Y a-t-il trop de blancs à la fête de l'Huma ?
J’ai visionné sur les réseaux la video d'une table ronde, tournée à la fête de l’Huma 2025, où l’on entend Danièle Obono, députée LFI de Paris d’origine gabonaise, se plaindre de ne pas se sentir chez elle, dans cette fête qu’elle qualifie de rendez-vous de la « gauche blanche » (sic). Une jeune participante musulmane (voilée) à la table ronde surenchérit : la preuve, elle y a même vu des gens rôtir un cochon ! Ceci m’a incité à reprendre et à achever les réflexions ci-dessous.
Il n'y aurait plus de gauche populaire, il n’y aurait plus qu'une gauche bourgeoise – mais il faudrait là distinguer la réalité sociologique et politique, et les représentations, distinguer le peuple comme groupement objectif de classes sociales, et comme construction imaginaire d’une idéologie populiste.
Le peuple de gauche dit-on serait devenu de droite à cause de son imprégnation croissante par le racisme, pour aller très vite. Un nombre de plus en plus grand d’électeurs ouvriers ou employés ne voteraient plus que pour exprimer leur rejet des noirs et des musulmans.
Sauf évidemment le peuple des travailleurs manuels les plus exploités où les noirs et les musulmans sont très nombreux, voire même majoritaires.
Le peuple de gauche dont on parlait il y a encore dix ans existe encore, ce qui n’est pas exactement la même chose que la gauche populaire, et il est constitué surtout de fonctionnaires ou assimilés relativement mal payés – essentiellement rien de bourgeois donc. Son origine est bariolée et on y trouve des grimpants et des descendants sur l’échelle sociale. Mais globalement parlant les fonctionnaires à niveau de revenu égal semblent beaucoup moins affectés par le racisme que les salariés du secteur privé et les travailleurs indépendants. La sécurité de l’emploi et du coup la sécurité de l’existence qui en découle pourrait être la cause de ce clivage majeur ( je ne parle pas ici bien évidemment de ce racisme hyperbolique dont seraient porteurs comme d’un péché originel tous les autochtones – surtout les hommes blancs - et auquel croit manifestement Danièle Obono)...
La tendance au racisme et plus encore à la xénophobie serait donc un développement lié aux conditions sociales vécues dans la population. C’est vrai jusqu’à un certain point car les immigrés sont accusés explicitement ou non par beaucoup de dégrader directement ou indirectement le revenu, le niveau de vie, la qualité de vie des autochtones.
Mais aujourd’hui le phénomène s’est enraciné et a dépassé les conditions de son apparition dans le prolétariat ouvrier, lequel à d’ailleurs eu tendance à perdre son identité et sa conscience de soi.
Le vieux slogan du PCF des années 1990 « un raciste est quelqu’un qui se trompe de colère » reste à discuter rationnellement. Car l’hypothèse que « les racistes ne le sont pas vraiment, il expriment leur colère de manière inadéquate » est assez risquée dans un monde où le rejet des autres communautés devient de plus en plus massif et décomplexé, et qui plus est le ciment de chaque identité de groupe.
Si on prend l’exemple de la Belgique, on constate que le rejet mutuel des deux peuples qui la constituent, Flamands et Wallons, a atteint un tel degré que cette nation ne repose plus que sur deux choses : la monarchie, l'immigration, et un parti de gauche social démocrate étymologiquement maoïste tendance Enver Hodja, le PTB !
On dirait que le racisme ou au moins une forme de ressentiment identitaire fasse partie intégrante d’un nouveau courant politique populiste qui s’est rapidement généralisé dans le monde au cours de la décennie 2020.
Il faudrait pourtant définir le raciste qu’on a dans le viseur... car si on considère comme raciste tous ceux qui n’endossent pas une forme de culpabilité envers les non-blancs, les juifs, et d’autres minorités considérées à tort ou à raison comme opprimées, on va en multiplier le nombre à l’infini. Il est manifeste que le développement d’un néo-racisme identitaire est dialectiquement lié à l’inflation verbale d’un antiracisme petit-bourgeois hors-sol et culpabilisant, dont les exagérations et les outrances sont habilement exploitées par les influenceurs d'extrême-droite.
Mais il est clair que les conduites de préférence spontanée ou simplement de confiance envers ce qui nous est proche, culturellement, et même génétiquement semblent profondément enracinées dans les mentalités partout dans le monde. L’acquisition d’une culture et de valeurs universalistes qui se faisait par dessus ce substrat est dorénavant en crise.
A cela s'ajoute la vérité désagréable à entendre pour certains que l'assimilation ne peut se faire qu’au prix d’un effort du coté du nouvel arrivant dans une société sur son territoire. Sinon, il sera rejeté, que ce fait soit considéré comme immoral et déplorable ou considéré comme normal et fatal.
Tout le monde a des tendances « racistes », au sens extensif du terme, et ceux qui font profession d'antiracisme accusatoire encore plus que les autres, mais on peut ou les exprimer sans recul, ou les refouler et pratiquer une dénégation schizoïde, ou les travailler pour les dépasser dans le travail et dans la lutte. En les considérant comme une expression dialectique du négatif.
Que ça plaise ou non, existe une norme, de facto ou officielle, pour les individus qui vivent dans chaque société ; par dessus la norme il y a – ou non, selon le degré de développement des forces productives - une tolérance à l’écart des individus par rapport à la norme, et au delà se produit une disparition progressive de la norme et son remplacement par une autre, ni plus ni moins valide en soi que la précédente, et cas de figure étonnant dans le monde actuel, la brusque invalidation et diabolisation de la norme encore en cours la veille, même lorsqu’elle est très ancienne ou enracinée dans le sens commun.
Or l’existence d’une norme culturelle et ethnique me paraît une condition indispensable et inévitable dans les sociétés qui se veulent démocratiques. L’égalité suppose un degré d'homogénéité culturelle et une certaine ressemblance entre les égaux, ou au moins une invisibilisation des différences. Un droit à l’indifférence et une culture « color blind ». On voit qu’on ne va pas du tout dans cette direction. A vrai dire c’est peut être la rapidité du changement plutôt que sa substance qui est en cause.
En effet si les ressortissants de minorités immigrées ou de minorités historiques autochtones deviennent séparatistes l’assimilation devient difficile – bien qu’elle puisse prendre des formes paradoxales dans la confrontation – les jeunes banlieusards de maintenant reproduisant des comportement de défi caractéristiques de la culture des faubourgs parisiens depuis longtemps, qui sont inconnues ou réprouvées dans les pays d’origine de leur parents.
Mais pour revenir au cœur du sujet, il est en effet difficile de définir une gauche populaire si les populations qui occupent un territoire n’ont plus le sentiment d’appartenir à un peuple commun.
Pour un communiste qui est confronté à cette évolution plus qu’inquiétante de l’idéologie dominante du corps social, quelle stratégie proposer - quitte à être stigmatisé comme un représentant de la gauche blanche?
Il faut prendre le parti pris de l’assimilation bon gré mal gré, en sachant que cela suscitera des réactions négatives des deux cotés, assimilés et assimilateurs.
Outre donc l’engagement contre les politiques bourgeoises d'immigration, d’assistanat, et de laxisme sécuritaire et culturel dont les couches populaires payent le prix, il faut traiter la question de l’identité culturelle dans laquelle vont se reconnaître les éléments du peuple.
Mais alors on va nous demander très justement : tout cela c’est pour assimiler à quoi -non seulement les immigrés mais également les nouvelles générations dans leur ensemble ? Au cosmopolitisme marchand, au discours hypocrite des droits de l’homme et de l’inclusivité, à l’idéologie européiste ? A la République indivisible et laïque ? à la néo-chouannerie régionnaliste ? Ou au bon vieux roman national qui n'était qu'une galerie de portraits édifiants qui allait de Vercingétorix à De Gaulle et qui outre qu'il a toujours été faux est manifestement périmé ?
Le PRCF a fondamentalement raison dans son discours de base qui consiste à lier comme le fit Maurice Thorez le drapeau rouge au drapeau tricolore, mais avec sa volonté de marquer ses différences à priori avec toute dérive qui serait interprétée comme « rouge-brune », il brouille sa communication. Fabien Roussel, de manière velléitaire est dans le même cas – sauf que ses compromissions avec l’impérialisme le disqualifient, mais pas du tout pour les raisons habituellement mises en avant par ses détracteurs.
Il faut poser les thèses qui fâchent les imbéciles et plus encore les hypocrites sans multiplier les codicilles. Dire qu’on est contre la poursuite de l’immigration de masse, sans ajouter une multitude d’avertissements parapluies pour tenter de conjurer par avance les accusations de dérive raciste qui de toute manière peuvent utiliser n’importe quel prétexte dans la course à l’amalgame.
Il faut défendre la nation mais surtout la refonder. Mélenchon semblait se diriger dans cette direction avant de tomber sous l’influence de la petite bourgeoisie communautariste et sociétale. Mais il reste le seul homme politique un tout petit peu crédible à gauche en ce commencement de 2026. Un homme aussi haï par l'ensemble de l'éventail politique bourgeois de l'extrême-droite à la gauche d'accompagnement de l'UE et de l'OTAN ne peut pas être complètement mauvais. On peut être en désaccord avec lui sur sa tendance à esquiver les questions qui fâchent, il reste que ces polémiques sont essentiellement très secondaires quand on y réfléchit !
Quant à la laïcité qui se retrouve au cœur de celles qui portent sur l’identité nationale bien problématique de notre pays, elle subit une forte remise en cause, mais provenant des structures de l’Empire occidental bien plus que des mosquées – et c’est un domaine où on demande beaucoup plus d’effort aux musulmans qu’aux autres, et pas du tout d’effort aux juifs – en ce qui concerne la mise entre parenthèse de leur religion dans l’espace public.
Mais c’est aussi une machine à produire des polémiques qui servent d’écran aux véritables questions politiques et sociales.
Pour résumer un propos assez décousu, je dirais qu'il n'y aura pas moyen de faire autrement, dans un pays de blancs, et de mangeurs de porc par dessus le marché, il faudra bien que la gauche soit blanche aussi. Ce qui ne veut pas dire exclusivement. D'autant plus qu'un nombre critique de militants ouvriers est d'origine immigrée - comme des ouvriers eux-mêmes - et il est de plus en plus élevé en valeur absolue mais aussi en proportion au sen de ce qui est objectivement "la gauche" aujourd'hui..
GQ 9 janvier 2026, relu le 8 septembre
PS toutes les figures de la gauche "décoloniales" ne sont pas à placer au même niveau, et ne poursuivent manifestement pas le même but, il suffit de comparer Danièle Obono avec Rima Hassan ! L'une trouve qu'il y a trop de blancs dans le paysage d'un pays ou quasiment tout le monde l'était il y a un siècle, et l'autre au lieu de s'égarer dans des polémiques dont l'unique propos est d'attirer l'attention sur soi, défend la cause palestinienne de manière héroïque.
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