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Réveil Communiste

Pourquoi veulent-ils résolument la guerre contre la Russie ?

11 Novembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Europe impérialiste et capitaliste, #GQ, #Russie, #Front historique, #Economie, #Impérialisme

Pourquoi veulent-ils résolument la guerre contre la Russie ?

Les dirigeants européens et plus particulièrement Macron et Starmer veulent y envoyer des troupes, notamment à Odessa, à la première occasion qui s'offrirait ; ils sont persuadés que les Russes n'oseraient pas les attaquer ! Ils en ont été dissuadés provisoirement par leurs propres militaires, mais si la Russie ne fait pas davantage de progrès sur le terrain ils vont finir par passer à l'acte - Macron vient d'envoyer son aviation en Pologne, l'UE envisage d'abattre des avions russes ... et Trump les y encourage maintenant, après une énième volte-face.

Pourquoi les dirigeants de l’Europe veulent-ils tellement faire la guerre à la Russie – quitte à devoir la faire tout seuls ?

D’abord il y a tout bêtement le désir de puissants groupes d’intérêts privés de mettre la main sur les énormes richesses naturelles de ce pays - et celui de conserver ce qu'ils ont déjà volé à l'Ukraine, après que le pillage des années 1990 leur a donné le goût du sang, après que Gorbatchev et Eltsine leur ont ouvert la porte des pays de l'ex-URSS, et leur ont montré que c’était parfaitement possible. Les dirigeants occidentaux sont très fortement motivés par leur corruption et leur intérêt personnel, et peu par l’intérêt national. Depuis cet épisode, ils ont gardé l’idée qu’il était parfaitement possible de susciter en Russie une complicité criminelle et une trahison générale des élites. Et c’est vrai. Et la perspective d'un nouveau dépeçage de la Russie les fait saliver.

D'autre part, les capitalistes de l’énergie qui veulent mettre la main sur le pétrole et le gaz russe et les marchands d’armes qui spéculent sur la « menace russe » jouent un rôle disproportionné dans le lobbying qui détermine les objectifs de la politique étrangère en Occident, et presque exclusif en Europe, au niveau de la Commission.

Ensuite il y a la volonté de « déconstruire » préventivement toute puissance émergente rivale de l’Occident. La Russie est actuellement dans le collimateur de la croisade idéologique permanente que l’Occident mène contre le reste du monde depuis presque mille ans, relayée par la stupide théorie géopolitique anglo-saxonne du « heartland » qui oppose les pays océaniques civilisés aux barbares eurasiatiques, et que les nationalistes russes ont eu la naïveté de reprendre à leur compte.

Il y a l’agitation d'un épouvantail qui est très efficace pour manipuler les opinions publiques pour les détourner des problèmes intérieurs. Il y a des ressentiments et des traditions idéologiques antirusses diverses en Europe distribuées sur tout l'éventail des forces politiques, qui sont réactivées régulièrement en cas de besoin, parce que le grand pays est une constate géopolitique, et qu’il est globalement invaincu depuis trois siècles. Ce ressentiment a été particulièrement cultivé depuis la chute de l’URSS dans toute l’Europe centrale et orientale, Allemagne comprise, dont les élites n’ont toujours pas avalé l’échec de sa poussée vers l’Est, et son recul en catastrophe derrière l’Oder en 1945.

Mais il y a aussi des conflits concrets récurrents avec la Russie qui marquent la culture politique en Occident et qui remontent à l’histoire de l’Empire russe avant 1917, à la Sainte Alliance de 1815, qui avait fait pour un demi siècle de la Russie le gendarme de l'Europe - et donc le tyran dénoncé par toute la gauche romantique européenne, puis au Grand Jeu de l’Empire britannique pour le contrôle de l’Asie centrale et du Caucase au cours du XIXème siècle; à la volonté d'expansion des Empires germaniques en l’Europe de l’Est et dans les Balkans, aux invasions de la Russie révolutionnaire menées par une dizaine de pays lors de la guerre civile de 1917- 1921, aux discours antibolcheviques et antisémites développés dans l'opinion occidentale pour les justifier, et à l'énorme masse de productions de la propagande antisoviétique et "antistalinienne" depuis plus d'un siècle, qui n'a pas cessé en 1991, etc.

il y a plus que toute autre cause le traumatisme de la révolution bolchevique dont les classes bourgeoises et rentières européennes – et leurs émules en Russie - ne se sont toujours pas remises : la Russie est le seul pays qui ait véritablement, avant peut-être tout récemment la République populaire de Chine, menacé le capitalisme et sa « civilisation » au niveau global et dans ses fondements.

Enfin, pour mener à terme le projet supranational européen conçu dès les années 1920 en réaction à la révolution soviétique, pour construire l’Europe, il faut l'unir contre un ennemi, et l’islam ne suffit pas dans ce rôle. Noter que même une défaite contre la Russie concourrait au succès de ce projet, quitte à reculer en Europe de l’Est. Sacrifier la Pologne pour recréer un empire de Charlemagne dans l'Ouest du continent, ça ne leur ferait pas peur. Ils sacrifient déjà l'Ukraine pour bien moins que ça sans aucun scrupule.

Il est clair qu’ils vont faire la guerre jusqu’au bout, car la nouvelle génération de leaders bourgeois immatures et dégénérés a fait son éducation dans les jeux-video, ils sont complètement inconscients des réalités humaines et inhumaines de la guerre, et les tactiques employées de nos jours peuvent laisser penser que la plupart de leurs concitoyens vont y assister tranquillement en spectateur. A leur idée la guerre se joue principalement dans les médias. C’est ainsi qu'ils mènent la guerre d’Ukraine depuis le début, parce qu’ils ont affaire à un adversaire qui les laisse faire pour des raisons qu’il faudrait analyser séparément dans un autre article à voir ici. Mais s’ils veulent faire la guerre à la Russie alors que manifestement pour le moment ils ne progressent pas vers leurs objectifs maximalistes de démembrer le pays purement et simplement, c’est en partie parce que contrairement à l’URSS, il ne sait pas se faire respecter sur le terrain.

Ils veulent la guerre parce qu’ils n’imaginent pas pouvoir la perdre et voir la Russie revenir dans les rues de Berlin comme en 1945, ou même à Paris comme en 1814 ! La sous-estimation de la Russie est profondément ancrée dans notre culture, qui prend pour argent comptant les absurdités de la propagande de guerre froide qui infestent tous les manuels scolaires.

Ils veulent aussi la guerre pour contourner la dissuasion nucléaire héritée de l’Union soviétique qui est la principale raison pour laquelle la Russie reste la seconde puissance mondiale et qui vaille que vaille a limité les empiétements occidentaux dans le monde depuis qu’elle existe. S’ils arrivent à prouver qu’on peut défier et vaincre une puissance nucléaire sans qu’elle réagisse, la perspective de conquêtes illimitées s’ouvre à nouveau ; et ils sont prêts à prendre le risque parce qu’ils estiment sans doute avec raison qu’aucun dirigeant russe sain d’esprit ne l’emploiera en premier pour ne pas voir son pays anéanti.

La bureaucratie européenne est ainsi organisée qu'elle ne peut jamais faire marche arrière dans ses décisions, elle ne peut agir que par surenchère de politiques libérales et fédéralistes. Et une guerre avec un adversaire redoutable, à condition qu’elle reste limitée aux champs de bataille de l’Est, serait le contexte idéal pour procéder à l'agenda de destruction de l’État social dans l’intérêt de la classe émergente des ploutocrates, dans les différents pays européens.

Le parti historique européen qui promeut le projet fédéraliste va utiliser la guerre pour tenter de créer une nation européenne. Historiquement toutes les nations se sont crées en réaction à des adversaires extérieurs, à commencer par la France et l'Angleterre au Moyen Age ; et Macron qui place ses ambitions quelque peu délirantes de ce coté, dans ses discours ne s’adresse déjà plus aux Français, mais aux Européens.

Sans aller aussi loin, ils veulent la guerre aussi pour opérer une relance économique keynésienne par la guerre et le réarmement, comme celle qui permit le boum économique qui accompagna la guerre de Corée au début des années 1950, et qui permit aux États-Unis de surmonter sa crise de surproduction consécutive à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les hommes politiques européens n’osent pas, par peur de se faire marginaliser, quand ils commencent à avoir des inquiétudes ou des scrupules, se déclarer pour la paix face au discours prescriptif dominant, intimidant et moralisateur, qui sert à justifier le nouvel âge du suprématisme blanc judéo-chrétien, au nom des droits de l'homme et du progressisme moral. Ils se sont enfermés dans le monde virtuel décrit par leur propre discours de propagande.

Il y a donc pour ces raisons disparates mais concourantes une coalition politique belliciste qui regroupe au moins 90% des forces politiques en Europe : sociaux-démocrates, verts, libéraux, libertaires, chrétien-démocrates, conservateurs modérés et bien pensants, communistes repentis et gauchistes idiots, caritatifs et ingérents professionnels des ONG, et fascistes suprématistes blancs conséquents. Elle contrôle les médias et les assemblées politiques, et seule une défaite sur le terrain impossible à nier – contrairement aux grignotages actuels des Russes, pourra la tenir en respect. 

Car cette classe politique européenne sans principe extrêmement médiocre et corrompue en lieu de réflexion stratégique s'est persuadée qu'elle pouvait gagner toute guerre contre la Russie par le simple examen des PNB respectifs de ce pays et de l'UE - calculés au taux de change courant !

Sans  un grand mouvement social qui paralyserait les pays concernés, nous sommes très mal partis.

GQ, 14 mars 2025, relu le 11 novembre

PS : ce n'est pas un hasard si les menaces de guerre de l'Occident visent principalement les deux grands pays du socialisme historique : la Russie et la Chine - ainsi que la Corée. Pour la bourgeoisie de tous les pays et de toutes les confessions il faut éradiquer jusqu'au souvenir de ce traumatisme, comme les Romains firent à Carthage.

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G
Un texte assez complet pour une fois qui tranche avec beaucoup d’analyses succinctes et surtout incomplètes ou orientées à l’avance sans preuve. Bien sûr, on peut et même doit toujours ajouter « La fuite en avant par la guerre pour résoudre (leurs problèmes) est leur "solution" usuelle » (des capitalistes) non pour détruire massivement du capital accumulé mais en ajouter (penser au lobby militaro-industriel) et s'accaparer les ressources des nouvelles colonies.<br /> N.B. : La cour suprême de Moldavie vient de truquer les élections à 48 h du scrutin, pour obliger la coalition pro-Russe à retirer certains candidats, sur la base de « on dit », et elle ne peut en mettre d’autres à la place. Certains sièges sont donc acquis d’avance à l’UE ! Le scrutin est déséquilibré, inégalitaire comme l'UE t Glucksamnn les aiment
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L
Merci pour ces clarifications nécessaires.<br /> Malheureusement, difficile d'imaginer une grand mouvement social si 90% des forces politiques sont acquis à la cause de la guerre. Le peuple se mettrait il spontanément en marche ?<br /> <br /> Bien à vous,
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R
En général les forces politiques institutionnelles ne lancent pas de révolution ...
L
Bonjour.<br /> <br /> Il manque la raison essentielle : La nasse constituée par la triple crise du capitalisme, économique, sociale et politique.<br /> La fuite en avant par la guerre pour les résoudre est leur "solution" usuelle pour détruire massivement du capital accumulé et s'accaparer les ressources.<br /> <br /> PS : La suprématie géopolitique des puissances maritimes, s'exprimant notamment par la volonté de diviser le continent européen, est tout sauf une fiction.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets
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R
la suprématie politique anglo-américaine sur la longue durée est une constante historique, mais le "heartland" dont le centre de gravité serait les déserts du Kazakhstan est une fiction-repoussoir qui fait partie de son attirail de propagande.
Z
Un grand mouvement social? Je pense plutôt à un leurre sociétal ou écolo-bobo-climatique?
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R
ça serait plutôt un mouvement pour la guerre.