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Réveil Communiste

La question de l'autogestion (dépasser la démocratie bourgeoise, 4/12)gq

13 Juillet 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Front historique, #Théorie immédiate, #Economie, #Russie, #Mille raisons de regretter l'URSS

La question de l'autogestion (dépasser la démocratie bourgeoise, 4/12)gq

 Article précédent ici : socialisme et dictature

4) La question de l’autogestion

Au fait que signifie l’adjectif « soviétique » qui a désigné le nouvel État issu de la révolution de 1917 ? En russe le terme veut dire « des conseils », et il rappelle l’idéal révolutionnaire russe initial d’une démocratie ouvrière en gestation spontanée dans les « soviets », c’est à dire les conseils d’ouvriers et de soldat en 1905 et en 1917 et qui n’a pu se consolider à cause de la guerre civile et de la pression contre-révolutionnaire. Par la suite cependant il manifeste le rôle éminent de la classe ouvrière dans la société « soviétique ». Tout un courant gauchiste est construit sur la nostalgie de ce qui aurait pu être impliqué là. Il remonte au souvenir de la semaine sanglante berlinoise de janvier 1919 où Rosa Luxembourg fut assassinée et avec elle la démocratie ouvrière allemande.

Mais une démocratie prolétarienne dirigée depuis les usines et depuis les champs aurait-elle été possible à l’époque, abstraction faite de l’action déterminée de la bourgeoisie pour l’écraser, elle ne l’est probablement plus aujourd’hui, par les changements du mode de production capitaliste depuis les années 1970 qui empêchent maintenant d’organiser le monde à partir des lieux de production. Lorsque la pratique politique révolutionnaire a pénétré dans ces lieux de production, ce fut toujours soit au détriment de la production elle-même, soit d’une façon formelle et bureaucratisée au détriment de la démocratie ouvrière ou même du socialisme. Une véritable autogestion politique supposerait de libérer la plus grande partie du temps des producteurs, et supposerait une atteinte à la productivité, au cœur même de l’économie. Or le socialisme dans sa course à l’existence avec la zone capitaliste doit augmenter la productivité. C’est sa contradiction, visible aussi dans la lutte de lignes politiques au sein du PC en Chine, entre les lignes Mao et Deng.

L’un des échecs politiques des pays socialistes, c’est de n’avoir pas réussi à former un prolétariat actif, déterminé et fier, capable de défendre le socialisme une fois qu'étaient passées les conditions exceptionnelles de la révolution. Et la Yougoslavie autogestionnaire n’a pas fait mieux à ce titre que les diverses variétés nationales du socialisme européen. Le meilleur résultat dans la formation d’un prolétariat voué à la défense de sa patrie socialiste a sans doute été obtenu à Cuba – et en Corée, et le patriotisme tout court joue certainement un rôle majeur dans ce succès.

L’autogestion n’a pas dit son dernier mot. Mais ce n’est pas la gestion coopérative à petite échelle, dans le cadre capitaliste, ni l’autogestion éphémère d'une entreprise en lutte contre l’État, c’est l’autogestion économico-politico-militaire de l’État, y compris du monopole de la violence, qui a un avenir, au terme du dépérissement de l'État qui nécessite la disparition de l'ancien État bourgeois, et chacun sait que ça ne se fera pas spontanément.

Il faut être clair sur ce point ! Les prolétaires n’ont pas plus de contrôle individuel sur le fonctionnement d’une dictature prolétarienne que les bourgeois n’en ont sur le fonctionnement d’une dictature bourgeoise, qu’il s’agisse de celle de Hitler ou de celle de Porfirio Diaz. Ce constat réaliste n'en rend pas moins nécessaire la dictature du prolétariat, si on veut se donner les moyens de changer le monde, ce qui n'est pas une petite affaire, on en conviendra. On laissera donc côté les critiques d’inspirations anarchistes et extrémistes qui tombent d’elles-mêmes vu le peu de réalisation concrète des libertaires d’extrême -gauche dans leur longue histoire.

Peut-on exiger des « dictateurs » qui exercent au nom du prolétariat de le faire à partir d’un atelier d’usine, comme l’exigeaient les communistes « conseillistes », partisans de l’application littérale du slogan d’octobre « tout le pouvoir aux soviets » ? Ceux qui se sont le plus approché de cet idéal sont les « opéraïstes » italiens des années soixante et soixante-dix, et le mouvement armé qui a accompagné leur mouvement. Le réseau de soutien des Brigades Rouges était constitué de comités d’usine dans les grands établissements industriels de l’Italie du Nord (Fiat, Pirelli, Siemens, Alfa-Roméo, etc.) et leur expérience a montré l’impossibilité de frapper l’État au cœur. Le destin tragique du mouvement de masse italien communiste d’extrême-gauche montre bien les limites d’un courant authentiquement et sincèrement révolutionnaire qui cherchait non à s’emparer de l’État, mais à le contourner, le dissoudre, ou directement à le détruire en s’attaquant physiquement à ses dépositaires.

Il en est resté la leçon : puisqu’il n’est pas possible de supprimer le pouvoir politique, il faut le prendre. La dictature du prolétariat en exercice ne peut être rien de plus qu’une dictature transitoire au nom du prolétariat, et son authenticité se mesure à la cessation effective du contrôle de la bourgeoise sur les moyens de production, et au degré d’égalité dans la répartition des richesses. Elle est en définitive contresignée par l’hostilité manifeste des différentes forces solidaires du capitalisme, et de son gendarme mondial, l’État américain. Voilà pourquoi l’URSS en était l’idéal type. 

GQ, Revu le 8 juin 2023

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