Aïe dalaï! Le déguisement de carnaval mystique de la CIA
13 Août 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce que dit la presse
Qui est vraiment « Sa Sainteté le dalaï-lama » ?
Le dalaï-lama est arrivé hier à Paris. Il effectue en France une visite de douze jours qui se dit à caractère religieux. Elle s'inscrit dans une campagne politique sur la crise tibétaine.Chef spirituel et temporel du peuple tibétain, le 14e dalaï-lama, réincarnation du 13e et remontant le fil du temps, incarnation physique du bodhisattva de la compassion, c'est-à-dire le bouddha en devenir, s'impose en référence médiatique internationale incontournable. En ce début du XXIe siècle, n'est-on pas tenté de saluer là un net progrès de l'intelligence humaine ?
Depuis qu'il parcourt le monde, l'hôte aujourd'hui de la France pour une douzaine de jours a su mener sa barque. Mais son nom ne signifie-t-il pas « océan de sagesse », vaste profondeur dans laquelle il puise et façonne des déferlantes d'ambiguïtés sous un visage de vieux gourou sympathique et volontiers railleur.
Selon la doctrine bouddhiste tibétaine, chaque être se réincarne après sa mort. À l'âge de trois ans, Tenzin Gyatso est reconnu, grâce à une série de signes, comme la réincarnation de ses treize prédécesseurs. Le 22 février 1940, il est intronisé dalaï-lama à Lhassa, la capitale du Tibet.
Il a alors quatre ans. « On me demande souvent si je crois réellement cela, disait-il en 1991. Il n'y a pas de réponse simple à cette question. Mais (...) considérant mon expérience dans cette vie et mes croyances bouddhistes, je n'ai aucune difficulté à accepter que j'ai un lien spirituel avec les treize précédents dalaï-lamas (...) et avec le Bouddha lui-même. » Voilà pour la filiation. Côté fréquentations, elles sont tout aussi complexes.
Il est vrai qu'enfant, le saint homme a reçu un nazi autrichien comme précepteur. L'un de ces alpinistes qui attaquaient l'Eiger pour, au retour, avoir le plaisir d'être décoré par Hitler. Le dalaï-lama n'a jamais renié ce maître, auteur de Sept Ans au Tibet, auquel il a rendu visite jusqu'à sa mort. Il eut par la suite d'autres liaisons dangereuses comme le gourou japonais de la secte Aum, Shoko Asahara, qui, en 1995, s'illustra en empoisonnant par gaz les passagers d'un métro de Tokyo, entraînant la mort de plusieurs dizaines de personnes et la contamination de 5 500 autres. Selon une enquête du magazine allemand Stern, les deux hommes se seraient rencontrés à cinq reprises à partir de 1987. Le journaliste Christopher Hitchens, auteur de l'ouvrage His Material Highness, estime que le gourou aurait en outre contribué à hauteur de 1,2 million de dollars à la « cause tibétaine ».
Entre-temps, dans les années soixante, c'est avec la CIA que flirtait le dalaï-lama à raison d'une aide financière et de l'entraînement de groupes armés tibétains renvoyés sur le Toit du monde pour tenter le coup de main contre l'armée chinoise. Les faits sont connus, révélés et confirmés par les agents américains eux-mêmes. Mais l'image médiatique du prix Nobel de la paix en 1989 est telle que personne n'ose vraiment s'en émouvoir !
« Vouloir comprendre la "question tibétaine" à partir des déclarations du dalaï-lama et de ses disciples serait comme vouloir reconstruire la Révolution française en se fiant aux "analyses" de la réaction des nobles réfugiés à l'étranger, et qui tendaient à placer tous leurs espoirs dans les baïonnettes des puissances contre-révolutionnaires », écrit un spécialiste de la région.
Interviewé par le Nouvel Observateur en juin dernier, le chef tibétain ne confiait-il pas que, avant 1959, le Tibet était « fondamentalement » « une société heureuse, une humanité heureuse, paisible en général ». En fait, un régime théocratique des plus arriérés.
Sous son règne, aristocrates et religieux possédaient 95 % du territoire. Les paysans étaient dans leur majorité réduits au servage. Et dans le registre des « lois », les codes 13 et 16 donnaient le moyen de calculer le juste prix du manant que le seigneur souhaitait vendre ou acheter. Une sorte de charia tibétaine donnait le droit à l'autorité de mutiler pour punir.
Que revendique aujourd'hui celui qui se considère comme « le porte-parole libre du peuple tibétain » ? Officiellement, le dalaï-lama se présente comme un modéré, partisan de la ligne médiane. Face aux indépendantistes, il ne réclame « que l'autonomie du Tibet ». Mais sur son étendue dite historique qui engloberait les provinces du Gansu, du Qinhaï, une partie du Sichuan et du Yunnan, où vivent des petites minorités tibétaines, soit près du tiers de la Chine. Quant au régime politique envisagé, il fleure bon un retour à la théocratie, bien que le principal intéressé s'en défende. Pourtant, la séparation entre sphère politique et sphère religieuse est bien absente.
La « Constitution » établie par le gouvernement en exil se conclut avec une « résolution spéciale », approuvée en 1991, dans laquelle on proclame l'obligation politico-religieuse de la « foi » et de l'« allégeance » à l'égard de « Sa Sainteté le dalaï-lama », appelé à « rester avec nous à jamais comme notre chef suprême spirituel et temporel ».
Dominique Bari (l'Humanité)Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
Les textes originaux, écrits par l'animateur seul ou en collaboration et dont il endosse pleine et entière responsabilité sont publiés dans la catégorie GQ, accessible directement dans la barre de menu. Ils sont reproductibles, sans modification, à condition d'en mentionner l'origine.
Les commentaires sont publiés après validation, mais ne sont pas censurés, sauf abus (insultes, diffamation, mythomanie, publicité, non-pertinence, ou bêtise manifeste).
Newsletter
Abonnez-vous pour être averti des nouveaux articles publiés.
Catégories
- 7198 Impérialisme
- 4860 Ce que dit la presse
- 4432 Economie
- 3395 lutte contre l'impérialisme
- 3201 Répression
- 2915 Front historique
- 2897 Journal des luttes
- 2821 États-Unis
- 2438 Qu'est-ce que la "gauche"
- 2374 A gerber !
- 2286 Ukraine
- 2127 l'Europe impérialiste et capitaliste
- 2125 Cuba
- 2112 classe ouvrière
- 2058 Russie
- 1898 Positions
- 1861 Syndicalisme en débat
- 1787 Théorie immédiate
- 1786 Initatives et rendez-vous
- 1679 Chine
- 1582 L'Internationale
- 1347 Élections
- 1285 Réseaux communistes
- 1192 Venezuela
- 1111 L'Europe impérialiste et capitaliste
- 1101 loi travail
- 1030 Amérique latine
- 936 Asie
- 895 Afrique
- 893 Europe de l'Est
- 859 élection 17
- 843 la bonne nouvelle du jour
- 675 Publications
- 619 Royaume-Uni
- 596 Art et culture révolutionnaires
- 579 Asie occidentale
- 576 Congrès du PCF depuis 2008
- 567 Syrie
- 536 Articles les plus lus archivés chaque semaine
- 520 GQ
- 476 Corée
- 450 Colombie
- 433 Euroboycott
- 378 Grèce
- 357 Communistes en Italie
- 356 La bonne nouvelle du jour
- 351 Brésil
- 350 Luttes 2008-2011
- 315 Bolivie
- 300 Mille raisons de regretter l'URSS