1982 : lancement du FN par François Mitterrand
27 Mai 2019 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Qu'est-ce que la "gauche", #Élections

Remis en ligne le 27 mai 2019
Lu sur PCF Bassin et Action communiste Ht Normandie
02/03/2015
Mitterrand et le Front National : 33 ans après (I)
Le 2 mars 2015, Le Figaro écrit « Départementales : un sondage donne le FN en tête avec 33% des voix ». Précisément, cela fait 33 ans que François Mitterrand et le Parti Socialiste ont lancé (en 1982) avec des moyens considérables l'opération de promotion du FN. L'ouvrage La main droite de Dieu d'Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, Seuil 1994, rappelle en détail cet épisode. Quel est à présent le bilan de l'aventure politique qui a fait suite à ce soutien médiatique apporté par une certaine « gauche » gouvernementale au Front National ? L'objectif de Mitterrand et du PS étant d'empêcher la « droite » de récupérer le mécontentement populaire engendré par leur politique. Trente-trois ans après, le dernier sondage sur la montée électorale prévisible du FN n'est pas une vraie surprise pour la presse internationale. The New York Times Magazine analysait il y a deux semaines : « France’s ultranationalist fringe party isn’t so fringe anymore ». Il y a une semaine, Reuters rapportait notamment « France's National Front seen leading local elections: poll ». Ce week-end, The Independent écrivait explicitement « Rise of the French far right: Front National party could make sweeping gains at this month's local elections ». De même, la semaine dernière El Mundo commentait « El Frente Nacional se confirma como primer partido de Francia ». Le 2 mars, avec le titre « El avance de los populismos », La Región n'hésite pas à comparer le Front National avec Syriza.
Hier, El Temps s'interrogeait sur l'actuelle « Efervescència nacionalista ». L'auteur se demandait d'emblée « ce que peuvent avoir en commun » des mouvements comme le FN, Syriza, Ukip, Podemos... Une question devenue de plus en plus fréquente, sous des formes diverses. Dans un article intitulé « Roma, Lega in piazza con Casa Pound. "Vaffa" di Salvini a Renzi e Fornero », Corriere della Sera rapporte « E’ stato letto dal palco anche un messaggio della presidente del Fronte Nazionale francese Marine Le Pen ». Mais comment a-t-on pu en arriver à une telle situation de crise politique où, partout en Europe, le discrédit des partis « de gouvernement » actuels et précédents ne cesse de s'aggraver ? Une chose paraît évidente : l'amertume et la colère populaires après trois décennies de mondialisation à outrance et de politique musclée des représentants du capitalisme est en passe d'atteindre un seuil critique. Quels que soient les partis qui récupèrent à présent (et jusqu'à quand ?), sur le plan électoral, cette détresse croissante des populations.
Le Courrier International écrivait la semaine dernière « Vu des Etats-Unis. Le Front national intrigue l'Amérique ». C'est le moins que l'on puisse dire.
Mais précisément, quelle est l'origine de la montée du Front National, et à quoi répondait-elle à cette origine ? Comment la montée progressive du FN a-t-elle pu perdurer, jusqu'à aboutir à la situation actuelle ?
Des extraits de l'ouvrage La main droite de Dieu sont accessibles aux adresses
http://michel.delord.free.fr/maindroite.pdf et http://lepcf.fr/LA-MAIN-DROITE-DE-DIEU .
On peut lire, notamment :
[ « L'unité nationale, ce n'est pas l'uniformité, c'est le pluralisme des opinions, le choc des idées.» Ce 8 mai 1982, Jean-Marie Le Pen écoute le discours que François Mitterrand prononce à Orléans. Il décide de saisir la balle au bond. Le Front national n'en finit pas de végéter: 0,2 % des voix aux élections législatives de juin 1981 et pas mieux aux cantonales de mars 1982. Conséquence: aucune chaîne de télévision n'a pris la peine de se déplacer pour le congrès du FN qui vient de s'achever en cette fête de Jeanne d'Arc. Jean Marie Le Pen n'apprécie pas cette absence. Et il le fait savoir en écrivant à l'Élysée. L'appel présidentiel au respect du pluralisme vient à point nommé.]
(fin de l'extrait)
et plus loin :
[Sur les conseils de Michel Charasse, François Mitterrand signe, le 22 juin, une réponse écrite à Jean-Marie Le Pen: « Il est regrettable que le congrès d'un parti soit ignoré par Radio-Télévision. [...] Elle ne saurait méconnaître l'obligation de pluralisme qui lui incombe [...]. L'incident que vous signalez ne devrait donc plus se reproduire. Mais d'ores déjà, je demande à Monsieur le Ministre de la Communication d'appeler l'attention des responsables des sociétés Radio-Télévision sur le manquement dont vous m'avez saisi. »]
(fin de l'extrait)
François Mitterrand a ainsi pris des mesures très conséquentes visant à contraindre les médias à accorder une place importante à la médiatisation du Front National. On peut lire à ce sujet dans La main droite de Dieu :
[La première chaîne, alors publique, se montre la plus zélée. (...) Annik Beauchamps se souvient de s'être fait imposer la présence du président du Front national: « C'était en fin d'après-midi, Alain Chaillou et moi-même, nous avons reçu l'ordre d'inviter, pour le journal de 23 heures, Jean-Marie Le Pen, et c'était un ordre suffisamment précis pour qu'on soit obligés d'y obéir. »]
(fin de l'extrait)
Le Front National a ainsi été à l'origine (1982 et années suivantes), pour François Mitterrand et le Parti Socialiste, un moyen de préserver une hégémonie électorale que menaçait leur propre politique de « rigueur ».
Rappelons, à ce sujet, que François Mitterrand et Jean-Marie Le Pen se connaissaient depuis longtemps, au point d'avoir été ensemble témoins de la défense des putschistes d'Alger (notamment, Raoul Salan) en 1962. L'avocat de la défense n'était autre que Jean-Louis Tixier-Vignancourt, ancien secrétaire général adjoint à l’Information de l’État français du gouvernement de Vichy (1940-41) et fondateur en 1953-54 du Rassemblement National. C'est à sa demande, que Mitterrand est intervenu.
En 1965, Jean-Louis Tixier-Vignancourt sera candidat à la Présidence de la République avec Jean-Marie Le Pen comme directeur de campagne. Il appellera à voter pour François Mitterrand au second tour. Par la suite, Mitterrand bénéficiera systématiquement du soutien de l'extrême-droite et des nostalgiques de l'Algérie française.
En 1982, au moment où l'opération de promotion du Front National a été lancée, François Hollande et Ségolène Royal faisaient déjà partie de l'entourage de François Mitterrand et de son gouvernement.
On trouve parmi les ministres en exercice au sein du gouvernement de Pierre Mauroy en 1982 Gaston Defferre, Michel Jobert, Charles Fiterman, Michel Rocard, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Bérégovoy, Robert Badinter, Claude Cheysson, Charles Hernu, Jack Lang, Edith Cresson... En juin 1982, un blocage des prix et des revenus a eu lieu, le motif déclaré étant de contrer l'inflation. La politique gouvernementale se trouvait déjà « sous tension ».
La politique dite de « rigueur» sera ouvertement déclarée en mars 1983. Les ministres du nouveau gouvernement Mauroy étaient Jacques Delors, Pierre Bérégovoy, Gaston Defferre, Charles Fiterman, Robert Badinter, Claude Cheysson, Charles Hernu, Michel Rocard, Laurent Fabius, Alain Savary, Edith Cresson, Roger Quilliot, Michel Crépeau et Marcel Rigout.
La suite sera examinée plus en détail dans des articles ultérieurs.
Origine : Indépendance des Chercheurs
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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