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Réveil Communiste

Pauvre Pologne !

23 Août 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #L'Europe impérialiste et capitaliste, #GQ, #Positions, #Ce que dit la presse

Allégorie de la Pologne sur la tombe de Chopin, au Père Lachaise

Allégorie de la Pologne sur la tombe de Chopin, au Père Lachaise

L'un des sempiternels reproches qui sont fait aux soviétiques et par extension aux communistes, qu'on retrouve redondants sur les réseaux est d'avoir dit-on beaucoup maltraité la Pologne au XXème siècle, nation volontiers personnifiée comme une vierge immaculée.

L'URSS aurait attaqué la Pologne nouvellement indépendante en 1920 et manqué de peu de l'annexer. Puis elle aurait remis ça en septembre 1939, en accord avec l'Allemagne nazie. Elle aurait enfin opprimé et exploité ce pauvre pays pendant 45 ans, de 1945 jusqu'à 1989.

Sur le premier point les fait sont têtus  : Lénine avait concédé l'indépendance de la Pologne et de la Finlande dès 1917 et c'est la Pologne qui s'est ingérée dans la guerre civile russe, qui a attaqué l'Armée rouge fin 1919, juste après qu'elle eut enfin repoussé l'armée banche conduite par Denekine qui menaçait Moscou. L'armée du nouvel état polonais dont la structure de base consistait en unités qui avaient combattu du coté de l’Allemagne pendant la première guerre mondiale et qui bénéficiait de l'appui d'une mission militaire française, parvint jusqu'à Kiev, puis reflua en désordre jusqu'aux portes de Varsovie. Elle redressa la situation in extremis et à l'issue d'une contre-offensive victorieuse, reconquit la Galicie (l'ancienne Ukraine autrichienne), la Volhynie et la moitié occidentale de la Biélorussie, tous territoires où les Polonais étaient très minoritaires, bien qu'ils aient effectivement appartenu à l'État polonais qui existait au XVIIIème siècle. La ligne de cessez-le-feu de 1920 devint la frontière  soviéto-polonaise jusqu'en 1939, située à 200 km à l'est de la frontière ethnique tracée par Lord Curzon en 1918 (arbitre peu susceptible d'avoir voulu favoriser les soviétiques).

Sur le deuxième point l'intervention de l'Armée rouge en Pologne le 17 septembre 1939 consista à récupérer ces territoires occupés par la force à la faveur de la guerre civile en 1920. La date est encore aujourd’hui une fête nationale en Biélorussie, la fête de la réunification du peuple.

L'armée polonaise était alors déjà battue, et l’intervention soviétique s'expliquait aussi par la nécessité de ne pas laisser la Wehrmacht progresser trop loin vers l'est vers des positions qui auraient pu menacer Moscou et Leningrad. L'importance décisive de ce point se révèlerait clairement deux ans plus tard.

C'est vers ce moment que se produisit à Katyn dans la région de Smolensk en Russie, le massacre de milliers d'officiers polonais qui avaient été capturés par les soviétiques en septembre 1939, entre 1940 et 1942. Jusqu'à ce jour on ignore encore qui l'a perpétré, des nazis qui le dénoncèrent en 1943 avec l'aide d'une Croix-Rouge suisse sous influence, bien que ce genre de massacre fût leur œuvre quotidienne en Pologne comme en URSS occupées, ou des Soviétiques dans la logique désaxée des purges de leur propre armée quelques années auparavant. Les aveux à ce sujet des autorités soviétiques de l'époque Gorbatchev sont évidement plus que suspects.

Sur le troisième point, non seulement c'est effectivement l'Armée rouge qui libéra la Pologne en 1944 et 1945, où elle dû subir des pertes très importantes à cause de la résistance désespérée des Allemands, mais aussi le harcèlement et les coups de poignards dans le dos de "L'Armée de l'intérieur" conservatrice qui avait lancé la si malavisée insurrection de Varsovie le 1et août 1944. La légende noire antisoviétique de la guerre froide prétend que l'Armée rouge campée en face de la ville de l'autre coté de la Vistule fut responsable par sa non-intervention de l'écrasement du soulèvement et de la destruction de la ville, mais en réalité elle n'était à ce moment précis plus guère en état d'avancer après une progression éclair de 500 km en juin et juillet 1944, ni de forcer la nouvelle ligne de défense des forces allemandes regroupées derrière le fleuve. Il lui faudrait attendre janvier 1945 pour ce faire.

En 1945 à Yalta et à Potsdam des soviétiques peu rancuniers (en l’occurrence Molotov lui-même) firent pression sur les Britanniques et les Américains pour imposer la ligne Oder-Neiss comme nouvelle frontière orientale allemande, repoussée loin vers l'ouest. la Pologne récupéra ainsi plus de 20% du territoire allemand de 1938, dont la population fut chassée, en échange de l'Ukraine occidentale et de la moitié ouest de la Biélorussie qu'elle n'aurait jamais dû contrôler en 1919.

Puis la Pologne devint le principal pays du pacte de Varsovie et du Comecon, hormis l'URSS, avec une reconstruction et un taux de croissance rapides, et une solide industrie, parmi les premières au monde. L'URSS n'a pas exploité la Pologne comme une colonie. La relation économique était plutôt inverse. Les difficultés récurrentes de l'économie polonaise dans la distribution des biens de consommation provenaient surtout de la décollectivisation imposée par le droitier Gomulka en 1956, qui enferma l'agriculture du cœur historique du pays dans une routine improductive. 

Le territoire polonais transformé et déplacé vers l'ouest en 1945 était beaucoup plus viable que l’assemblage hâtif et illégitime de provinces réunies par la force au moment de l'indépendance.

Aujourd’hui la mémoire des communistes polonais est salie et ils sont présentés dans l'histoire officielle comme des traitres, par une classe dirigeante décervelée qui a toujours fait preuve au cours de l'histoire de son incompétence. En fait de traitres communistes il n'y eut, à part le cas controversé de Gomulka, que les communistes repentis qui gagnèrent les premières élections après la transition au capitalisme, quand les électeurs comprirent, mais un peu tard, quelle erreur ils venaient de faire en se livrant à Solidarnosc, à l’Église de Wojtila, et aux autres agents de l'étranger revenus avec les wagons de l'impérialisme. Soumis à des pressions multiples et corrompus, loin de remettre en cause ni de revenir même partiellement sur les réformes libérales et les privatisations, ils les amplifièrent de manière irréversibles.

La Pologne est devenue dès lors un de plus de ces pays de l'Est où l'on déteste les communistes parce qu'ils ont supprimé le socialisme.

Mais on y trouve aussi un noyau dur d'anticommunistes de la vieille école, pour qui communisme et socialisme ne sont pas des erreurs, mais des émanations du mal. Ils sont essentiellement indiscernables des fascistes historiques dont ils partagent le noyau dur idéologique qui n'est rien d'autre que cet anticommunisme viscéral.

La Pologne est affligée d'une culture politique provenant de classes dirigeantes défaillantes, qui oscillent entre la trahison pure et simple pour ménager leur privilèges et l'héroïsme stupide et intempestif. Tolstoï raconte, avec sans doute un peu d’exagération (après tout il est russe) comment un régiment entier de cavalerie polonaise se noya en juin 1812 dans le Niemen, pour s'illustrer devant Napoléon, ou plutôt devant sa tente, car l’Empereur malheureusement n'était pas présent pour contempler cet exploit. 

Cette mentalité se résume dans cette parole du dictateur fasciste Beck, dans les Années Trente : "avec les Allemands, nous risquons de perdre notre liberté, avec les Russes nous risquons de perdre notre âme". Chacun sait ce qu'il en a été. Avec les allemands ils ont perdu les deux, et six millions de morts, et avec les Russes ils ont pu recoller les morceaux de leur nation.

Placée comme elle l'est par la géographie et par l'histoire entre deux puissances majeures et souvent hostiles, sans frontières naturelles, ni refuge montagneux en cas d'invasion, entre la Russie et l’Allemagne, il lui a cruellement manqué le savoir faire diplomatique nécessaire pour mener une politique indépendante de neutralité, d'équilibre et de prospérité. Elle a préféré jusqu'à ce jour rechercher des protecteurs lointains, français, anglais, ou américains, en feignant de croire qu'ils seraient désintéressés, ce qui la place maintenant comme une candidate enthousiaste au rôle de fournisseur de chair à canon dans le grand conflit mondial en développement, contre la Chine et la Russie. Les Polonais sont bien parti pour prendre le relais des ukrainiens dans le hachoir des champs de batailles de l'UE et de l'OTAN, quand il n'y aura plus d'Ukrainiens pour cela.

GQ, 27 avril 2026, relu le 23 août

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L
Le texte a raison de s’attaquer à l’anticommunisme mémoriel et de déconstruire la légende d’une Pologne éternellement victime. Il restitue utilement le rôle décisif de l’Armée rouge dans la défaite du nazisme et rappelle les contradictions de la transition capitaliste. Mais il ne va pas suffisamment loin dans le matérialisme historique. À force de déconstruire une mythologie nationale, il tend parfois à lui substituer une contre-mythologie géopolitique : « la Pologne » devient presque un sujet psychologique, irrationnel, ingrat ou éternellement incapable de choisir son destin.<br /> <br /> Au contraire, nous devons désessentialiser la nation. Il n’existe pas « une Pologne » politiquement homogène : il existe des classes sociales, des fractions de classe, des institutions, des appareils idéologiques, des intérêts économiques et des blocs historiques concurrents. La question décisive n’est donc pas de savoir si « les Polonais » ont eu tort ou raison, mais quelles forces sociales ont construit, à chaque période, quelle stratégie et au service de quel projet de société et ceci pour comprendre réellement les rapports de classes, les rapports impérialistes et les luttes d’hégémonie qui ont façonné l’histoire polonaise.<br /> <br /> La Pologne contemporaine est effectivement un cas remarquable de dépendance stratégique volontaire : elle a construit une partie de sa sécurité sur le lien avec les États-Unis et l’OTAN. Il faut analyser les rapports de dépendance contemporains : capitaux, chaînes de valeur européennes, armement américain, institutions européennes, infrastructures militaires, rapports germano-polonais, mémoire historique et perception polonaise de la Russie. Et surtout, il faut prendre au sérieux la rationalité propre des acteurs polonais et l’analyser.
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D
C'est un très bon résumé de la situation. Pour les personnes intéressées par ces questions il faut savoir que le camp gouvernemental était divisé entre son aile dominante, fanatiquement russophobe et soviétophobe bien que souvent méfiante envers l'idéologie de l'Allemagne nazie, en particulier ce qu'ils appelaient "l'antisémitisme zoologique", mais 'il existait en son sein, surtout en Pologne occidentale et le maire de Varsovie, une aile favorable à un rapprochement avec Moscou contre Berlin. L'opposition de droite et d'extrême droite comme les socialistes et jusqu'à sa dissolution par le Komintern le PC polonais se prononçaient pour une alliance avec Moscou contre l'Allemagne (pour la droite) et le nazisme (pour la gauche). Ce clivage réapparait pendant l'occupation et après 1944. Ce qui explique pourquoi des éléments de droite et d'extrême droite s'engageront en faveur de la Pologne populaire à ce moment là, alors qu'une partie de la gauche socialiste ou agrarienne opte pour l'appui aux puissances anglo-saxonnes et passe dans la clandestinité.Lors des combats de 1944-45, des groupes armés polonais coopèrent avec l'armée rouge tandis que d'autres refusent et restent dans la clandestinité.
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L
Bonjour.<br /> <br /> Merci de nous faire découvrir de manière brève l'histoire du XXe siècle de la Pologne. A lire en connaissant votre tropisme bien entendu, ce qui n'est pas un inconvénient à mes yeux pour peu que l'on en soit averti. <br /> <br /> Vous m'apprenez notamment, et c'est d'autant plus significatif de votre part, que les communistes revenus au pouvoir ont accéléré les réformes pour aller vers un système capitaliste. Ceci apporte de l'eau à mon moulin : Le communisme aboutit toujours à une restauration du capitalisme. Je pense même que c'est sa fonction historique.<br /> <br /> J'y reviendrai dans mon prochain ouvrage "Accepter la néguentropie".<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets
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P
"Les Polonais sont bien parti pour prendre le relais des ukrainiens dans le hachoir des champs de batailles de l'UE et de l'OTAN, quand il n'y aura plus d'Ukrainiens" : conclusion imprudente d'une analyse correcte des faits survenus dans les territoires polonais. L'érosion démographique, le vieillissement et l'émigration des jeunes "instruits" seront plus efficaces que les coups de canons des tanks et autres drones russes et ramèneront rapidement la Pologne Européiste à la place qu'elle vise, celles des valets de l'impérialisme germano-américain coiffé par l'Eglise apostolique et romaine.
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D
Le mouvement d'opposition à l'Ukraine est fort en Pologne mais, malheureusement, il est surtout piloté par des organisations de droite extrême, qui appuient aussi l'Iran. La gauche "officielle" reste totalement imbriquée dans les réseaux pro-OTAN, pro-UE, pro-USA pour certains et pro-Allemagne pour d'autres. Voilà le mouvement "La Pologne pour la paix" : manifestation organisée par les féministes de droite :<br /> <br /> anti-UE, anti-OTAN, slavophile, catholique, anti-immigration, antisioniste, pro-Iran