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Réveil Communiste

Plan de paix de Trump : la Russie peut-elle se contenter de son plan B en Ukraine ?

22 Novembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine, #Russie, #États-Unis, #L'Europe impérialiste et capitaliste, #Royaume-Uni, #GQ

Plan de paix de Trump : la Russie peut-elle se contenter de son plan B en Ukraine ?

Tout ce qui mettra fin à l'hécatombe ukrainienne peut être considéré comme une bonne nouvelle - sauf si cela ne fait que créer les conditions d'une nouvelle guerre de plus grande ampleur dans quelques années.

La Russie s'était engagée dans son "opération militaire spéciale " en Ukraine le 24 février 2024, pour "neutraliser, démilitariser et dénazifier" le pays, et trois ans et demi plus tard, elle est encore très loin d'y être parvenue. Certes elle est en voie d'atteindre d'autres objectifs, ceux d'un plan B, plus modestes, qui étaient évidents dès le début mais n'étaient pas énoncés explicitement : débloquer la Crimée, briser le siège de la ville de Donetsk qui durait depuis 2014, récupérer le contrôle total des rives de la Mer d'Azov, et annexer quatre provinces russophones : Donetsk, Lougansk, Zaporojie, Kherson, totalisant avec la Crimée environ 20 % du territoire de l'Ukraine de 2014 ... Mais l'essentiel de ces succès a été acquis dans les deux premiers mois du conflit, et au rythme actuel de sa progression sur le terrain il lui faudrait littéralement un siècle pour parvenir à Kiev.

La propagande russe présente cette situation comme la mise en œuvre d'une stratégie d'attrition lente de l'armée ukrainienne, dont elle annonce l'effondrement prochain depuis trois ans. En attendant, l'armée russe n'a réussi ni à sanctuariser son territoire, ni à s'emparer de grandes villes, à l'exception de Marioupol, ni à empêcher l'OTAN de reconstituer les forces de l'Ukraine au fur et à mesure qu'elle les détruisait - et qui dit attrition dit pertes des deux cotés. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la victoire a tardé à venir, face à un adversaire pourtant peu déterminé à combattre - à part les bataillons nazis, à en juger par la fuite massive de sa population à l'étranger et l'ampleur des désertions, de la corruption, et des conflits internes à l’appareil d'État.

Mais les objectifs de la Russie nécessiteraient ni plus ni moins de s’emparer de Kiev pour y installer un gouvernement favorable à Moscou. Cela signifie qu’il aurait fallu aider et organiser le parti ukrainien pro-russe au lieu de le laisser se désagréger en remettant en cause la légitimité même de la nation ukrainienne, en prétendant stupidement que son existence était le résultat d'un complot bolchevique.

Le fait est que la Russie de Poutine, contrairement à l’URSS de Lénine et de Staline n’a tout simplement pas de projet politique. Alors qu’en face, l’Ukraine est le nouveau laboratoire des oligarques internationaux, du néolibéralisme fascisé, le nouveau Chili de Pinochet. Alors, l'armée russe a beau engranger des succès tactiques, elle hésite à passer à l'offensive car elle ne sait pas très bien quoi faire du territoire conquis. Et si un cessez-le feu favorable à la Russie est conclu dans les conditions actuelles, les ukronazis et leurs amis des médias auront beau jeu de chanter la chanson du "coup de poignard dans le dos", comme leurs congénères allemands des années 30.

Annexer plusieurs provinces ukrainiennes ethniquement russes contredit le projet de dénazifier, démilitariser et neutraliser toute l’Ukraine, puisque cela affaiblit d'autant le parti ukrainien "pro-russe", en fait néo-soviétique. Il s’agit de la mise en œuvre d’un plan B dont la poursuite signifiait le renoncement, non assumé mais de facto, du plan A officiel. On a bien l'impression que le seul but de la poursuite de la guerre soit de pérenniser ces fragiles acquis.

D'où aussi la tentation de saisir au vol les propositions floues de compromis sous la pression de l'administration Trump, en négligeant le caractère manifestement éphémère de son orientation isolationniste - avec ou sans le nouveau Caligula de la Maison Blanche.

L’échec du plan A provient d’avoir sous-estimé le nationalisme ukrainien, d'avoir nié les Ukrainiens comme les Ukrainiens niaient leurs compatriotes russophones, et aussi d’avoir sous-estimé la capacité militaire d’une armée structurée autour de fanatiques néo-nazis mais fortement réarmée par l’OTAN de 2014 à 2022 ( ce qui devrait d'ailleurs faire réfléchir sur le bien fondé de demander une "non adhésion" de l'Ukraine à cette organisation).

Pourtant la Russie ne peut plus se contenter de si peu : les sanctions unilatérales de l'Occident en ont fait un État paria, situation qui sape à long terme sa société et son économie et qu'elle ne peut pas accepter dans la durée, et elle doit impérativement imposer leur levée à tout l'Occident, ce qu'elle ne peut réaliser que par une victoire militaire évidente et impossible à maquiller dans les médias.

Certes tout ne se passe pas sur le champ de bataille. La guerre économique qui se développe en parallèle à la guerre tout court a tourné plus favorablement pour la Russie qu'on ne s'y attendait, mais cette situation d'exception ne peut pas s'éterniser dans un monde très interconnecté.

Donald Trump n'est rien qu'un démagogue sans principes qui ne voudra la paix avec la Russie que pour affronter la Chine et dont l'action est étroitement limitée par l'influence du parti de la guerre en Occident, qui reste persuadé malgré ses échecs récurrents que la Russie n'est qu'un tigre de papier qu'on peut défier impunément, puisque l'Ukraine lui tient tête depuis si longtemps.

En cas de compromis bâclé avec l'Ukraine, les bellicistes européens et la clique internationale des néoconservateurs peuvent ouvrir d'autres fronts, dans la Baltique ou le Caucase ou même en Arctique par exemple.

La perception occidentale est complètement biaisée en ce qui concerne la façon dont se terminent les conflits avec la Russie : ici on a complètement nié le rôle principal joué par l'Armée Rouge dans la victoire contre le IIIème Reich, on croit que la Finlande a gagné la Guerre d'Hiver contre l'URSS en mars 1940, alors qu'elle l'a perdue, que Kennedy a fait plier Khrouchtchev en 1962 en le forçant à renoncer à implanter ses fusées à Cuba, alors c'est lui qui a été contraint de retirer les siennes déjà implantées en Turquie qui menaçaient le cœur de l'URSS, et que les islamistes armés par la CIA ont chassé l'Armée Rouge d'Afghanistan, alors que c'est Gorbatchev qui a trahi le gouvernement socialiste de ce pays en rase campagne. A force de réécritures de l'histoire, on comprend que nos dirigeants incultes et cyniques poussent l'Ukraine à la guerre, qu'ils croient pouvoir gagner au prix d'une hécatombe monstrueuse de ses soldats, et si l’Ukraine renonce à jouer ce rôle suicidaire, ils trouveront d'autres victimes propitiatoires - des Baltes, jusqu'aux Polonais et aux Roumains.

L'OTAN, dirigée par des irresponsables et des idéologues dangereux - et des pitres comme notre regrettable président -s'est engagée dans un combat douteux - et nous entraine avec elle dans la catastrophe comme des somnambules, et la personnalité atypique déjà discréditée de Donald Trump risque de ne pas faire le poids pour empêcher l'Occident de glisser sur cette pente.

Une intervention directe de l'OTAN en Ukraine, qu'il y ait eu ou non entretemps une trêve reste probable - cette perspective est en tout cas le seul et unique "plan de victoire" du gouvernement ukrainien qui n'ait jamais existé. La récente débâcle soudaine de l'État et de l'armée syriennes après 13 années de résistance acharnée donne un nouvel espoir aux néo-conservateurs occidentaux qui planifient toutes ces guerres, et qui spéculent à nouveau sur la survenue d'un tel "miracle" en Russie ou en Chine.

Finalement la Russie à force de tergiversations sur le terrain risque d'être entrainée dans une guerre totale malgré les conséquences politiques déstabilisatrices au plan mondial d'un tel engagement que redoutent ses dirigeants.

GQ, sur la base d'un texte de novembre 2022 entièrement remanié, mis à jour le 22 novembre 2025

 

 

 

 

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L
Une émission traitant de ce qui décidera de la guerre : https://youtu.be/bmnRQFupUE0<br /> Peuvent-ils accepter d'être des Loosers ?
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D
La discussion sur cet article apporte des éléments intéressant mais il faudrait encore faire mieux la différence entre nostalgie postsoviétique, donc émotions, et analyse rationnelle des rapports de classe en Russie, en Occident et en Ukraine. La Russie est capitaliste et on ne peut donc rêver que "Poutine", la classe dirigeante russe en fait, s'engage sur une mobilisation de masse de type communiste, mais son capitalisme n'est pas impérialiste et il est donc par la force des chose "contre-hégémonique", ce qui rejoint, de loin, l'anti-impérialisme de façon bien sûr opportuniste puisque, par principe, une bourgeoisie nationale n'est ni une bourgeoisie impérialiste, ni une bourgeoisie compradore ni a fortiori un prolétariat révolutionnaire. Donc refusons d'idéaliser la Russie par nostalgie post-soviétique mais refusons aussi de la diaboliser par dépit amoureux. Le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) a fait une analyse détaillée de la situation qui me semble assez juste. La guerre depuis 2022 a poussé la Russie à se détacher du bloc impérialiste occidental et donc à se déconnecter d'une grande partie de ses réseaux économiques ce qui a poussé la Russie vers un retour de l'interventionnisme économique d'Etat, un peu sur le modèle de l'économie allemande de 1914-18 qui, objectivement, menait vers le socialisme. 1918-19 a été le coup d'arrêt coordonné de ce processus, grâce à l'armistice du 11 novembre décidée à la fois par les conservateurs allemands et par ceux de l'Entente, ce qui a permis de concentrer les militaires allemands à concentrer leurs efforts contre les forces spartakistes. La Russie se trouve(rait) dans une situation comparable qui lui impose de se diriger vers le socialisme, et ce processus est plus ou moins soutenu par la fraction du pouvoir tendant vers le renforcement du contrôle étatique de l'économie, du retour à une forme de planification, d'un rapprochement avec la Chine et les BRICS et d'une "tiers-mondisation" de la politique extérieure russe. Le principal symbole de cette orientation est le ministre de l'intégration eurasiatique, Glaziyev. L'autre fraction du pouvoir recherche toujours un modus vivendi avec les "puissances" occidentales pour redonner du souffle à l'économie privée sur la base de l'idéologie néolibérale. Le symbole de cette politique est Elvira Nabiulina, la présidente de la banque (indépendante) nationale de Russie, qui reste sur la ligne idéologique du FMI. Visiblement, le noyau central du pouvoir autour de Poutine n'a pas tranché et ne souhaite sans doute pas trancher, justement pour rester "au centre du pouvoir" et mener la guerre "délicatement" pour ne pas avoir à choisir. Mais l'évolution objective de la situation pousse la Russie et la bourgeoisie nationale russe à faire des choix stratégiques, d'où l'opinion du KPRF que la guerre actuelle pousse objectivement la Russie vers le socialisme. Nous en sommes là et nous ne sommes pas en état de savoir si ce sera une "Rosa Luxemburg" et ses soldats révolutionnaires ou un "Friedrich Ebert" et ses corps francs, russes cette fois, qui prendront la tête de la suite des événements. Et évidemment sous quelle forme cela se passera (conflit ouvert ou infléchissement pacifique ?). Et donc il est encore impossible de savoir quel rôle occupera Poutine dans cette évolution, la voie de garage, la démission, le "retour au bercail" occidentalisé ("zapadnik") dans la ligne post-1991 ou le leader (slavophile ou eurasianiste ?) victorieux d'un pays souverain et solidaire de 85% de l'humanité, qui aura accompagné son pays vers une conclusion positive du conflit pour la Russie et les autres pays d'orientation "contre-hégémonique". A suivre donc, rationnellement et sans trop d'émotions.
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R
Je ne suis pas un expert militaire mais comme des millions de téléspectateurs j' ai vu des centaines de chars russes a quelques km de Kiev les premiers jours de la guerre de plus ont nous a informe que les aéroports et les avions de chasse ukrainiens étaient détruits alors comment se fait il que l armée russe est tellement supérieure qu' elle n' est pas entree dans Kiev pour chasser le pouvoir Ukrainien ? 3 ans après l'occident a pu armer l' Ukraine et dire que la Russie a toujours un armement supérieur releve de l' auto persuasion d' ailleurs si c'était le cas , Poutine ne chercherait pas à faire un échange de territoire mais ordonnerait a ses troupes de foncer sur Kiev , au lieu de cela il fixe des lignes rouges qu' il récule dans cesse ....Mao dirait certainement que l' armée russe est un tigre de papier
L
Bonjour.<br /> <br /> Je relis mon commentaire "Luc Laforets 26/02/2024 11:09" et n'ai rien à y changer. J'y ajouterais toutefois l'élément nouveau de la chute du régime Al-Assad en Syrie, malgré sa victoire globale sur le plan militaire. Mais, mais, sans perspective politique et dépourvue de moyens propres elle ne pouvait que chuter. <br /> <br /> Les défaites des tenants de la 3ème Voie (++ ou pas) sont récurrentes. La Russie et la Chine ne sont pas la Syrie, pourtant elles ne feront pas exception (d'ailleurs la croissance russe s'affaisse, même si les raisons sont multiples, mais liées malgré tout à son caractère capitaliste donc décadent – la natalité par exemple). <br /> <br /> L'optimisme démobilisateur de "Regis de Castelnau 10/08/2025 16:56" est mauvais conseillé. La guerre n'est que la prolongation de la politique par d'autres moyens. Alors quelle est la perspective de Poutine ? Sinon celle d'un monde capitaliste où l'hégémon accepterait de partager : Énoncer clairement ce but montre son inanité.<br /> <br /> Sans doute faudra-t-il une défaite majeure de la Résistance, puisque la Syrie ne semble pas jouer ce rôle, pour qu'enfin une remise en cause des blocages idéologiques intervienne. Comme ce fut le cas au cœur de l'occupation barbare par l'armée allemande au début des années 1940 en France. Pour enfin sortir des vieilles lunes dont le XXᵉ siècle s'est chargé de montrer les impasses.<br /> <br /> Je le répète donc : "Tout l'enjeu mondial actuel est l'indispensable émergence consciente de la 4ème Voie". C'est-à-dire d'un modèle supérieur dans tous les domaines au capitalisme et cela de manière incontestable.<br /> <br /> Malheureusement, seule une défaite centrale pourra provoquer le choc nécessaire pour débloquer les esprits. Celui de M. De Castelnau, comme celui de GQ, et d'autres. C'est d'autant plus dommage que ce n'est vraiment qu'une question de raisonnement, de réalisme, d'idéologie (de dogme en l'occurrence), "dans les têtes", pour le dire directement.<br /> <br /> C'est ainsi, René Girard aurait-il donc une fois de plus raison ? Sa crise existentielle accouchant d'un nouveau modèle dont les promoteurs d'aujourd'hui auront été sacrifiés. À défaut de mieux, acceptons en l'augure.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets<br /> <br /> www.Via4.net
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R
Cette analyse n’est pas sérieuse, et en aucun cas marxiste. Prétendre que la Russie est « un État paria isolé » est ridicule. La dimension anti-impérialiste de ce qui se passe à l’échelle du monde avec une majorité mondiale décidée à s’émanciper, sous l’impulsion du triangle RIC (Russie Iran Chine) est totalement absente. Par charité, on ne parlera pas des considérations militaires qui sont simplement risibles.<br /> À ce stade, plutôt que de faire des prédictions incertaines, il est possible d’esquisser un avenir post-conflit en Ukraine à partir de faits déjà établis, de tendances claires et de points d’incertitude. Le scénario exploré ci-dessous repose sur l’hypothèse d’une victoire russe aujourd’hui assurée, et s'interroge sur les marges de manœuvre réelles de l’Occident.<br /> <br /> 1. Supériorité militaire structurelle de la Russie<br /> <br /> La Russie a conservé, depuis la fin de la guerre froide, une armée de masse et des capacités industrielles et scientifiques dédiées à la guerre de haute intensité. Contrairement à l’Occident, qui a démantelé ou sous-financé ses capacités terrestres, la Russie a maintenu un appareil militaire robuste et cohérent avec ses objectifs stratégiques.<br /> Cette supériorité ne tient pas seulement aux équipements, mais à l’ensemble du système militaire : doctrine, formation, logistique, infrastructure, et capacité à soutenir un conflit prolongé. L’armée russe opère aujourd’hui à une échelle que personne en Occident n’est capable d’égaler. Même un réarmement massif occidental ne permettrait pas de combler ce retard rapidement, en raison de l’absence d’infrastructures adéquates pour former, équiper et déployer des forces de manière cohérente.<br /> <br /> 2. Un avantage organisationnel et doctrinal décisif<br /> <br /> La Russie dispose non seulement d’une armée nombreuse, mais aussi des structures de commandement et de soutien nécessaires pour la faire fonctionner. Elle sait mobiliser, déployer, entretenir et faire évoluer ses troupes en temps réel. Elle a aussi acquis une expérience opérationnelle de masse, impossible à simuler. En face, les armées occidentales, souvent dépendantes de volontaires et de budgets fluctuants, sont structurellement incapables de soutenir une guerre prolongée.<br /> De plus, l’Occident, fragmenté entre multiples pays et doctrines, doit coordonner des forces hétérogènes. La Russie, elle, est une entité unifiée, ce qui renforce son efficacité stratégique.<br /> <br /> 3. Géographie : l’atout russe oublié<br /> <br /> La Russie est un pays-continent disposant de lignes de communication intérieures robustes, sécurisées, et de vastes espaces de déploiement. Elle peut projeter sa puissance rapidement, alors que les forces de l’OTAN sont dispersées et contraintes par la distance, avec des voies logistiques vulnérables, notamment maritimes. L’OTAN ne peut pas stationner durablement des forces massives près de la Russie, tandis que l’inverse est vrai. Cela crée un déséquilibre logistique et stratégique que rien ne permet d’inverser à court terme.<br /> 4. Domination technologique en mutation<br /> La Russie a pris une avance claire dans l’usage des drones et des missiles de précision. Ces technologies transforment profondément le champ de bataille : détection permanente, frappes ciblées à longue distance, saturation des défenses.<br /> Les drones ont accru la transparence du champ de bataille, rendant difficile la surprise tactique. Les missiles hypersoniques russes, très difficiles à intercepter, permettent des frappes quasi chirurgicales à plusieurs centaines de kilomètres. Ce nouveau paradigme privilégie la défense et permet à la Russie de projeter une puissance offensive sans exposition directe.<br /> L’Occident reste technologiquement avancé dans d’autres domaines (aérien, naval), mais ceux-ci sont peu pertinents dans un affrontement terrestre à l’Est. En outre, la supériorité technologique n’est utile que si elle peut être intégrée dans un cadre doctrinal et opérationnel cohérent – ce que la Russie a fait.<br /> <br /> 5. Les limites d’un réarmement occidental<br /> <br /> Nombre d’analystes misent sur un sursaut occidental, via des hausses budgétaires et une relance industrielle. Mais cette hypothèse rencontre plusieurs obstacles majeurs :<br /> • Ressources humaines : il est aujourd’hui quasiment impossible de recruter massivement en Europe ou aux États-Unis. La conscription est politiquement toxique, et les armées peinent déjà à atteindre leurs effectifs réglementaires.<br /> • Capacité industrielle : l’industrie de défense occidentale, largement privatisée et fragmentée, ne peut pas produire rapidement les volumes nécessaires. Les chaînes d’approvisionnement sont extrêmement dépendantes de pays tiers, notamment la Chine pour les matériaux critiques.<br /> • Mentalité managériale : le secteur de la défense fonctionne aujourd’hui comme une industrie de services, avec des logiques de rentabilité à court terme, peu compatibles avec une mobilisation de guerre.<br /> • Effet temps : relancer une base industrielle de défense cohérente prendrait des années, alors que la Russie agit dans l’immédiat.<br /> En somme, aucun plan de réarmement rapide ne paraît crédible. L’Occident peut espérer stabiliser ses capacités actuelles, mais pas renverser la situation.<br /> <br /> 6. Illusions politiques et désunion croissante<br /> <br /> L’idée que les nations occidentales pourraient s’unir soudainement dans un sursaut stratégique repose sur des présupposés optimistes. Depuis 20 ans, l’Occident s’est montré incapable de développer une vision stratégique commune face à la Russie. La seule politique constante a été l’espoir que le problème russe s’évaporerait.<br /> Si la guerre se termine par une défaite ukrainienne et une victoire russe, l’effet le plus probable ne sera pas l’unité, mais la désunion : recherche de boucs émissaires, rivalités entre États, paralysie politique. En l’absence de vision et de leadership, une crise existentielle des institutions occidentales semble probable.<br /> <br /> 7. Et après la guerre ? L’Europe dominée ?<br /> <br /> L’idée que la Russie chercherait à réintégrer l’« ordre international » est illusoire. Forte de sa victoire, la Russie n’aura aucun intérêt à revenir à un système qu’elle perçoit comme hostile. Elle cherchera plutôt à consolider une position dominante en Europe, assurant que plus jamais aucune coalition occidentale ne puisse la menacer.<br /> Cela ne signifie pas nécessairement des occupations militaires, mais probablement une stratégie d’influence, de dissuasion et de pression permanente, visant à imposer un nouvel équilibre des puissances sur le continent. Historiquement, la Russie a préféré être crainte que courtisée, et cette tendance devrait perdurer.<br /> <br /> Conclusion : une ère de basculement stratégique<br /> <br /> La fin de la guerre en Ukraine pourrait marquer un tournant historique : l’émergence définitive de la Russie comme puissance dominante en Europe, et l’effondrement de l’illusion occidentale d’un ordre mondial néolibéral unipolaire sous direction américaine. Ni l’OTAN, ni l’UE ne semblent en mesure de s’adapter à cette nouvelle donne.<br /> La Russie, forte d’une stratégie cohérente, d’une armée opérationnelle et d’un système de production militaire efficace, dispose d’une longueur d’avance décisive. L’Occident, quant à lui, devra se résoudre à une forme de désillusion stratégique, à moins de repenser profondément ses institutions, ses priorités et sa vision du monde.<br /> ________________________________________
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D
Effectivement, il faut mesurer les choses en fonction de la réalité concrète du moment. En absolu, Poutine n'est sans doute pas le génie transsidéral de tous les temps à la tête d'une démocratie socialiste idéale, mais comme "au Royaume des aveugles, les borgnes sont rois", en comparaison des vers de terre aveugles qui gouvernent nos contrées, même borgne, Poutine (et toute son équipe ne les oublions pas !) sont des aigles. Et l'opinion russe, en partie encore communiste mais plus fréquemment simplement nationaliste, est certes érodée par l'individualisme consumériste bourgeois, mais n'en reste pas moins plus cohérente que les nôtres. Sans parler de la supériorité technologique russe sur les armements occidentaux qui a été démontrée. Le problème principal de la Russie dans ce contexte est sa démographie et son manque de jeunes, problème qu'on retrouve encore plus gravement en Ukraine et en Occident, mais qui, si l'on veut lancer des offensives devient central. Or et c'est le défi qu'affronte l'armée russe, devoir être offensive sans pouvoir se permettre de perdre des hommes. Il ne reste dans cette situation que le lent grignotage de la guerre d'usure et de la guerre de position, avec l'espoir réaliste qu'on parviendra à grignoter les territoires désirés et à provoquer dans la foulée un effondrement de l'Ukraine qui poussera le reste de son peuple (plus que 29 millions d'habitants selon les statistiques officielles de Kiev) soit à émigrer avec la haine d'avoir été trahis par l'OTAN, soit à profiter de l'effondrement pour imposer un changement de régime favorable à un rapprochement avec Moscou. C'est ce que les classes dominantes d'outre-Atlantique semblent avoir compris en ayant mis Trump au pouvoir avec son désir de transférer aux Européens la gestion et l'opprobre de l'échec et du recul sur ce front de l'Occident collectif en phase d'affaiblissement.
R
L' analyse de R. de Castelnau laisse pantois notamment pour ce qui concerne l' aspect militaire du conflit , la supériorité militaire de la Russie releve du fantasme et du syndrome post traumatique de l' écroulement de l' URSS , l' armée rouge n' existe plus l' encadrement communiste a été écarté le complexe militaire remis entre les mains de corrompus avec comme résultat au bout de ,3 ans de guerre l' incapacité d' atteindre les objectifs fixés par Poutine <br /> Dire que la Russie va gagner car elle a un avantage doctrinal releve du meme fantasme, l' idéologie communiste n' est plus l idéologie partagee par le peuple et ses dirigeants, Poutine et les oligarques sont férocement anti communistes et ne manque pas de le faire savoir grâce aux médias aux ordres du Kremlin , le PRCF glorifie Poutine , il n y a donc aucune idéologie qui cimente la nation , pas plus qu' en occident. Quand au BRICS leur divergence idéologique leur interdit d' être une force réellement anti-imperialiste d' autant que la deuxième puissance mondiale la Chine se garde bien de soutenir réellement la Russie en dehors des votes a l' ONU , ce qui ne mange pas de pain .
R
Pas très aimable Régis. Mais voilà, il faut s'y faire, Poutine est loin d'être le génie qu'il ne parait que par comparaison avec ses adversaires.
D
Personne ne sait ce qu'était le plan A et si il a seulement existé. Il faut par ailleurs pour comprendre la situation objective, comprendre la situation sociale et politique de la Russie certes, mais aussi sa situation économique et surtout démographique. Dans ce contexte là, et compte tenu du fait que le nationalisme ukrainien extrémiste reconstitué sous la supervision des puissances occidentales, l'Etat russe dans sa forme actuelle ne peut pas faire autrement que de mener une guerre d'attrition dans le style de celle des guerres de position d'après 1914. Savoir si l'Ukraine se retrouve maintenant déjà dans la situation de la Russie en 1917 ou de l'Allemagne en 1918 reste du domaine de l'hypothèse. La question n'est pas celle de la conquête de Kiev mais de la solidité ou de l'effondrement intérieur de l'Etat kiévien actuel à un moment "X". Le changement de ligne à Washington semble montrer que les hiérarques des bords du Potomac et de la Hudson envisagent de transférer le bébé en perdition aux mains des Européens pour ne pas avoir à subir la honte d'un n-ème recul. A suivre donc.
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R
Le plan A c'est le discours de Poutine annonçant l' opération spéciale et qui fixe les objectifs et les moyens pour les atteindre c est le plan B qui lui est secret car si il était divulgue cela équivaudrait a une reconnaissance de l' échec du plan A
R
Le plan A c'est tout simplement les objectifs officiel de la Russie, avec les moyens afférents.
R
Trump est totalement non-fiable