Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Réveil Communiste

Sur la notion de racisme anti-blanc

18 Septembre 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Qu'est-ce que la "gauche", #classe ouvrière, #2027, #Théorie immédiate

Sur la notion de racisme anti-blanc

Le racisme est une forme de haine qui vise des individus à cause de leur couleur de peau, ou par extension à cause de leur origine ethnique ou religieuse.

Cependant si la haine des blancs existe, le racisme anti-blanc paraît-il n’existe pas. L’explication condescendante mais peu claire de cette dénégation, à l’aide du jargon post-moderne, se réduit en général à ceci : la haine des blancs ce n’est pas du racisme parce qu'elle est dirigée du bas vers le haut de l'échelle sociale. On voit qu’il a fallu changer la définition du racisme et en fournir une nouvelle, ad hoc, pour prouver ce qu’on veut prouver.

S'il est vrai qu’il a existé un « racisme systémique » qui pour le plus grand bien du capitalisme traduisait en terme racial ou ethnico-religieux la lutte des classes, et qui prétendait inférioriser les exploités et les enfermer dans des catégories infamantes pour justifier leur exploitation ou l’exploitation de leur pays d’origine, il est officiellement réprouvé dans des sociétés occidentales qui ont fait de l’antiracisme et de l’inclusivité leur idéologie officielle, et un des arguments essentiel de la propagande occidentale dans sa revendication à la poursuite de la suprématie banche sur le monde sous une forme paradoxale.

Mais il existe aussi un indéniable racisme « de bas en haut »  historiquement avéré et d’ailleurs invoqué encore aujourd’hui à tout bout de champ : et il est clair que si le racisme anti blanc n’existe pas, parce qu’il est une forme d’aversion dirigée « vers le haut », et bien l’antisémitisme n’existe pas non plus, et pas simplement parce que les juifs sont des blancs.

Les juifs en effet ont été soumis à la vindicte populaire presque partout dans leur monde à cause de leur appartenance de classe : classe moyenne, classe intermédiaire, petite bourgeoisie urbaine, en conflit larvé avec la paysannerie majoritaire et les classes populaires, et de leur prévalence induite par leur relative prospérité dans intelligentsia et dans les positions de pouvoir social. Ce n’est que pendant une courte période qu’il a existé un racisme antisémite de haut en bas à la fois anti-juif, anti ouvrier, et anticommuniste, et qui a aboutit à l'extermination des juifs d'europe dans la première moité du XXème siècle.

Les Tutsi du Rwanda ont été soumis à une campagne d’extermination en 1994 comme les juifs entre 1941 et 1945, et pour la même raison : l’habile récupération par des forces fascistes du ressentiment populaire accumulé sur une longue période.

Il est donc bien clair que des individus apprenant à un groupe d’élite, ou privilégié, ou au moins économiquement favorisé, peuvent être pris pour cible par le racisme, et cela précisément parce qu’il relèvent de ce groupe. De plus ce sont évidemment les individus les moins privilégiés du groupe privilégié qui en font la désagréable expérience : un médecin juif de Belleville a plus de chance de subir une agression antisémite qu’un financier de Wall Street. Un blanc du 93 subira le racisme dont un blanc du Quartier Latin niera l’existence.

Il est vrai que dans ce cas le retournement accusatoire est fréquent, et que le petit blanc non plus n’est pas innocent. Dans le cas du racisme comme partout ailleurs le fait d’être la victime n’assure pas qu’on en est immunisé de la tentation de devenir le bourreau.

En conséquence les politiciens de gauche européens feraient mieux de renoncer à la victimisation systématique de minorités « non blanches » quoiqu’on entende exactement par cette référence à la couleur de peau. Aussi racistes que soient les blancs, ils trouvent du répondant et tandis que chacun se victimise et dresse des procès devant l’Éternel, et demande des compensations improbables, personne ne s’unit contre le capitalisme. Et c’est précieusement le but des théories identitaires qui squattent le débat à gauche, afin de discréditer ce camp politique et ses solutions dans les masses.

Si en flattant le sentiment d’être une victime on peut obtenir une fragile influence sur une partie de l’électorat populaire, il est clair que du même mouvement on s’en est aliéné une bien plus grande part. Parce que, que ça plaise ou non, les « blancs » qu’on se met à dos sont largement majoritaire. Surtout qu’on finit toujours par être le « blanc » de quelqu’un !

Marx et Lénine ? Des mâles blancs de plus de cinquante ans !

GQ, 15 septembre 2026

 


 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Que le racisme ne voit pas une exclusivité des "blancs" et même de la seule histoire impérialiste de l'Occident semble une évidence. Mais le MH, dont nous revendiquons tous l'usage, doit nous conduire à bien définir le racisme.<br /> Il s'agit bien d'un ensemble, faisant système, de théories fondées sur des concepts suprémacistes et de pratiques de domination par l'ensemble des individus "(ré)unis" par un mode de production dominant à l'encontre de groupes d'individus.<br /> La définition de l'ensemble de ces derniers s'appuie officiellement sur une caractéristique commune non infrastructurelle (ethnie, régionalisme, religion,...). Mais, en réalité, elle se fonde sur l'exploitation par les classes dominantes de tous les exploités (qu'ils "appartiennent"au système et tirent des avantages résiduels dudit racisme ou qu'ils subissent à la fois l'exploitation liée au mode de production lui-même et, en sus, ses effets renforcé par le racisme).<br /> À ce titre par exemple, l'Occident pratique bien un racisme à l'encontre des individus ayant comme point commun la "négritude". Mais il n'existe pas en parallèle et en opposition à cela, un système de classes impérialiste qui utilise le "trait commun" des personnes définies comme "blanche" pour leur imposer des pratiques de discrimination et d'exploitation.<br /> La différence entre l'expression d'une haine individuelle, fut-elle reprise par de très nombreux individus, n'est pas du racisme car elle n'est pas au fondement d'une exploitation. Elle n'est même qu'une réaction (certes erronnée) à la précédente.<br /> Alors vient notre combat marxiste pour faire avancer les consciences de tous. Celles des exploités quelles que soient leurs "singularités collectives". C'est ici qu'il est effectivement difficile de conscientiser les exploités qui, bénéficiant "à la marge" du racisme, sont perméables à ses thèses et ses pratiques. Est-ce une raison pour "louvoyer" idéologiquement? J'entends votre argument -sujet d'articles récurrents-, mais je ne le partage pas. Si je suis sonvaincu que dire la vérité n'est pas toujours révolutionnaire, je pense, par contre, que les conséquences, sur la vie réelle de tous, de l'exacerbation des contradictions du capital sont les ferments d'un rapprochement de tous les exploités sur lesquels notre militantisme doit prendre appui.
Répondre
M
En réponse à "Lafleur" du 20/09:<br /> Nous allons constater des analyses communes mais tjrs une divergence dans la conclusion.<br /> I/ Approche théorique:<br /> 1/ Nous somme bien d'accord sur le fait que le capital est un tout social et non un rapport économique de production détaché des autres instances sociales. C'est dans ce sens là que j'emploie le terme "mode de production dominant" et non celui d'exploitation.<br /> Ainsi quand, a contrario, je souligne que la haine individuelle, fut-elle reprise par de nombreux individus n'est pas un racisme, il faut entendre qu'elle ne constitue pas en son aspect collectif ce tout social que constitue un mode de production dominant à travers tous les aspects des rapports sociaux tel que Marx l'a souligné moult fois.<br /> 2/ Ici s'oppose, me semble-t-il, d'une part une vision idéaliste et individualiste qui fait "tomber du ciel des idées" un affect. Elle correspond à la définition que tu rappelles donnée par la CNCDH et d'autre part une analyse matérialiste, collective et dynamique. Celle-ci n'empêchant pas, bien sûr et bien au contraire, de saisir la complexité du réel "raciste", de ses causes, de ses expressions et de ses modes d'action. Mais, vieux réflexe, je me méfie des approches "universalistes"!!<br /> II/ Approche pratique:<br /> 1/ Le débat ci-dessus ne conduit pas à une discussion stérile sur "racisme ou pas", mais bel et bien sur des choix stratégiques dans la lutte.<br /> A ce sujet nous sommes d'accord quand:<br /> ./ Tu rappelles et précise fort justement que les contradictions économiques (je ne limite pas mon analyse à cela -voir I/1/-) ne produisent pas mécaniquement (à elles seules et même en y rajoutant l'ensemble des rapports sociaux) la conscience de classe et qu'il faut, (pour faire faire le saut qualitatif du désespoir, du dégoût et de la colère à la conscience des causes réelles) une pratique politique, syndicale, culturelle, organisationnelle,<br /> ./ Et que plus (trop, je te l'accorde) rapidement je pose le principe de "notre combat marxiste pour faire avancer les consciences de tous".<br /> 2/ Enfin sur ce dernier point, nous serons d'accord encore pour dire que notre discussion serait pour le coup stérile si ex abrupto nous la transférions telle quelle d'un cercle de réflexion marxiste au discours militant à tenir dans la lutte pour convaincre.<br /> Mais à partir de là commence à se dessiner notre désaccord final. Non il n'y a rien de spontané quand les "une partie des travailleurs entend le mot racisme comme la désignation de situation concrète". C'est le résultat des préjugés inculqués par la fantastique machinerie des moyens idéologiques de domination que déploie les bourgeoisies.<br /> Et le choix stratégique de "caresser la bête dans le sens du poil", de "ne pas heurter les travailleurs qui trouvent normal que l'Autre soit malmené puisqu'il est un danger pour le Soi", pour le coup me paraît flirter dangereusement avec le réformisme qui concède et prétend contourner les problèmes pour les mieux régler plus tard.<br /> Je ne reviens pas ici pour ne pas faire trop long sur la notion gramscienne d'hégémonie, mais pour le faire simple: la bataille doit être menée sans sous-estimer les exploités ni notre capacité à les convaincre. On ne peux, à mon sens, admettre l'idée statique et adialectique "99% des gens... se borneront à considérer comme racistes les préjugés et les actes hostiles rencontrés dans la vie quotidienne".<br /> Nombreux sont ceux qui ne portent pas ses idées. Les autres sont à convaincre en leur apportant des outils de compréhension et surtout des proposition programmatiques de changement favorable à tous.<br /> Fallait-il ne pas dénoncer les théories et les actes anti-sémites ou les massacres des italiens, etc... dans les années 1930? Je crois savoir que nos anciens Camarades du PCF de l'époque ne s'abandonnèrent pas à cette faiblesse "morale", théorique et pratique.<br /> Comme tu le dis en ta conclusion "la solution ne me paraît pas de renoncer au concept de classe. C'est de l'articuler dialectiquement à l'expérience vécue". Nous sommes d'accord, mais faut-il s'entendre sur les modalités stratégiques de cette articulation. Et, en la matière nul n'a prouvé à ce jour qu'il avait raison ni les Insoumis ni les Camarades du PCF (je ne vois pas l'intérêt de polémiquer sur les sauveurs suprêmes").
L
Bonjour Michel Berraud, Cher camarade,<br /> <br /> Merci pour votre analyse stimulant parce que vous mettez le doigt sur une vraie difficulté de méthode : comment articuler une définition matérialiste du racisme avec la réalité concrète des rapports interindividuels et des discriminations, sans tomber ni dans le réductionnisme identitaire, ni dans un réductionnisme économiste. À mon sens, votre intuition marxiste est juste. Mais vous poussez trop loin la distinction entre racisme et hostilité individuelle. Et la réponse de Gilles Questiaux pointe précisément cette faiblesse.En effet, vous commettez, à mon avis, un glissement problématique : « La différence entre l’expression d’une haine individuelle […] n’est pas du racisme car elle n’est pas au fondement d’une exploitation. » C’est précisément là que le matérialisme dialectique doit nous empêcher de confondre une détermination structurelle avec une condition nécessaire et suffisante.<br /> <br /> Une pratique raciste peut avoir une dimension individuelle et être socialement produite et reproduite par des rapports sociaux. Elle n’a pas besoin, à chaque occurrence particulière, de constituer directement une exploitation capitaliste pour être raciste.La CNCDH adopte d’ailleurs une approche beaucoup plus large : elle considère comme relevant du racisme les actes et discriminations fondés notamment sur l’origine, l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une « race » ou une religion, et insiste explicitement sur le fait qu’il faut combattre toutes les formes de racisme. <br /> <br /> Mais Gilles Questiaux commet lui aussi une réduction. Sa réponse : « 99 % des gens n’utiliseront pas cette définition “MH” du racisme » me paraît politiquement juste comme objection au langage militant, mais insuffisante théoriquement. Le problème n’est pas simplement que « les gens » ont une définition différente. Le véritable problème semble être celui-ci : une catégorie scientifique ne doit pas devenir un instrument permettant de déclarer irréels des phénomènes vécus. Si quelqu’un est insulté, agressé, écarté d’un emploi ou discriminé parce qu’il est perçu comme blanc, noir, arabe, juif, rom, asiatique, etc., il existe un phénomène social objectivable. Ensuite seulement vient l’analyse de ses causes, de son inscription institutionnelle, de sa fréquence, de sa fonction sociale et de son rapport aux structures de classe. C’est justement ce que permet une approche dialectique.La CNCDH souligne actuellement que les formes de racisme ont des histoires et des spécificités différentes, tout en refusant de les opposer. Son approche universaliste consiste précisément à combattre les différentes formes de racisme sans établir entre elles une hiérarchie préalable. Comme l’a fait justement Fabien Roussel en répondant à Cnews alors que tous les gauchistes radicool populiste soit disant insoumis lui sont tombés dessus et avec leur méthode issue du trotskisme ont intenté un procès politique en trahison. <br /> <br /> Melenchon n’a pas arrêté cette campagne de calomnie et en tire un avantage electoraliste comme toujours. Cela le décrédibilise pour représenter le camp progressiste et révèle son jeu capitaliste.<br /> <br /> Car les données françaises montrent que le phénomène n’est absolument pas réductible à quelques comportements anecdotiques : pour 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé 9 737 crimes ou délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, tandis que la CNCDH estime à environ 1,2 million le nombre annuel de personnes déclarant avoir subi une atteinte à caractère raciste. <br /> <br /> C’est ici que la grille historique du PCF « classe puis expériences sociales puis représentations » est particulièrement utile. Le racisme n’est donc ni : « une simple opinion individuelle » ni : « uniquement un mécanisme directement organisé par la classe capitaliste pour exploiter telle population ».<br /> <br /> Il est un rapport social historiquement constitué, qui peut prendre des formes institutionnelles, économiques, politiques, culturelles et interindividuelles. Et ces niveaux ne sont pas identiques. Une insulte raciste n’est pas équivalente à une politique coloniale. Une discrimination à l’embauche n’est pas équivalente à l’esclavage. Une représentation culturelle raciste n’est pas équivalente à une exploitation économique. Mais les séparer absolument serait tout aussi faux que les confondre.<br /> <br /> Cher Bernard Berraud, tu écris en substance qu’il n’existerait pas de système de classes utilisant la « blancheur » comme fondement de discrimination et d’exploitation.On peut parfaitement soutenir historiquement que le racisme colonial européen et la racialisation des populations colonisées ont eu une place spécifique dans la formation du capitalisme mondial, sans en déduire que toute hostilité envers une personne blanche serait inexistante ou nécessairement dépourvue de caractère raciste.<br /> <br /> Il faut distinguer trois propositions :<br /> 1. Existe-t-il une histoire spécifique du racisme colonial et de la racialisation des populations colonisées ? Oui.<br /> 2. Les différentes formes de racisme ont-elles exactement la même histoire, la même puissance institutionnelle et les mêmes effets sociaux ? Non.<br /> 3. Une hostilité visant une personne parce qu’elle est perçue comme blanche peut-elle être qualifiée de raciste ? Dans le sens courant et dans les définitions universalistes du racisme, oui.<br /> <br /> La troisième proposition n’efface absolument pas la première. C’est là que certaines discussions militantes deviennent stériles : elles transforment une question de différenciation des formes et des fonctions du racisme en question binaire : « racisme ou pas racisme ? » Or le matérialisme historique devrait justement nous permettre de poser une question plus riche : Quel racisme ? Produit par quels rapports sociaux ? Porté par quelles forces ? Dans quelles institutions ? Avec quels effets matériels ? Sur quelles représentations s’appuie-t-il ? Et comment s’articule-t-il aux rapports de classe ?<br /> <br /> Et je trouve que ta dernière phrase est finalement la plus intéressante. Tu formules bien que les conséquences réelles de l’exacerbation des contradictions du capital peuvent devenir des ferments du rapprochement des exploités. Oui, mais il manque une médiation fondamentale : ce rapprochement n’est jamais automatique. C’est l’une des grandes leçons léninistes d’Antonio Gramsci. La crise du capital peut produire une convergence objective des intérêts de travailleurs différents. Mais elle peut aussi produire concurrence, ressentiment, racialisation, nationalisation des frustrations et fractionnement du bloc populaire. C’est la faiblesse du gauchisme de la convergence des luttes: qui ne séduit que les classes intermédiaires et la jeunesse sans formation et encadrement politique marxiste.<br /> <br /> Autrement dit : la contradiction économique objective ne produit pas mécaniquement la conscience de classe. Il faut une pratique politique, syndicale, culturelle et organisationnelle permettant de transformer les expériences dispersées en conscience commune et en organisation collective.<br /> <br /> Et c’est ici que la réponse de Gilles Questiaux touche quelque chose de fondamental : si une partie des travailleurs entend le mot « racisme » comme la désignation de situations concrètes qu’elle rencontre, lui expliquer qu’une partie de ces phénomènes « n’est pas vraiment du racisme » parce qu’elle ne satisfait pas une définition structurelle préalable peut effectivement produire une contradiction entre le concept militant et l’expérience populaire. Mais, en stalinien, la solution ne me paraît pas de renoncer au concept de classe. C’est de l’articuler dialectiquement à l’expérience vécue.
R
Ce commentaire tombe à pic pour illustrer le problème : 99% des gens n'utiliseront pas cette définition "MH" du racisme, mais se borneront à considérer comme racistes les préjugés et les actes hostiles rencontrés dans la vie quotidienne. Nier alors le racisme anti-blanc pour eux sera comme nier une évidence vécue pour des raisons peu claires ou malsaines.
L
Cher Gilles Questiaux, Cher camarade,<br /> <br /> Je voudrais prolonger fraternellement cette discussion sur un point qui me paraît essentiel : il faut aussi déconstruire le piège politique dans lequel l’extrême droite (RN, Cnews etc.) cherche à enfermer cette question.<br /> <br /> Elle part d’un phénomène réel — des actes ou propos hostiles visant des personnes parce qu’elles sont perçues comme blanches — puis cherche à en faire la preuve que les « Français de souche » seraient aujourd’hui les véritables victimes d’un système qui les opprimerait. C'est le verso du recto des indigénistes du PIR. C’est une véritable inversion victimaire : on part d’un fait particulier pour construire un récit général opposant les populations entre elles et détournant la colère sociale de ses causes économiques et sociales.<br /> <br /> Mais la réponse communiste ne peut pas être le déni inverse. C’est précisément ce que Fabien Roussel avait rappelé sur CNews en mars 2025 : « Bien sûr qu’il existe », avant de mettre sur le même plan le racisme anti-Blanc, anti-Noir, anti-Chinois et anti-Asiatique, en ajoutant que « le racisme de toutes sortes » sert à « diviser le peuple, à diviser les Français, quelles que soient leur couleur et leur origine ». C’est une position beaucoup plus universaliste et matérialiste qu'à eux Fabien que le procès qui lui a été fait : reconnaître un racisme particulier ne revient évidemment pas à nier l’histoire du colonialisme, de l’esclavage ou les discriminations systémiques.<br /> <br /> C’est d’ailleurs assez ironique de voir LFI, et tous ceux qui voteront Méluch en 2027, lui reprocher cette position alors que leur propre discours peut parfois contribuer à enfermer les travailleurs dans des identités concurrentes de victimes. Le problème n’est pas de savoir quelle catégorie aurait le monopole de la souffrance, mais comment le capitalisme produit, entretient ou instrumentalise les divisions entre fractions du peuple. La « victimisation inversée » de l’extrême droite et la concurrence victimaire à gauche peuvent ainsi, malgré leurs différences politiques évidentes, avoir un même effet : éloigner de la question fondamentale de l’unité de classe.<br /> <br /> Et Fabien Roussel a bien confirmé notre ligne rouge à la Fête de l’Humanité 2026. Il y a défendu « l’égalité réelle » et déclaré vouloir « refuser toute forme de racisme et d’antisémitisme », demandant que « chaque mot, chaque geste raciste, antisémite et homophobe soit immédiatement dénoncé et condamné ». Il ajoutait : « Ce n’est pas le voile qui menace la République, c’est le racisme, l’antisémitisme et toute forme de discrimination. »<br /> <br /> Pour moi, c’est précisément la ligne communiste à tenir :<br /> -ne pas nier le racisme systémique et ses déterminations historiques ;<br /> -ne pas nier davantage les actes racistes qui peuvent viser n’importe quelle population<br /> -refuser la concurrence des victimes ;<br /> -et surtout ne jamais laisser la question raciale se substituer à l’analyse de classe.<br /> <br /> Il faut toujours combattre simultanément le racisme et le racialisme, les discriminations et l’identitarisme.<br /> <br /> Autrement dit : ne laissons ni l’extrême droite transformer une réalité en arme de division, ni une partie de la gauche nier cette réalité au risque de perdre une partie du peuple. Le travail des communistes est précisément de partir du réel pour reconstruire l’unité des travailleurs et du peuple autour de leurs intérêts communs. <br /> <br /> Fraternellement,
Répondre
L
Merci pour ce texte, qui pose une question importante : une politique communiste ne peut enfermer les individus dans des identités concurrentes de victimes et de coupables. Le rappel de l’universalisme et de la centralité de la classe est donc salutaire. Mais je crois que la dialectique nous invite à pousser le raisonnement un peu plus loin. Reconnaître qu’une hostilité visant des Blancs peut relever du racisme ne signifie évidemment pas nier les formes historiques et systémiques produites par le colonialisme et l’impérialisme. Les deux réalités peuvent exister simultanément, avec des déterminations et des effets différents.<br /> <br /> Inversement, rapporter le racisme aux rapports de classe est nécessaire, mais ne doit pas conduire à une réduction inverse. Une idéologie produite dans certaines conditions matérielles acquiert une autonomie relative et agit ensuite sur les rapports sociaux. L’antisémitisme, par exemple, ne peut être réduit à la seule fonction économique historiquement attribuée aux Juifs : cette représentation finit par s’essentialiser et à viser des individus indépendamment de leur position réelle dans les rapports de production.<br /> <br /> C’est précisément là que le matérialisme dialectique me semble plus fécond que l’opposition « identité ou classe » : étudier comment rapports de production, classes, groupes sociaux, institutions, histoire et représentations se déterminent réciproquement. L’universalisme communiste ne consiste donc ni à nier les discriminations particulières ni à les transformer en identités politiques séparées. Il consiste à partir du concret pour rechercher ce qui permet leur dépassement dans l’organisation collective.<br /> <br /> Combattre le racialisme sans nier le racisme ; combattre l’identitarisme sans nier les discriminations ; remettre la classe au centre sans en faire une explication mécanique de tout.<br /> <br /> Fraternellement
Répondre