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Réveil Communiste

Gauche bourgeoise, ou gauche blanche ?

17 Janvier 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche", #classe ouvrière, #GQ, #Positions

RV chez les blancs ?

RV chez les blancs ?

J’ai vu sur les réseaux une video d'une table ronde tournée à la fête de l’Huma 2025, où l’on entend Danièle Obono, députée LFI de Paris d’origine gabonaise se plaindre de ne pas se sentir chez elle, dans cette fête qu’elle qualifie de rendez-vous de la « gauche blanche » (sic). Une jeune participante musulmane à la table ronde surenchérit : la preuve, elle y a même vu des gens rôtir un cochon ! Ceci m’a incité à reprendre et à achever les réflexions ci-dessous.

A discuter : il n’y a plus de gauche populaire, il n’y a plus que la gauche bourgeoise – il faut distinguer la réalité sociologique et politique, et les représentations, distinguer le peuple comme groupement objectif de classes sociales, et comme construction imaginaire d’une idéologie populiste.

Le peuple de gauche dit-on serait devenu de droite à cause de son imprégnation croissante par le racisme, pour aller très vite. Un nombre de plus en plus grand d’électeurs ouvriers ou employés ne voteraient plus que pour exprimer leur rejet des noirs et des musulmans.

Sauf évidemment le peuple des travailleurs manuels les plus exploités où les noirs et les musulmans sont très nombreux, voire même majoritaires. 

Le peuple de gauche dont on parlait il y a encore dix ans existe encore, ce qui n’est pas exactement la même chose que la gauche populaire, et il est constitué surtout de fonctionnaires ou assimilés relativement mal payés – essentiellement rien de bourgeois donc. Son origine est bariolée et on y trouve des grimpants et des descendant l’échelle sociale. Mais globalement parlant les fonctionnaires à niveau de revenu égal semblent beaucoup moins affectés par le racisme que les salariés du secteur privé et les travailleurs indépendants. La sécurité de l’emploi et du coup la sécurité de l’existence qui en découle pourrait être la cause de ce clivage majeur ( je ne parle pas ici bien évidemment de ce racisme hyperbolique dont seraient porteurs comme d’un péché originel tous les autochtones – surtout les hommes blancs - et auquel croit manifestement Danièle Obono)...

La tendance au racisme et plus encore à la xénophobie serait donc un développement lié aux conditions sociales vécues dans la population. C’est vrai jusqu’à un certain point ; les immigrés sont accusés explicitement ou non par beaucoup de dégrader directement ou indirectement le revenu, le niveau de vie, la qualité de vie des autochtones.

Mais aujourd’hui le phénomène s’est enraciné et a dépassé les conditions de son apparition dans le prolétariat ouvrier, lequel à d’ailleurs eu tendance à perdre son identité- sa conscience de soi.

Le vieux slogan du PCF des années 1990 « un raciste est quelqu’un qui se trompe de colère » reste à discuter rationnellement. Car l’hypothèse que « les racistes ne le sont pas vraiment, il expriment leur colère de manière inadéquate » est assez risquée dans un monde où le rejet des autres communautés devient de plus en plus massif et décomplexé, et qui plus est le ciment de chaque identité de groupe.

Si on prend l’exemple de la Belgique, on constate que le rejet mutuel des deux peuples qui la constituent, Flamands et Wallons, a atteint un tel degré que cette nation ne repose plus que sur deux choses : la monarchie, et un parti de gauche social démocrate étymologiquement maoïste tendance Enver Hodja, le PTB !

On dirait que le racisme ou au moins une forme de ressentiment identitaire fasse partie intégrante d’un nouveau courant politique populiste qui s’est rapidement généralisé dans le monde au cours de la décennie 2020.

Il faudrait pourtant définir le raciste qu’on a dans le viseur... car si on considère comme raciste tous ceux qui n’endossent pas une forme de culpabilité envers les non- blancs, les juifs, et d’autres minorités autrefois opprimées, on va en multiplier le nombre à l’infini. Il est possible que le développement d’un néo-racisme identitaire soit dialectiquement lié à l’inflation verbale d’un antiracisme petit-bourgeois hors-sol et culpabilisant, dont les exagérations et les outrances sont habilement exploitées par les influenceurs d'extrême-droite.

Mais il est clair que les attitudes de préférence spontanée ou simplement de confiance envers ce qui nous est proche, culturellement, et même génétiquement semblent profondément enracinées dans les mentalités partout dans le monde. L’acquisition d’une culture et de valeurs universalistes qui se faisait par dessus ce substrat est dorénavant en crise.

Ceux qui ont voyagé en Afrique comme j’ai eu l’occasion de la faire au Burkina Faso dans les années 1990 en se mêlant véritablement à la société ont pu faire l’expérience de « changer de peau », de cesser d’être physiquement un clone de la norme dominante (au sens de la domination du grand nombre).

Cette expérience permet de se rendre compte un peu concrètement des difficultés réelles d’assimilation des Africains en Europe, mais aussi de comprendre que l’assimilation ne peut se faire qu’au prix d’un effort supplémentaire du coté du nouvel arrivant dans une société sur son territoire. Sinon, il sera rejeté, que ce fait soit considéré comme immoral et déplorable ou considéré comme normal et fatal.

Tout le monde a des tendances « racistes », au sens extensif du terme, mais il peut ou les exprimer sans recul, les refouler et pratiquer une dénégation ou les travailler pour les dépasser dans le travail et dans la lutte. En les considérant comme une expression dialectique du négatif.

Il y a une norme de facto ou officielle pour les individus dans chaque société ; par dessus la norme il y a – ou non, selon le degré de développement des forces productives - une tolérance à l’écart des individus singuliers à la norme, et au delà, une disparition progressive de la norme et son remplacement par une autre, et cas de figure étonnant dans le monde actuel, la brusque invalidation et diabolisation de la norme encore en cours la veille, même lorsqu’elle est très ancienne ou enracinée dans le sens commun.

Or l’existence d’une norme culturelle et ethnique me paraît indispensable et inévitable dans les sociétés qui se veulent démocratiques. L’égalité suppose un « socle commun » culturel et une certaine ressemblance entre les égaux, ou au moins une invisibilisation des différences. Un droit à l’indifférence et une culture « color blind ». On voit qu’on ne va pas du tout dans cette direction. A vrai dire c’est peut être la rapidité du changement plutôt que sa substance qui est en cause.

En effet si les ressortissants de minorités immigrées ou de minorités historiques autochtones deviennent séparatistes l’assimilation devient difficile – bien qu’elle puisse prendre des formes paradoxales dans la confrontation – les jeunes banlieusards de maintenant reproduisant des comportement de défi caractéristiques de la culture des faubourgs parisiens depuis longtemps, qui sont inconnues ou réprouvées dans les pays d’origine de leur parents.

Mais pour revenir au cœur du sujet, il est en effet difficile de définir une gauche populaire si les populations qui occupent un territoire n’ont plus le sentiment d’appartenir à un peuple commun.

Pour un communiste qui est confronté à cette évolution plus qu’inquiétante de l’idéologie dominante du corps social, quelle stratégie proposer - quitte à être stigmatisé comme un représentant de la gauche blanche?

Il faut prendre le parti pris de l’assimilation bon gré mal gré, en sachant que cela suscitera des réactions négatives des deux cotés, assimilés et assimilateurs.

Outre donc l’engagement contre les politiques bourgeoises d'immigration, d’assistanat, et de laxisme sécuritaire et culturel, il faut traiter la question de l’identité culturelle dans laquelle vont se reconnaître les éléments du peuple.

Mais alors on va nous demander très justement : tout cela c’est pour assimiler à quoi -non seulement les immigrés mais également les nouvelles générations dans leur ensemble ? Au cosmopolitisme marchand, au discours des droits de l’homme et de l’inclusivité, à l’idéologie européiste ? A la République indivisible et laïque ? à la néo-chouannerie régionnaliste ? Ou au bon vieux roman national de Vercingétorix à De Gaulle manifestement périmé ?

Le PRCF a fondamentalement raison dans son discours de base qui consiste à lier comme le fit Maurice Thorez le drapeau rouge au drapeau tricolore, mais avec sa volonté de marquer ses différences à priori avec toute dérive qui serait interprétée comme « rouge-brune », il brouille sa communication. Fabien Roussel, de manière velléitaire est dans le même cas – sauf que ses compromissions avec l’impérialisme le disqualifient, donc non pour les raisons habituellement mises en avant par ses détracteurs.

Il faut poser les thèses qui fâchent les imbéciles et plus encore les hypocrites sans multiplier les codicilles. Dire qu’on est contre la poursuite de l’immigration de masse, sans ajouter une multitude d’avertissements parapluies pour tenter de conjurer par avance les accusations de dérive raciste qui de toute manière peuvent utiliser n’importe quel prétexte dans la course à l’amalgame.

Il faut défendre la nation mais surtout la refonder. Mélenchon semblait se diriger dans cette direction avant de tomber sous l’influence de la petite bourgeoisie communautariste et sociétale. Mais il reste le seul homme politique un tout petit peu crédible à gauche en ce commencement de 2026. Un homme aussi haï  par l'ensemble de l'éventail politique bourgeois de l'extrême-droite à la gauche d'accompagnement de l'UE et de l'OTAN ne peut pas être complètement mauvais. On peut être en désaccord complet avec lui sur sa tendance à flatter le communautarisme, il reste que ces questions sont  essentiellement très secondaires quand on y réfléchit !

Quant à la laïcité qui se retrouve au cœur des polémiques sur l’identité nationale bien problématique de notre pays, elle subit une forte remise en cause, mais provenant des structures de l’Empire occidental bien plus que des mosquées – et c’est un domaine où on demande beaucoup plus d’effort aux musulmans qu’aux autres, et pas du tout d’effort aux juifs – en ce qui concerne la mise entre parenthèse de leur religion dans l’espace public.

Mais c’est aussi une machine à produire des polémiques qui servent d’écran aux véritables questions politiques et sociales.

Pour résumer un propos assez décousu, je dirais qu'il n'y a pas moyen, dans un pays de blancs, mangeur de porc par dessus le marché, il faudra bien que la gauche soit blanche aussi. Ce qui ne veut pas dire exclusivement.

GQ 9 janvier 2026

PS toutes les figures de la gauche "décoloniales" ne sont pas au même niveau, et ne poursuivent manifestement pas le même but, il suffit de comparer Danièle Obono avec Rima Hassan ! L'une trouve qu'il y a trop de blancs dans le paysage, et l'autre défend la cause palestinienne de manière héroïque.

 

 

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S
Encore heureux qu'il y ait des blancs de gauche en France, malgré que certains comme la France insoumise croit le contraire. J'ai vu la vidéo en entier, et entre celle qui claque des doigts à chaque fois comme si elle était à un concert de rap, celle qui trouve que la fête de l'humanité, c'est la fête des blancs de gauche, celle qui est choqué de voir un cochon rôtir alors qu'elle porte un voile islamique, et celle qui se trouve discriminé en tant que femme de couleur au pcf alors qu'elle est élu pcf au conseil municipal. Que dire à part que nous devons êtres descendu bien bas pour se faire donner des leçons par ce genre de personnes. Voilà où nous a mené l'abandon des références à la classe ouvrière, à la dictature du prolétariat, au leninisme, et au socialisme. Écouter des greluches et je reste poli, parler comme des petites bourgeoises à qui on devrait tout leur offrir, parce que "mesdames " sont noires, musulmanes, ou lgbt etc..... Mais juste une question, à quelle moment ont elles parlé avec des arguments de classe ??? Jamais. A quel moment ont elles expliqué que la société française est ce qu'elle est, et que certains quartiers dits populaires devraient faire des efforts et se prendre en mains ?? Non, ca fait des reproches tout en demandant que le "blanc" s'excuse presque d'être blanc. Les quartiers devenus communautaires au fil du temps sont ils devenus des havres de paix, des lieux de solidarité et de partage ou il fait bon vivre??? C'est tout le contraire. Donc se plaindre n'a jamais fait un programme politique, faire diversion sur des sujets ethniques, religieux ou societaux non plus. Je suis choqué quelles n'ont pas été jeté dehors.
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R
LFI a sans doute contribué à cette dérive générale du militantisme de gauche mais il ne faut pas trop tirer sur le pianiste, c'est le seul groupe politique de gauche à mériter le respect paradoxal de la haine bourgeoise.
G
Un communiste qui se dit l’héritier de l’URSS de Lénine et de Staline, et qui fait la promotion d’un truc de kyste lombaires, on aura tout vu !<br /> Quant à considérer que JLM est l’homme à gauche le plus crédible pour ce début 2026, alors qu’il mène depuis des années la gauche à son plus bas étiage ca laisse sans voix !
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