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Réveil Communiste

Les lois sur l'histoire quelque soit le prétexte invoqué sont destinées à imposer un récit anticommuniste officiel

16 Décembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #L'Europe impérialiste et capitaliste, #Théorie immédiate, #GQ, #Russie, #Europe de l'Est, #Chine

La propagande ne perd pas de temps dans l'exploitation du filon.

La propagande ne perd pas de temps dans l'exploitation du filon.

 

Si on examine l’histoire des sciences, on constate que la viabilité de la théorie de l’évolution darwinienne n’a pas été affaiblie mais renforcée au contraire par les attaques des créationnistes. Les interdire sous prétexte qu’elles rallieraient les suffrages d’intégristes religieux d’extrême-droite qui font la police dans les écoles outre-atlantique aurait précisément obtenu l’effet inverse à celui souhaité.

Ce n’est pas semble-t-il l’analyse - ni l’intention - de ceux qui ont promulgué en Europe et particulièrement en France des lois qui instaurent un délit d'opinion en interdisant de remettre en cause certains récits historiques. Ce qui est visé explicitement c’est le négationnisme de la Shoah, mais l’opprobre s’étend aussi au révisionnisme historique en général qui pourrait y conduire, craint-on.

Or le révisionnisme de théories traditionnelles ou dépassées est la démarche qui consiste à reconsidérer un récit historique vu les progrès de la recherche, et qui est si on y réfléchit l’essence même du travail de l’historien. L'idée qu’il y a des faits et des interprétations historiques définitivement acquises, à tort ou à raison et que ça plaise ou non est étrangère à la mentalité de l’historien scientifique professionnel.

Presque aucun récit historique un peu complexe n’est prouvé à 100 %. et on peut même se demander si une telle exigence aurait un sens. Mais cette particularité de la science et du récit historiques qui en diffusent le résultat n’est pas bien comprise même d’un public a priori plus sage ; j’avais tenté un jour (en vain) d’expliquer ce point de vue au philosophe Jacques Bouveresse après une de ses leçons au Collège de France et il m’avait assimilé avec colère, devinez à qui ? Aux négationnistes des chambres à gaz.

Cela dit, les faits historiques concernant la Shoah sont  pour l'essentiel bien établis ; l’interdiction du négationnisme et la remise en cause du révisionnisme ont donc été non seulement inutiles, mais ils ont introduit dans le public des soupçons et alimentés les argumentaires paranoïaques du noyau dur des antisémites, complètement marginalisés depuis 1945, qui n’en demandaient pas tant.

La meilleure façon soit dit en passant de lutter contre les théories et les interprétations irrationnelles ou malveillantes est de les laisser se développer pour pouvoir les réfuter explicitement.

Mais la loi Gayssot de 1990, du nom d’un communiste repenti des années de la mutation du PCF - célèbre bien malgré lui pour s’être, littéralement , tiré une balle dans le pied dans une partie de chasse - qui est censée empêcher l’expression des idées des négationnistes des camps de la mort et des chambres à gaz nazies est en fait dirigée contre un autre objectif : les communistes eux-mêmes.

Ce fait paradoxal s’explique aisément si l’on réfléchit à l’importance prise dans la philosophie et dans l’histoire enseignées aujourd’hui par une catégorie de pensée ad-hoc imaginée en 1945 par Hannah Arendt (principalement) et conjointement avec les théories de Georges Orwell et de Karl Popper, pour amalgamer communisme et nazisme, le « totalitarisme ».

S’il est interdit par la loi de nier l’existence de crimes nazis il va forcément l’être aussi de nier les autres crimes "totalitaires" généreusement imputés au communisme par la pensée hégémonique depuis la chute du Mur de Berlin, qui reprend telles-quelles les assertions de la propagande nazie et occidentale développées puis 1917 avec une imagination digne de Stefen King – lequel aurait bien voulu soit dit en passant devenir un porte plume de la propagande ukrainienne. Puisque nazisme et communisme sont censés être les deux faces de la même chose horrible.

La loi Gayssot a eu peu d’effet contre les fascistes patentés qui n’ont aucun souci de cohérence et qui peuvent sans problèmes promouvoir le fascisme en affectant de s'y opposer –  mais elle affecte indirectement les communistes parce qu’elle les gène pour utiliser le bilan réel de l’URSS et des autres pays socialistes dans leur argumentaire, ce qui nécessiterait la révision des montagnes de propagande hostile qui tiennent lieu d'historiographie, sans provoquer des amalgames hystériques et une mise en quarantaine.

Toute tentative de réfuter les légendes urbaines qui courent les rues concernant Lénine, Staline, et qui déforment de manière tératologique l’histoire réelle des famines, du Goulag, des purges, l’histoire de l’économie de l’URSS, de la Chine maoïste, etc. peuvent être aisément stigmatisées comme une forme de révisionnisme, et du coup de négationnisme totalitaire.

Ainsi l'historienne Annie Lacroix-Riz a-t-elle fait l’objet d’une tentative de diabolisation et de mise au ban de l'Université de la part des sympathisants des nazis d'Ukraine, en ce qu’elle contestait la légende noire du Holodomor - la "famine génocidaire" de 1932. Ce n’est pas comme on voit une affaire sans importance car le discours victimaire des néo-nazis ukrainiens est maintenant devenu une pièce maîtresse de la propagande belliciste et impérialiste pour prolonger le massacre de la guerre insensée contre la Russie qui s'y déroule en ce moment.

La théorie du totalitarisme et la tentative de proscrire et de criminaliser les idéologies stigmatisées comme totalitaires  - qui visent toujours en pratique les mouvements marxistes-léninistes, non seulement porte atteinte aux libertés de pensée, d’expression et de recherche, mais risque de nous conduire tout droit à la troisième guerre mondiale.

Une tentative de censure des esprits ab ovo du même genre est en cours actuellement - sous couvert de lois instituant le délit d'apologie du terrorisme - pour criminaliser la critique du sionisme, et de protéger l'existence de l'État d'Israël contre toute critique par une loi d’exception qui en ferait un autre délit d'opinion. Les grands esprits de l'impérialisme se retrouvent.

Le but de cet article n'est pas de montrer que la propagande nazie ou raciste devrait être autorisée, bien que je ne crois pas que son interdiction soit efficace dans le cadre d'une société libérale et capitaliste. Il s'agit de montrer aux communistes que les lois de ce type sont dirigées principalement contre eux et qu'ils doivent cesser de les invoquer dans leur matériel de propagande s'ils veulent en effet cesser de se tirer des balles dans le pied.

Le fascisme, le racisme, et d'autres formes extrêmes de l'oppression des classes exploiteuses du travail sont les produits dans la superstructure des rapports de production matériellement déterminés à une époque données et ne peuvent pas être modifiés fondamentalement par des campagnes menées dans le champ de l'idéologie ou plus ridiculement de la morale. Lorsqu'on croit le faire avec efficacité, c'est qu'on s'attaque à des survivances du passé qui ont déjà perdu leur substance. Pour le dire autrement, c'est quand on enfonce des portes ouvertes - et cela au risque de créer des précédents dangereux.

GQ, 4 novembre 2023, relu le 4 avril 2025

PS Toute autre tentative de sanctuariser ou de renverser par la loi ou par des règlements universitaires un récit historique, avec de bonnes intentions, est tout aussi mal inspirée que celle de la loi Gayssot et provoque de la même manière l'effet inverse de celui escompté.

Et risque d'aboutir à rien de mieux qu'aux théories oh combien subversives de ces révolutionnaires de campus qui repoussaient Marx et Lénine hors du champ des études, parce qu'ils étaient des mâles blancs de plus de cinquante ans.

En s'attaquant au gauchisme "wokiste" des universitaires nord-américains, Donald Trump et sa clique nous rendent service sans le savoir.

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D
Je suis tout à fait d'accord avec cet article. Ce qui me gêne un peu toutefois, c'est que cette réflexion aurait gagné à élargir le sujet sur la censure en général et pas seulement sur son effet sur et contre les communistes. On ne gagne pas à s'enfermer dans une sorte de ghetto mental, même s'il est mentionné en passant aussi le caractère néfaste de l'idée d'interdire de critiquer les fondements de l'Etat d'Israël et du sionisme. La censure est toujours l'arme du faible intellectuellement.<br /> <br /> Car les communistes au pouvoir commettent souvent exactement la même erreur de censurer ceux qui ne pensent pas selon la ligne du Parti à un moment donné. Ce qui, mis à part la question de principe, a au final rendu les communistes très souvent trop stériles et donc affaiblis puis défaits.<br /> <br /> Je sais bien qu'il faut éduquer des populations peu éduquées et éviter le "n'importe quoi" antirationnel, ce qui était le cas particulièrement dans la Russie arriérée des années post 1917, qui plus est assiégée et sous pression impérialiste. Mais il n'en reste pas moins qu'il aurait fallu avec le temps que les communistes élaborent des règles de plus en plus éclairées pour combattre la pensée des adversaires et ne pas se contenter de la facilité en interdisant ce avec quoi on n'avait pas le courage ...ou la préparation pour polémiquer.<br /> <br /> J'ai appris récemment par une étudiante que dans la Pologne des années "staliniennes", la censure ne pouvait pas intervenir dans les débats entre théologiens catholiques et philosophes marxistes, ...c'est louable, mais si on limite cela à l'affrontement de "deux vérités" s'appuyant sur deux structures hiérarchisées, en négligeant tous les autres, cela reste quand même révélateur d'un a priori favorisant les "structures hiérarchiques" au dépens de la créativité sociale de la base. Et c'est là où le mouvement réel du communisme au XXe siècle a montré des lacunes. Comment laisser se développer des critiques et donner à l'avant-garde du prolétariat la possibilité de les contrer intelligemment et de façon créative ? Voilà ce qu'une "censure progressiste" ou plutôt une institution de débat dirigée devrait penser à élaborer. Bien sûr, dans notre société d'aujourd'hui, il faut refuser la loir Fabius-Gayssot (car ce sont ses deux véritables auteurs) au nom même de la liberté de pouvoir débattre et analyser même les imbécilités et les horreurs.
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R
Il faut vraiment être entêté pour ne pas voir que ces lois visent en réalité les communistes et les anti-impérialistes ...
R
Réponse à GQ : oui c'est est une réponse ad hominem , dans ma famille on sait ce que c'est lemprisonnement et la déportation aussi je ne supporte pas que ceux qui ont fréquenté des négationnistes ou soutiennent des très bruns ripolinnes en rouge se positionnent contre toute censure car on voit bien qui ils veulent protéger ...moi très con j' en suis resté a pas de liberté pour les ennemis de la liberté
R
Les attaques ad hominem en disent toujours plus sur ceux qui les profèrent que sur ceux qui les subissent ...
R
Pas étonnant que quelqu un qui a été proche de négationnistes des chambres à gaz et qui admire Douguine Le conseiller spécial de Poutine fondateur du parti national bolchevique, soit contre toute forme de censure
L
Bonjour.<br /> <br /> Je suis globalement en accord avec ce que vous dites, toutefois si l’on vous suit, la promotion de l’idéologie nazi devrait être autorisée. C’est d’ailleurs ce qui se passe en particulier en Ukraine pour le résultat que l’on sait.<br /> <br /> Pour résoudre ce paradoxe, nous avons dans la Constitution que nous proposons formulé ceci au sein du besoin de l’âme "Liberté d’opinion et d’expression" (extrait) : <br /> « Pour que l’intelligence s’exerce pleinement, la Liberté d’opinion et d’expression doit être totale. Sa seule limitation est le bannissement d’une part des propos et des images et d’autre part de la promotion des actes et des idéologies, remettant en cause les principes fondamentaux de la République figurant dans ce préambule. La liste de ces propos et idéologies est en annexe de la Constitution. »<br /> <br /> Cette annexe étant la suivante :<br /> « <br /> C3-A2 – Propos et idéologies bannies<br /> C3-A2-B1 – Propos bannis<br /> Les propos remettant gravement en cause les besoins du corps et de l’âme tels que définis dans le préambule de la présente Constitution sont bannis. Il s’agit :<br />  Des provocations au meurtre.<br />  Des actes de menace et de chantage.<br /> C3-A2-B2 – Idéologies bannies<br /> Les idéologies remettant gravement en cause les besoins du corps et de l’âme tels que définis dans le préambule de la présente Constitution sont bannis. Il s’agit :<br />  Du nazisme.<br />  Du racisme (discrimination basée sur la couleur de la peau).<br />  De l’esclavagisme.<br /> »<br /> <br /> Cette formulation présente les avantages suivants :<br /> - Cohésion et cohérence par construction (auto-référence aux principes fondamentaux énoncés).<br /> - Possibilité d’une évaluation explicite du degré d’écart aux principes fondamentaux (seuls ceux les remettant en cause gravement étant bannis).<br /> - Non-délégation à la loi de la liste des propos et idéologies bannies (la Constitution n’étant modifiable que par un Référendum spécifique).<br /> - Mise en œuvre par la Chambre Constitutionnelle, et pas au bon vouloir du ministre de l’intérieur.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets<br /> www.1P6R.org
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R
Si on établi une liste des pensées interdites on fait leur publicité, c'est d’ailleurs une des sources des problèmes en URSS.
R
Le but de cet article n'est pas de montrer que la propagande nazie ou raciste devrait être autorisée, bien que je ne crois pas que son interdiction soit efficace dans le cadre d'une société libérale et capitaliste. Il s'agit de montrer aux communistes que les lois de ce type sont dirigées principalement contre eux et qu'ils doivent cesser de les invoquer dans leur matériel de propagande s'il veulent cesser de se tirer des balles dans les pieds.
D
L’irréversible et la nostalgie<br /> Vladimir Jankelevitch (Editions Champs Essais) P 37 & 38<br /> " Même pour les doctrinaires de la réaction, qui sont en réalité des doctrinaires de la rétrogradation progressive, il ne s’agit pas de ramener Louis XIV en personne sur le trône de Versailles, ni de coiffer d’une perruque poudrée la tête du président de la République, mais de restaurer l’équivalent moderne de la monarchie. Ce que Louis XVIII a « restauré » en 1815, ce n’est pas le statu quo ante, ce n’était déjà plus, ce ne pouvait être la monarchie d’avant la Révolution : 1789 était passé par là, et puis Napoléon et les convulsions terribles qui bouleversèrent le destin de la France et à jamais modifièrent son visage. En s’intitulant dix-huitième du nom, le restaurateur de la monarchie, renouant avec le passé là même où l’exécution de son prédécesseur l’avait interrompu, a voulu faire comme s’il ne s’était rien passé entre-temps, comme si les vingt-cinq années précédentes étaient nulles et non avenues ; et il a tiré un trait sur tout cela ; tel le duc de Maulévrier, ce personnage comique inventé par de Flers et Caillavet, Louis XVIII estimait sans doute qu’il ne s’est rien passé en France « depuis la chute de la monarchie légitime ». <br /> Pourtant la régression que souhaitent les réactionnaires est encore une progression, mais une progression sabotée, boiteuse et ralentie, une progres¬sion en perte de vitesse.<br /> On ne peut transformer le factum (le fait) et encore moins le fecisse (le déjà fait) en infectum (L'action en cours) et le temps advenu en quelque chose d’inadvenu, nihiliser les faits accomplis. L’empreinte est partout présente, indélébile. Et c’est le cas de le dire : il en restera toujours quelque chose… Ducunt fata volentem, nolentem trahunt*. C’est-à-dire, dans notre langage : l’irréversible conduit par la main ceux qui consentent à la futurition ; il traîne ceux qui se raidissent contre lui et tentent follement, désespérément d’aller à contre-courant et de remonter vers l’origine. <br /> De toute façon l’irréversible-irrésistible aura le dernier mot, et l’impuissance du rétrograde qui croit marcher à reculons est le simple verso négatif de cette toute-puissance. L’impuissance devant l’impossible, dont nous parlions en termes généraux, prendrait ici la forme suivante : la conscience régressive, quoi qu’elle fasse, est toujours devancée par l’a priori de la futurition prévenante. Impossible d’échapper à cet a priori ! Le revenir du devenir nous ramène obstinément à un devenir du revenir. Chassez l’irréversible par la porte, il rentre par la fenêtre, ou par la cheminée… Mieux encore : il n’était jamais parti ; nous le retrouvons installé à notre table de travail, dans la familiarité de notre vie quotidienne."<br /> *Ducunt fata volentem, nolentem trahunt ; Le destin porte ceux qui l'accepte et traîne ceux qui le refuse (Sénèque)
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