Municipales à Paris : une décision démocratique ?
19 Janvier 2008 , Rédigé par Olivier
Pourtant, pour en arriver là, une fois de plus, il a fallu faire jouer tous les ressorts de la démocratie molle.
Voici un petit rappel des principales étapes de cette décision.
1. Le 20 septembre : un avis du conseil départemental.
Tous les élus parisiens étaient là, ce qui n'était pas arrivé depuis très longtemps. Tous ont pris la parole. Tous ont défendu l'union.
Il n'y a eu aucun vote. Une majorité de ceux qui ont pris la parole ce soir-là ont défendu l'union au premier tour. Mais il n'y a eu aucun vote, donc, aucune décision de prise.
Le conseil départemental n'a pas non plus décidé d'organiser un premier vote des adhérents.
2. La première consultation des sections.
Il était prévu de poursuivre la discussion dans les sections, à partir de la discussion du conseil départemental. Certaines sections ont alors décidé d'organiser un vote consultatif, en assemblée générale. La direction fédérale a alors encouragé l'ensemble des sections à se prononcer. Chacune s'est prononcée selon des modalités propres. Quand il y a eu un vote, c'est chaque section qui a établi son bulletin de vote, et les bulletins de vote des différentes sections ont pu être contradictoires. Dans beaucoup d'endroits, le choix de l'union "avec 11 conseillers de Paris" l'a emporté.
Dans plusieurs sections, des responsables se sont fondé sur la discussion du 20 septembre (sans vote, donc) pour dire que le Conseil départemental voulait des listes d'union. Il s'agissait donc, selon eux, de confirmer cette "décision".
3. D'interminables négociations.
Le mois d'octobre et le mois de novembre se sont passés sans que les négociations avec les socialistes n'avancent. Les adhérents n'ont eu des informations sur leur évolution que par le bouche à oreilles. Aucune information officielle de la fédération n'a permis de savoir ce qui se passait.
Lorsqu'on demandait de fixer une date de fin de négociations, pour avoir le temps de préparer d'éventuelles listes autonomes en cas d'échec, on nous répondait que cela nous affaiblirait face aux socialistes.
Enfin, au mois de décembre, on arrive à la promesse de huit conseillers de Paris.
4. Un vote formel, avec un bulletin de vote fédéral... le plus tard possible.
À la demande de certains secrétaires de sections et de certains membres de l'exécutif fédéral, la direction fédérale se souvient qu'elle a promis un vote à la fin du processus.
Ce vote est d'abord annoncé pour la semaine du 20 décembre. Mais il est annoncé quelques jours avant seulement, et il apparaît que les délais sont trop courts pour l'organiser. Il est donc reporté au mois de janvier.
Pendant les fêtes, un numéro spécial de Paris en Mouvement est envoyé à tous les adhérents parisiens. Il leur donne toutes les raisons d'accepter l'union au premier tour et la proposition des socialistes. Ceux qui défendent l'autonomie n'y ont pas la parole.
Le vote a enfin lieu les 10, 11 et 12 janvier, avec un bulletin fédéral qui propose non pas de choisir "le rassemblement" ou "l'autonomie" mais de se prononcer "pour" ou "contre" le résultat de la négociation. On ne sait ce qui se passerait en cas de vote "contre" majoritaire. Faudrait-il retourner négocier ? Ne pas se présenter du tout ? Ou bien constituer enfin des listes autonomes.
Il faut noter que ce vote a lieu moins de deux mois avant le premier tour. Puisque rien n'a été préparé pour la mise en place de listes autonomes, il apparaît à de nombreux militants qu'il n'est trop tard pour choisir cette option.
Conclusion :
Je ne dis pas que les communistes parisiens auraient choisi des listes autonomes si leur choix avait été organisé différemment. Je crois même que la majorité aurait dans tous les cas choisi le raliement à Delanoë dès le premier tour.
Cependant, je considère que le vote du mois de janvier était une fausse consultation. Voter "contre" ne voulait plus rien dire à ce moment-là. Si le bulletin de vote avait proposé "la constitution de listes autonomes" cela aurait eu un peu plus de sens, mais à peine. On n'improvise pas une telle stratégie deux mois avant le premier tour. Nos dirigeants fédéraux devraient donc se demander pourquoi 17% des communistes ont choisi malgré cela de voter "contre", sans compter les abstentionistes et ceux qui ont choisi de ne pas voter.
Je considère également que la première consultation aurait dû être beaucoup mieux organisée. Il aurait fallu une première série de discussions ouvertes dans les sections, puis un conseil départemental qui aurait essayé de faire la synthèse de ces discussions et qui aurait établi un bulletin de vote pour une première consultation fédérale. C'est en septembre que la vraie décision a été prise. Tout a été fait à ce moment-là pour minimiser l'importance de cette consultation, et faire croire que la décision véritable serait prise plus tard.
Il aurait fallu fixer un calendrier et surtout, préparer dès le départ des listes autonomes, afin de pouvoir commencer très vite la campagne si les négociations échouaient ou si les militants communistes estimaient majoritairement que les propositions des socialistes n'étaient pas acceptables. Si les socialistes avaient voulu rester à quatre ou cinq conseillers de Paris, nous n'aurions pas pu refuser, puisque rien n'avait été préparé pour faire autrement.
La manière dont cette décision a été prise montre bien comment une direction peut être assurée de faire admettre ses choix, en faisant tout pour qu'il n'y ait aucune alternative. La direction d'un parti qui serait véritablement soucieux de sa démocratie interne devrait au contraire, selon moi, organiser rigoureusement l'expression et la consultation de ses militants, à tous les stades de la prise de décision, et non se contenter d'un vote d'enregistrement à l'issu du processus.
Mais certains de nos dirigeants sont comme les députés et les sénateurs socialistes. Ils savent ce qui est bon pour nous, et décident à notre place, pour notre plus grand bien, en s'étonnant parfois, quand ils apprennent que nous ne sommes pas d'accord, que nous puissions être si bêtes, si "populistes" ou si "basistes".
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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