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Réveil Communiste

Pouvoir ouvrier à Los Angeles !

24 Septembre 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #États-Unis, #classe ouvrière, #Economie, #GQ

Los Angeles, future Havane ?

Los Angeles, future Havane ?

Les ouvriers ou ce qu’il reste de ce groupe social en Occident ne votent plus à gauche et ne sont plus touchés par le discours socialiste et égalitaire qui motivait leurs aïeux. Plus exactement, les classes populaires peuvent être divisées en trois groupes (à la hache), les travailleurs autochtones ou assimilés, les travailleurs de l’immigration, et les professions intermédiaires. Le premier groupe reste le plus nombreux, même si on peut penser (à voir les résultats des élections à Berlin, par exemple), qu’il est moins nombreux maintenant tendanciellement que la somme des deux autres. Or d’aucun de ces groupes ne paraît provenir maintenant une aspiration claire au socialisme dans ce qu’il implique au-delà d’une simple nécessaire mais simpliste redistribution de l’argent de milliardaires.

C’est essentiellement parce que la classe ouvrière dans nos pays a été privée de son élite intellectuelle, qui est partie de son coté depuis mai 68 vivre ses aventures petites bourgeoises.

L’individualisme idéologique et la consommation jouent leur rôle. Ce n’est qu’aux États-Unis et peut être au Royaume-Uni qu’un renouveau de la conscience de classe politique pourrait avoir lieu spontanément, sur le sol du mode de production, à cause de la dégradation dramatique de la vie quotidienne des travailleurs qui se produit dans ces pays plus rapidement qu’ailleurs.

Le changement dans l’éducation de masse est l’une des causes de ce déracinement de la culture de gauche dans la classe ouvrière. Les enfants d’ouvriers qui ont des aptitudes pour l’étude ou de l’appétence pour le savoir sont massivement canalisés de nos jours vers des études supérieures factices qui leur donnent des prétentions sans qualification et qui aboutissent à des professions du tertiaire sous payées voire carrément à solliciter l’assistanat, où ils se retrouvent en concurrence avec les cadets de la bourgeoisie à la recherche de salaires d’appoint. Un bac plus 3 actuel est moins bien armé intellectuellement et moins bien rémunéré toutes choses égales par ailleurs qu’un titulaire du brevet des écoles il y a cinquante ans : s’il a en effet une culture superficielle plus étendue, ses compétences techniques et logiques sont en chute libre.

Il n’existe donc plus pour le prolétariat un vivier de cadres politiques d’origine ouvrière directe ou vivant encore dans la classe ouvrière, et ceux qui restent sont plus perméables que jamais aux discours de division distillés à leur intention par les médias qui consistent essentiellement à opposer les individus entre eux sur des questions idéologiques superficielles ou carrément sans fondement.

La crétinisation – et pas seulement celle des classes populaires - par le spectacle marchand et l’individualisme de masse, en cours depuis la seconde guerre mondiale, ont porté leurs fruits. Certains idéologues libéraux ou réactionnaires se préoccupent même outre atlantique de la prévalence des idées d’extrême-gauche chez les rejetons de la bourgeoisie qu'ils voient comme un danger … et qui signifie plutôt que l’écroulement des exigences dans l’instruction de base aboutit au fait que seuls quelques privilégiés déclassés auront encore acquis dans le système scolaire le bagage culturel qui permet de lire Marx ou Lénine avec quelque profit.

Par ailleurs la production d’un grand nombre d’intellectuels sous payés ou voués au chômage – et actuellement directement menacés par le développement de l’IA - a développé un néo-prolétariat intermédiaire qui tend à devenir la base électorale de la gauche dite radicale.

En ce sens la candidature Mélenchon se justifie pour la simple raison que ces couches intermédiaires superficiellement qualifiées sont maintenant majoritaires en France ou en tous cas bien plus nombreuses que la classe ouvrière proprement dite. En termes purement électoralistes, il n’y a pas d’alternative. En termes autres, il n’y a plus pour le moment de visée socialiste dans les masses.

Ce qui subsiste de socialisme dans le monde – notamment en Chine - a pris une coloration méritocratique, ce qu’on aurait désigné autrefois avec mépris comme technocratique. L’émancipation de travailleurs par les travailleurs eux mêmes n’est plus nulle part à l’horizon. Devant les abus du capitalisme débridé la prise contrôle collectif des moyens de production a le vent en poupe dans la dite « génération Z ». Mais le pouvoir ouvrier, non. En Chine les masses sont encore dans l’euphorie de la disparition de la pauvreté procurée par le « socialisme par en haut », mais risquent à brève échéance de retomber dans le désenchantement, dans la lignée de celui qui affecta le progrès social indéniable en Occident, dans les années 1970. Le prolétariat des pays émergents ne sera pas satisfait simplement parce que la génération précédente a vu sa condition s’améliorer par le simple jeu du rattrapage économique piloté par l’État.

Or le socialisme repose sur deux pieds : la direction politique et le mouvement de masse. Si l’un manque, sa perspective de victoire à l’échelle mondiale reste mince, et il est voué aux combats d’arrière garde.

Encore en ce domaine, les États-unis et le monde anglophone feront peut être exception.

La classe ouvrière est un composite d’éléments humains objectifs qui évoluent avec les forces productives, et d’une ou plusieurs organisations politiques (et non simplement syndicales) qui sont vouées à la représenter et à en incarner la conscience. Les territoires, les quartiers et les usines qui servaient de milieu incubateur a cette conscience sociale ont disparu ou ont été disciplinés, mais ils se reconstituent par vagues dans l’espace déterritorialisé du Net dont le centre de gravité physique et humain reste le territoire nord-américain, où ses contradictions se révèlent le mieux – et nulle part mieux qu’en Californie.

Alors, Los Angeles va-t-elle devenir la métropole révolutionnaire du XXIème siècle ? 

GQ, 24 septembre 2026


 

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