Gramsci et les ploucs
29 Décembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Front politique intérieur, #Front historique, #Communistes en Italie, #Antonio Gramsci
Gramsci et les ploucs
Gramsci est la bête noire des conservateurs idéologiques américains, qui le voient comme une figure presque démoniaque.
A vrai dire comme tous les communistes, qui les remplissent de frayeur et de haine, cultivées sur quatre générations par la propagande endogène.
Il serait le représentant d’un complot marxiste universel qui se serait formé après l’échec du « marxisme oriental » de Lénine, Staline, Mao, etc., et dont le but serait de s’emparer du monde libre en commençant par la tête, et car on n’est pas à un paradoxe près, avec la complicité de l’élite ploutocratique. On n’est pas très loin du bon vieux complot juif universel, sous un nouveau déguisement. Mais en l'occurence un complot juif sans les juifs.
Gramsci avec sa théorie de l’hégémonie prônerait une sorte de guerre d'influence, de jésuitisme nouveau, où les élites seraient par l’intermédiaire du contrôle des lieux de savoir convertis même sans s’en apercevoir au communisme. Alors qu’il ne s’agit sous le terme d’hégémonie ni plus ni moins que de la dictature du prolétariat reformulée dans les conditions des pays métropolitains industrialisés.
Cette théorie hollywoodienne de série B suppose les marxistes comme formant une sorte de secte dont l’unique objet est la domination du monde. Dans leur mode de pensée la classe ouvrière et sa conscience politique ne jouent et ne peuvent jouer aucun rôle. Les nazis pensaient la même chose, mais nos conservateurs furieusement sionistes n’ont plus à leur disposition le bouc émissaire habituel, et ils se rabattent sur les musulmans dont ils ont une peur presque aussi grande que des communistes. Mais il est difficile de les présenter comme une élite complotiste manipulant les ouvriers à des fins diaboliques.
Ils ne peuvent pas imaginer non plus que les marxistes universitaires « woke » qu'ils jalousent tellement n’aient rien compris à Gramsci, et qu’ils soient en fait complètement inoffensifs pour le capitalisme, et très dommageables pour l’unité de la classe ouvrière. Ils estiment que les éléments de réforme morale qui se diffusent dans la culture moderne, individualisme hédoniste, victimisation, repentir sont une sorte de poison moral pour l’Occident. D’ailleurs c’est effectivement comme ça qu’ils sont utilisés par la CIA contre les ennemis de l'Empire. Alors qu'ils sont essentiellement la manifestation inéluctable du stade suprême de l'idéologie individualiste qui caractérise cette région du monde.
Mais Gramsci n’est pas un pourfendeur du patriarcat, il n'accorde pas une ligne d'intérêt dans toute son œuvre à la cause LGTB, et sa vision du colonialisme est tout simplement celle de Lénine et de Staline. Loin de vouloir scandaliser, il œuvre pour réhabiliter le sens commun. Et pour lui, fils de son époque, la repentance ne signifie absolument rien, ou alors les tactiques manipulatrices de l’Église catholique qu’il connaît si bien.
Si on veut juger à quoi ressemble la mise en pratique de la théorie gramscienne de l’hégémonie, il faut examiner par exemple la stratégie d’influence du PC portugais auprès des forces armées portugaises, qui conduisit à la révolution des œillets du 25 avril 1974.
Gramsci ne veut pas "tirer vers la gauche" l'idéologie dominante de la bourgeoisie, mais y former des éléments favorables ou au moins compatibles avec la prise du pouvoir par le parti du prolétariat. Il ne veut pas modifier les symboles ou le narratif bourgeois dans un sens bienveillant pour les opprimés, mais créer des lignes de moindre résistance à la révolution des exploités.
La célèbre citation de Gramsci sur le vieux qui meurt, le neuf qui tarde à naître et les monstres qui prolifèrent dans l’intervalle est bien facile à décoder en la replaçant dans son contexte. Le vieux, c’est la démocratie parlementaire discréditée par le Grande Guerre, les monstres sont les fascistes, et le neuf, c’est tout simplement l’Union soviétique, étendue au monde entier. Et cette formule n'a de sens que dans le cadre de la théorie marxiste du sens de l'histoire, qui conduit le socialisme à remplacer nécessairement le capitalisme à cause de ses contradictions internes.
Les conservateurs réactionnaires moraux plus ou moins trumpistes confondent le travail politique de fond dans le style de la IIIème Internationale dont Gramsci est un adepte convaincu et infatigable avec l’entrisme pratiqué par les groupes trotskystes qui ont fini par se mettre au service du mondialisme néo-libéral, et c’est bien normal, car pour eux un tel travail ne peut avoir pour motivation que l’intérêt personnel, ou la promotion des groupes clandestins ou des francs-maçonneries qui le pratiqueraient.
Mais ils n’ont pas tort au fond, car Gramsci se propose de fonder une nouvelle philosophie adéquate aux besoins d’une société socialiste mondiale, et qui ne laisserait aucune place légitime aux religions et aux idées politiques développées dans les modes de production périmés.
C’est bien au fond un « marxiste oriental » de la table rase, comme Mao, et déterminé rééduquer les élites ou supposées telles. Et c’est très bien comme ça.
GQ 2 mai 2025, relu le29 octobre
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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