Sur la mort d'Alfredo Guevara, père du cinéma cubain
5 Mai 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Art et culture révolutionnaires
Mort d’Alfredo Guevara, le père du cinéma cubain, un exemple de l’originalité de l’apport des intellectuels au socialisme cubain par danielle Bleitrach
Le cinéma cubain est un des cinémas très important du Tiers-monde tant par la qualité et l’intérêt de sa production que par la formation donnée à de nombreux étudiants, venus y compris d’autres pays d’Amérique latine et du sud. (1). Celui que l’on considère comme le père de ce cinéma est Alfredo Guevara. Docteur en philosophie et lettres de l’université de La Havane, où il avait connu Fidel Castro,et est devenu et resté son compagnon, il a présidé la cinémathèque de Cuba. Alfredo Guevara fut également en 1979 un des fondateurs du Festival du nouveau cinéma latino-américain de La Havane, qu’il a présidé jusqu’à sa dernière édition en décembre dernier. En 1986, il avait également créé, avec l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, l’Ecole internationale de cinéma de San Antonio de los Baños, près de La Havane, où ont été formés des générations de cinéastes latino-américains. Alfredo Guevara ia été notamment le fondateur et président de L’institut cubain de l’Art et de l’Industrie cinématographique (ICAIC) c’est-à-dire l’Institut qui a produit la totalité des films cubains.
« Si je suis comme je suis, organiquement fidèle à mes idées, je suis organiquement fidèle à Fidel, car c’est la même chose », avait affirmé un jour Alfredo Guevara.
Quels que soient les problèmes, les difficultés, Alfredo Guevara n’a jamais voulu que l’on utilise ses critiques contre la Révolution. IL appartient à une génération complétement engagé et pour qui le cinéma faisait partie de la Révolution, art s’adressant aux masses, art d’éducation populaire mais art.
Si Cuba n’a pas été totalement soumis à vision de l’art cinématographique, qui en fasse un simple relais de la propagande, c’est parce que ce pays a eu à la fois des artistes, des intellectuels comme lui, mais aussi des dirigeants comme Fidel et Raoul qui n’ont pas prétendu imposer un art prolétarien. La Révolution est conçue à Cuba d’abord comme un processus d’éducation: la politique est aussi une culture, qui a besoin de perspectives vastes. Sans parler du peuple cubain qui est l’un des plus cultivés qui soit, avec un sens artistique extraordinairement développé dans les domaines les plus variés. C’est un peuple magnifiquement sensuel , aspirant à toutes les formes d’expression, la danse, la musique, la peinture, Sur cette base, il y a eu un travail de formation qui a porté à un niveau plus élevé ces dispositions, leur a donné les outils formels de l’expression. Pas nécessairement donc d’art prolétarien, mais le travail sur une sève populaire et métissée. Des digieants eux-mêmes épris de culture, mais ne faisant pas la leçon… Un exemple éclairera la différence par exemple avec le parti communiste français qui lui aussi a joui d’un environnement intellectuel tout à fait remarquable. Quand Staline meurt on se souvient de la crise qui éclate dans le pCF autour du portrait de Staline par Picasso, que l’on revoit aujourd’hui en se demandant ce qu’on a pu trouver à lui reprocher. Au même moment à Cuba, le poète « national » Nicolas Guillen écrit un poème où il compare Staline au dieu vaudou de la force, Chango, sans que cela provoque le moindre problème.
La Révolution est un long processus d’auto-éducation… Non exempt de contradictions
Pourtant Cuba a connu aussi ses problèmes dans ce domaine; les intellectuels et artistes cubains ont souffert de ce qu’ils appellent le « quinquennat gris » chez eux au début des années soixante et dix, qui correspond également à cette période dont eu à souffrir les homosexuels.L’entente sur ce point est totale entre artistes, créateurs, intellectuels, il ne voudront jamais retourner à ce moment et ils cherchent les moyens de concilier socialisme sans corset étatique. Il ya une bataille et, pour avoir grâce à J.F. Bonaldi qui a vécu cette période et avec qui j’ai écrit un livre, tenté de comprendre ce qui s’était passé, j’ai toujours été frappé par la qualité de ceux qui avaient plus ou moins souffert de cet épisode tout en restant profondément révolutionnaire, des gens d’une trés grande qualité (2). Beaucoup d’entre eux malgré les difficultés, les pénuries surtout dans cette génération-là pourraient redire la phrase de Danton « On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers »… Ce ne sont pas les quelques intellectuels qui sont partis qui m’étonnent mais tous ceux qui sont restés fidèles quitte à partager les privations et ceux qui partis restent cubains attachés à leur pays et à cette expérience historique. Guevara restera Membre du comité central du Parti communiste de Cuba de 1991 à 1997, député de 1993 à 1998, Alfredo Guevara comme d’autres ne se contente pas de dénoncer les erreurs du « réalisme socialiste », il en retient les questions et évite de se ranger aux analyses de l’adversaire, il cherche comme tous ceux qui se battront à cette époque à retrouver les voies originales du socialisme à partir de l’histoire cubaine, comme l’ont recommandé les intellectuels qui depuis l’époque desLumières ont choisi de faire partir leur aspiration humanistes des problèmes historiques et politiques cubains. Ecarté néanmoins de l’Icaic après 22 ans de présidence, il est, selon sa propre expression, « préservé » par Fidel Castro qui le nomme en 1983 ambassadeur auprès de l’Unesco pour dix ans. Il collaborait déjà auprès de l’institution depuis 1968. Il y recevra, des mains de son président Federico Mayor, la médaille d’Or Federico Fellini, distinguant les grandes carrières cinématographiques.
la période qui suit la chute de l’Union soviétique est très dure, le pays n’a plus de quoi vivre, les réformes qui s’étaient engagées sont bloquées, la sitation se durcit et débouche sur de nouvelles tensions, mais celles-ci une fois encore sont réglées à la Cubaine, c’est-à-dire que le pays avance, se bat, il reprendra la présidence de l’Icaic jusqu’en 2000, date à laquelle il demande à être libéré de ses fonctions pour se consacrer à l’écriture. Ses dernières années furent consacrées essentiellement à la présidence du Festival de cinéma latino-américain de La Havane et à dispenser de nombreuses conférences auprès d’étudiants, en appui aux réformes d’ouverture lancées depuis trois ans par le président Raul Castro. Entre de multiples hommages internationaux, Alfredo Guevara avait notamment reçu du président français François Mitterrand le grade de commandeur de la Légion d’Honneur, la plus haute décoration française. Il est difficile d’expliquer tout ce qu’a produit en particulier dans le domaine artistique le laboratoire de la Révolution cubaine, encore plus difficile quand l’on doit faire face au mensonge, à l’ignorance et à la désinformation sur ce pays dont l’histoire pourtant est celle d’une des pages les plus originales et les plus créatives de l’histoire de l’humanité et ce quasiment depuis le XIX e siècle, les luttes d’indépendance dont la Révolution communiste a souhaité perpétuer la tradition.
danielle Bleitrach
(1) cf La Révolution cubaine (1959-1992) / Cinéma et Révolution à Cuba (1959-2003) [Format Kindle] Jean Lamore et Nancy Berthier
(2) Danielle Bleitrach et Jacques François Bonaldi, Cuba, Fidel et le che ou l’aventure du socialisme? le temps des cerises, 2007
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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