Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Réveil Communiste

Une totale liberté d'expression dans une société capitaliste se renverserait en son contraire

16 Mai 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Répression, #Ce que dit la presse, #Art et culture révolutionnaires, #Economie

Une totale liberté d'expression dans une société capitaliste se renverserait en son contraire

Dialectique de la liberté d’expression : une totale liberté d’expression dans une société libérale parfaite se renverserait en son contraire.

Dans une société bourgeoise et capitaliste où régnerait un État minimum suivant le mot d’ordre « laissez-faire, laissez passer » qui laisserait une totale liberté d’expression à tous ses citoyens supposés libres et égaux en droits, dans l’esprit qui est paraît-il celui du premier amendement à la constitution des États-Unis, et de ce que Elon Musk prétendait être son intention dans la gestion du réseau X, ex Twitter, on aboutirait très rapidement à une non-liberté parfaite.

En effet dans une telle situation utopique, les expressions d'opinion individuelles seraient libres formellement mais leur communication, leur impact et leur réception seraient complètement déterminées par le volume du capital qui y serait consacré. Ils ne seraient en fait que des marchandises. Or on fait circuler les marchandises en manipulant les émotions, et non en s’adressant à l’intelligence et à la raison.

Dans les domaine des idées, des informations, de l’art ou de la culture peut-on croire réellement que le libre jeu des intérêts privés contribuerait à l’optimum du bien public ? Encore bien moins que dans celui des marchandises matérielles ! Adam Smith qui affectait de le croire dans le dernier cas n’avait d’ailleurs jamais eu l’idée saugrenue d’étendre si loin le champ de ses hypothèses théoriques.

Dans notre conjoncture idéologique caractérisée par le relativisme post-moderne, qu’on définit parfois comme le règne de la « post-vérité » ou de la « réalité augmentée », penser que la vérité finira toujours par sortir du puits est une simple naïveté. Il n’existe tout simplement plus de référence incontestable au réel, qui donnerait à ceux qui défendent la vérité contre la falsification un quelconque avantage qualitatif.

Une telle dialectique de renversement est perceptible dès la fameuse règle de bon voisinage qui figure dans la déclaration des droits de l’homme de 1789 : la liberté s’étend jusqu’aux bornes de la liberté d’autrui : mais comment sont placées ces bornes ? Et bien, précisément au bout du domaine où s’étend le pouvoir d’achat, d’embauche, de corruption, du libre et égal en droit individu du capitalisme – et cela même en concédant l'abstraction pour les besoins de l’utopie libérale du réseau familial, clanique, idéologique, confraternel, religieux, etc. auquel il appartient forcément par surcroît.

Cela signifie que la liberté d’expression de ceux qui ne détiennent pas de capital – et celui-ci est essentiellement moyen de production – est extrêmement faible, voire complètement inexistante.

Bref, c’est la liberté de pousser le caddie.

Dans ces conditions utopiques il apparaîtrait inévitablement un ressentiment populaire tout à fait justifié à l’encontre de ceux qui paraîtraient bénéficier d’un privilège de l’expression de leurs idées, de leurs croyances, de leurs créations. Alors les autorités seraient obligées de légiférer pour préserver l’ordre public, à la fois pour museler ce ressentiment, mais aussi pour encadrer la capacité d’expression des riches par une sorte de loi somptuaire : la liberté de ton réelle ou apparente devenant une sorte de signe extérieur de richesse.

Dans une utopie libérale réalisée, comme elle l’était d’ailleurs sur la toile internet à ses débuts, la liberté de répéter les messages serait par contre presque totale, la production spontanée du bruit, du vice et de la bêtise suffisant à rendre inutile tout contrôle idéologique en noyant dans le flot tous les messages pertinents, et dire ce qu'on pense « librement » ou « spontanément » n’y serait plus qu’une manifestation de psittacisme aléatoire. Il importerait peu que X ou Y prennent position pour A ou pour B, puisque le rapport de force entre A et B serait fixé par l’investissement quantitatif respectif de capital. Mais on constate qu’une telle utopie est condamnée à en rester une , car la production intellectuelle dans n’importe qu’elle société doit rester au contact du réel, et il est bien évident que dans de telles conditions, quand l’astrologie fait jeu égal avec l’astronomie, ce n’est pas possible.

Les limitations à la liberté d’expression dans les sociétés capitalistes réelles sont destinées dans une certaine mesure à empêcher qu’un capital en écrase un autre et en pratique reflètent l’influence des différents clans de la bourgeoisie qui ont chacun leur idéologie propre – en général fortement biaisée - sur la prise de décision dans les institutions d’État et sur le récit idéologique qu’il est nécessaire de diffuser dans les masses pour que la société bourgeoise continue indéfiniment...

La liberté n’est pas le droit de dire – ni de faire - n’importe quoi – droit qui n’est jamais effectif, toutes les civilisations ayant leurs tabous, qui sont presque toujours liés en dernière analyse à des prescriptions concernant la sexualité et la mort et plus ou moins consciemment assumées et qui évoluent au cours de l’histoire selon un rythme difficilement explicable.

La liberté c’est la conscience de penser et le courage de faire de ce qui est nécessaire au moment historique précis où l’on vit – en ce moment, c’est de s’opposer aux guerres impérialistes de l’Occident post-moderne en Ukraine et de Gaza et à la guerre mondiale contre la Chine qu’il nous prépare.

On se doit de combattre pour la liberté d’expression des exploités et des opprimés qui est toujours contestée dans la pratique, mais la liberté d’expression absolue en soi et pour soi est une idole, parce qu’elle n’existe pas ailleurs que dans la rhétorique des tribunaux, et que les transgressions de la morale dominante se renversent aux générations suivantes en conventions, et on passe nécessairement de la Factory d’Andy Warhol à New York en 1968 à l’Eurovision à Malmö en 2024.

Ce n’est pas le principe de la liberté inscrit dans le marbre qui défend celle des opprimés, c’est la lutte des opprimés qui donne un peu de substance réelle à ce principe idéologique.

GQ, 13 mai 2024, relu le 16 mars 202

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Cette problématisation du thème de la "liberté" est très importante et très saine.<br /> <br /> Même la liberté de penser (peu abordée dans le texte) est questionnable. Tout comme les libertés d'expression et d'action sont matériellement limitées par le "pouvoir d'agir", cad par les "forces productives" d'expression et d'action (la presse, l'argent, etc ...), la liberté de penser est aussi limitée par les "forces productives" de la pensée.<br /> Quelles sont-elles ces forces productives de la pensée ? l'enseignement, l'école, la confrontation des idées, l'information, et bien sûr la confrontation pratique à la réalité :<br /> - or, le niveau scolaire baisse de plus en plus (il parait qu'il ne faut plus "redoubler" une classe maintenant);<br /> - la réalité devient virtuelle au sens où ce sont les média qui nous font connaitre la réalité du monde. Mais qui possède les media ? Quels sont les programmes majoritairement proposés ? de la distraction d'abord ! distractions qui attirent, et entre lesquelles sont insérés des reportages biaisés sur le monde réel : réalité biaisée, déformée : le prêt à penser, le prêt à croire ...<br /> La question du "pouvoir d'agir" (voir Yves Clot, psychologue du travail) cad en fait la question des "forces productives" est tout aussi importante pour la "pensée" que pour "l'expression" ou "l'action".<br /> <br /> https://laviedesidees.fr/_Clot-Yves_
Répondre
A
En suivant le lien précédent sur Yves Clot, on arrive sur un texte de Lev Vygotski (LV)(psychologue russe d'avant guerre). Ce Vigotski est un psychologue sensationnel (que Staline a maltraité à ce qu'il parait : des racontars exagérés ou une erreur, selon moi). Ce Vygotski <br /> (https://laviedesidees.fr/Lev-Vygotski-la-psychologie-par-gros-temps-6522)<br /> a travaillé sur le langage essentiellement, et sur le lien entre "pensée et langage" (titre d'un de ses ouvrages phare). La dispute, la polémique sont, pour Vygotski, la source de la construction de la pensée, et le moyen de se construire par la pensée.<br /> <br /> Tout marxiste conséquent reconnaitra la force, mais aussi et d'abord le point faible de cette hypothèse : on reste ici au niveau d'un l'idéelisme de type "relation humaine", relation humaine qui, contrairement aux rapports sociaux, consiste majoritairement en le rapport langagier, en la parlotte : ici la pensée s'articule essentiellement au parler (langage) ; l'action succède à la pensée qui elle dépend de la dispute parlée.<br /> <br /> Le rapport social, lui, est un rapport de dépendance "matérielle" : les dialogues du "baron" et du "serf", du "patron" et de l'"OS", aussi langagiers qu'ils soient, sont intégralement déterminés par le rapport de soumission (et domination) de l'un à l'autre. Si dispute il y a, elle trouvera sa source (fond et forme) non pas dans l'échange langagier lui-même (apparence de la dispute) mais dans le rapport matériel de subordination de l'un à l'autre, et ne pourra jamais être la même que celle de 2 barons entre eux, 2 patrons entre eux.<br /> <br /> Les disputes verbales que Vygotski a pu observées professionnellement relève du domaine de la pédologie, qui n'est pas le domaine social où on observe le plus l'influence des rapports sociaux (de mémoire et sauf erreur, LV n'évoque jamais les disparités d'origine sociale des enfants qu'il a observés).<br /> <br /> Cependant et pourtant, les ouvrages de Lev Vigotsky sont absolument passionnants.<br /> Dans le monde de la psychologie du travail, Yves Clot se réfère à Lev Vygostki, tout comme d'autre se réfère à Freud avec la prétendue et prétentieuse "psychodynamique du travail" (rapport entre inconscience et conscience chez le travailleur !)(beurk: en gros c'est un rapport interne à lui-même qui détermine la destinée, la santé du salarié).