Pourquoi doit-on être opposé par principe à l'immigration de travailleurs ?
26 Janvier 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Economie, #Qu'est-ce que la "gauche", #Impérialisme, #classe ouvrière, #Élections, #Théorie immédiate
Pourquoi être opposé par principe à l’immigration de travailleurs - principe qui parait difficile à soutenir quand les sbires de Donald Trump se déchaînent contre les immigrants aux États-Unis?
Parce que le peuple n’en veut pas. L’immigration introduit une concurrence sur le marché du travail, sur le logement et sur les services publics qui est défavorable aux intérêts populaires.
Sur le plan culturel, aussi, il y a un rejet populaire de l’immigration de masse sans assimilation : les bourgeois vivent entre-soi, les intellos vivent entre-soi, et bien le peuple aussi veut vivre entre-soi, et il semble qu'à tort ou à raison la démocratie et le respect de la volonté de la majorité n’ait plus aucune importance quand on en arrive aux desiderata qui sont dominants dans les classes populaires quand ils contredisent le consensus idéologique des classes moyennes.
Mais il faut aussi penser à l’intérêt des immigrés eux-mêmes :
Parce que les immigrés sont surexploités, méprisés, relégués aux tâches et dans les quartiers dont personne ne veut. Défendre les droits des travailleurs, y compris des travailleurs immigrés signifie qu’on demande l’arrêt de l’immigration de travail qui renouvelle de manière continue la main d’œuvre corvéable et qui gêne particulièrement l’intégration concrète qui se fait principalement par le travail non-qualifié des enfants des immigrés de la cohorte précédente.
L'immigration de masse de travailleurs précaires en situation irrégulière, mais volontaires et motivés pour toutes les tâches que les métropolitains refusent de faire - pour différentes raisons, certaines valables (mauvaises rémunérations ...) , d'autres non (mépris du travail manuel ...) - habitue petit à petit les nations occidentales riches, blanches et de culture chrétiennes à une ségrégation de fait et à la formation de castes ethniques hiérarchisées suivant la couleur de la peau ou la religion, dont les membres ne sont pas égaux, ni devant la police, ni devant la justice, ni par rapport aux possibilités d’éducation et particulièrement sur le lieu de travail, dans des branches d'activité de plus en plus ethnicisées. La logique de l’immigration, c’est la formation progressive de sociétés d'apartheid.
L'extrême gauche pro-migration invite à bras ouvert des travailleurs dans un pays qu'elle décrit par ailleurs souvent avec raison comme exploiteur, raciste et colonialiste. Voilà qui est paradoxal.
Mais les immigrés ne sont pas exploités parce qu'ils sont victime du racisme, ils sont victime du racisme parce qu'ils sont exploités.
Et pour finir, considérez l’intérêt du développement des pays d’origine : les migrants sont pour la plupart non des paysans sans formation, et encore moins des réfugiés, mais des jeunes hommes instruits, connaissant les bases nécessaires d’anglais ou de français pour lesquels la migration signifie une re-prolétarisation. Les efforts d'éducation et de formation des cadres des pays en développement et des pays socialistes sont contrecarrés ou même anéantis par l'émigration des travailleurs qualifiés et des diplômés, et la compensation opérée par les transferts de revenus vers les pays d'origine n’est pas équivalente au préjudice majeur subi par ces pays..
Les immigrés qui auront réussi leur ascension sociale dans les diasporas originaires du Sud ou de l’Est pourront servir ensuite d’interface pour l’ingérence néocolonialiste et néo-impérialiste dans les pays d’origine (comme par exemple Marco Rubio à Cuba, ou en Ukraine, où des Canadiens descendants impénitents des réfugiés néonazis acclimatés dans ce pays après 1945 ont pris le contrôle de la vie politique).
Défendre et favoriser les migrations, au-delà de la simple protection physique des migrants en danger qui va de soi, c’est dans les conditions du monde moderne, enfoncer une porte ouverte. C’est défendre un des piliers de l’impérialisme économique et idéologique, et des politiques antisociales métropolitaines.
Lutter contre les migrations est cependant voué à l'échec dans les conditions actuelles - à mois de recourir au terrorisme direct comme aux États-Unis : les migrations de travailleurs continueront tant qu’il y aura dans les métropoles la demande pour la main-d’œuvre exploitable. Croire que le RN, maintenant complètement aligné sur le patronat va y parvenir, ou même essayer de le faire, que ce soit pour l’espérer ou pour le redouter est s’illusionner complètement.
Sur cette question comme sur bien d'autres, les exploités dépolitisés sont plus lucides que les militants idéologisés qui voudraient les représenter.
GQ, 19 juin 2024, relu le 25 janvier 2026
PS Donald Trump se donne l'air de vouloir appliquer son programme anti-immigration, qui explique largement son triomphe électoral de novembre 2024. Mais il se heurte, comme dans le cas du protectionnisme douanier, au fonctionnement réel de l'économie américaine, qui repose on dirait bien entièrement sur l'exploitation de migrants illégaux. Il prend donc des mesures spectaculaires, et arbitraires, qui provoquent un arrêt temporaire des flux de migration, mais dont le but principal est de provoquer des réactions d'indignation dans la gauche bourgeoise, de manière à détourner l'attention de ses échecs, et à conforter par réaction sa propre base électorale.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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