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Réveil Communiste

"Condamnez-vous le Hamas" ? (complété)

1 Mai 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Ce que dit la presse, #Répression, #Asie occidentale, #Front politique intérieur

"Condamnez-vous le Hamas" ?  (complété)

On essaye de nous imputer une sorte de faute originelle : nous ne condamnons pas le Hamas !

Cette injonction apparaît régulièrement dès que la question de Gaza est soulevée par un intervenant dans les médias.

La raison est transparente : s'il ne défère pas à cette injonction maquillée en question, l'intervenant est automatiquement catalogué comme antisémite, suppôt du terrorisme, apologue de celui-ci, avec ce que cela comporte de risques juridiques aujourd'hui que les délits d'opinion se multiplient.

S'il accepte de "condamner" (pour ce que ça vaut) le Hamas et ses actions du 7 octobre 2023, il accepte aussi un détournement du débat, où le statut de victime est transféré des Gazaouis qui ont été massacré par dizaines de milliers depuis cette date, aux victimes israéliennes du raid qui a commencé ce nouvel épisode de la guerre de cent ans entre sionistes et Palestiniens.

Car figurez-vous que nous vivons dans un monde où être une victime, c'est avoir une sorte de statut. Une victime doit être mise en cause en aucune manière. La victime a remplacé le héros dans le récit des faits historiques. Certains croient même naïvement qu'obtenir ce statut est une étape dans la voie de l'émancipation, jusqu'à ce qu'ils fassent l'expérience du deux poids deux mesures qui règne dans ce domaine.

Ce transfert a pour origine le culte de l'exceptionnalité de la Shoah qui s'est développé à partir des années 1980. Toute tentative d'explication historique du génocide des juifs, qui nécessite d'examiner les motivations officielles et cachées des assassins, et donc aussi les circonstances de leurs victimes, s'est vu de facto interdite suivant la logique de Manuel Valls où "expliquer c'est déjà excuser", comme une sorte de profanation.

On pourrait certes rétorquer que quantitativement le nombre de victimes palestiniennes est déjà cent fois plus élevé que celles de la journée du 7 octobre. Mais le quantitatif dans le domaine moral est peu pertinent. C'est donc argument contre argument que cela se joue et dans cette guerre de communication celui qui perd est celui qui a pris ou qui a l'air d'avoir pris l'initiative de la violence et d'avoir transgressé les règles explicites ou implicite de la justice et de la mesure dans l'usage de la violence. A ce jeu les Palestiniens peuvent toujours en définitive faire valoir la justesse étymologique de leur cause. Le sionisme ne peut équilibrer cette évidence aveuglante qu'en usant et en abusant de son influence dans les médias et dans la culture.

Comme on l'a dit un certain Goebbels un mensonge cent fois martelé finit par s'imposer comme une vérité.

On pourrait aussi arguer du fait que toutes les autres formes de luttes, y compris les luttes non-violentes inspirées de Gandhi ayant été systématiquement réprimées et rendue impossibles, les Palestiniens se retrouvent avec pour seules cartes en main l'action violente, mais dire cela dans l'interprétation partiale et extensive de nos tribunaux, c'est déjà de l'apologie du terrorisme.

Condamner le Hamas maintenant après deux ans et demi de boucherie à Gaza fièrement assumée par l'armée et malheureusement aussi par la population israéliennes, c'est donc excuser ce terrorisme là : terrorisme d'État, infiniment plus efficace et plus dangereux que l'autre. On pouvait à la rigueur le condamner au soir du 7 octobre, si on voulait rester dans le ciel de l'éthique, et continuer d'ignorer les conditions tragiques qui on conduit à cet événement. Aujourd'hui c'est tout bonnement impossible de le faire de bonne foi.

Exiger la condamnation d'un massacre antérieur comme préalable à celle d'un massacre en cours est un procédé pour soutenir ce massacre en cours.

Une autre raison de cette campagne permanente est d'amalgamer la lutte des Palestiniens au terrorisme spectaculaire dont les citoyens européens et américain ont une expérience récente et directe, de façon à pouvoir amalgamer les combattants de Gaza par exemple, aux frères Kouachi, et de faire fusionner ainsi la mobilisation en faveur d'Israël avec les vieilles obsession du racisme anti-arabe et anti-musulman.

Il en a été de même de la campagne contre l'antisémitisme imaginaire attribué à Mélenchon, et du projet de loi Yadan. Mais il faut aussi se rendre compte que vouloir assimiler l'antisémitisme à l'antisionisme est une manœuvre qui objectivement et très certainement consciemment encourage le développement de ce fléau qu'on prétend éradiquer. Si le lobby sioniste dans un pays influence la législation de telle manière qu'il fasse interdire qu'on le critique, il est clair qu'il avalise les thèses de l'influence excessive des juifs sur l'État et crédibilise la thèse soralienne qu'il y aurait une dictature sioniste en place en France et aux États-Unis qui contrôlerait ou qui ferait chanter les gouvernements. De plus en plus de gens vont donc la partager, et cela permettra dans un premier temps de les compromettre ... au risque qu'elles deviennent à la fin hégémoniques.

Quoiqu'il en soit chercher noise pour des soupçons d'antisémitisme à cette heure, c'est simplement participer à la campagne générale dont le but est de faire passer dans l'opinion le fait accompli du génocide et de l'épuration ethnique à Gaza. Tous ceux qui en particulier à gauche se laissent aller à des trivialités de manuel d'éducation civique complètement intempestives sur le sujet ne font qu'aider à cette campagne. Et le ridicule des arguments (reprocher par exemple à Mélenchon de prononcer Epstein comme on prononce Einstein) montre bien qu'elle est entièrement fabriquée et cousue de fil blanc.

GQ 30 mars 2026 - relu le 1er mai

PS Une injonction du même ordre tente d'intimider les défenseurs de Cuba : "soutenez vous ce régime, cette dictature?", et les défenseurs de la paix sont sommés de condamner au préalable la répression au bilan exagéré par les médias et la propagande sioniste qui s'est produite en Iran au mois de janvier peu avant l'agression israélo-américaine, en réaction aux provocations terroristes du Mossad.

PPS Le remplacement du récit des héros par celui des victimes est à rapprocher de la tendance de la gauche occidentale embourgeoisée à remplacer la manifestation de la solidarité par l'expression du traumatisme (voir à ce sujet les recherche de la théoricienne américaine Catherine Liu).

PPPS Marx ou Lénine auraient-ils condamné le Hamas ? Certainement pas, si on lit les articles du premier sur la "grande mutinerie" indienne de 1857 qui commença par un massacre général de militaires et de civils britanniques, ou tous ceux où le second pose en principe la légitimité des premières lutte anticolonialistes qui se sont souvent manifestées de la même manière violente qu'à Gaza, et ont été réprimées de la même manière démesurée -telle la révolte de Boxer en Chine en 1900 ! On ne peut pas condamner moralement les opprimés qui se soulèvent contre l'oppression coloniale dans des conditions de très grande inégalité de force. On peut seulement critiquer les résultats politiques et militaires de leurs actions - et encore faut-il avoir quelque chose d'autre à leur proposer.

PPPPS Et du point de vue purement éthique qui est le premier responsable de la mort des jeunes participants à la fête techno tenue à la frontière de Gaza à l'aube du 7 octobre 2023 ? Des combattants qui savent qu'ils vont de toute manière sacrifier leur vie, et qui ont été enfermés dans un ghetto régulièrement bombardés et quotidiennement humiliés depuis des dizaines d'années ? Ou les organisateurs cyniques et irresponsables d'un événement festif et hédoniste si dangereusement situé? Ou les militaires israéliens débordés et paniqués qui loin de tenter de les secourir ont délibérément tiré dans le tas ?

 

 

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S
Condamner ou pas, quelle différence cela peut faire. Condamner Poutine face aux occidentaux apporte quoi au débat ? Ce sont tous des représentants de la réaction. Et ils sont tous anti communistes, moi c'est comme ça que j'analyse les choses.
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R
Si je condamne le Hamas parce qu'on me le commande et que j'ajoute dans la foulée qu'Isrzël ne vaut pas mieux, ou même est pire que lui, je suis tout de même en défaut par rapport à ce qu'on peut attendre a minima comme cohérence anti-impérialiste; Comme pour le KKE par rapport à la guerre d'Ukraine. Parce que dans ce cas je suis démobilisateur.
N
Tout à fait d'accord avec votre propos mais la formulation "qui nécessite d'examiner les motivations officielles et cachées des assassins, et donc aussi de leurs victimes" me semble maladroite. Les victimes ont-elles des "motivations" ?
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R
Petite correction pour améliorer la formulation si nécessaire: "les circonstances de leurs victimes". Les victimes d'un crime peuvent avoir des responsabilités morales, ou non, dans le crime qui les a affecté, et elles peuvent avoir des responsabilités factuelles sans que cela implique de faute : imprudence, témérité, légèreté, passivité, etc. Ainsi de nombreux civils allemands ont été victimes de crimes de guerre au moment de la chute du IIIème Reich, et s'ils n'avaient pas a priori de responsabilité individuelle, elles avaient vaille que vaille participé au désastre moral nazi.
R
Non mais elles peuvent avoir des responsabilités, que ça plaise ou non. L'antisémitisme est un produit de configurations dans la lutte des classes, comme tous les autres phénomènes historiques importants. Lorsque l'on "juge" pour "condamner" un tel phénomène on doit pousser l'analogie jusqu'au bout et faire comme on fait dans les procès d'assise.
J
Je partage cette analyse qui me rappelle ce qu'écrivait André Tosel à propos d'une tactique typiquement états-unienne ( l'Etat) qu'il qualifiait de rétorsivité, consistant à inverser systématiquement les accusations incriminant l'impérialisme US ; en l'occurrence,à "Israël massacre en toute impunité les Palestiniens et agresse ses voisins" ..il sera rétorqué : Israël est menacé et a été agressé le 7 octobre.<br /> Et on s'en tiendra là, rien sur la doctrine Hannibal ni les circonstances, rien sur les inventions propagées sur les Palestiniens qui seraient cannibales, rien sur le génocide commis par Israël, sur la nature terroriste de cet Etat etc...<br /> Donc, il s'agit tout simplement de couper court à tout propos incriminant cette théocratie sioniste d'apartheid créée par les Anglo-saxons qui n'existe que par le crime sans aucun état d'âme.
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M
Condamnez-vous trump & bibi ?
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D
Le sionisme a besoin de l'antisémitisme pour pousser les juifs et juifs d'origine du monde entier à s'extraire de leur pays de naissance et à se séparer de leur concitoyens vus comme des concurrents. Sinon pourquoi vouloir venir coloniser une terre dont les commandos armés sionistes (terroristes) ont expulsé les autochtones par étapes de 1948 à aujourd'hui ? Sionisme et antisémitisme sont donc deux faces d'une même médaille raciasliste et fondamentalement raciste depuis les origines de ces deux courants complémentaires. Le sionisme, c'est la version "juive" des nationalismes ethniques inventés à l'heure des colonies et des "races", d'abord en Angleterre (Ripley, Grant...) et en France (Gobineau...), puis finalement, et de façon plus poussée, en Allemagne dans la foulée de la création du Reich allemand après 1871. Le nazisme est un des enfants de cette pensée biologistante, comme ls sionisme de l'ex-nationaliste allemand Theodor Herzl et comme les nationalismes ethniques appris sur les bancs des universités allemandes par les futurs bandéristes, endeks, pantouranistes et autres slavophiles d'Europe de l'Est refusant la révolution et l'internationalisme prolétarien au profit d'une "guerre des races" comme moyen de préserver l'ordre social existant capitaliste. L'entité sioniste qui a vu le jour à la fin de la période coloniale, comme les tentatives de prolonger le colonialisme racial sous l'apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie, vont à contre-courant de l'histoire, d'où leur agressivité de bête blessée et leur alliance avec les forces régressives aux USA (Trump & co.) et les milieux d''extrême droite européens ou hindouistes (Modi et son RSS). Ce qui explique pourquoi les juifs religieux traditionalistes comme les juifs d'origine reprenant l'étendard de la gauche est-européenne dont étaient issus les immigrés juifs fuyant la misère et le tsarisme puis l'hitlérisme reviennent à leurs sources et rompent avec le discours délavé des "sionistes de gauche" qui ont prôné l'union de l'eau et du feu et souteni l'étendard de "l'armée la plus morale du monde", aujourd'hui devenue ouvertement et franchement exterminatrice. Le fils de l'admirateur de Mussolini, Netanyahou, peut donc porter haut ses crimes sans honte et amener ses ouailles vers le même destin emprunté en Italie et en Allemagne dans les années trente et quarante. Par le fait même Netanyahou montre au monde qu'il n'y a pas de "peuple" éternellement victime ou éternellement génocidaire, mais que tous les êtres humains et tous les peuples sont égaux, dans le sordide comme dans le sublime, en fonction de la position qu'ils occupent à un moment donné de l'histoire sur la barricade opposant le camp du progrès et de la paix au camp de la régression et de la guerre.
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