Classe ouvrière, classe révolutionnaire
25 Mai 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #classe ouvrière, #Théorie immédiate, #GQ, #Positions
Nous prétendons que la classe ouvrière est la seule classe révolutionnaire et que si on veut changer le monde il faut compter sur elle seulement. Mais pourquoi en sommes-nous certain ?
Ce n'est pas "parce qu'elle n'a rien à perdre que ses chaînes" ce qui d'ailleurs n'est pas vrai. C'est parce que c’est la classe qui produit tout et qui peut tout arrêter. Elle est reconnaissable d’ailleurs avant tout par ce pouvoir d’action économique, plutôt que par son identité culturelle, ou par sa pauvreté relativement aux autres classes , ou suivant d'autres critères sociologiques ou relevant des mentalités - comme le respect du travail, par exemple.
Elle dispose de ce pouvoir mais dans les circonstances normales, elle s'en sert quand elle le peut comme d'un moyen de pression pour obtenir des mesures qui augmentent sa part dans la consommation du produit social. Mais la logique de l'exploitation du salariat, élucidée par Marx dans le Capital, posera bon gré mal gré le problème du pouvoir de classe, à chaque retour des crises, des guerres, et des contradictions du capitalisme qui replongent périodiquement le salaire en dessous du seuil nécessaire au renouvellement de la force de travail.
Non seulement elle peut tout stopper, mais elle peut aussi prendre le pouvoir politique par l’intermédiaire du parti qui la représente, et faire tourner l'économie du nouvel État, ce qu’elle a fait dans le passé en Russie et dans d’autres pays, en association avec la paysannerie pauvre. Sans prise du pouvoir par la classe ouvrière, on en est réduit à la stratégie douteuse de demander à la bourgeoisie de s’autosupprimer en supprimant l’exploitation dont elle tire sa substance en tant que classe (en revendiquant un « revenu universel », ou un « salaire social » par exemple).
Il faut préciser que le pouvoir de la classe sur la société implique le pouvoir politique d’un parti qui défend ses intérêts à long terme, et non un gouvernement d’autogestion à partir des usines et une limitation du corps politique aux ouvriers seulement. Un tel gouvernement serait incompatible avec le travail productif des ouvriers qui est à la base de toute richesse dans une société où la division du travail est développée.
Par contre la dictature de classe de la bourgeoisie consiste à travailler durablement à refouler les ouvriers en dehors du corps politique. Pour y parvenir, il lui est vital de dissoudre la classe révolutionnaire en éléments séparés, isolés, influençables, hostiles les uns aux autres, bien qu’elle ne puisse pas se passer de son travail dont l’exploitation est la base de tout son système économique et de son existence matérielle. Pour créer une séparation nette entre la classe potentiellement révolutionnaire et le corps politique plusieurs procédés de management social ont été utilisés sur la longue durée, dont la fonction anti-ouvrière n'est toujours pas bien comprise - ou volontairement ignorée - par la gauche réformiste : migrations, délocalisations, externalisation, intérim, relégation en banlieue puis en périphérie, criminalisation et répression. Et il lui est nécessaire aussi d’en fractionner les rangs le plus possible, et dans cet esprit après avoir tenté l’expérience de l’usine carcérale de l’époque fordiste elle en est passée à l’émiettement des ateliers et des statuts.
Et à la remise en cause du salariat même par l'ubérisation de la force de travail et d’autres procédés qui font régresser le capitalisme vers l’économie informelle et/ou criminelle telle qu’elle s’est développée durant la deuxième moitié du XXème siècle dans les grandes métropoles du Sud.
Malgré ce travail de sape constant, la classe ouvrière reste ni plus ni moins la seule classe révolutionnaire qui existe, puisque la bourgeoisie occidentale depuis les années 1960 à 1980 a accompli à 100 % son programme d’émancipation individuelle radicale, et au-delà, et il ne subsiste aucune autre possibilité de changer l’organisation sociale de base, il n’existe aucune possibilité de le faire en s’appuyant sur une autre classe, et encore moins sur des « idées », même sur des idées radicales, même lorsqu’elles sont répandues en masse. Les idées ne changent pas le monde, c’est parce que le monde change que les idées changent (le « monde » est réductible à sa structure économique et sociale, avec ses forces productives, ses rapports de production et la superstructure idéalisée qui les caractérise). Ce qui existe d’autre en fait de contestation de l’ordre politique c’est simplement une succession largement aléatoire de modes idéologiques sans substance affectant les mentalités, comme d'une année à l'autre raccourcissaient ou rallongeaient les jupes des filles et les cheveux des garçons, valse des apparences surimposée à une tendance de fond vers l’individualisme de masse du consommateur - spectateur impuissant.
Une grande partie de l’activité politique aléatoire qui amuse la galerie aujourd'hui consiste à rejouer des événements passés dans des postures éthiques : droits de l’homme, patriotisme, mythes de l'origine, et même révolution, sont les principaux récits qui sont mis à contribution à cet effet dans un monde de plus en plus éloigné des conditions initiales de leur apparition (en ce moment les États-uniens s’amusent à rejouer la Guerre de Sécession, comme les Français ont joué aux barricades en 1968).
Le gyroscope qui ramène l’action sur ses pieds, c’est la lutte matérielle ! Et la boussole stratégique, c’est la prise du pouvoir d’État.
Mais la lutte des classes qui ne peut pas s’exprimer politiquement prend une forme criminelle, dans un paradoxe tragique où on voit la classe la plus opposée moralement à la délinquance qui en remplit les rangs. C’est le prolétariat des travailleurs manuels qui produit les biens et les services matériels qui produit aussi la délinquance matérielle et visible, et donc la plus réprimée, la violence contre les personnes et leurs biens de consommation. Quand il est ethnicisé, la délinquance le devient aussi, suivant un schéma bien connu en Amérique du Nord depuis plus d’un siècle. Lorsque la partie la plus dynamique du prolétariat est recluse dans des ghettos et sa jeunesse est égarée dans la marginalité, la violence et la drogue, on trouve le compromis le plus stable pour la perpétuation indéfinie du capitalisme le plus aliénant.
GQ, 31 janvier 2024, relu le 20 mai 2025
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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