Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Réveil Communiste

Pouvoir ouvrier à Los Angeles !

14 Octobre 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #États-Unis, #classe ouvrière, #Economie, #GQ

Los Angeles, future Havane ?

Los Angeles, future Havane ?

Les ouvriers ou ce qu’il reste de ce groupe social en Occident ne votent plus à gauche et ne sont plus touchés par le discours socialiste et égalitaire qui motivait leurs aïeux. Plus exactement, les classes populaires peuvent être divisées en trois groupes (à la hache), les travailleurs autochtones ou assimilés, les travailleurs de l’immigration, et les professions intermédiaires. Le premier groupe reste le plus nombreux, même si on peut penser (à voir les résultats des élections à Berlin, par exemple), qu’il est moins nombreux maintenant tendanciellement que la somme des deux autres. Or d’aucun de ces groupes ne paraît provenir maintenant une aspiration claire au socialisme dans ce qu’il implique au-delà d’une simple nécessaire mais simpliste redistribution de l’argent de milliardaires.

C’est essentiellement parce que la classe ouvrière dans nos pays a été privée de son élite intellectuelle, qui est partie de son coté depuis mai 68 vivre ses aventures petites bourgeoises.

L’individualisme idéologique et la consommation jouent leur rôle. Ce n’est qu’aux États-Unis et peut être au Royaume-Uni qu’un renouveau de la conscience de classe politique pourrait avoir lieu spontanément, sur le sol du mode de production, à cause de la dégradation dramatique de la vie quotidienne des travailleurs qui se produit dans ces pays plus rapidement qu’ailleurs.

Le changement dans l’éducation de masse est l’une des causes de ce déracinement de la culture de gauche dans la classe ouvrière. Les enfants d’ouvriers qui ont des aptitudes pour l’étude ou de l’appétence pour le savoir abstrait sont massivement canalisés de nos jours vers des études supérieures factices qui leur donnent des prétentions sans qualification et qui aboutissent à des professions du tertiaire sous payées, voire carrément à solliciter l’assistanat, où ils se retrouvent en concurrence avec les cadets de la bourgeoisie à la recherche de salaires d’appoint. Un bac plus 3 actuel est moins bien armé intellectuellement et moins bien rémunéré toutes choses égales par ailleurs qu’un titulaire du certificat des études il y a cinquante ans de cela : s’il a en effet une culture superficielle plus étendue, son niveau d'assimilation, ses compétences techniques et logiques sont en chute libre.

Il n’existe donc plus pour le prolétariat un vivier de cadres politiques d’origine ouvrière directe ou vivant encore dans la classe ouvrière, qu'il pourrait instruire et former suivant ses principes comme il a pu longtemps le faire, et ceux qui restent sont plus perméables que jamais aux discours de division distillés à leur intention par les médias qui consistent essentiellement à opposer les individus entre eux sur des questions idéologiques superficielles ou carrément sans fondement. En conséquence les cadres des parti de gauche se renouvellent par tradition familiale ou par adhésion à un récit héroïque romancé. La gauche au lieu d'être un camp dans la lutte des classes évolue pour devenir une identité subjective sur le marché, une de plus.

La crétinisation – et pas seulement celle des classes populaires - par le spectacle marchand et l’individualisme de masse, en cours depuis la seconde guerre mondiale, a fait le reste et porté ses fruits pourris. Certains idéologues libéraux ou réactionnaires se préoccupent même outre atlantique de la prévalence des idées d’extrême-gauche chez les rejetons de la bourgeoisie qu'ils voient comme un danger … et qui signifie plutôt que l’écroulement des exigences dans l’instruction de base aboutit au fait que seuls quelques privilégiés déclassés auront encore acquis dans le système scolaire le bagage culturel qui permet de lire Marx ou Lénine avec quelque profit.

Par ailleurs la production d’un grand nombre d’intellectuels sous payés ou voués au chômage – et actuellement directement menacés par le développement de l’IA - a développé un néo-prolétariat intermédiaire qui tend à devenir la base électorale de la gauche dite radicale.

En ce sens la candidature Mélenchon se justifie pour la simple raison que ces couches intermédiaires superficiellement qualifiées sont maintenant majoritaires en France ou en tous cas bien plus nombreuses que la classe ouvrière proprement dite. En termes purement électoralistes, il n’y a pas d’alternative. En termes autres, il n’y a plus pour le moment de visée socialiste dans les masses.

Ce qui subsiste de socialisme dans le monde – notamment en Chine - a pris une coloration méritocratique, ce qu’on aurait désigné autrefois avec mépris comme technocratique. L’émancipation de travailleurs par les travailleurs eux mêmes n’est plus nulle part à l’horizon. Devant les abus du capitalisme débridé la prise contrôle collectif des moyens de production a le vent en poupe dans la dite « génération Z ». Mais le pouvoir ouvrier, non. En Chine les masses sont encore dans l’euphorie de la disparition de la pauvreté procurée par le « socialisme par en haut », mais risquent à brève échéance de retomber dans le désenchantement, dans la lignée de celui qui affecta le progrès social indéniable en Occident, dans les années 1970. Le prolétariat des pays émergents ne sera pas satisfait simplement parce que la génération précédente a vu sa condition s’améliorer par le simple jeu du rattrapage économique piloté par l’État.

Or le socialisme repose sur deux pieds : la direction politique et le mouvement de masse. Si l’un manque, sa perspective de victoire à l’échelle mondiale reste mince, et il est voué aux combats d’arrière garde.

Encore en ce domaine, les États-unis et le monde anglophone feront peut être exception.

La classe ouvrière est un composite d’éléments humains objectifs qui évoluent avec les forces productives, et d’une ou plusieurs organisations politiques (et non simplement syndicales) qui sont vouées à la représenter et à en incarner la conscience. Les territoires, les quartiers et les usines qui servaient de milieu incubateur a cette conscience sociale ont disparu ou ont été disciplinés, mais ils se reconstituent par vagues dans l’espace déterritorialisé du Net dont le centre de gravité physique et humain reste le territoire nord-américain, où ses contradictions se révèlent le mieux – et nulle part ailleurs mieux qu’en Californie - et pour nous francophones, peut-être au Québec.

Alors, Los Angeles va-t-elle devenir la métropole révolutionnaire du XXIème siècle ? 

GQ, 24 septembre 2026


 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Cher Gilles Questiaux,<br /> <br /> Je trouve votre analyse intéressante et stimulante lorsqu’elle pose la question essentielle du passage de la classe ouvrière objective à une force politique consciente et organisée.<br /> <br /> Mais je pense qu’elle se contredit lorsqu’elle transforme ensuite ce problème de classe en constat électoral : puisque les « couches intermédiaires » seraient désormais majoritaires, la candidature Mélenchon deviendrait pratiquement incontournable pour vous. C’est notre désaccord. Vous passez de Marx à la sociologie électorale.<br /> <br /> Or la classe ouvrière n’a pas disparu. Elle s’est métamorphosée avec les transformations du capitalisme : désindustrialisation, tertiarisation, logistique, plateformes, sous-traitance, travailleurs des services, salariés qualifiés, professions intermédiaires. La question n’est donc pas de chercher où serait passée « l’ancienne » classe ouvrière, mais de savoir comment réunifier politiquement des fractions désormais dispersées du salariat.<br /> <br /> Et c’est ici que votre analyse qui a de la tendresse pour l’ère du peuple et son populisme me semble sous-estimer le rôle du syndicalisme et d’un parti politique de classe, communiste. Le syndicat organise le rapport de force dans le travail ; le parti permet de relier ces luttes particulières à une compréhension d’ensemble des rapports sociaux, à une stratégie et à la conquête du pouvoir politique. L’un ne remplace pas l’autre.<br /> <br /> L’expérience française de 2023 devrait d’ailleurs nous rendre prudents devant les formes de populisme qui prétendent parler directement au « peuple » en contournant les médiations organisées du mouvement ouvrier.<br /> <br /> Sur les retraites, la stratégie parlementaire de LFI, imposé par Melenchon à son groupe parlementaire en humiliant Francois Ruffin qui était le chef de file désigné des députés LFI sur ce sujet et qui appuyait lui la stratégie de coopération syndicale, a contribué à empêcher l’examen de l’article 7, tandis que le gouvernement a finalement utilisé le 49.3 pour faire adopter le texte. L’Assemblée par de Courson (LIOT) a elle-même relevé que l’absence de vote sur l’article 7 avait empêché les députés de se prononcer sur le recul de l’âge légal.<br /> <br /> On peut évidemment discuter les tactiques parlementaires employées et leurs intentions.<br /> <br /> Mais le résultat politique mérite d’être interrogé : une mobilisation sociale massive, portée notamment par l’intersyndicale, n’a pas débouché sur une traduction institutionnelle permettant au Parlement de se prononcer sur le cœur de la réforme. Macron et son gouvernement ont réussi à éviter l’article 7. Le ministre de la santé Aurélien Rousseau, signataire de cette réforme, a été désigné candidat NFP, sans LFI en face. Au lieu de présenter un LFI contre le PCF dans la 93-04 ou Vezeralli à Paris contre Simlonnet : Melenchon a fait son choix.<br /> <br /> Cher Gilles Questiaux, un conseil : tu devrais relire le portait par Maurice Thorez de Leon Blum : « Tel qu’il est ». Tu verrais qu’en 1926, Blum le Melenchon de l’époque était une imposture. <br /> <br /> Reveillez-vous les camarades ! Le populisme social-démocrate est une impasse et nous devons comme à l’époque soutenir Pierre Semard et l’autonomie du parti tout en travaillant à l’unité d’action à la base. <br /> Le véritable enjeu est de construire une alliance consciente des différentes fractions du peuple travailleur, à partir de leurs rapports communs au capital, en articulant action syndicale, organisation politique, formation militante et conquête démocratique du pouvoir. La faiblesse de l’électoralisme est de prendre la composition présente de l’électorat comme une donnée immuable et d’en déduire la stratégie politique. Une politique de classe doit faire l’inverse : partir des contradictions réelles du capitalisme pour contribuer à transformer les expériences dispersées des travailleurs en conscience, en organisation et en force collective.<br /> <br /> La question n’est donc pas : « quelle gauche correspond aujourd’hui à la sociologie électorale ? » Elle est beaucoup plus exigeante : comment reconstruire une capacité autonome du monde du travail à se représenter lui-même et à transformer les rapports sociaux ?<br /> <br /> Fraternellement,
Répondre
L
Je te rejoins sur le refus d’une conception nostalgique du PCF ou du PCI historiques. Leur histoire ne peut évidemment pas être transformée en modèle à restaurer, puisqu’il faut aussi analyser leurs contradictions, leurs erreurs et les raisons historiques de leur recul. Mais je pense qu’il faut distinguer « ne pas reproduire une forme historique » de « renoncer à ce que cette forme avait permis de construire ». C’est précisément là que l’analyse dialectique de leur expérience me paraît utile.<br /> <br /> Sur Mélenchon, je comprends ta formule : tu ne dis pas qu’il serait Lénine ou Chavez, mais simplement qu’à tes yeux il vaut mieux que Macron. C’est le cas de beaucoup de monde.<br /> <br /> Manifestement, Melenchon est poussé par les sondages pour priver toute reconstruction et liquider la gauche face à l’extrême droite car le RN surclassé actuellement les gauches.<br /> <br /> Pour beaucoup de françaises et de français Marine Le Pen vaut mieux que Macron et aussi que Melenchon qui insulte ses partenaires, torts les bras et incarne l’autoritarisme : demander à Marc Dolez, Christian Piquet, Francois Coq, Charlotte Girard, Hendrik Davi, Raquel Garrido, etc. <br /> <br /> Vous avez le droit de vouloir juste réveiller la vieille sociale-démocratie à la mode Guy Mollet et Francois Mitterrand avec le vote utile ou efficace et le refus par tactique electoraliste de soutenir le PC. <br /> <br /> Cela pose toutefois une autre question que celle de la construction d’une organisation de classe.<br /> <br /> Comparer deux offres politiques dans une conjoncture donnée ne répond pas en soi au problème historique de l’autonomie politique du monde du travail, ni à celui de son organisation durable.<br /> <br /> Et sur le dernier point, je suis assez d’accord avec vous : si nous disposions aujourd’hui d’une méthode éprouvée pour reconstituer immédiatement un parti du prolétariat, la situation serait évidemment différente. Mais l’un des blocages est l’opportunisme electoraliste comme le<br /> radicalisme à la Bordiga pour en venir à voter pour des réformistes sociaux démocrates qui n’évoquent jamais les rapports sociaux du moins leur transformation alors que vous etes un lecteur averti de Gramsci. Mais je ne suis pas sûr que « nous ne savons pas encore comment le faire » permette d’en déduire que la question est devenue sans objet. C’est justement le problème à travailler à partir des conditions matérielles actuelles, et non à partir du souvenir d’une forme passée ou prêcher la résignation et l’opportunisme electoraliste par dépit de ses propres défaites personnelles : transformation de la classe ouvrière, recomposition du salariat, affaiblissement des organisations collectives, rapport entre syndical, politique et institutions, nouvelles formes de conscience et d’organisation. Domenico Losurdo a publié Fuir l’histoire : vous avez du le lire. Le refus de l’auto phobie et le processus d’apprentissage devraient nous aider à avanver et pas<br /> à reculer ; ce qui est votre proposition en soutenant Chantal Mouffe et le populisme rose vif.<br /> <br /> Autrement dit, je ne défends ni la restauration du PCF historique ni l’idée qu’il suffirait de trouver aujourd’hui un nouvel homme providentiel. La question qui m’intéresse est plutôt : qu’est-ce que les expériences passées nous permettent de comprendre des conditions nécessaires à l’organisation politique du monde du travail aujourd’hui, et quelles formes nouvelles peuvent en découler ? C’est à mon sens là que l’histoire devient réellement dialectique : ni répétition du passé, ni table rase.
R
Je pense qu'il ne faut pas partir d'une conception nostalgique du rôle du PCF ou du PCi historiques qui après tout sans démériter n'ont pas prévalu. Mélenchon n'est ni Lénine ni Chavez mais c toujours mieux que Macron, je ne vais pas plus loin et je n'y prétend pas. Et pour c qui est de reconstituer un parti du prolétariat effectif si quelqu'un savait le faire nous aussi on le saurait.
Z
Une révolution populaire et sociale au Etats-Unis d'Amérique du Nord est le principal espoir de paix dans le monde, avec ou sans violence et appuyée sur la lutte des classes, ceux d'en bas contre ceux d'en haut. Quand on voit l'état des métropoles étasuniennes et celles de la côte Pacifique en particulier, le terrain peut être un bon terreau pour faire germer une nouvelle grande révolution, aussi féconde que les révolutions passées en Europe.
Répondre