en dise, est mort en 1945, et c'est l'Armée Rouge qui l'a tué.

La campagne actuelle contre l’antisémitisme n’est rien d’autres qu’une opération de contre-feu et d'intimidation pour saboter le mouvement de solidarité avec Gaza, et ceux qui la relayent en ce moment, politiques et médias, se font complices des crimes qui ont lieu en Palestine, et leur cas moral est bien plus grave que ceux qui ont laissé faire le IIIème Reich : ils savent très bien ce qu'ils font, et il leur suffirait de bien peu de courage pour enrayer la machine génocidaire.

GQ 18 mai 2025 relu le 3 octobre

PS : Pour ceux protesteraient d'une feinte indignation parce que ce texte ne mentionne pas les massacres du 7 octobre 2023, il faut rappeler que répondre à la condamnation d'un massacre en cours en exigeant la condamnation d'un massacre précédent est un procédé pour soutenir ce massacre en cours.

 

 

 

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C
De même que les responsables israéliens ont nourri et promu le Hamas comme meilleur ennemi, puis laissé advenir le Déluge d'Al Aqsa en y maximisant le nombre de victimes "des terroristes" (cf la doctrine Hannibal et l'absence d'enquête sur les maisons et voitures détruites par Tsahal,<br /> la confusion créée entre antisémitisme et antisionisme permet une vengeance éternelle, et une expansion continue des colonies. La complicité de pays satellites de l'empire, voire celle des BRICS curieusement discrets sur le génocide, empêche une solution juste, et continue de miner la crédibilité d'un ordre international juste sous l'égide de l'ONU. Ukraine, Congo, Cuba etc peuvent être dévastés impunément.
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G
Les leaders d'opinion juifs ont basculé à droite après la Shoah qu'ils ont expliqué par le fait que trop de juifs étaient communistes pour que la société capitaliste l'accepte et que l'ensemble de leur communauté d'origine n'en subisse les conséquences.
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R
D' accord pour combattre les actes antisémites mais le deux poids deux mesures est intolerable, Les actes anti musulmans sont quasi quotidien et ne suscitent pas la même indignation ainsi dans ma région un Rabin est tabasse par Un jeune abruti, le lendemain est organisé une manif avec des responsables politiques et religieux de toutes tendances et une grande couverture médiatique, quelques jours plus tard, une mosquée est incendie, un musulman tué, ces crimes sont tout juste esquisses t et les musulmans se retrouvent bien seuls lors des manifestations...sur ce point je suis d' accord avec Melenchon : l' antisémitisme est résiduel en France alors que le racisme anti musulman est un mal chronique qui imprégne notre société bien au delà de l' extrême droite
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R
De toute manière ils se plaignent d'antisémitisme dès qu'on critique Israël
G
Comme pour tous les articles publié sur le sionisme, on constate des anomalie dans les chiffres de diffusion. Il faut donc le partager activement pour contrecarrer les algorithmes de censure.
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D
Je ne suis pas sûr qu’on puisse parler de « problème juif », cependant il est certain que nous avons un problème impérialiste dont les promoteurs (et bénéficiaires, c’est à dire moins de 1% de la population !) utilise des juifs pour défendre leurs intérêts au centre de la production de pétrole, le proche orient ! Et certains de ces juifs le font avec un enthousiasme suspect !<br /> Mais qui est juifs et qui ne l’est pas ? On sait, au moins depuis les publications de Schlomo Sand, que les juifs ne sont pas une ethnie. Il est donc impossible de distinguer sur des critères physiques un juif d’un non juif ! Les nazis l’avait bien compris puisqu’ils leur faisaient porter un signe distinctif pour ne pas les confondre avec des aryens !<br /> La judéité n’est donc qu’une religion. Pour espérer faire croire à une population ethniquement homogène il serait dit qu’un juif nait d’une mère juive. Mais rien n’est dit sur la religion de la mère. Elle est juste supposé être de religion juive !<br /> Mais quelqu’un qui se présente comme juif, mais qui précise qu’il n’a pas de religion, en quoi est-il juif ? Un catholique athée ça n’existe pas. Les catholiques ne sont pas davantage une ethnie, et ce qui les rend catholique c’est la religion, et sa pratique. Quand un catholique abandonne la religion, il n’est plus catholique, parce qu’il a compris qu’il n’y a pas de dieu ! Il devient athée, point.<br /> Les juifs, c’est à dire ceux qui vont au moins une fois de temps en temps à la synagogue, et ceux qui n’y vont pas mais se présentent toujours comme juifs sont, en France une petite minorité d’environ 1%, selon l’INSEE, c’est à dire à peu près 500 000 personnes . Les Boudhistes seraient même un peu plus nombreux !<br /> Je ne vais pas faire de plaisanteries sur le nombre de ministres, de banquiers, d’artistes et autres élites boudhistes, se serait de mauvais goût, n’est pas ?<br /> Mais il y a une bonne raison pour que des pseudo-juifs continuent à s’afficher, c’est qu’ils posséder un talisman ! Par exemple je ne savais que le député Guedj était juif, je le voyait juste comme socialiste nettement droitier. Quand il se fait virer d’une manifestation, c’est à l’évidence pour des questions strictement politique. Ce qui ne l’empêche de crier à l’antisémitisme ! <br /> Plus généralement on est en droit de critiquer l’Etat d’Israël, colonialiste à sa création (par la perfide Albion) et qui a basculé dans une hystérie génocidaire aujourd’hui. On a donc le devoir de dénoncer cet Etat de manifester contre lui de refuser d’acheter les produits qu’il veut nous vendre et de ricaner quand il nous traite d’antisémite. Au nom de la Shoah ! Mais c’était, d’une part il y a 80 ans, et d’autres part les nazis ont massacré sans compte bien d’autres populations, à commencer par les soviétiques, qui ont perdu pendant cette guerre plus de 21 millions de personnes ! Mais l’anti soviétisme est plutôt de bon goût, et aujourd’hui, la haine de la Russie se porte bien. Et, miracle ce sont les mêmes qui crient à tout bout de champs à l’anti sémitisme ! Hilarant, non ?<br /> Concluons: n’ayons pas peur de continuer à défendre les intérêts des peuples et à nous moquer de l’attaque ridicule qui voudrait faire de nous des anti sémites, alors qu’on à rien faire qu’un copain soit juif ou non !
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