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Réveil Communiste

Israël est-il un satellite des États-Unis, ou au contraire son donneur d'ordre ?

3 Mai 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #Front historique, #Impérialisme, #États-Unis, #Asie occidentale, #Front politique intérieur, #Mille raisons de regretter l'URSS

Les effectifs clairsemés des communautés juives dans le monde

Les effectifs clairsemés des communautés juives dans le monde

Nous écrivions il y a quelques jours :"Il parait que l'examen de la loi Yadan est brusquement avancé. Profitons donc de ce dernier moment pour aborder des sujets qui vont être incessamment sous peu interdits !" depuis le rapport de force semble s'inverser : une pétition sur le site de l'Assemblée nationale a recueilli 700 000 signatures en un temps record, et un rapport de l'ONU a mis en garde le pays contre l'adoption de cette loi, ainsi que des organisations professionnelles du milieux de la justice. On verra donc le 17 avril ce qu'il en est (note du 10 avril 2026).

Jean Bricmont accuse les marxistes d’aveuglement volontaire (ou non) sur le sujet de l'influence du lobby juif. Selon lui la question de la Palestine et du sionisme n'aurait que peu de lien avec l'impérialisme américain et les contradictions du capitalisme. Pour défendre les Palestiniens Il faudrait simplement nommer et dénoncer un groupe de pression bien précis qui a pignon sur rue et qui bénéficie d'une sorte de tabou protecteur pour couvrir ses abus.

Il devient donc nécessaire pour nous d'examiner la question : qui mène la danse dans la guerre d'agression contre l’Iran : l'État sioniste et ses ramifications internationales?  Les États-Unis ? Une faction clandestine ou un État profond qu'ils recouvriraient?

En bonne orthodoxie marxiste, il est clair qu'il faut préférer les explications structurelles aux enquêtes qui cherchent des responsabilités ad hominem, et qui entendent démasquer des causes simples et des complots dissimulés. Par ailleurs les véritables événements historiques n'ont pas qu'une seule cause. Cependant dans ce cas précis la thèse défendue entre autres par Michel Collon qu' "Israël n'est qu'un porte-avion insubmersible placé par l'Empire au Moyen Orient" présente deux inconvénients majeurs ; d'abord les mesures du pouvoir des États-Unis pour soutenir Israël à bout de bras ne semble pas dans l’intérêt du pays. D'autre part cette thèse ne rend pas compte de l'influence du lobby sioniste sur la gouvernance états-unienne. Il semble en effet qu'un complexe si manifestement puissant aurait mieux à demander que de garnir un poste militaire avancé et exposé de l'impérialisme.

Mais la thèse qui semble s'imposer alors a contrario ne nous plait pas non plus : Israël et ses ramifications dans les lobbys juifs à l'étranger dirigeraient carrément la politique étrangère des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'Europe. Cette thèse ne nous plait pas parce qu'elle semble rejoindre des clichés antisémites qui ont eu au XXème siècle des applications terribles comme on le sait.

Non seulement il nous répugne de faire chorus au langage nazi, mais objectivement il a existé une sorte d'alliance entre le judaïsme politique et la gauche mondiale, et notamment l'URSS, jusqu’à la rupture brutale avec le sionisme en 1948, et un nombre considérable de militants et de cadres communistes étaient d'origine juive. Il est vrai que cette sorte d'alliance est du domaine du passé, autant du fait de l'effondrement de l'influence communiste dans le monde, de la quasi disparition des ouvriers juifs, que de la droitisation des communautés juives. Mais traditionnellement, bien des communistes par sentimentalisme sont plutôt du genre à sympathiser avec les juifs, un peu comme avec les Russes ou les Vietnamiens.

Or il faut bien comprendre que ce n’est pas parce qu'une hypothèse est désagréable qu'elle est fausse. Le capitalisme est une structure "sans sujet", mais il s'est incarné dans des groupes humains d'identités ethnico-religieuses diverses et bien définies et il est bien connu que sa forme actuelle s'est développée dans le cadre de la culture protestante puritaine anglo-saxonne. Le judaïsme historique quant à lui s'était développé et s'était maintenu longtemps auparavant sur la longue durée, dans le secteur marchand international de sociétés anciennes où les échanges était encore économiquement marginaux. Bref, les juifs, les protestants ou telle ou telle confrérie catholique peuvent bel et bien jouer un rôle économique dans l'exploitation du travail et endosser une responsabilité historique bien précise dans le développement des contradictions du capitalisme.

Des nations entières peuvent se retrouver d'un bloc du "mauvais coté" dans la lutte des classes internationale, et c'est aussi les cas pour des groupes minoritaires ethnico-religieux.

Par ailleurs il faut définir aussi de quoi on parle : loin d'être des entités indépendantes l'Empire occidental et le judaïsme au niveau international pourraient très bien être deux éléments complémentaires d'une même formation sociale. Le judaïsme en tant que groupe ethnico-religieux transnational aurait alors pris la tête du mouvement de mondialisation postérieur à 1945, et organisé les secteurs du capitalisme moderne, financiarisé, post-industriel.

Quand on examine le dossier du capitalisme sur la question antisémite on constate effectivement que le capitalisme industriel, productif et prétendument ascétique dont la dernière incarnation dominante fut Henry Ford est souvent très hostile aux juifs. Par contraste, les capitalistes juifs ont prospéré dans les secteurs dynamiques et caractéristiques de notre époque, des services de haut de gamme, du spectacle, du divertissement, de la finance, là où ils étaient déjà historiquement prégnants, et ils ont la majorité parmi les nouveaux milliardaires de la Tech.

De là à conclure comme Alain Soral qu'il y a en œuvre en France ou aux États-Unis une dictature sioniste il y a une marge. Mais il faut reconnaître que le capitalisme national a perdu de son lustre avec l'éclipse des États-nations qui le protégeaient et que les politiciens locaux sont affaiblis par la baisse de leur niveau culturel, par l'effondrement des récits nationaux ou qu'ils ont été massivement recrutés et achetés par l'Empire lui-même en tant que "youg leader"et autres lauréats de fondations impérialistes.

Je crois que le nœud du problème se situe ici : l'Occident s'est mué peu à peu depuis une cinquantaine d'année d'économie productive exportatrice de capitaux en économie d'extorsion qui fonctionne essentiellement en recyclant un tribu payé par le Sud et L'Est de la planète, et dont les piliers sont le dollar, l'ordre juridique anglo-saxon et l'armée américaine. Les communautés juives organisées et implantées principalement dans les métropoles, à commencer par New York, sont parfaitement en phase avec cette évolution, bien davantage que les patronats locaux dans les provinces de l'Empire.

Mais les États-Unis sont en eux-mêmes suffisamment vastes et puissants, ils disposent de suffisamment de ressources endogènes pour pouvoir se passer de ce tribut, au prix d'un appauvrissement brutal sans doute mais nullement définitif, et compatible avec leur idéologie individualiste qui est indifférente au sort des laissés-pour- compte. Les États-Unis ne seraient donc pas structurellement impérialistes, contrairement aux puissances européennes. Le rôle politique particulier du lobby juif dans cette configuration serait alors de cornaquer l'éléphant américain certes vers la protection d'Israël, mais simultanément vers un projet mondialiste auquel ses masses et ses cadres intermédiaires n'adhèrent pas du tout.

Le niveau de consommation de l'Occident considéré dans sa globalité est lié au maintien indéfini de ce prélèvement unilatéral qui est recyclé à travers les institutions financières et les places de New York et de Londres où les capitalistes juifs dominent en nombre et en surface financière. En ce sens les objectifs particuliers du lobby sioniste et les intérêts stratégiques de l'Empire convergent, même si ce n'est pas la question d'un porte-avion au Proche Orient qui importe mais celle de la direction stratégique rationnelle et de l'unification d'un empire occidental hypocrite qui est aveugle au point de prétendre qu'il n'existe pas.

Le lobby  agit effectivement dans l’intérêt des États-Unis en tant qu'Empire, mais contre leur intérêt en tant que nation. Israël et ses prolongements dans les diasporas dans les capitales occidentales sont des pièces maitresses et peut être les pièces principales, mais non exclusives du complexe de coalitions qui anime l'Empire occidental, où on retrouve d'ailleurs en situation dominées d'autres vieilles connaissances, comme l'Église catholique.

Un certain nombre de stéréotypes antisémites (les juifs envisagés comme riches, influents, dominateurs, etc) peuvent sans doute paraitre renforcés par cette analyse. Mais c'est à condition d'être déjà antisémite. L'antisémite en effet c'est celui qui parce qu'il a un compte à régler avec les Rothschild s'en prendra à des profs, des médecins, des commerçants ou des artistes qu'il a davantage de chances de rencontrer dans la vraie vie.

Pour conclure, le sionisme est une idéologie internationale qui ne se limite pas au chauvinisme israélien, mais qui exprime aussi des tendances suprématistes à l'œuvre dans le capitalisme occidental, et qui sont fortement représentées dans les métropoles de l'Empire et très surreprésentées parmi ses cadres dirigeants et ses intellectuels organiques.

En ce cas comme dans beaucoup d'autre on constate que la position classique de la gauche internationale à l'époque où l'URSS donnait le ton était correcte, et que la résolution de l'ONU des années 1970 qui assimilait sionisme au racisme et au fascisme était fondamentalement juste.

Il s'agit d'un autre de ces monstres gramsciens qui ont proliféré dans le monde de l'interrègne qui se prolonge depuis l'effondrement de l'URSS. 

GQ, 2 avril 2026

PS ne sont considérés ici comme juifs que ceux qui revendiquent cette identité, et non l'ensemble de ceux qui ont des ascendances juives complètes ou partielles.

PPS Une réponse de Jean Bricmont sur FB :

"Jean Bricmont accuse les marxistes d’aveuglement volontaire ou non sur le sujet de l'influence du lobby juif."

D'abord je parle de lobby pro-israélien comme le font Mearsheimer et Walt dans un livre sur ce sujet que peu de gens (et encore moins de "marxistes") ont lu ou réfuté. Et ma source n'est pas Soral mais des gens comme Mearsheimer et Walt ou Blumenthal du Grayzone ou J Sachs ou Jeff Blankfort (celui qui m'a expliqué comment fonctionnait le lobby).

Le mieux est encore le livre d'Alison Weir Against Our Better Judgment qui, je l'espère, sera bientôt traduit en français et qui règle définitivement la question de la queue et du chien.

https://www.libristo.eu/fr/livre/against-our-better-judgment_08878013?gad_source=1&gad_campaignid=19763063493&gbraid=0AAAAApM9b9kAivFJ1ZhVjoYCGHOOPOf90&gclid=Cj0KCQjwp7jOBhDGARIsABe7C4eVm7d31ZSbkRD2iNaiJ-31Ph_e0AxJw0ogchC9bPerSS8_3hpWUL4aAu7bEALw_wcB
 
 
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A
Hors sujet :<br /> Oui pour "l'hypothèse désagréable" ! mais aussi .... "ce n'est pas parce qu'une hypothèse est agréable qu'elle est vraie" : tout bon flatteur vit aux dépends de celui qui l'écoute.<br /> La carotte et le bâton : craintes et espérances : voilà les deux leviers qu'on réserve au prolo/citoyen pour qu'il se tienne tranquille.
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D
Il faut rajouter à cela la question géostratégique qui remonte au début dub XIXe siècle avec le premier ministre britannique Palmerston. Il avait déjà envisagé l'installation des juifs en Palestine pour couper en deux la possible intégration du monde arabe et musulman qui aurait menacé la puissance de l'empire britannique. Le dessin de la carte de la Palestine par les accords Sykes-Picot puis du partage de la Palestine de 1947 installait les frontières du futur Etat juif jusqu'à la mer rouge alors qu'à l'époque aucune communauté juive n'habitait le Negev désertique. On voit donc là qu'il y avait bien un projet de base militaire stratégique devant empêcher les communications terrestres entre l'Asie et l'Afrique, entre le monde musulman et entre les Arabes. D'ailleurs Israël reprend exactement les frontières de l'Etat des croisés au Moyen-âge jusque sur la mer Rouge. Sans doute pour les même raisons stratégiques, bloquer les entités autochtones dans leur développement et surveiller la région
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