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Réveil Communiste

Faut-il voter Mélenchon par réalisme politique ?

4 Juin 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche", #GQ, #Théorie immédiate, #2027, #Front politique intérieur

La cloche de Gauss

La cloche de Gauss

Faut-il voter Mélenchon par réalisme politique ?

Disons tout de suite que si on ne le fait pas il n'y a pas mort d'homme.

On se dirige peut-être vers un duel au second tour entre Mélenchon et Bardella. On nous offrirait donc le choix entre un tour de vis réactionnaire immédiat, et une gestion social-démocrate pouvant conduire, selon le précédent de Tsipras en Grèce, à une trahison de plus qui aggraverait encore les conditions de ce tour de vis, repoussé de quelques années. Certains ont l'air d'ailleurs de penser que s'opposer à Mélenchon ce pelé, ce galeux, serait comme un test de virginité orthodoxe marxiste-léniniste. 

Pour commencer disons tout de suite que voter dans une démocratie libérale de marché n'est pas une action réaliste, mais plutôt une manifestation symbolique identitaire, avec au niveau subconscient une déclaration de loyauté au système que l'on va parfois critiquer radicalement dans d'autres contextes.

En tout cas l'importance et la signification d'un vote individuel sont très relatifs, infinitésimaux presque ! La moindre familiarité avec la statistique nous fera comprendre qu'en termes réalistes, elle peut être assimilée à une "grande quantité d'importance nulle".

Pourtant on a beau y faire ce système de légitimation de la dictature de la bourgeoisie sur la société est très puissant parce qu'il nous oblige à nous positionner, au prix sinon de la marginalisation, et de l'inexistence politique. Lénine en avait donc conclu que des révolutionnaires prolétariens ne pouvaient pas ne pas participer aux élections.

Mais une telle participation si elle est faite à la manière de LO comme pur témoignage ne va guère plus loin et ne risque pas de révéler les contradictions. Dans la réalité elle exige pour être cohérente de revendiquer par la voie d'alliances l'accès au pouvoir en suivant les règles du jeu fixées par la bourgeoisie.

Donc rebelote, faudra-t-il voter social-démocrate une fois de plus, sachant que le candidat en question s'il est peut-être un peu social n'est sans doute pas démocrate du tout? A vrai dire ce n'est pas très grave.

Dans notre cas présent, il s'agira prosaïquement de voter vers la fin du mois d'avril 2027 pour un candidat peu satisfaisant, puisqu'il n'existe plus de parti légitimement représentatif de la classe ouvrière (les velléités du PCF sous la direction de Roussel en la matière, à base de beefsteack et d'OQTF ne sont pas convaincantes du tout) avant d'en être réduit deux semaines plus tard à voter contre un autre, ou pas du tout.

C'est dans ce système verrouillé qu'on nous propose Roussel, Mélenchon ou Artaud, sinon Tondelier, Autain, Ruffin, Hollande et Glucksmann, c'est à dire de choisir entre pas grand chose, rien, des libéraux, et des agents américains.

Parvenus à ce point de la réflexion désabusée il faut revenir au tableau sociologique de cette France désindustrialisée et économiquement en recul qui approche du milieu du XXIème siècle. On y remarque plusieurs faits marquants. 

Les classes moyennes qui sont diverses au plus haut point et de cultures politiques variées sont très majoritaires dans ce pays dont la courbe de revenu représente une belle cloche de Gauss, il est vrai décalée vers la gauche, autour d'un revenu médian bien faible. Majoritaires, mais plutôt pauvres.

Il faut remarquer que jamais les marxistes n'ont fondé d'espoir sur le nombre des ouvrier proprement dits, au point d'espérer un triomphe électoral de leur révolution, sauf pendant un moment court d'égarement en Allemagne vers 1900 (dénoncé à l'époque par Rosa Luxembourg).

La classe ouvrière n'est pas seulement moins nombreuse que l'agrégat formé par les classes moyennes, elle est tout aussi fractionnée, non seulement suivant des clivages ethnico-religieux, mais aussi selon que son statut est protégé ou non, par des traditions idéologiques divergentes, et enfin par la pénétration plus ou moins grande du mode de vie individualiste consumériste postmoderne. Il est à noter qu'un certain laissez-aller dans le style semble pénétrer très vite chez les jeunes travailleurs qui sont de plus en plus séparés de leurs collègues sur le terrain et ne sont donc plus guère tenus à des exigences de présentation. Certains sont maintenant couverts de tatouages comme un mur de squat tandis que les bourgeois recentrés se rangent des voitures et se les font effacer en masse ...

Il apparait de plus en plus clairement qu'il y a une nouvelle classe ouvrière étymologique majoritairement immigrée, voire saisonnière, qui occupe les emplois manuels, à risque, mal payés, dévalorisé dans une sorte apartheid social.

Il est clair que si une "gauche" l'emporte à de telles élections, représentant un tel corps électoral, il ne faut s'attendre en matière économique et sociale à guère mieux que l'effet de la simple non-élection des autres : des fanatiques de l'Europe et du libre marché, des libéraux vendus à l'impérialisme et des nationalistes chauvins pervers, et à condition que cette gauche le soit suffisamment pour ne pas rallier le consensus sous le premier prétexte venu (une pseudo menace d'invasion russe par exemple).

Ce n'est que la situation créée par un tel succès électoral qui pourrait conduire dans la foulée à un changement majeur dans ces domaines, provoqué moins par le vote lui-même que par la réaction de classe de nantis de plus en plus rigidement accrochés à des privilèges exorbitants (le fameux 1% qui fait l'unanimité contre lui), et par les ingérences étrangères grossières et massives qu'on peut prévoir.

Mais le changement proposé pour commencer ne peut être qu'un changement souhaité par ces classes moyennes majoritaires qui sont comme on sait remplies d'illusions individualistes et idéalistes, qui croient qu'on peut tout régler par des lois proscriptives et contradictoirement par la "désobéissance", en s'en prenant qui aux radars, qui aux bassines.

Or de même que les ouvriers sont séparés les uns des autres par la gestion médiatique des conflits sociétaux entre autochtones et immigrés, les classes moyennes sont divisées entre les pseudos-patriotes racistes qui ont peur des moquées mais pas de l'OTAN et de l'UE, les écolos à la mie de pain qui ne veulent "pas de ça près de chez moi" et les libéraux-libertaires arrogants de bas de gamme, tous tant qu'ils sont angélistes, naïfs et moralisateurs!

Pourtant ces pauvres classes moyennes ont toutes en commun le besoin essentiel de la protection de l'État et du bon fonctionnement des services publics. Face à la démesure de l'argent et du capital financier, toutes leurs positions, qu'il s'agisse de celles des salariés protégés par un statut ou des travailleurs indépendants du secteur privés sont violemment attaquées par l'évolution économique et technologique.

Donc seul peut l'emporter dans une compétition électorale dans un tel pays un candidat qui endosse ce besoin de protection de classes moyennes nombreuses, paupérisées et fragilisées, mais aussi qui leur propose son programme dans les termes idéalistes et moralisateurs qui leur parlent. De là à ce qu'il tienne ses promesses il y a une marge mais ce n'est pas forcément ce qu'on attend de lui car s'il était du bois qui fait les grands leaders prolétariens on ne l'aurait surement pas laissé monter si haut.

On ne peut pas se tenir complètement à l'écart de ce débat, sous peine de se scléroser à la manière de LO ou du KKE grec, qui n'a pas trahi au moment de la crise de la dette en 2015, mais qui pire que cela, n'a rien fait du tout et qui continue son existence sans se mouiller qui consiste à toucher des subventions de l'UE, à balader des drapeaux rouges et à obtenir ses 5 à 8 % à chaque élection.

Une bonne ligne qui ne change pas du tout suivant les situations est ipso facto une mauvaise ligne.

Les partis communistes européens qui ont résisté sur leurs fondamentaux après la catastrophe continentale de1989 (portugais, tchèque), et avec raison, ont fini par dépérir, faute d'avoir réussi à se créer un espace d'action. Le PTB belge étant peut être l'exception (mais sans doute parce qu'il est devenu le porte-parole paradoxal de ce qui reste de patriotisme dans ce petit pays très divisé).

Enfin, Mélenchon a au moins le mérite d'avoir débusqué le caractère fondamentalement impérialiste et liberticide du lobby sioniste, et les attaques les plus invraisemblables qu'il suscite sur le thème de l'antisémitisme dans la sphère médiatique sont autant de points qui légitiment sa démarche. Volens nolens, il a touché là un nerf sensible.

Que peut-on raisonnablement - mais sans garantie -  espérer de lui, s'il est élu? Une mise à distance de l'UE et de l'OTAN, une action favorable à la paix en Ukraine, des sanctions effectives contre Israël, et un protectionnisme économique de facto (sous prétexte écologique)? Il faut cependant souhaiter que la CGT pèserait suffisamment lourd dans son bloc politique pour qu'il remise aux accessoires de la démagogie pour les neu-neu ses propositions anti-nucléaires ...

Que peut-on espérer des autres candidats à la candidature? Rien de cela, parce que d'abord ils ne seront pas élus, parce qu'ils sont fondamentalement consensuels, et qu'ils sont dépourvus de tout courage politique.

NOTE : Lorsque le PCF obtenait environ 20% des votes au débat des années 1970 la classe ouvrière atteignait presque 40% des CSP en France. Un PCF restauré "sur les rails de la lutte des classes" pourrait envisager selon ce rapport 8 à 10% aujourd'hui, ce qui n'est pas assez pour viser l'hégémonie. 

NOTE 2 : les sondages de deuxième tour qui mettent Mélenchon à 33% face à Bardella sont manifestement fantaisistes pour le dire gentiment.

GQ, 1er juin 2026

 

 

 

 

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L
@Réveil Communiste Auteur 04/06/2026 09:17<br /> Oui, bien sur.
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L
Bonjour.<br /> Globalement un bon billet, toutefois, compte tenu du rôle effectif des élections, la meilleure consigne de vote me semble "tout sauf l'oligarchie centriste", pour une raison simple : Dans un cas ou un autre, cela permettra de débloquer (un peu) la situation politique, et donc d'ouvrir des perspectives.<br /> Cordialement.<br /> Luc Laforets
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R
oui sauf que Bardella semble aussi en faire partie
A
Je me contenterais de dire que Mélenchon est le moins mauvais candidat compétitif.
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A
Bonne chronique dans l'ensemble même si je crois que la mélenchonie marche dans les pas du PS quand à son évolution future dans le paysage politique (avant et après la prise de pouvoir).<br /> <br /> Ceci dit et cependant, l'affirmation<br /> <br /> "Une bonne ligne qui ne change pas du tout suivant les situations est ipso facto une mauvaise ligne."<br /> <br /> n'est pas inversable cad qu'<br /> <br /> "une ligne qui change ipso facto suivant les situations n'est pas forcément une bonne ligne".<br /> <br /> Et même parfois, il faut savoir ne pas changer de cap malgré les vents changeants. Sinon ça s'appelle "girouette".<br /> <br /> Le sage La Fontaine nous dit que "le roseau plie mais ne rompt pas", contrairement au "chêne qui ne plie pas mais rompt".
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R
Une ligne qui change à chaque occasion n'est pas une ligne, mais une ligne qui ne change jamais est une mauvaise ligne
J
Mélenchon n'est pas clair politiquement, il n'est qu'à écouter ses discours de tribun où il se prend pour une sorte de théoricien "marxien", mais antiléniniste, à la phraséologie pompeuse, didactique au sens de la collection "pour les nuls".que sont pour lui les électeurs de gauche auxquels ils adresse son bagou. C'est truffé d'approximations, de marxisme mal digéré. Rien entendu sur l'économie. Le gars se prend pour un dirigeant de grande stature, alors qu'il occupe juste une niche électorale qu'il cherche à élargir en escomptant le vote utile communiste dès le 1er tour. Le vrai but est d'éliminer du jeu les communistes et son appareil comprend on le sait des trotzkistes.<br /> Or, c'est du SD pur jus, c'est à dire un jus frelaté de révolution, une révolution qui serait "citoyenne" donc hors classe, hors lutte des classes en fait, un non-sens total. Comme théoricien qui fait du neuf il y a mieux. La planification "écologique" est de la même eau, du creux mais aussi un rejet affiché de la planification soviétique qu'il prétend précédée de façon provocatrice par la planification de Ford, comme si c'était du même ordre. Mais il s'oppose bien sûr à la "deuxième" qu'il cherche donc à minorer historiquement tout en suggérant qu'elle eût été inspirée par Ford : c'est vraiment haïr le socialisme en bon trotzkiste SD.<br /> Le vote utile, j'ai déjà donné et ça a produit quoi ? La montée du FN, voulue d'ailleurs par le PS et son Jospin.<br /> <br /> Alors évidemment, il y a un vernis radical, tout comme l'UNEF ID en affichait un..ensuite ses cadres intégraient le PS et menaient une carrière confortable avec les potes.<br /> <br /> Seulement, historiquement à quoi ont abouti les SD au pouvoir ? Eh bien j'ai en mémoire l'Allemagne de Weimar face aux révolutions, préférant la montée à droite et la destruction de la Révolution, et en Hongrie ce fut pareil pour Bela Kun, piégé par les SD...Ensuite les années 30...puis la Guerre d'Espagne...<br /> Notons que les SD en Autriche-Hongrie et le cercle de Pernerstorfer et les autres, c'étaient avant tout une bourgeoisie viscéralement russophobe (avant et après la Révolution) et pour une bonne part antisémite ( il n'y avait pas que l'extrème-droite).<br /> Et en considérant la période soviétique, on ne peut pas dire que les SD aient manifesté la moindre velléité d'avancées sociales concrètes comme l'URSS en a construit.<br /> <br /> Alors que l'après URSS montre où nous mène le capitalisme réel, les SD se sont complètement droitisé et occupent après tout une bonne part de l'échiquier, eurocompatible, OTAN compatible, et même RN compatible, car ils ont beau régner avec tous leurs avatars de gauche à droite, la vraie lutte contre le fascisme et ses résurgences n'a pas lieu. c'est une opposition de façade, ukraino compatible ( Kiev et Klitchko citoyens d'honneur de Paris...);<br /> Le PS est toujours hégémonique ( Macron en est l'aile droite), et la cohabitation avec le néofascisme en Europe montre à nouveau qu'ils vont l'amble;<br /> <br /> Supposons Mélenchon passe ...à part les belles envolées à la tribune quels changements en attendre ? Mais avant tout un risque de coup à droite, LFI n'a aucun moyen de contrer la Réaction.
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