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Réveil Communiste

L'intersectionnalisme est une erreur politique - ou pire, une trahison

4 Juin 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Qu'est-ce que la "gauche", #classe ouvrière, #Positions, #Théorie immédiate, #Communistes en Italie

Vladimir Luxuria, activiste transexuelle et figure médiatique qui devait sauver le communisme en Italie (apparemment c'est raté)

Vladimir Luxuria, activiste transexuelle et figure médiatique qui devait sauver le communisme en Italie (apparemment c'est raté)

 

Les organisations de toute nature en difficulté dans leur activité historique ont souvent recours à la diversification, et la gauche représentant la classe ouvrière internationale après sa longue crise des années 1960 à 1990 à tenté de se diversifier dans la "diversité", mais manifestement ça n'a pas marché.

Pour mémoire, l’intersectionnalité signifie qu’on place à égalité en importance les luttes sociales de la classe ouvrière et des classes populaires pour le salaire et l’emploi, la sécurité sociale, le logement, les services publics, etc, et les luttes dites « sociétales » parce que inter-classistes : principalement écologie, néo-féminisme, droits des LGTB, antiracisme, droits de l’homme, devoir de mémoire, décolonialisme identitaire, etc.

Alors, pourquoi ne pas être intersectionnaliste ?

Un : parce que ça ne sert plus à rien.

Les combats dont il s’agit sont gagnés depuis longtemps. Sauf sur les questions écologiques, les luttes sociétales sont des luttes pour l’égalité civique et ces luttes ont triomphé dans les années 60-70 et ont résisté victorieusement à la réaction des années 1980, et les idées qui les justifient sont devenues hégémoniques.

La surenchère actuelle peut d’ailleurs mettre en danger les acquis des années 1960, ainsi le mouvement néo-féministe américain a-t-il laché la proie pour l’ombre, l’avortement pour la déconstruction du genre.

Quant à l’écologisme, si les problèmes réels qu’il pose ne sont pas résolus du tout, la manière dont il les pose garantit qu’ils ne le seront jamais, et le discours écologique moralisateur est devenu un des récits majeurs de la bourgeoisie contemporaine pour légitimer son pouvoir de classe à l’avenir, sur l’ensemble de la planète.

Chacun peut voir s’il n’est pas aveugle – il suffit pour ça d’allumer son téléviseur - que si on fait abstraction des classes sociales auxquels ils appartiennent, les individus du nouvel âge du capitalisme sont maintenant complètement égaux et que ceux qui viennent de minorités autrefois opprimées sont même plus égaux que les autres. Le nombre de femmes, d’homosexuels et de représentants de minorités « racisées » ou ethnico-religieuses qui font partie des oppresseurs sociaux les plus décomplexés, les plus cyniques et les plus odieux peut en témoigner - de Margaret Thatcher à Victoria Nuland. (Prétendre par exemple que le patriarcat existe encore quand 80 % des nouveaux magistrats sont des femmes, c'est ce moquer du monde). Le seul effet de l’appartenance à une de ces minorités est de les mettre à l’abri des attaques – c’est pour cette raison que les États-Unis envoient toujours des Afro-Américains pour faire leur sale travail diplomatique aux Nations Unies.

Deux : parce qu’ils sont nuisibles à la classe ouvrière

Ces problématiques aboutissent à détourner de leurs buts organisations ouvrières, et à rendre invisibles leurs mandants. Lorsque les luttes sociétales s‘invitent dans les organisations syndicales et politiques qui représentent les travailleurs, elles ont vite fait de les accaparer, de saturer l’espace de discussion et d’occuper toutes leurs fenêtres d'apparition dans les médias, et les questions vitales pour les ouvriers sont éclipsées. Des petits-bourgeois aux dents longues détournent alors à leur profit les organisations crées pour classe ouvrière et leurs ressources, et tous les médias leurs tendent avidement le micro pour les y aider.

De plus, la classe ouvrière est plutôt conservatrice, et elle a de bonnes raisons pour cela : les innovations de la bourgeoisie sont en général introduites à son détriment – et même et surtout cette partie de la classe ouvrière qui appartient à une des minorités ethnico-religieuses qu’on prétend défendre. La mise en avant dans les syndicats et les partis ouvriers de figures emblématiques du mode de vie post-moderne complètement opposées à cette mentalité provoque donc le rejet des organisations par ceux qu’elles devraient viser à représenter en priorité.

On prétend représenter les ouvriers en tant que groupe social, mais si ceux-ci sont contre le mariage gay, pour la peine de mort, contre la légalisation des sans papiers, contre les taxes sur le gazole, et par dessus le marché mangent du steak, alors on ne veut plus rien avoir à faire avec eux.

Trois : seule la lutte ouvrière est véritablement légitime pour imposer ses objectifs au reste de la société.

La lutte sociale est universelle, elle vaut pour tous les travailleurs , qu’on soit homme, femme, relevant d’une quelconque minorité ou non, et le triomphe de la cause ouvrière est donc le triomphe de tous, sauf des exploiteurs. Elle n’est pas du tout destinée à procurer des avantages à des groupes particuliers, même présentés parfois comme une compensation à des préjudices passés,  – et qui consisteraient à faire payer par les prolétaires actuels les crimes des classes dominantes d’autrefois.

Quatre :

Le modernisme sociétal sert à semer la confusion, c'est un soi-disant marqueur de "gauche" utilisé par les forces capitalistes mondialistes ou impérialistes qui sont objectivement les ennemis les plus dangereux de la classe ouvrière (comme par exemple aujourd'hui un Raphaël Glucksman), et dans tous les pays. Les prolétaires nord-américains en sont venus à détester la gauche, parce qu'elle est devenue "culturelle", c'est à dire petite-bourgeoise. Dans ces conditions, pour manipuler les électeurs de gauche - de moins en moins nombreux, et pour cause, il n‘est même plus nécessaire de leur faire des promesses, il suffit de produire des symboles identitaires pour les berner - par exemple des manifestations d’antifascisme cent ans après la bataille - et de répéter comme un mantra que l'on se trouve dans le camp du « progrès », c’est à dire du bien. Et pour berner les électeurs de droite, il suffit de ridiculiser la gauche.

Quelques remarques pour finir :

Qui peut sérieusement affirmer qu’en défendant ces bonnes causes on serait subversif, alors qu’il s’agit de politiques officielles défendues peu ou prou par tous les gouvernements occidentaux et leurs administrations, qui survivent à toutes les alternances, qui sont défendues par les médias les plus influents, qui apportent succès et célébrité à leurs porte-paroles – et pas seulement pour un quart d’heure, ils ont leurs ronds de serviette à la télé - et dont pas un seul ne croupit en prison, même lorsqu’ils enfreignent la loi de manière ostentatoire?

Même d’un point de vue purement tactique il ne faut pas s’allier avec ces mouvements. Comme ils n’affectent en rien le capitalisme, leurs meneurs auront toujours la tentation de trouver un compromis personnellement avantageux, comme les Verts, qui ont complètement renié leurs convictions pacifistes d'origine, et qui vont à la soupe dès qu’ils sont un peu connus – à tel point qu’on doit renouveler leurs dirigeants à chaque échéance électorale.

On dira qu’il subsiste beaucoup de racisme, de sexisme et d’homophobie chez les gens de la rue – et prétendument d’antisémitisme. Mais on ne peut certainement pas affirmer qu’il n’y a aucun effort d’éducation en cours pour les éradiquer. Et bien, ces efforts qui consistent en un prêchi-prêcha permanent et infantilisant sont contreproductifs et pleins d'effets pervers ; comme il s’agit de combattre un adversaire qui a mystérieusement disparu du champ politique et législatif, l’action militante se transforme en chasse aux sorcières, en amalgames pervers, en calomnies orchestrées contre les vrais adversaires du capitalisme et de l'impérialisme - voir le cas particulièrement significatif des calomnies qui furent développées contre Julian Assange,  en exigences de censure de toute expression attribuée à cet adversaire fantôme, et en un développement accéléré de polémiques hystériques, disproportionnées et ridicules qui font écran aux vraies questions.

Il ne faut pas participer aux manifestations des courants intersectionnalistes (qu'ils soient gauchistes, anarchistes, libertaires, écologistes, féministes, décoloniaux, droits-de-l'hommistes, devoir-de-mémoiristes, etc.) si on veut garder le respect dans les classes populaires, et retrouver leur confiance perdue.

GQ 11 mars 2024, relu le 4 juin 2025

PS : la guerre de Gaza a fait bouger les lignes, et a conduit pour la première fois des acteurs de premier plan de ces simulacres de lutte à sortir du consensus de la radicalité-spectacle. Ainsi Greta Thunberg, dont l'évolution hors du palais des illusions n'est pas sans rappeler celle de Julian Assange.

 

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R
Tout à fait d' accord pour dire que privilégier le societal par rapport au social à été un autosuicide de la gauche par contre dire que les combats dit societaux ont été gagné, ce qui veut dire que la lutte pour ses droits devrait s' arrêter, constitue une contre vérité, je pense aux droits des LGBT si ils ont connu de nets progrès ne peuvent être considérés comme gagné, et la situation concernant l' égalité des droits hommes /femmes est encore pire, et que dire des droits de l' enfant ? et du racisme ? les revendications sociales ne doivent pas se substituer aux revendications sociales elles doivent les compléter car le responsable est le même : le système capitaliste...
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R
L homophobie caractérise une personne homophobe aucune confusion possible avec celui qui subit les discriminations des homophobes, tu confonds le coupable et la victime
R
Il faudra que tu m' expliques pourquoi ceux qui sont victimes d homophobie ne subissent pas de discrimination.<br /> Je ne comprends pas que des marxistes nient que le racisme, l' homophobie, le sexisme sont une atteinte aux droits des individus, atteinte encourage' par le capitalisme qui ne peut que se réjouir que les ouvriers se divisent sur des problèmes societaux ce qui les empêchent de s unir dans les luttes des classes.<br /> Oui car Marx, Engels, Lenine ont écrit qu il existe plusieurs luttes des classes dont la lutte contre le racisme et contre toute les formes de discriminations... Qu est ce qui a changé pour que cela ne soit plus vrai de nos jours ?
R
Vous confondez homophobie et discriminations, si des jeunes se suicident, c'est à cause de l'intolérance des gens de la rue et de la solitude, mais certainement pas à cause des lois des États et des gouvernements qui n'ont jamais été aussi "gay-friendly"
R
DENIS W, le droit à ne pas être discriminé parceque LGBT ... Mais tu vas me dire que cela n' existe pas., que c' est une invention de bobo que ce n' est pas un droit... Va dire cela aux familles qui ont vu l' un des leurs se suicider à cause de cette discrimination... Si arnaque idéologique il y a c est celle de ceux qui refusent de voir que ces discriminations constituent une atteinte aux DROITS de l' homme qu ils prétendent défendre
D
Bonjour,<br /> Outre qu'il est de plus en plus difficile de comprendre ce que recouvre exactement l'acronyme extensible LGBTQI+..., il me semble qu'en parlant du "droit des LGBT" vous validez déjà l'arnaque idéologique dénoncée dans l'article de GQ.<br /> Prenons le "L" qui je crois signifie "lesbienne" : hé bien une lesbienne française voit ses droits de travailleuse défendus par le droit du travail et la convention collective du secteur auquel elle appartient, ses droits de citoyen par les codes civil et pénal, etc...comme n’importe qui d'autre.<br /> Quels autres "droits" aurait-elle à conquérir en tant que lesbienne ? <br /> Y aurait-il des "droits" que l'on pourrait obtenir en fonction de ses préférences sexuelles ?<br /> Bien à vous,