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Réveil Communiste

Vaneigem est mort, est-ce la mort d'une illusion ultra-gauchiste ?

21 Août 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Front historique

Debord et Vaneigem

Debord et Vaneigem

 

Raoul Vaneigem, le célèbre situationniste belge est mort (1934 - 2026).

Il fut l’auteur des Banalités de base, publiés dans L’internationale situationniste en 1963 et du Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations en 1967.

Il est le penseur clef du milieu mental d’où nous venons, tel qu’il régnait dans les Beaux Quartiers de Patrick Modiano vers 1978, et l’antithèse dont nous sommes partis qui a permis de reposer et de fonder la validité du projet du socialisme politique marxiste -léniniste, ou pour dire comme lui l’aurait dit mais sans son inflexion péjorative, stalinien, à l’échelle mondiale. En fait nous avons fait le chemin inverse, mais dans un bras supérieur de la spirale du développement historique.

Philosophie du désir, et rejet du travail productif : rien de plus antithétique en effet du socialisme que ces idées, mais promues au moment où le socialisme abâtardi semblait recyclé par le capitalisme sous la promesse d’un État providence éternel, médiocre et ennuyeux.

Voir une bonne nécrologie: ici (par des sympathisants du groupe conseilliste (ie autogestionnaire, ou « leftcom ») les 7 du Québec).

Son erreur ontologique de base : avoir opposé la vie à la survie. Le matérialisme historique est précisément cette théorie scientifique qui considère que la base même de la vie sociale est l’organisation collective de la survie matérielle de l’humanité qui ne peut pas se relâcher un seul jour, encore moins aujourd’hui qu’au néolithique. Toutes les théories révolutionnaires valides, scientifiques et pertinentes reposent sur cette base.

Vaneigeim est célèbre donc pour avoir essayé de démocratiser la jouissance aristocratique du grand seigneur qui ne travaille pas, par son utopie des « maitres sans esclaves » qui annonce les illusions de la robotique. Il est en phase avec le « capitalisme de la séduction » critiqué par Clouscard à la même époque. Et c’est bien pourquoi c’est Vaneigeim et non Clouscard qui séduisait alors les adolescents sans rien sur le lèvre supérieure.

Et il est très fautif d’avoir participé tout en dénonçant le spectacle, au spectacle antisoviétique !

Il reste que le cadavre qu’il trouvait dans la bouche des discours ennuyeux jusqu’au néant de la gauche réformiste – et de la langue de bois des pays socialistes - en théorie ou en fait, étymologiquement marxiste, avait quelque chose de profondément vrai pour caractériser un certain militantisme opportuniste, prudent, conformiste, en voie de récupération, et fondamentalement prône à détourner la lutte dans le sens de ses intérêts personnels séparés des masses.

Cette critique témoigne d’une époque où proliféraient une certaine sorte de « gens moyens » passifs et psittacistes qui avaient servi de base sociale au fascisme, et qui servaient ensuite de même à la société de consommation, mais qui infestaient aussi les organisations ouvrières. il faut remarquer que les situationnistes et notamment Debord s’ils ont contribué à déclencher mai 68 n’ont pas du tout aimé leur bébé : leur influence a dégénéré immédiatement en une foule de petits bourgeois arrogants, pervers, ignorants et mal élévés, des wokistes avant l’heure.

Contre le capitalisme social-démocratisé il préconisait la Révolution comme aventure et comme fête collective, au point d’ailleurs d’y assimiler le pillage, la jouissance sadique des pirates de la Tortue ou des écorcheurs de la Guerre de Trente Ans. On n’était pas loin du fascisme romantisé des Réprouvés, de Von Salomon.

Mais lorsqu’il disait qu’il ne voulait pas de « la garantie de ne pas mourir de faim en échange de la garantie de mourir d’ennui », il avait deux fois tout faux.

D’abord il était bien naïf de croire qu’il y aurait un jour une garantie de survie, ou comme disait Debord que le « seuil de abondance » était franchi.

Ensuite il ne se posait pas la question de l’ennui, il ne voyait pas que c’est le corrélat de la jouissance de l’oisif, qui est apparu au risque d’avaler le monde, comme disait Baudelaire, dans l’existence des touristes romantiques britanniques anglais à la Lord Byron dont les excès étaient devenu le dopage quotidien. Des années 1800. Auparavant les parasites sociaux étaient quelque-peu disciplinés par la crainte de l’enfer. Avant le romantisme, ce bâtard culturel de la petite-bourgeoisie, personne ne s’est jamais ennuyé.

Vaneigem et Debord furent de nouveaux avatars de Madame Bovary.

Dès les années 1960 maints individus issus de toutes les classes se lançaient à corps perdu dans le recherche de l’aventure comme une fin en soi, en vélo ou à moto, dans la mystique ou dans la drogue, sans envisager que l’aventure ce n’est pas toi qui la choisis, c'est ce qui te tombe dessus sans que tu l’aies voulu. L’aventure, c’est quand tu interviens pour faire cesser une agression dans le métro. Pour le situ, c’était voler et falsifier des chèques pour acheter des langoustes surgelées au Mamouth.

La culture du risque est une excroissance de celle des oisifs qui cherchent désespérément une excuse pour leur oisiveté ; et un procédé utilisé par des enfants perdus du prolétariat pour s’agréger à l’élite oisive.

L’ennui, ce n’est pas une grande affaire et on peut s’en divertir immédiatement et n’importe comment, surtout aujourd’hui. Ce qu’on nomme ainsi est plutôt le ressentiment de celui qui croyait avoir droit à une célébrité et à un pouvoir social qui le fuient. A ce titre le situationnisme a été complètement récupéré et cela d’autant plus qu’il a essayé d’éviter de l’être par des moyens puéril d’intimidation morale, comme par exemple celui d’interdire d’en prononcer le nom dans le médias en menaçant ceux qui le faisaient de représailles physiques !.

Par certains coté le wokisme a hérité de cette illusion du terrorisme verbeux. Coloriser de médiocres exploits individuels visant au prestige au sein d’un groupuscule aliéné par de la théorie révolutionnaires n’aboutit qu’à discréditer celle-ci.

Et pourtant il y a avait quelque chose chez Vaneigeim, au moment où les partis et les États issus de la révolution d’Octobre étaient désorientés par la vigueur et l’inventivité de la contre-révolution. Comme un catalyseur dont il ne reste plus rien après la réaction chimique. Comme une ruse de plus de la raison historique pour entraîner sur la mauvaise pente l’adolescence d’une génération.

GQ, 18 août 2026

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L
Je trouve l’article stimulant et, sur plusieurs points, profondément juste : notamment lorsqu’il critique chez Vaneigem l’opposition entre la « vie » et la « survie », ou encore la tentation de faire de la révolution une aventure existentielle plutôt qu’une lutte collective pour transformer les rapports sociaux. Il y a là une vraie critique matérialiste de l’ultra-gauchisme : on ne construit pas le socialisme en faisant de l’émancipation individuelle une fin en soi, mais en conquérant collectivement les conditions matérielles de l’émancipation.<br /> <br /> Je serais toutefois plus nuancé sur Vaneigem. Son erreur n’est pas simplement de rejeter le travail productif au profit de l’oisiveté. Il a saisi quelque chose que le mouvement ouvrier lui-même a parfois sous-estimé : un socialisme qui garantit la survie mais laisse intactes l’aliénation du travail, la bureaucratie, la passivité et l’appauvrissement de la vie quotidienne ne peut constituer l’horizon de l’émancipation. Le problème est plutôt qu’il ne répond pas suffisamment à la question marxiste décisive : qui produit, comment, pour quels besoins et sous quel pouvoir politique ?<br /> <br /> C’est ici que Clouscard me semble apporter un correctif décisif à Vaneigem. Le capitalisme a précisément appris à récupérer la critique de l’aliénation, du conformisme et de la frustration en transformant le désir, la transgression et même la « libération » en marchandises. Vaneigem avait raison de vouloir « changer la vie » ; il n’avait pas suffisamment vu que le capital pouvait vendre cette aspiration au changement de vie. Clouscard permet ainsi de comprendre comment le capitalisme de la consommation a pu intégrer une partie de la critique de Mai 68 tout en maintenant la domination dans le procès de production.<br /> <br /> Je serais donc prudent avec les rapprochements entre situationnisme, « wokisme » ou fascisme romantique : ils me paraissent parfois plus polémiques qu’analytiques. La vraie critique me semble plus forte : lorsque la révolution devient principalement transgression, jouissance ou aventure individuelle, elle perd son sujet de classe, son organisation et surtout son projet de pouvoir.<br /> <br /> Au fond, je crois que le dépassement dialectique est là : ni un communisme réduit à la production et à la survie, ni une libération réduite au désir individuel. Le socialisme doit transformer les rapports de production, démocratiser le pouvoir et organiser la reproduction matérielle de la société précisément pour libérer progressivement du temps, de la culture, de la créativité et de la vie. Autrement dit : ne pas opposer la vie à la survie, mais conquérir collectivement les conditions matérielles qui permettent enfin de vivre.<br /> <br /> C’est peut-être là que Vaneigem conserve, malgré toutes ses limites, une question que le communisme ne devrait surtout pas abandonner : à quoi bon conquérir le pouvoir si nous ne transformons pas aussi la vie quotidienne ?
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L
Bonjour.<br /> <br /> Merci de cet article qui pointe bien le début du retournement contre-révolutionnaire des "cadets" de la bourgeoisie, conduit au prix de l'accélération de la plongée vers la Barbarie du capitalisme.<br /> <br /> Demeure la question de comment y échapper ? C'est le même Clouscard, qui y a sans doute beaucoup réfléchi, qui, dans son dernier ouvrage "Refondation Progressiste", nous en donne la clef : Réinstaller la production comme première vis-à-vis de la consommation. C'est-à-dire au fond du travail véritablement productif via l'instauration d'une Chambre des Forces Productives, afin d'une part de prendre le contrôle politique sur l'économie, d'autre part de progressivement valoriser les producteurs vis-à-vis des consommateurs et enfin d'embarquer le Prolétariat dans la "gouvernance" (chose qui lui est totalement étrangère en régime capitaliste).<br /> <br /> Mettre le Travail en exergue, en en faisant le premier besoin de l'âme, à l'opposé de l'oisiveté précisément. Cela en questionnant le "progrès", au sens du toujours plus, pour s'orienter vers le toujours mieux, mais le toujours mieux pour l'homme, fondamentalement, pas pour l'apparence et la paresse. Cela suppose sans doute par exemple de rejeter certaines automatisations pour préserver une part de travail humain, manuel, dans les processus productifs.<br /> <br /> Ceci ouvre la perspective d'une nouvelle époque, d'un rebond civilisationnel, puisque la mort de Vaneigem marque elle une borne de fin à la dérive nombriliste. Tout du moins souhaitons-en l'augure.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets
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R
Vaneigem (contrairement à Debord) n'était pas fondamentalement mauvais