Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Réveil Communiste

Les idées d'Adam Smith ont fait leur temps

27 Septembre 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #Royaume-Uni, #Front historique, #Economie

Les idées d'Adam Smith ont fait leur temps

 

La science économique bourgeoise repose sur le sable. Elle fut construite, sous ses formes classiques et néoclassique, sur des hypothèses psychologiques individualistes radicales, dont les prémisses sont fausses.

Les agents économiques ne sont pas des individus, mais des classes sociales, et les agents économiques les plus individualistes sont encore les travailleurs exploités qui ne s'organisent que contraints par la nécessité matérielle - contrairement à leurs patrons.

Dès que l’économie est considérée non comme un système de relations sociales dépendant des conditions historiques matérielles mais comme une seconde nature, enracinée dans une psychologie de la nature humaine non-historique, et échappant à tout contrôle social, il est difficile de contester efficacement les actions des patrons et des gouvernants qui se prétendent des spécialistes de cette seconde nature, et il est d’autant plus difficile de changer de politique qu’il est facile de changer les têtes qui gouvernent. La remise en cause de leurs discours théoriques à prétention scientifique est donc indispensable.

Les idées-forces d’Adam Smith, l'idée de la « main invisible du marché » qui produirait spontanément les meilleurs équilibres entre offre et demande, et l'idée que l’égoïsme et la rapacité de chacun concourt au bien public, sont structurantes dans l’idéologie politique courante aujourd’hui, et même devenues des lieux communs populaires, mais pourtant pour autant qu’on pouvait les induire de l’observation, elles étaient déjà périmées au début du XIXème siècle. 

Elles sont construites sur une psychologie idéaliste et sur une logique qui représente en économie politique la tendance à la dialectique idéaliste et à la conceptualisation du négatif dans la totalité qui régnait dans la pensée européenne à la conclusion du Siècle des Lumières. Adam Smith comme Diderot est un Hegel du sens commun, Hegel qu'il a d'ailleurs directement inspiré.

Mais ces idées argumentées à partir de l'expérience et de l'observation critique de la Grande Bretagne et de ses colonies à son époque ne décrivaient pas le système capitaliste développé : ce qui est examiné dans la Richesse des Nations, c’est l’économie marchande simple au niveau du marché hebdomadaire local, et le capitalisme marchand qui régit les échanges internationaux de produits de luxe, entre élites dominantes des sociétés d’économie paysanne, et les échanges polarisés à l’intérieur de ces formations sociales entre la ville et la campagne, la métropole et ses colonies.

Si le Capital porte ce titre c’est bien pour une raison : le capital comme système spécifique est caractérisé par la généralisation du salariat ouvrier, et il est en quelque sorte devenu une puissance autonome et axée sur le cycle d’accumulation permanent AMA’ : argent - marchandise – argent augmenté du profit. C'est un objet de recherche nouveau, venu à maturité et devenu incontournable pour l'économie politique, mais un demi-siècle après qu’Adam Smith a écrit son chef-d’œuvre éclairant et trompeur, La Richesse des Nations, en 1773 - et un objet qu'il aurait considéré comme monstrueux à bien des égards.

Reste à lui rendre hommage pour y avoir développé la théorie profondément libératrice qui sera reprise par Ricardo et par Marx au siècle suivant : la valeur travail.

Et on ne saurait trop en recommander la lecture à tout nouvel étudiant marxiste : il pose le cadre historique, géographique et conceptuel dans lequel le Capital peut se développer, où se développe la critique de l'économie politique.

GQ 3 juillet 2025, relu le 28 avril 2026

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Un article très stimulant, qui a le mérite de rappeler une évidence que l’économie dominante cherche constamment à faire oublier : l’économie n’est pas une « seconde nature », régie par des lois éternelles et indépendantes des rapports sociaux. Elle est une réalité historique, constituée par des rapports de production déterminés. De ce point de vue, la critique de l’individualisme méthodologique et de la naturalisation des catégories économiques est particulièrement bienvenue.<br /> <br /> Je formulerais cependant une réserve, non pour contester l’orientation de l’article, mais pour pousser sa démarche jusqu’au bout. Il me semble que nous avons intérêt à être plus dialectiques avec Adam Smith. Le présenter essentiellement comme le théoricien de l’égoïsme individuel, de la « main invisible » et d’un équilibre spontané du marché risque de le rapprocher excessivement de l’économie néoclassique contemporaine. Or Smith est historiquement beaucoup plus complexe. Il s’intéresse aux institutions, aux relations sociales, à la division du travail et observe lui-même avec beaucoup de lucidité les intérêts communs des capitalistes et les rapports conflictuels qui les opposent aux travailleurs.<br /> <br /> C’est justement ce qui rend le passage de Smith à Marx si intéressant.<br /> <br /> Smith appartient à un moment historique où l’économie marchande et le capitalisme sont en plein développement, mais où le capitalisme industriel n’a pas encore atteint sa maturité. Il peut donc découvrir et analyser des éléments fondamentaux du mouvement économique sans encore disposer des catégories permettant de comprendre pleinement le capital comme rapport social.<br /> <br /> Il faut ici éviter une autre simplification : La Richesse des nations ne décrit pas seulement une économie marchande simple. Smith observe déjà la manufacture, la division du travail, l’accumulation, le commerce international et les transformations profondes de la société britannique. Mais il ne parvient pas encore à saisir le capital comme un rapport social spécifique dont le mouvement tend à devenir autonome et dont la finalité est l’accumulation.<br /> <br /> C’est là que le saut qualitatif réalisé par Marx devient décisif.<br /> <br /> Smith contribue à poser la question de la valeur et développe une théorie du travail comme source de la valeur. Ricardo approfondira cette contradiction. Marx ne se contente alors pas de reprendre ou de corriger leurs calculs : il transforme radicalement le problème.<br /> <br /> Avec Marx, la question n’est plus seulement : comment se forme la valeur ?<br /> <br /> Elle devient : quels rapports sociaux permettent à la valeur de se valoriser ?<br /> <br /> Et surtout : comment une société fondée sur le travail salarié peut-elle produire de la plus-value ?<br /> <br /> C’est ici que l’analyse de la marchandise conduit à celle de la force de travail. Le capitaliste n’achète pas directement du « travail » : il achète la force de travail pour une durée déterminée. Sa consommation dans le procès de production crée une valeur supérieure à celle nécessaire à sa reproduction. La différence constitue la plus-value.<br /> <br /> On passe ainsi de la théorie de la valeur-travail à la critique du rapport capitaliste lui-même.<br /> <br /> C’est, me semble-t-il, le véritable saut qualitatif entre l’économie politique classique et Marx.<br /> <br /> La formule A–M–A′ prend alors toute sa portée. Le capital n’est pas simplement une quantité d’argent qui circule davantage ; il est un rapport social dans lequel l’argent devient capital parce qu’il entre dans un procès de valorisation permanent. La marchandise et l’argent ne sont donc pas seulement des objets économiques : ils sont des formes sociales déterminées.<br /> <br /> C’est pourquoi Marx peut accomplir quelque chose que Smith ne pouvait pas encore accomplir historiquement : montrer que les catégories apparemment naturelles de l’économie capitaliste — marchandise, salaire, profit, capital, intérêt, rente — sont des formes historiques de rapports entre les hommes.<br /> <br /> Il ne s’agit donc pas de dire simplement : « Smith avait tort, Marx avait raison ». Ce serait une lecture antidialectique de l’histoire des idées. Marx conserve les acquis scientifiques de l’économie politique classique, notamment la centralité du travail et la recherche des lois objectives de la production, mais il en dévoile les limites et les contradictions.<br /> <br /> Autrement dit, Marx ne détruit pas Smith et Ricardo : il les dépasse en dévoilant ce que leur propre analyse ne pouvait encore complètement voir.<br /> <br /> C’est également pourquoi je serais prudent avec l’affirmation selon laquelle les idées de Smith seraient simplement « périmées ». Certaines de ses conceptions appartiennent évidemment à une époque historique révolue. Mais son œuvre reste précisément intéressante parce qu’elle constitue un moment du développement de la connaissance scientifique des rapports économiques.<br /> <br /> La véritable dialectique historique est donc plutôt : Smith analyse les premières formes développées de l’économie capitaliste, tandis que Ricardo en approfondit les contradictions, notamment autour de la valeur et de sa répartition. Avec Marx, cette analyse franchit un saut qualitatif : l’économie politique devient critique du capitalisme comme rapport social, de la marchandise à la force de travail et de la valeur à la plus-value.<br /> <br /> Et cette méthode est importante aujourd’hui. Nous devons éviter de remplacer les dogmes de l’économie bourgeoise par des dogmes marxistes. Le marxisme vivant consiste à partir des contradictions réelles du développement historique, à comprendre les formes nouvelles du capital et à produire les concepts permettant d’agir sur elles.<br /> <br /> C’est particulièrement essentiel aujourd’hui avec la révolution informationnelle, la financiarisation, les multinationales, les chaînes de valeur mondiales, l’intelligence artificielle et la transformation du travail. La question n’est pas de savoir si Marx avait prévu chacune de ces formes. La question est de savoir si sa méthode nous permet d’en saisir les rapports sociaux fondamentaux.<br /> <br /> Et c’est précisément là que la critique de Smith retrouve toute son actualité : l’économie ne doit jamais être pensée comme une nature à laquelle les sociétés devraient se soumettre. Elle est l’expression historique de rapports sociaux que les hommes peuvent donc transformer.<br /> <br /> C’est finalement le lien le plus fécond entre la critique de l’économie politique et notre perspective communiste : comprendre les lois du capital non pour les subir, mais pour identifier les contradictions à partir desquelles peut s’ouvrir la possibilité d’une autre organisation sociale.
Répondre
L
Bonjour.<br /> Un peu d'humour qui nous viens du blog de MoA, mais qui s'applique à ce post. Je laisse bien évidemment à chacun la liberté d'interpréter à sa guise. :<br /> <<<br /> Trump Caves Again Over Tariffs - Uncertainty Increases<br /> On April 2 U.S. President Donald Trump declared a 'Liberation Day' by introducing tariffs on nearly all imports to the United States.<br /> <br /> I adred to predict:<br /> <br /> The 'invisible hand' of the markets will respond to Trump's moves by showing him a very visible finger.<br /> >><br /> <br /> traduit en ceci :<br /> <<<br /> Trump cède encore une fois sur les tarifs - L'incertitude augmente. <br /> Le 2 avril, le président américain Donald Trump a déclaré un 'Jour de Libération' en introduisant des taxes sur presque toutes les importations aux États-Unis. <br /> <br /> J'ose prédire : <br /> <br /> La 'main invisible' des marchés réagira aux manœuvres de Trump en lui montrant un doigt très visible.<br /> >><br /> <br /> Cordialement.<br /> Luc Laforets
Répondre
O
En fait, vous ne parlez pas D'Adam Smith, mais bien de ce que l'économie classique a sélectionné d'Adam Smith pour établir ses propres prémices libérales utiles à justifier l'exploitation des travailleurs, la spoliation des richesses et la perpétuation de l'ordre social.<br /> Adam Smith est très clair. Pour lui, ses prémices n'étaient que des prémices de recherches isolées d'un cadre social plus large et ne devaient pas être prises comme telles. Adam Smith était un scientifique, pas un idéologue. Ce sont les idéologues du libéralisme qui ont fait des prémices d'étude de Smith des vérités "naturelles" et en aucun cas le savant.<br /> De plus, le libéralisme et son économie classique (avec tous ses développements) se fondent sur le Darwinisme social qui lui aussi est une manipulation des prémices de Darwin. Prémices que Darwin à lui-même contestées. <br /> C'est un grand classique des idéologues, extraire des conclusions de leur cadre théorique et transposer des concepts d'un domaine dans un autre domaine alors que rien ne permet de le faire.<br /> Le Marxisme par contre est scientifique (à ne pas confondre avec le communisme qui est une idéologie) et, contrairement à ce que l'on peut croire, Marx admirait Smith et ses travaux.
Répondre
A
Il est fort possible que vous ayez raison (ce qui, néanmoins, ne changerait rien à l'affaire), mais pourriez-vous nous fournir les références qui attestent ce que vous dites des dénégations d'Adam Smith sur l'interprétation de son oeuvre ? Et idem pour Darwin!.
R
C'est vrai, mais je ne crois pas qu'on puisse dans une lecture critique séparer complètement un auteur de l'exploitation qui en a été faite.