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Réveil Communiste

Le communisme, ses villes, et ses musées (banalités sur le socialisme, 8)

2 Mai 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Mille raisons de regretter l'URSS, #Art et culture révolutionnaires, #classe ouvrière

L'Ermitage à Léningrad

L'Ermitage à Léningrad

Le communisme, ses villes, et ses musées

La guerre d'Ukraine a remis en lumière sur les champ de bataille les caractéristiques de l'urbanisme soviétique.

Le paysage urbain des pays de l’ex-bloc socialiste est tout à fait rébarbatif aux yeux de ceux qui ont été élevés dans les habitudes esthétiques de l’Occident. Des barres, des tours, à perte de vue, concentrant des millions de logements gratuits : il ressemble en plus monotone, mais en moins pollué par les publicités, à celui que les sociétés bourgeoises avaient préparé pour y loger leurs ouvriers au milieu du XXème siècle. Mais ce qui explique l’impression d’une esthétique pesante est plus de l’ordre idéologique que du ressenti spontané. Si on n’aime pas cette architecture, qui n'était pas faite pour être contemplée mais pour être habitée, c’est qu’elle est destinée aux travailleurs.

Les HLM soviétique étaient réputés ici de qualité médiocre, comme tous les produits soviétiques d'ailleurs. Comment ce fait-il cependant que chaque cité industrielle du Donbass se soit transformée au cours de la guerre actuelle en forteresse ?

Nous vivons depuis longtemps dans la nostalgie de la petite maison dans la prairie, et du monde idéalisé de 1850, juste avant l’industrialisation massive. Le principal inconvénient de l’urbanisme des grands ensembles n’est pas esthétique mais psycho-sociologique. Nous voulons des maisons pour cultiver notre jardin et nous y isoler avec notre famille et nos amis.

Certes il y avait de profondes racines à ce désir lancinant, qui renvoie non seulement à la cabane de pêcheur mais aussi au rêve millénaire d’autarcie des producteurs du mode de production paysan, et les ouvriers russes avaient aussi leur cabane, leur datcha, en périphérie des centres urbains , et l’étalement urbain labyrinthique n’est pas en soi condamnable, même pour des raisons écologiques – les jardins des pavillons et les parcelles de potager abritant une faune des plus variée, comparés à l'openfield agricole.

Cela dit ces maisons individuelles de nos contemporains reproduisent la banalité architecturale des grands ensembles en la faisant éclater sur l’ensemble du territoire et en multipliant tous les problèmes du transport, de l’entretien du bâti et de la gestion de l’espace.

Le tourisme culturel que nous pratiquons aujourd'hui consiste à visiter les reliquats muséaux du monde d’avant l’industrialisation, ces villes de Dickens ou de Zola qui étaient pourtant bien inconfortables pour les masses, et même pour les classes moyennes. Tourisme de masse et foule aéroportuaire, voyage à l’aventure organisé, luxe parcimonieux et galvaudé : plus qu'une jouissance, il s'agit d'une épreuve ritualisée.

L’accès à la culture pour tous est un principe essentiel du socialisme – et aussi du communisme. Mais la contemplation passive d’icônes symboliques des valeurs esthétiques du passé ne suffit pas pour la réaliser ...

Concerts classiques, musées des beaux arts, bibliothèques, éveil scolaire aux activités artistiques et scientifiques. La culture fait partie des richesses satisfaisant aux besoins de base que le socialisme s’était donné pour tâche de répartir équitablement. Au risque comme cela s’est produit en URSS de donner une seconde vie aux illusions idéalistes que porte cette culture du passé (si on veut s’en convaincre, voir les œuvres phares du dernier cinéma soviétique, Tarkovsky par exemple).

Mais cet effort massif de promotion culturelle des masses ne doit pas être confondu avec sa caricature capitaliste qui s’est développé au cours des décennies de gestion social-démocrate. Ce n’est pas un saupoudrage culturel incohérent qui semble davantage destiné à donner du travail à la classe moyenne intellectuelle surnuméraire qu’à réaliser chez le plus grand nombre le saut qualitatif qui se produit quand on acquiert la maîtrise d’un moyen d’expression artistique. Tendant aussi à diffuser les valeurs bourgeoises de l’individu qui se morfond d’être né au lieu d’exprimer les émotions qui traversent les masses.

La fabrique de la culture y repose sur d’autres bases que dans les pays socialistes : l'universalisation du nihilisme.

Aujourd’hui le tourisme de masse dans la culture en est une sorte de négation pratique, un pèlerinage d’adoration devant des objets sélectionnés pour manifester l’excellence d’un l’art et d’une culture ésotériques inaccessible aux masses par essence, selon la lourde et redondante démonstration quotidienne que produit l’art contemporain.

GQ, 4 septembre 2025, relu le 2 mai 2026

 

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