L'idéologie des droits de l'homme contre les droits de l'homme
5 Novembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Qu'est-ce que la "gauche", #Front politique intérieur, #Front historique
L’idéologie des droits de l'homme contre les droits de l'homme (ddh).
La guerre de Gaza a mis l'Empereur à nu.
Brandir bruyamment le drapeau les droits humains est devenu essentiellement un procédé pour salir, dénigrer, amalgamer au fascisme les adversaires du capitalisme et de l’impérialisme, et dégager le terrain pour des projets qui n’en tiennent en réalité aucun compte.
Ce qui compte dans la réalité ce n’est pas que la dénonciation d’un crime contre l'humanité soit publiée, c’est que cette dénonciation reçoive une couverture médiatique et qu'elle ait un impact politique, et les ONG spécialisées le savent très bien quand elles ferment les yeux sur le double standard des médias et des gouvernements sur ces questions. Leurs prises de position actuelles à l’occasion contre Israël ne servent qu’à consolider leur crédibilité chancelante - et à ouvrir une porte de sortie à l'État sioniste qui s'est enfermé dans une impasse.
Il ne peut pas en être autrement. Le militantisme des droits humains ne s’en prend qu’aux États et à leurs gouvernements, et même lorsqu’il prétend à l’objectivité et à censurer pareillement les États grands et petits il est bien clair que censurer les États impérialistes est sans grand effet. Par contre ces derniers utilisent systématiquement pour justifier leurs guerres d’agression la dénonciation des crimes contre l'humanité réels ou imaginaires commis par les États qui tentent de préserver leurs souveraineté, ou ceux dont on leur impute généreusement la responsabilité. Et ils ne dénoncent jamais les délinquants privés du « monde libre » qui font l’essentiel des menaces concrètes contre la liberté individuelle des gens ordinaires dans notre monde - et qui servent bien souvent de supplétifs à la répression politique et sociale.
On dit dans la légende dorée des ONG que ce sont les sanctions et les campagnes d’opinion qui ont fait céder l’Apartheid en Afrique du Sud en 1994. Pas du tout, comme Mandela leur a d'ailleurs clairement signifié, il a cédé à la défaite militaire en Angola devant l’armée cubaine, à ses contradictions économiques et sociales, et à la résistance de la population noire.
L'effet des campagnes s'est limité à révéler qu’il rendait l’Occident impopulaire non pas auprès de braves gens qui y vivaient et qui étaient censés en constituer "l'opinion", mais des dirigeants politiques et des intellectuels des autres continents qu'il importait de contrôler.
Mais il est clair aujourd’hui qu’on peut inventer carrément un génocide en Afrique du Sud et convoquer le président de ce pays devant les caméras, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, pour l'humilier et le punir précisément d’avoir voulu faire jouer les ddh contre Israël pour dénoncer un véritable génocide.
Il est clair qu'on peut inventer un génocide de toute pièce, du moment qu'il se passerait en Chine au Xinjiang et que les ONG institutionnelles vont tout faire pour crédibiliser ces mensonges.
En somme les ddh sont comme les élections : ils ne servent qu'à légitimer après coup des choix déjà actés ! Il faut donc tout comme les élections les utiliser, et notamment pour défendre les militants en bute à la répression, mais n’en être pas dupe.
L’idéologie des droits de l’homme veut universaliser l’État de droit sans voir que ce sont en général justement les institutions judiciaires qui sont les plus fautives de nos jours dans ce domaine.
Au cœur de sa pensée, il y a l’idée que le problème politique est un problème moral et que le mal est réductible en fin de compte à deux choses : à l’arbitraire, et à la violence physique.
Sur le second point, comme l’État est le dépositaire en principe légitime et exclusif de cette violence, l’idéologie ddh travaille à dissoudre l’État au bénéfice des oligarques, les mafiosos, et des fascistes à la langue fourchue. Comme les théories d’éducation nouvelles ont fini par rendre impossible toute éducation par leur angélisme, les ddh finissent par rendre impossible toute politique en désarmant l’État qui seul peut tenir en respect la violence privée.
Quant à l’arbitraire, l’affaiblissement du pouvoir exécutif ouvre le champ à l’arbitraire des tribunaux, au lawfare et aux campagnes d'intimidation et de stigmatisation judiciaire - c'est bien parce que les juges ont dégagé le terrain devant lui que le candidat des banquiers, Macron, est devenu président.
Aujourd’hui l'essentiel de la répression dans les pays occidentaux, et en Amérique latine, est activé sous parapluie légal : les lois d'exception anti-terroristes et celle qui définissent des délits d'opinion se sont multipliées à tel point, et les compétences territoriales, extraterritoriales et temporelles des juridictions se sont étendues à tel point qu'une procédure ad hoc, (voir le cas de Julian Assange, ou le dossier concocté contre Poutine par le TPI) est toujours disponible contre n'importe qui. Ce qui vise à intimider non seulement ceux qui subissent les poursuites, mais aussi l'ensemble de leurs réseaux de soutien ! Rien ne terrorise davantage les militants que d'être amalgamé par la presse amplifiée par la rumeur à un antisémite, à un raciste, à un violeur, à un homophobe, ou à un complotiste.
Finalement la justice devient une arme de la puissance privée. Elle surveille maintenant en surplomb les élections et en règle d’avance le résultat par des procédures qui éliminent d’avance les candidats gênants, ou elle intervient après coup pour légitimer, ou non, les scrutins selon les directions déterminées par les politiques les plus favorables au capital. Les règles qui les encadrent en Europe sont maintenant taillées de telle manière qu’aucun candidat ne peut gagner sans les enfreindre et devenir ainsi l’objet des attentions sélectives des magistrats - et si on n'en trouve pas pour faire le sale boulot dans le pays lui-même on va les chercher dans des tribunaux extraterritoriaux qui se considèrent comme les garants de la démocratie partout dans le monde telle qu’ils la comprennent, c'est à dire conforme aux intérêts métropolitains et occidentaux - comme on vient de voir faire en Roumanie.
Le contrôle de l’arbitraire et de la violence de l’exécutif par des juges ne fait que les confier sans intermédiaire politique à la haute bourgeoisie oligarchique internationale, à ses fondés de pouvoir et à ses médias, sans intermédiaire politique au niveau national qui serait dépositaire de l’intérêt général.
Sans doute en ce moment aux États-Unis Donald Trump et ses partisans donnent le spectacle d'une offensive contre des juges et des principes soi-disant sacrés, comme l'habeas corpus, mais il trouve sans difficulté en chemin d'autres juges pour légaliser ses actions arbitraires a posteriori et elles sont calculées pour piéger ses adversaires dans un discours défensif, moraliste, victimaire et impopulaire.
En réalité en Amérique les tribunaux et les hommes de loi sont détestés, parce que la justice qu'on peut en attendre est directement proportionnée à l'argent qu'on a pour la payer. C'est la justice qui piétine les droits de l'homme aux États-Unis, qui interdit les grèves et les syndicats, qui met les gens à la rue, qui les emprisonne par centaine de milliers pour des dizaines d'années, qui les réduit à la misère en ruinant leur réputation, ou qui les prive des bénéfices de leur assurance maladie.
Là-bas, c'est quelqu'un comme Luigi Mangione, l'assassin de milliardaire, qui est considéré comme le véritable "défenseur des droits".
GQ 3 juin 2025, relu le 5 novembre
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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