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Réveil Communiste

La contradiction de l'idéologie de la mobilité sociale sous le capitalisme

11 Février 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #classe ouvrière, #Front historique, #Economie, #GQ

Des lords qui font de la résistance déguisés en lord

Des lords qui font de la résistance déguisés en lord

 

Les contradictions de l'idéologie bourgeoise de la mobilité sociale

Une classe sociale est une catégorie consciente de soi dont les éléments sont des familles, et non des individus, qui regroupent plusieurs générations et dont l'objectif inconscient ou non est de se reproduire sur un nombre indéfini de générations. Une bonne partie des dépenses de consommation des individus sert en fait uniquement à affirmer leur appartenance de classe, et à assurer que leurs enfants parviennent à leur tour à s’insérer dans leur classe d’origine, ou à monter dans l’échelle sociale quand elle n’a pas de statut honorable dans la société. Et même ceux qui font profession de critiquer cette échelle sociale et cette honorabilité ne peuvent guère se soustraire à cette obligation.

Pourtant le capitalisme en travaillant à la réduction de la société en individus au moins au niveau des apparences idéologiques travaille à dissoudre les classes sociales, et la mobilité sociale est justement l’un de ses idéaux les plus fièrement proclamé, dans la forme française de l'égalité des chances, ou celle, américaine, de rêve américain : l’opportunité d’enrichissement proposée à tous – les britanniques y préférant encore conformément aux survivances d’ancien régime dans leur culture une sorte de cooptation des talents dans une aristocratie galvaudée.

La classe sociale dans sa persistance malgré le développement marchand capitaliste et de son fond théorique théoriquement démocratique est donc une des contradictions centrales la société bourgeoise, comme parallèlement la tendance au monopole socialiste qui se développe spontanément dans la sphère de la concurrence est une contradiction interne du mode de production capitaliste.

Un des aspect les plus frappants de cette contradiction est le développement général dans le monde actuel d’une idéologie néo-malthusienne sous prétexte d’écologie et de féminisme, qui fait suite tout naturellement au règne d’un demi-siècle de l’idéologie néolibérale ultra-individualiste de Margaret Thatcher, comme Malthus a fait suite à Adam Smith et a tenté de renier son libéralisme démocratique fondé sur la valeur-travail, et a contesté leur développement chez Ricardo qui conduisait à la critique marxiste révolutionnaire de l’économie politique.

La mobilité sociale est une contradiction en elle-même : le but du parvenu n’est pas de nier les classes mais de s’affirmer comme un membre à part entière de la classe à laquelle il est parvenu, à rebours de ses principes initiaux, et donc il n’aura de cesse de retirer l’échelle par laquelle il est monté.

L’idéologie de la mobilité sociale au lieu d’aboutir à une société sans classe contribue à durcir et à pérenniser la stratification sociale. Il faut aussi faire attention au fait que si la mobilité sociale est un thème idéologique de la bourgeoisie, la classe qui nie sa propre existence, rien ne dit qu’elle soit plus forte que sous l’Ancien Régime, qui ne manquait ni de noblesse de robe, ni de paysans parvenus ou de bourgeois gentilshommes.

Cette idéologie fait de l'appartenance à la classe dominante en elle-même un objet de désir. La classe, c’est classe.

Ensuite, comme elle part de l’hypothèse que l’ascension sociale résulte de vertus morales ou intellectuelles, ruse, intelligence, initiative, énergie, elle enferme dans une malédiction ceux qui restent coincés, par leur supposés démérites personnels dans une classe inférieure – alors que dans la société antérieure, sous l’Ancien régime, la stabilité sociale – apparente - était une norme favorisée et un mérite.

Elle tend ainsi à exacerber les frustrations, le mal-être ou le ressentiment de tout ceux qui n’ont pas bénéficié d’une place dans l’ascenseur social, et de couvrir d’opprobre tous ceux, notamment les travailleurs manuels, qui ne peuvent pas par leur spécialisation pourtant nécessaire plus que toute autre à la prospérité commune participer à la course des rats vers le pouvoir et le loisir.

Le but du travail du bourgeois n'est pas d’accumuler du capital - ça il le fait sans le vouloir - mais de consommer sans limite en parvenant à l’oisiveté du rentier et surtout d’assurer l’oisiveté de ses enfants, lesquels le mépriseront d’ailleurs parce qu’il a trop travaillé pour ça.

Cela dit des différences sociales existent aussi dans les sociétés socialistes entre les cadres, les membres de l'intelligentsia d’un coté, et les travailleurs du rang de l'autre - l'organisation du parti communiste avait vocation à y remédier mais n'a pas suffi. Ces différences tendent aussi là-bas à persister sur plusieurs générations et il semble que la spécialisation professionnelle de la plupart à tendance héréditaire soit une donnée de base de la plupart des sociétés humaines. Et c’est précisément le maintien d’une distinction de classe dans les têtes, malgré l’écrasement des différences de revenu et de patrimoine qui a été l’instrument de la ruine de l’URSS, la première expérience socialiste en vraie grandeur – et sans doute si elle avait passé le cap de la troisième génération après 1945, après la fin de la période révolutionnaire, aurait-elle surmonté cette contradiction.

Bourdieu a beaucoup travaillé sur ces questions : ayant lui-même, d'origine paysanne, bénéficié d’une réussite sociale exceptionnelle qui l'avait pourtant confronté au mépris de classe des héritiers, il semble avoir été obsédé par le besoin de révéler le secret de polichinelle que l’éducation pour tous ne permettait pas de remettre en cause les classes sociales, qu’il voyait fondamentalement en libéral webérien non pas comme une nécessité du capitalisme mais comme une espèce de scandale moral et d’abus de bien social, sans vouloir s’attaquer à leur lien avec le mode de production, lequel est essentiellement destiné à produire de la plus value consommable, c’est à dire au bout du bout l’oisiveté de la classe des oisifs. Et c’est bien pour cette raison que la conquête du loisir par la classe ouvrière est un axe central du Capital, et de la lutte ouvrière réelle.

L'égalité des chances dont se gargarisent les politiciens de la gauche libérale n'est donc ni une égalité ni une chance. Il y avait certes une mobilité ascensionnelle nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme, qui s'expliquait par la croissance démographique, l'immigration, l'exploitation du Tiers Monde,  et l'expansion économique en général qui ouvraient des places d'encadrement sans obliger les héritiers de la bourgeoisie plus ancienne à déroger. Mais dans une perspective malthusienne de décroissance, cette logique va s'inverser, d'autant plus que l'Intelligence artificielle - si rien n'est fait pour en juguler le développement - va procéder à des coupes sombres dans les rangs des spécialisations intellectuelles et technologiques qui étaient ouvertes aux hommes nouveaux entreprenants ou méritants.

Le but de l’humanité n’est pas d’encombrer une sorte de classe dirigeante universelle de « maîtres sans esclave » faisant fonctionner des robots comme le croyait ingénument Raoul Vaneigem, mais de parvenir à un équilibre hygiénique optimal entre le loisir et le travail, et à un vrai respect des vraies différences, qui sont les différences d'aptitudes, de spécialisation professionnelles et techniques et non les identités spectaculaires de plus en plus débiles et de plus en plus vides qui sont étalées avec narcissisme, et d’accéder ensuite, comme aurait dit par exemple Lao Tseu, à la longévité.

GQ, 1er mai 2024, relu le 13 décembre 2025

 

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L
Bonjour.<br /> <br /> Vous semblez découvrir que la lutte des classes est irréductible dans une société développée. Et puis finalement non, vous retombez dans l'illusion communiste qu'une société sans classe est possible.<br /> Vous êtes sur le bon chemin, encore un effort.<br /> <br /> Un autre point : Vous affirmez que le but du bourgeois est l'oisiveté et que l'accumulation du capital est comme fortuite. C'est faux à mes yeux. Ce qui le motive, c'est l'accumulation du capital. D'en disposer toujours plus pour conserver son statut social, pas de ne rien faire.<br /> Les bourgeois choisissant l'oisiveté ne le restent pas longtemps. C'est tout le "drame" de la bourgeoisie familiale dont le père fonde l'affaire, le fils la développe et les petits-enfants la dilapident. <br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets<br /> https://www.Via4.net
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R
Conserver son statut social à mon sens est équivalent à ne rien faire, avec la philosophie en moins ...
A
Oulala ! beaucoup à dire sur cette thèse.<br /> <br /> Selon moi, on ne peut dire que la classe (bourgeoise) (dans toutes ses strates), veut réduire l'individu à un ... individu. L'individu n'est le produit d'aucune réduction en tant qu'individu. Dés la naissance les individus (valides) sont tous équipés des mêmes forces productives qualitatives fondamentales (outre le métabolisme de base) :<br /> 1- la force physique<br /> 2- le cerveau apte à utiliser cette force, mais aussi apte à agir sur le cerveau des "autres" individus" et à réguler l'usage de la force physique<br /> <br /> Ce qui est vrai par contre c'est que personne n'a les même potentiels physiques et cérébraux. Nous ne sommes pas égaux physiologiquement à la naissance. Mais les civilisations différentes ont géré cela différemment les unes des autres !!!!!!!!<br /> <br /> Les classes sociales ne sont pas une construction ; ce sont des faits (.... factuels) : il y a des bourgeois héritiers ou financiers ; plus bas il y a des bourgeois travailleurs (patronat de terrain) : ces derniers ne rêvent que d'une chose c'est d'accéder à l'échelon supérieur. Mais je crois que comme en Chine (où règne une certaine dictature du prolétariat), il faut tolérer ce capitalisme de terrain (à imposer à50 %), à LA CONDITION ABSOLUE qu'ils ne puissent disposer d''aucun outil de communication de masse, de propagande. En gros "gagnez de l'argent mais fermez-là" et surtout pas de télé-propriétaire ou crypto-propriétaire (ca nous changera de la télé française ou européenne ou ....mondiale).
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L
Bonjour.<br /> “Qui ne désire pas ne se frustre pas. <br /> Et qui ne se frustre pas ne s’avilit pas. <br /> Ainsi, le véritable sage attend tranquillement, <br /> pendant que tout se passe et que les désirs ne dirigent rien. <br /> Ainsi, la paix et l’harmonie se développent <br /> et le monde suit son cours naturel”.<br /> Lao-Tseu.<br /> <br /> Cette parole concerne le sage. Tout le monde est-il sage ?<br /> Sans doute doit-on oeuvrer à la promotion de cette sagesse, mais doit-on la désirer ?<br /> <br /> Puisqu’il a dit aussi :<br /> “Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas."<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets
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A
Lao Tseu c'est l'idéologie de la soumission en prenant de grands airs ... inspirés. La bourgeoisie apolitique et non violente l'adore. Peace and love !
R
Le non faire pour moi c prosaïquement le non faire des c.... Mais se forcer à ne rien faire c'est faire et pas grand chose de bon.
L
Pour ceux en ayant besoin, un lien vers le N°64 du Tao Te King : https://www.jepense.org/tao-te-king-64/
A
La question de "l'essence" au sens dialectique diffère de l'essence métaphysique. Le "retrait" social que propose Lao TSEU n'est qu'une grimace, une auto-tromperie.<br /> <br /> La "conscience" est "produite" par les rapports sociaux ; ceux-ci en sont donc la cause, l'origine (cad l'essence dialectique). Le nourrisson nait sans conscience, et ce sont les premiers rapports contradictoires avec la mère qui engendrent sa conscience (à un moment, le nourrisson apprend qu'il peut contrôler, AGIR SUR, sa mère, par exemple en pleurant pour avoir le sein; le résultat c'est beaucoup d'amour et de tendresse de la mère : la "lutte" de l'enfant est gagnante et il s'éveille à la conscience). Mais la mère ne se fera pas l'esclave de l'enfant; et un statut-quo sera trouvé. De statut-quo en statut-quo, de dépassement en dépassement, la vie se déroulera entre deux êtres conscients, toutes choses égales par ailleurs.<br /> <br /> Tout rapport social est dépendance, toute dépendance est contradictoire, toute contradiction peut se dépasser en une nouvelle.<br /> <br /> Amour-tyrannie pour contrôler l'autre: ainsi va la vie. Les contradictions se dépassent dans une nouvelle entente stable mais différente car fruit d'un apprentissage; ce qui était réflexe peut devenir stratégie ou être remplacé.<br /> <br /> La nature n'a pas de stratégie, l'espèce humaine en a (et ça commence tôt) !<br /> <br /> Anne Sylvestre nous dit que c'est les "rèves" qui font grandir les enfants<br /> https://www.youtube.com/watch?v=9RQhhzIo7To&list=RD9RQhhzIo7To&start_radio=1
A
Là, je dois dire que je suis un peu interloqué !<br /> J'ai, bien sûr, entendu parler de Mr Lao Tseu en des termes souvent admiratifs.<br /> J'en découvre ici deux pensées...<br /> ... et qu'en dire ?????????????????????<br /> Ne tournons pas autour du pot : c'est ............... vraiment mauvais.<br /> <br /> -La première pensée c'est l'idéologie du renoncement et de la soumission absolus. C'est digne de Cyrulnik avec sa résilience. Avec ça c'est la disparition des rapports sociaux, rapports sociaux qui sont pourtant l'essence de l'homme : tout rapport social est une double dépendance de deux acteurs, non symétriques l'une l'autre. Donc c'est une lutte. La haine est une lutte, L'amour est une autre lutte. Sans ces dépendances qui sont à la base de la construction de la conscience, pas d'être humain. <br /> <br /> -La deuxième pensée c'est l'équivalent "inférieur" de l'adage français : "c'est le premier pas qui coûte", qui est beaucoup plus riche en terme de sens (il y a l'idée de coût, d'effort).<br /> Dire que pour marcher 1000 lieux, il faut d'abord marcher 1 lieue, c'est digne de Lapalisse.