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Réveil Communiste

L'aversion au risque létal va-t-il provoquer la défaite de l'Empire occidental ?

5 Juillet 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #États-Unis, #Iran, #Venezuela, #Cuba, #lutte contre l'impérialisme, #GQ

Pour les pertes matérielles des États-Unis en Iran, les preuves sont là

Pour les pertes matérielles des États-Unis en Iran, les preuves sont là

Les faibles pertes humaines annoncées par l’armée des États-Unis dans sa guerre contre l’Iran, et qui même minorées pour les besoins de la propagande reflètent une réalité, sont le signe d’une grande expérience du combat moderne et d’une force militaire qui reste énorme malgré un déclin relatif. Elles sont aussi une nécessité pour le moral de ses soldats et pour leur esprit de corps, et aussi une arme de la guerre psychologique pour décourager d’avance toute résistance comme inutile face à cette sorte d’invulnérabilité.

Les nombreuses fakes et fausses annonces plutôt contre-productives que les adversaires des États-Unis font circuler à ce sujet montrent bien que ça marche, qu’ils ressentent une grande frustration à ne pas pouvoir constater que l’adversaire encaisse des coups, au point de sous-estimer leurs véritables forces qui se trouvent ailleurs que dans la possibilité de tuer des soldats.

Mais c’est aussi un signe de faiblesse : au XXIème siècle moins que jamais les États-Unis n'acceptent les pertes, ce qui explique pourquoi ils n’atteignent jamais complètement leurs objectifs, qui s’ils ne sont pas clairement annoncés, sont très maximalistes : en dehors de la capitulation sans condition il n’y aura pas de paix avec l’Empire – et c’est dans la logique impériale de toute l’histoire que de considérer toute opposition extérieure comme une rébellion à écraser.

D’où plusieurs stratégies secondaires qui finissent par l’emporter sur la conduite de la guerre même. Éviter les engagements directs au sol, éviter d’exposer les navires et les avions, et chercher en tout engagement une supériorité tactique écrasante. S’attaquer en priorité aux dirigeants et aux cadres politiques et militaires par des attaques de précision à forte préparation technologique. Prendre en connaissance de cause le risque de bavures, même miser là-dessus pour atteindre le moral des civils et provoquer un hypothétique soulèvement intérieur (cet espoir toujours démenti des théoriciens de la guerre totale et des bombardements aérien, depuis plus d’un siècle – si c’était leur but, ils n’ont tout simplement jamais marché). Externaliser les pertes sur des supplétifs locaux, des mercenaires, ou des militaires rayés des effectifs. Parfois dissimuler les pertes quand il y en a (mais la structure de l’armée américaine rend cette démarche difficile). Et finalement se contenter d’imposer la décapitation, le chaos, et l’effondrement social comme une sanction ultime pour ceux qui se révoltent contre l’Empire.

Il n’est d’ailleurs pas très étonnant qu’il y ait un très grand écart entre les pertes des camps en présence dans une guerre asymétrique ; c’est le bilan de toutes les guerres coloniales depuis la Guerre des Gaules de César à la Guerre des Boxers de 1900 en Chine ou à la guerre d’Algérie – et même au front de l’Est de la Seconde Guerre Mondiale.

La Russie mène sa guerre actuellement selon les mêmes principes d’économie, d’où des déboires sur le front ukrainien où elle a choisi une stratégie d’attrition inadéquate, car l’attrition ne peut pas fonctionner contre un adversaire qui dispose d’un financement illimité et qui le restera tant que durera la suprématie monétaire du dollar, et dont les troupes prises en otage par des nazis sont sacrifiables à volonté. La Russie fait la guerre à l’Occident qui n’envoie au casse-pipe pour sa part que les Ukrainiens et des mercenaires. Il ne paye donc aucun coût politique, il ne subit aucune usure de ses forces . Au contraire il acquiert une expérience de la guerre de haute intensité qui faisait visiblement défaut en 2022.

Sur ce front depuis plus de quatre ans le camp occidental considère la réalité comme une construction intellectuelle, et cela curieusement exactement selon les principes postmodernes des universitaires gauchistes américains « woke » qu’on pourrait croire résidents d’une autre planète que le Pentagone. L’échec des Russes pour le moment c’est d’avoir permis que se poursuive cette esquive de la réalité qui déplace la décision du champ de bataille vers la sphère de la communication. Il est vrai qu’en soi l’Ukraine néo-bandériste est une telle construction postmoderne, une anti-Russie tirée du néant par les services occidentaux par l’investissement dans la subversion milliards de dollars depuis l’indépendance de ce pays en 1991.

Au Venezuela, les États-Unis expérimentent similairement un concept nouveau : occuper un pays de l’extérieur, lui faire subir le même abaissement que la France a subi de la part de l’Allemagne entre 1940 et 1944, mais sans risquer la vie d'aucun soldat dans le pays. On verra bien jusqu’où ce pari d'oppression à distance sera soutenable. Pour le moment ils ont pu compter sur le fait que leur aversion au risque létal était manifestement partagée par l’armée et la direction politique du Venezuela chaviste. Certes on n'aurait pas voulu être à leur place dans la nuit du 3 janvier à Caracas mais à quoi ça sert de trainer des sabres bolivariens depuis vingt ans si on ne veut pas engager son armée au moment de vérité parce qu’on juge qu'elle ne fait pas le poids ?

Ils voudraient rééditer l’expérience à Cuba, mais cela risque d’être plus difficile, comme le montre la résistance opiniâtre des soldats cubains, jusqu’à la mort, pour défendre Maduro, et aussi l’incident récent où les garde-côtes de l’île ont intercepté et décimé en mer un commando anticastriste armé sans faire de quartier – et sans que les États-Unis malgré les rodomontades permanentes de leur président ne réagissent .

Mais que ce soit pour la guerre d’Iran que pour celle d’Ukraine, ou même à Gaza et au Liban, un jour probable et sans doute assez proche le réel fera retour, et il y aura une décision qui sanctionnera la décadence de l’appareil militaire occidental. On ne peut pas faire la guerre sans des effectifs nombreux de soldats, ou sans des soldats ordinaires qui ne ménagent pas leur exposition au risque. Forces spéciales et localisation high-tech ne peuvent emporter la décision ultime contre des grands pays.

Cependant cette décision n’est pas encore acquise par les retards peu glorieux encourus par la politique de la canonnière dans le détroit d’Ormuz !

Un jour pas très éloigné un nouveau Pearl Harbour enverra à la ferraille une grande partie de la flotte américaine et de l’armée de l’air américaine, qui est déjà obsolète (mais aussi sans doute celles de ses adversaires). Une guerre sans limite territoriale– mais probablement conventionnelle au moins au commencement- s'ouvrira aux confins de la Russie et de la Chine, des opérations de recolonisation vont se multiplier contre leurs amis ailleurs dans le monde, et l'Océan et l’espace aérien mondial y compris l’Arctique deviendront un grand champ de bataille. Ce qui entraînera une crise du commerce international et une modification drastique des mentalités dans les masses métropolitaines qui se réveilleront en sursaut de leur somnambulisme complaisant actuel, et où croîtrons ensemble et contradictoirement pacifisme et bellicisme assumés. A ce moment on assistera parallèlement à une modification de la propagande de guerre dans le sens d’une fascisation et d’une exaltation génocidaire. Comme en Israël. Les deux camps accumulent de l’expérience et des armements nouveaux dans cette perspective. Perspective sinistre mais qui a d'autant plus de chance de se réaliser qu'on continuera à l'ignorer comme les somnambules ignorent les précipices.

Mais l’aversion au risque qui caractérise tous les belligérants devrait alors être dépassée. On ne peut envisager une défaite de l’Occident global que par une décision militaire comparable à celle que les Vietnamiens obtinrent avec les sacrifices que l’on sait à Dien Bien Phu. La meilleure bataille est sans doute celle qui n’a pas lieu, mais ce principe a des exceptions.
 

GQ, 13 mai 2026


 

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