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Réveil Communiste

Turquie : « Ce n’est pas un accident, c’est un massacre »

19 Mai 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #A gerber !, #Turquie

Sur le site de Solidaires, du PTB (Belgique) :

 

Au moins 280 mineurs ont perdu la vie au fond de la mine, à la suite d’une explosion survenue le 13 mai. Des organisations syndicales et professionnelles, ainsi que des partis politiques de gauche dénoncent la privatisation des mines et la course au profit et exigent la démission du gouvernement.

Cécile Chams

 

La ville de Soma est située à l’Ouest de la Turquie, à 120 km au Nord-Est d’Izmir. La mine de lignite et la centrale thermique au lignite sont les principales activités économiques de cette ville de 74 000 habitants. Ce 13 mai, il y avait près de 800 mineurs au fond de la mine quand un générateur électrique a explosé, entraînant un important incendie. 363 mineurs ont pu être secourus et ramenés en vie à la surface. Au moins 280 mineurs décédés ont été extraits du puits, la plupart asphyxiés par le monoxyde de carbone. On est encore sans nouvelle de près de 200 mineurs. Près de 400 personnes participent aux opérations de sauvetage.

Privatisation criminelle

Avec une production annuelle de 5,5 millions de tonnes, la société Soma Holding est un des principaux producteurs de charbon de Turquie. Elle appartient au milliardaire Alp Gürkan depuis 2005, suite à la décision du gouvernement de privatiser le secteur des mines de charbon. Interviewé en 2012, Alp Gürkan s’est vanté d’avoir réduit le coût de production du charbon de 130 à 24 dollars la tonne, « grâce aux méthodes de fonctionnement du secteur privé ». Il cite notamment l’installation de transformateurs électriques locaux au lieu de transformateurs importés. Or, l’incendie serait justement du à l’explosion d’un de ces transformateurs. Le patron se vante également d’avoir embauché du personnel sous-traitant pour les travaux lourds, à des salaires très bas, au lieu des ouvriers affiliés au syndicat Maden-İş.

« La privatisation a tué les mineurs », titre Le Soir du 14 mai. « Depuis que les mines ont été privatisées, les accidents ont fortement augmenté, déclare Tayfun Görgün, le président du Syndicat des Mineurs Dev Maden-Sen (affilié à la Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie, DİSK). La sous-traitance est devenue une pratique générale. Les gens travaillent dans la mine avec des salaires très bas et parfois sans contrat. Les règles de sécurité sont mises de côté pour réduire les coûts. Les inspecteurs ont commencé à ignorer les manquements. Le but unique est de faire davantage de pognon. Ce ne sont pas des accidents, mais des meurtres. Tous sont responsables, y compris les inspecteurs, les ministres et le Premier ministre. »

Erdoğan : « Une des mines les plus sûres de Turquie »

Lors d’une visite à Soma voici neuf mois, le ministre de l’énergie, Taner Yıldız, avait vanté la qualité des mesures de sécurité et le niveau technologique de la mine.

Il y a 15 jours, le 29 avril, des parlementaires de l’opposition ont réclamé une enquête sur la sécurité dans la mine de Soma. Ils ont signalé l’augmentation des accidents mortels. Cette requête a été rejetée par le premier ministre Erdoğan. Un député local de l’AKP, le parti d’Erdoğan, a même répliqué que la mine était plus sûre que celles de nombreux autres pays. « Avec la volonté de Dieu, rien n’arrivera, avait-il ajouté, même pas un saignement de nez. »

Après la catastrophe, le gouvernement maintient sa position criminelle. Ce 14 mai, le premier ministre a tenu une conférence de presse à Soma. Au lieu de condamner les responsables, il a souligné que la mine de Soma était « une des plus sûres en Turquie ». Et il a comparé cette catastrophe à celles survenues en Grande-Bretagne au 19e siècle. « Je me réfère à l’histoire britannique. Quelque 204 personnes sont mortes dans l’effondrement d’une mine en 1838. En 1866, 361 mineurs ont été tués. Et en 1824, 290 personnes sont mortes dans une explosion. Prenez l’Amérique, avec toute sa technologie, etc. En 1907, 361 ont été tués. Ce sont des choses habituelles. »

Après ces propos insultants, Erdoğan a été pris à partie par les familles des victimes qui appelaient à sa démission. Il a du se réfugier avec ses gardes du corps dans un supermarché. Le bureau local de son parti, l’AKP, a été mis à sac. Dans la capitale, Ankara, ainsi qu’à Istanbul et dans d’autres villes, d’importantes manifestations ont eu lieu. Les manifestants ont réclamé la démission du gouvernement. La police a chargé les manifestants avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

« La Turquie est une scène de crime »

« La Turquie ne vous oubliera jamais », déclare le Parti communiste de Turquie (TKP) aux mineurs sacrifiés. Il ajoute : « Toute la Turquie est devenue une scène de crime. La soif de profit du patronat est responsable du massacre. Le gouvernement AKP est l’instigateur du crime. L'industrie minière doit être nationalisée et soumise à un contrôle complet par les scientifiques et les organisations de travailleurs. »

Le Parti travailliste EMEP exige la démission immédiate des ministres compétents et l’inculpation des responsables. Il réclame « l’arrêt de la production dans les mines tant que la sécurité des travailleurs n’est pas garantie ». Il appelle « les syndicats à  organiser une grève générale nationale. »

 

 

Sources : Hurriyet, Sol, 14 avril 2014.

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