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Réveil Communiste

Le discours du réchauffement climatique continue à sonner faux.

31 Août 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Economie, #Théorie immédiate, #Ce que dit la presse

La crue éclair frappe au poste frontière entre la Chine et le Népal

La crue éclair frappe au poste frontière entre la Chine et le Népal

De la canicule persistante sur la France, aux incendies en Gironde et à la crue éclair qui a ravagé le Népal, l’été 2026 a semblé à beaucoup d’observateurs comme un rappel à la réalité du réchauffement climatique qui semblerait contredire à certaines analyses mise en avant sur ce blog, à voir ici.

Or nous ne contestons pas la réalité du réchauffement climatique ni son caractère préoccupant à long terme à divers titres.

Ce que nous contestons c’est son impact immédiat. Nous pensons que le réchauffement ne peut pas être appréhendé à l’échelle de la perception individuelle, et qu’il ne peut pas non plus faire l’objet de mesures pensées à cette échelle, ni de gestion court-termiste en pseudo-démocratie libérale. Or ces faits d’actualité semblaient justement affirmer la réalité tangible de cet impact « au niveau du vécu ».

Il faut réaffirmer à ce titre que dans le cas des incendies de forêt le réchauffement a bon dos, quand il s’agit pour l'inénarrable président français, une de ces hontes actuelles de l’humanité (un Trump ou un Zelensky sur le mode bouffon), d’excuser le manque de moyens matériel mis en œuvre pour la protection civile et la prévention.

Dans le cas de la crue-éclair qui a affecté un poste frontière entre la Chine et le Népal, qui a sans doute causé la mort immédiate de milliers de personnes, et qui a généré des images spectaculaires et terrifiantes, s’il est bel et bien causé par l’effondrement d’un glacier, qu’on peut imputer au réchauffement, il représente non pas l'urgence qu'on veut lui faire signifier, mais un événement exceptionnel tel qu'il s'en est déjà produit dans le passé lointain et qui se reproduiront encore , à intervalles espacés et imprévisibles.

Au XIIIème siècle en Savoie trois villages furent ensevelis par un éboulement exceptionnel, dû en dernière analyse au réchauffement climatique … de la fin de la Préhistoire ! Qui avait fragilisé les flancs des vallées glaciaires en "U" caractéristiques de la région.

La ville de Nantua, dans l’Ain, vit sous la menace d’un tel éboulement, qui se produira peut être demain, ou peut être dans dix mille ans.

Il faut noter que la Chine qui était directement visée par le discours écolo-réac dominant dans les années 2000 en a génialement inversé le sens et la conclusion en devenant le leader absolument hégémonique des technologies de sortie des énergies non-carbonées ; ce qui devait servir de gadget décoratif à une politique malthusienne de fin de l’histoire s’est renversé en une nouvelle révolution industrielle pour la première fois pilotée par une nation extra-occidentale !

Mais on peut remarquer qu’au fur et à mesure que la Chine prend le contrôle du baratin ambiant sur le réchauffement climatique, il devient de plus en plus contesté par les conservateurs et les impérialistes métropolitains, et les suivistes de l’écologie libérale et social-démocrate sont de plus en plus embêtés ne plus fonctionner dans le consensus médiatique comme une chambre d’écho des préjugés courants et bien-pensants de la petite bourgeoisie anglophone mondiale.

Il reste que le processus de pacification, et de "passivisation" en cours causé par ce récit - qui n’est rationnel que tant qu’il demeure dans les truismes et les généralités - reste aussi nuisible que jamais à la prise de conscience mondiale du prolétariat. Il soumet le développement et la souveraineté des peuples à une bureaucratie internationale corrompue, seyant en Occident, et pénétrée de part en part par les intérêts financiers et multinationaux.

Bref ce qui est contestable ce n’est pas le réchauffement, mais le style d’engagement et de praxis qu’on tente d’imposer dans le monde en l’invoquant.

 

Q, 30 août 2026

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L
Bonjour.<br /> <br /> Je comprends que pour un progressiste, variante marxiste, une résurgence de la réalité malthusienne soit problématique (oui, je sais, j'attaque un peu fort, désolé).<br /> <br /> Bien entendu qu'y compris à l'échelle individuelle il est possible de se rendre compte du réchauffement climatique : Demandez à chaque agriculteur, à chaque jardinier, à chaque vigneron ce qu'il en pense.<br /> <br /> J'en ai parlé dans ma dernière "Chronique des Barbaries du 1er juillet 2026 : La Barbarie Incontestable" cf. https://1p6r.org/1p6r/la-barbarie-qui-vient/chronique-des-barbaries-20260701/<br /> <br /> Ce phénomène est une des manifestations de la Barbarie. Vous savez, celle de l'alternative "Socialisme ou Barbarie".<br /> <br /> L'ère du progrès est révolue : Celle du toujours plus. Cela nécessite évidemment une mise à jour du logiciel idéologique. Une remise en cause que bien peu de personnes, à gauche comme à droite, ne sont prêtes à faire. Alors, comme jadis, la Barbarie devra s'amplifier encore, et finalement quelques hommes et femmes d'exception prendront résolument le chemin du changement, du tournant historique majeur, pour nous faire échapper à la Barbarie.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets
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L
Je partage une partie importante de ton analyse, notamment lorsqu’elle distingue le réchauffement climatique comme phénomène matériel de l’usage idéologique qui peut en être fait. Il est effectivement nécessaire de combattre une écologie libérale qui transforme une contradiction historique et systémique en une succession de comportements individuels à corriger : prendre moins sa voiture, moins chauffer, moins consommer, modifier son alimentation, etc. De même, la dramatisation médiatique d’un événement météorologique particulier ne constitue évidemment pas, à elle seule, une démonstration scientifique du changement climatique. Confondre météo et climat, événement singulier et tendance statistique, vécu individuel et connaissance scientifique serait une erreur.Mais je pense que ton texte prend ensuite un chemin qui fragilise sa propre démarche matérialiste. À force de vouloir déconstruire le « récit climatique » dominant, il tend à relativiser ce que nous devrions au contraire prendre comme point de départ : la transformation mesurable des conditions biophysiques de la reproduction sociale.<br /> <br /> C’est ici que John Bellamy Foster me paraît particulièrement éclairant. Sa théorie de la « rupture métabolique » permet de sortir du débat assez stérile entre catastrophisme écologique et scepticisme climatique. La question n’est pas de savoir si tel incendie, telle crue ou telle canicule « est » ou « n’est pas » causé par le réchauffement. La question matérialiste est de comprendre comment les sociétés humaines entretiennent leur métabolisme avec la nature, comment le capital transforme ce métabolisme et comment ces transformations modifient en retour les conditions de la reproduction sociale.<br /> <br /> Autrement dit, le problème n’est pas seulement de savoir si un événement exceptionnel « aurait pu se produire autrefois ». Bien sûr qu’il aurait pu. Le climat terrestre a toujours connu des variations et les sociétés ont toujours été exposées à des phénomènes naturels extrêmes. Mais cela ne répond pas à la question contemporaine : comment une modification des conditions climatiques modifie-t-elle les probabilités, les intensités et les conséquences de certains phénomènes, et surtout comment une société donnée est-elle matériellement préparée — ou non — à y faire face ?<br /> <br /> L’exemple de l’éboulement ancien en Savoie est d’ailleurs intéressant, mais il ne permet pas de conclure ce que le texte semble lui faire dire. Le fait qu’un réchauffement ancien ait pu fragiliser des reliefs et provoquer des éboulements démontre surtout que les transformations climatiques ont des conséquences matérielles sur les systèmes physiques. L’existence passée d’un phénomène ne réfute donc en rien l’existence d’une transformation contemporaine. Elle nous rappelle simplement que la nature a sa propre histoire, irréductible aux temporalités humaines.<br /> <br /> C’est précisément là que le matérialisme dialectique peut nous être utile : il faut articuler des temporalités différentes plutôt que les opposer. Temps géologique, temps climatique, temps biologique, temps de la production, temps de la reproduction sociale et temps politique ne coïncident pas. Une transformation lente à l’échelle géologique peut être extrêmement rapide à l’échelle des sociétés humaines et des écosystèmes auxquels elles sont adaptées.<br /> <br /> Je serais également prudent avec l’idée selon laquelle le réchauffement ne pourrait pas être appréhendé à partir de ses « effets immédiats ». Pris littéralement, c’est vrai : une expérience individuelle ne permet pas de caractériser un climat. Mais le matérialisme ne consiste pas à opposer le vécu à la réalité objective ; il consiste précisément à comprendre leur rapport.<br /> <br /> Une canicule vécue par un individu ne prouve rien, à elle seule, sur l’évolution du climat. Mais l’évolution statistique des épisodes de chaleur, leur durée, leur intensité et leur interaction avec les conditions matérielles de vie constituent bien une réalité sociale. Et cette réalité est profondément différenciée selon les classes et les territoires.<br /> <br /> La même température n’a pas les mêmes conséquences dans un logement correctement isolé ou dans une passoire thermique ; pour un salarié travaillant en extérieur ou pour quelqu’un travaillant dans un local climatisé ; dans une ville fortement minéralisée ou dans un territoire disposant d’espaces végétalisés et de services publics efficaces ; pour une personne ayant les moyens de se protéger ou pour celle qui ne les a pas.<br /> <br /> C’est pourquoi l’écologie matérialiste ne peut pas se réduire à une écologie du « vécu ». Elle doit partir des conditions objectives de la reproduction sociale.<br /> <br /> Et c’est là que la référence à Amar Bellal me paraît particulièrement éclairante. Il ne s’agit pas de répondre au changement climatique par la culpabilisation individuelle, mais de partir des réalités physiques — énergie, transports, logement, industrie, agriculture, infrastructures — pour transformer l’appareil productif. Le problème climatique devient alors une question de planification, d’investissement, de maîtrise publique et de développement des forces productives. Bellal insiste d’ailleurs sur le fait qu’une planification socialiste du climat doit être fondée sur une véritable rigueur scientifique et non sur des slogans.<br /> <br /> Mais cette approche ne doit pas conduire non plus à réduire toute la question écologique au seul carbone. C’est là que Foster nous oblige à élargir la perspective : le climat est une dimension majeure de la crise écologique, mais celle-ci concerne plus largement les conditions du métabolisme entre société et nature. Il faut donc également penser l’eau, les sols, la biodiversité, les cycles biogéochimiques, les ressources, l’organisation des territoires et, plus largement, la reproduction des conditions naturelles de la vie.<br /> <br /> C’est également ce qui rend ton passage sur la Chine particulièrement intéressant.<br /> <br /> Tu observes justement que ce qui était présenté dans les années 2000 comme un motif de culpabilisation des pays émergents s’est transformé, en Chine, en politique industrielle massive : solaire, éolien, batteries, véhicules électriques, réseaux électriques, ferroviaire, etc. Il y a là une leçon politique considérable. Mais je pense qu’il faut aller plus loin que l’idée d’un simple « retournement du discours climatique ». La Chine n’a pas simplement récupéré le « baratin » climatique pour le retourner contre ses adversaires. Elle a progressivement intégré la question écologique à sa conception du développement et à la transformation de son appareil productif.<br /> <br /> C’est précisément ce qui rend l’expérience chinoise intéressante pour un marxiste. Foster a consacré plusieurs travaux à la notion chinoise de « civilisation écologique », en montrant qu’elle est pensée en relation avec le marxisme, la dialectique de la nature et de l’histoire, mais aussi avec certaines traditions intellectuelles chinoises. Il souligne notamment que des chercheurs marxistes chinois ont développé une véritable réflexion sur le rapport entre marxisme écologique et « civilisation écologique ».<br /> <br /> Il faut donc prendre au sérieux ce que la Chine fait aujourd’hui, sans pour autant en faire un modèle abstrait ou idéal. Le 15e Plan quinquennal chinois, couvrant 2026-2030, fait de la transformation verte et bas carbone une composante de la modernisation du pays. Cinq des vingt grands indicateurs du plan concernent directement le développement vert et bas carbone. Parmi les objectifs annoncés figurent une réduction de 17 % de l’intensité carbone entre 2025 et 2030 et une augmentation de la part des énergies non fossiles à 25 % de la consommation énergétique. Mais le plus intéressant n’est pas seulement le chiffre des objectifs. C’est la manière dont ils sont intégrés à la politique économique.<br /> <br /> La Chine cherche simultanément à transformer son système énergétique, à décarboner l’industrie, à développer les infrastructures électriques, à accroître les capacités de stockage, à développer les secteurs des technologies vertes, à transformer les industries traditionnelles et à renforcer l’économie circulaire. Son plan industriel 2026-2030 vise notamment le plafonnement des émissions de l’industrie avant 2030 et associe explicitement cette transformation au développement des secteurs verts et bas carbone.<br /> <br /> Autrement dit, le climat est traité comme un problème de structure productive.C’est ici que la comparaison avec l’écologie libérale devient décisive. Lorsque le capitalisme libéral rencontre une contrainte écologique, sa réponse tend à être celle du signal-prix, de la taxe, du marché carbone, de la compensation et de la modification des comportements individuels.<br /> <br /> La réponse chinoise est beaucoup plus systémique : planification, politique industrielle, investissement, transformation technologique, infrastructures, normes, objectifs quantifiés et coordination entre l’État central et les collectivités.<br /> <br /> Il ne s’agit évidemment pas de considérer cette expérience comme parfaite ni de suspendre tout esprit critique à son égard. Mais il serait intellectuellement insuffisant, pour un marxiste, de ne pas examiner sérieusement une expérience historique qui cherche précisément à articuler développement économique, transformation technologique, souveraineté et contrainte écologique. Et c’est là que la notion chinoise de « civilisation écologique » devient intéressante.Elle permet de déplacer la question : il ne s’agit plus seulement de « protéger l’environnement » à la marge d’un système productif inchangé, mais de penser une autre relation entre développement économique et conditions naturelles de la vie.<br /> <br /> La dialectique est alors importante : il ne s’agit ni de nier les forces productives au nom de la nature, ni de développer les forces productives indépendamment de leurs conséquences écologiques. Il s’agit de transformer les forces productives elles-mêmes, leur orientation et les rapports sociaux dans lesquels elles sont mobilisées.<br /> <br /> C’est à mes yeux un point central.<br /> <br /> Le débat entre « croissance » et « décroissance » est en partie mal posé parce qu’il traite la production comme une grandeur homogène. Or produire un logement correctement isolé, un train, un réseau électrique, une pompe à chaleur, une infrastructure hydraulique, une école ou un système agricole résilient n’a pas la même signification sociale et écologique que produire des marchandises destinées à la consommation ostentatoire, à l’obsolescence ou à la spéculation.<br /> <br /> La question communiste ne devrait donc pas être simplement :<br /> <br /> « Combien devons-nous produire ? »<br /> <br /> Elle devrait être :<br /> <br /> « Que devons-nous produire, pour quels besoins, avec quelles forces productives, sous quel contrôle social et dans quelles limites matérielles ? »<br /> <br /> C’est ici que la notion de besoins sociaux devient déterminante.<br /> <br /> Une écologie communiste ne consiste pas à imposer indistinctement la sobriété aux classes populaires. Elle consiste à distinguer les besoins humains légitimes des productions socialement inutiles ou destructrices, puis à réorienter les capacités productives vers les premiers.<br /> <br /> Le problème n’est donc pas de produire moins par principe.<br /> <br /> Il est de produire autrement, de produire ce qui est nécessaire, de supprimer progressivement les productions socialement inutiles ou destructrices et de développer les capacités productives permettant de satisfaire les besoins humains tout en préservant les conditions naturelles de la reproduction sociale.<br /> <br /> C’est également ici que Guillaume Suing apporte une contribution utile. Sa critique des simplifications pseudo-scientifiques invite à maintenir une exigence de rigueur : ne pas transformer chaque événement météorologique en preuve du changement climatique, ne pas confondre incertitude scientifique et ignorance, ni modèle, scénario et prédiction. Son approche de « l’écologie réelle » cherche précisément à replacer la question écologique dans une perspective historique et matérialiste, notamment en examinant les expériences soviétique et cubaine. Mais cette critique scientifique doit fonctionner dans les deux sens.<br /> <br /> Il faut combattre le catastrophisme lorsqu’il transforme des scénarios en prophéties certaines ; il faut également éviter que la critique des excès du discours climatique devienne, par glissement, une relativisation de la transformation climatique elle-même. L’incertitude scientifique n’est pas l’absence de réalité matérielle.<br /> <br /> Cette distinction me paraît essentielle.<br /> <br /> Il y a d’ailleurs un paradoxe dans ton texte : tu dénonces à juste titre la « passivisation » produite par certains discours écologistes, mais si nous minimisons la matérialité de la transformation climatique, nous risquons de produire une autre forme de passivisation. Car si le problème n’est finalement qu’un récit idéologique utilisé par une bureaucratie internationale, pourquoi faudrait-il transformer notre appareil productif, notre système énergétique, notre habitat, nos transports ou notre agriculture ?<br /> <br /> Or la réponse communiste est exactement inverse : nous devons prendre le problème suffisamment au sérieux pour refuser les fausses solutions que le capital lui apporte.<br /> <br /> La question n’est donc pas : climat ou lutte des classes ?<br /> <br /> Elle est :<br /> <br /> quelle lutte des classes pour transformer le métabolisme social ?<br /> <br /> L’écologie libérale dit au travailleur : « tu dois réduire ton empreinte ».<br /> <br /> Le capital vert dit : « nous allons décarboner grâce au marché, à la finance et aux mécanismes de compensation ».<br /> <br /> Le catastrophisme dit : « il faut réduire les activités humaines ».<br /> <br /> Une écologie communiste devrait dire autre chose :<br /> <br /> « Nous allons déterminer démocratiquement les besoins essentiels, mesurer les contraintes physiques auxquelles nous sommes confrontés, transformer les forces productives, reprendre la maîtrise publique des secteurs stratégiques et planifier sur le long terme la reproduction des conditions de la vie. »<br /> <br /> Cela change complètement la nature de la question.<br /> <br /> Le climat n’est alors plus une morale.<br /> <br /> Il devient une contrainte matérielle à laquelle une société consciente doit répondre.<br /> <br /> Et la transition n’est plus une politique de pénurie imposée aux classes populaires.<br /> <br /> Elle devient un projet de transformation des rapports sociaux et des forces productives.<br /> <br /> Il faut également dépasser l’opposition trop simple entre « bureaucratie internationale » et souveraineté nationale. La critique de la technocratie climatique est légitime, mais la question écologique possède nécessairement une dimension internationale : le climat, les océans, la biodiversité et les grands cycles biogéochimiques ne s’arrêtent pas aux frontières.<br /> <br /> La souveraineté populaire ne doit donc pas signifier le refus de toute coordination internationale. Elle doit signifier que cette coordination ne soit pas abandonnée aux États impérialistes, aux marchés financiers, aux multinationales ou à des institutions technocratiques échappant au contrôle populaire.<br /> <br /> Il y a là une différence fondamentale entre une écologie internationaliste et une écologie impériale.<br /> <br /> Et cette question rejoint directement celle du développement des pays du Sud. Une écologie véritablement internationaliste ne peut demander aux peuples qui n’ont pas achevé leur développement industriel de renoncer à satisfaire leurs besoins au nom d’objectifs définis depuis les pays déjà industrialisés. Elle doit au contraire poser la question d’un développement partagé, de transferts technologiques, de la maîtrise des ressources et d’une transformation des rapports économiques internationaux.<br /> <br /> La Chine est ici particulièrement intéressante parce qu’elle revendique précisément une articulation entre développement, modernisation, souveraineté et transition écologique, tout en présentant son expérience comme une contribution à la transformation du développement mondial. Ses politiques récentes associent explicitement objectifs climatiques, développement industriel et coopération internationale. Au fond, je pense donc que nous sommes d’accord sur le refus de l’écologie moralisatrice, malthusienne et libérale. Là où je divergerais, c’est sur le risque de construire notre critique en réaction au discours dominant.Si nous nous contentons de démonter le discours climatique bourgeois, nous restons malgré tout prisonniers de son terrain.<br /> <br /> Le matérialisme nous commande de faire autre chose : revenir aux choses elles-mêmes.<br /> <br /> Combien d’énergie produisons-nous ? Pour quels usages ? Avec quelles technologies ? Qui possède les infrastructures ? Qui décide des investissements ? Quelle organisation territoriale ? Quelle agriculture ? Quels transports ? Quels logements ? Quelle industrie ? Quels besoins considérons-nous comme prioritaires ? Comment préserver les conditions naturelles de la reproduction sociale ? Comment répartir les coûts et les bénéfices de cette transformation entre les classes sociales et entre les peuples ?<br /> <br /> Et surtout : quelles institutions permettent au peuple de décider réellement de ces choix ?<br /> <br /> C’est à partir de ces questions que l’écologie peut redevenir une question communiste.<br /> <br /> Foster nous aide à penser la rupture métabolique et le rapport entre capital et nature.<br /> <br /> Suing nous rappelle que le matérialisme suppose aussi une exigence de rigueur scientifique et historique, contre les simplifications idéologiques.<br /> <br /> Bellal nous montre comment traduire les contraintes physiques en politique de transformation industrielle et de planification socialiste.<br /> <br /> Et l’expérience chinoise nous donne un objet historique concret permettant d’examiner ce que peut signifier, à grande échelle, l’intégration de la question écologique dans la transformation des forces productives, la planification et la souveraineté économique.<br /> <br /> Ce ne sont pas quatre réponses identiques. Et c’est justement leur articulation dialectique qui est intéressante.<br /> <br /> La nature impose des contraintes ; les sociétés les transforment ; le capital les aggrave et les déplace ; le socialisme doit chercher à maîtriser consciemment ce rapport.<br /> <br /> C’est pourquoi je pense que nous devons dépasser à la fois l’écologie libérale et sa critique simplement négative.<br /> <br /> Nous ne gagnerons pas la bataille écologique en contestant seulement le récit bourgeois du climat.<br /> <br /> Nous la gagnerons en reprenant à la bourgeoisie la définition même du problème : en faisant de l’écologie non pas une morale de la restriction, mais une politique de maîtrise collective des forces productives ; non pas une culpabilisation des individus, mais une transformation des rapports sociaux ; non pas une gestion technocratique de la pénurie, mais une planification démocratique des besoins ; non pas une mise sous tutelle des peuples, mais une coopération internationale fondée sur la souveraineté et le développement partagé.<br /> <br /> Autrement dit, le projet communiste ne doit pas seulement répondre à la question : « comment réduire notre impact sur la nature ? »<br /> <br /> Il doit poser la question plus fondamentale :<br /> <br /> « Comment organiser socialement la production et la reproduction de la vie humaine de telle manière que le développement des forces productives cesse d’être contradictoire avec les conditions naturelles de cette vie ? »<br /> <br /> C’est, à mes yeux, le véritable enjeu d’une conception communiste de l’écologie.<br /> <br /> Et c’est peut-être là que la critique de ton article peut devenir véritablement constructive : ne pas opposer le « réel » au « récit climatique », mais dépasser le récit par une analyse matérialiste des contradictions réelles — puis transformer cette analyse en projet politique.
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