Dépasser la démocratie bourgeoise : conclusion provisoire (12/12)
19 Août 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #Front historique, #Qu'est-ce que la "gauche", #Positions
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12 : Conclusion provisoire de "dépasser la démocratie bourgeoise" le 22 juin 2023
La révolution vient toujours par surprise. Elle comporte un moment d’ascension où les masses imposent aux classes dirigeantes leurs revendications et leurs rêves d’affranchissement, et de longues périodes descendantes où la science émancipatrice et la nouvelle théorie se répandent sans faire de bruit comme les taupes sous la prairie.
Une théorie révolutionnaire descend dans les masses qui se l’approprient. Ainsi les idées de Jean-Jacques Rousseau et de l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, à la fin du XVIIIème siècle en France. Les masses entrent en mouvement et le mouvement révolutionnaire surgit à la surface quand il paraissait disparu, passé de mode, périmé, récupéré. Un parti révolutionnaire se forme alors dans le courant tumultueux pour encadrer les masses en mouvement avec d’âpres polémiques et de violentes rivalités. Il ne sert à rien de chercher à anticiper les formes précises que peuvent revêtir ces événements, mais il faut les reconnaître quand ils arrivent.
Avant la situation révolutionnaire, il existe donc un parti « intellectuel » qui développe et diffuse une théorie révolutionnaire. Il peut se scléroser en la développant en circuit fermé, à l’intention d’une secte, d'un groupe d'étudiants coupé de la réalité, mais aussi en l’utilisant pour masquer sa vraie pratique d’intégration dans les pouvoirs bourgeois, sur le modèle de la franc-maçonnerie.
En attendant qu’une telle situation se crée, c’est en défendant les intérêts matériels des travailleurs que vit leur parti, qui doit se servir des institutions, sans les servir. Les anciens partis ouvriers issus de la IIIème internationale quand ils existent encore sont bien trop assimilés au fonctionnement régulier du système présentatif, et qui plus est, ils tendent à représenter sociologiquement une mince couche de la petite bourgeoisie relevant directement ou indirectement de l'État et non la masse des travailleurs de l'industrie et des services du secteur privé.
Mais les partis ouvriers historiques, même les plus modérés, restent sous surveillance, comme le montre la purge radicale du parti travailliste anglais et la chasse aux sorcières dont a été victime Jeremy Corbyn, de la part du nouveau leader imposé par la classe politique, Keir Stramer. Les défenseurs de l’ordre libéral impérialiste veillent au grain, à verrouiller solidement la situation.
De plus les efforts pour ramener dans la bonne ligne une organisation de culture léniniste qui s’est faite récupérer par le système représentatif libéral démocratique aboutissent à aggraver le mal en la transformant en pétaudière pseudo démocratique préoccupée de ses débats idéologiques internes - ou en poussière de groupuscules.
La culture léniniste, ses grands hommes, ses chansons et ses traditions, les œuvres d’art qu’elle a inspiré, les pages tragiques de son histoire épique sont récupérées contre leur signification originelle (comme lorsqu’on enferme Manouchian au Panthéon et que les militants communistes en sont flattés, toutes tendances confondues).
Exister dans la durée n’est pas une mince affaire, et la sclérose est sans doute à terme le destin de toute organisation ouvrière qui n’a pas pu prendre la pouvoir.
L’organisation prolétarienne qui est légitime représentant de la classe est désignée par la bourgeoisie, parce qu’elle la combat. Et il faut bien dire que c’est le résultat d’une sorte de compétition darwinienne qui choisit qui absorbe ou qui élimine les autres, et une bonne ligne, mais aussi la chance jouent leur rôle.
En Belgique, pour le moment, c’est le PTB, issu d’une petite internationale pro-albanaise, qui est devenu le parti ouvrier le plus crédible d’Europe – peu, mais tout de même un petit peu. Nul n’aurait pu le prévoir à l'époque de sa fondation où aligné sur la politique chinoise, il dénonçait "social-révisionnisme" de l’URSS.
Mais il est certain que l’expropriation de la bourgeoisie et des capitalistes se fera d’une manière violente. Il faut espérer, non sanglante, mais ça, ce sera aux expropriés de le décider. Et ce ne sont évidemment pas des organisations qui participent au jeu électoral qui peuvent préparer cela. En fait personne ne peut le préparer, comme le montre l’échec de la lutte armée des années 1970, mais il faut saisir l’occasion quand elle paraît. En général les esprits routiniers et les bons élèves regardent ailleurs ou expriment une solide réprobation quand quelque chose de nouveau et intéressant apparaît (comme le mouvement des Gilets Jaunes en France en 2018).
En attendant cette occasion historique qui fuit mais qui revient toujours, le bilan du socialisme réel doit être défendu pied à pied, et les critiques de la bourgeoisie doivent être réfutées. La critique du socialisme réel ne doit pas se faire en endossant les discours de l’adversaire, ni en opposant l’idéal au réel.
Le mouvement communiste doit pratiquer la dialectique, qui n’est pas un discours métaphysique sur la nature, mais la négation de la négation, la logique de la vie où l’erreur produit la vérité. Elle permet d'échapper au piège de la morne répétition des mot d'ordre e de la référence creuse aux théories qui ne sont pas assimilées de manière vivante, mais utilisée, à la manière de la culture bourgeoise, comme signe de distinction dans un petit milieux fermé sur lui-même et qui ne suscite dans les masses qu'indifférence ou ironie.
La dictature du prolétariat doit être reformulée à la lecture de Gramsci, à la lumière de la notion d’hégémonie, et du parti communiste définit comme « Prince » moderne collectif. Le but politique du parti du prolétariat - le parti des ouvriers, des travailleurs salariés, des travailleurs précaires, est de se hisser au pouvoir et d’y rester, sans y jamais permettre aucun retour des capitalistes, et il l’assume.
Gilles Questiaux,
Première version, publiée le 7 novembre 2010, fortement remaniée le 22 juin 2023
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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