Socialisme ou terrorisme impérial en Amérique latine.
Première version à chaud en janvier 2026. Depuis Maduro croupit, ainsi que son épouse, dans une geôle newyorkaise et personne ne semble pressé de l'en délivrer tandis que AOC, l'escort girl favorite de la gauche américaine et prétendante à la présidence reproche à Trump de n'avoir pas changé le régime vénézuélien ... et les autorités du Venezuela ont livré aux États-Unis Alex Saab, dont Maduro avait obtenu la libération, pour qu'il serve de témoin contre lui au procès truqué qu'ils sont en train de mettre en scène ! Quant à Cuba, où le blocus s'est transformé en siège pur et simple, l'île est sur le fil du rasoir.
Le terrorisme, ou plus exactement la politique d'élimination systématique des dirigeants et des cadres des mouvements socialistes et révolutionnaires fait partie de la boite à outil des agences spécialisées dans la contre révolution depuis qu'elle existe, et dont les représentants historiques les plus notoires sont la Gestapo et la CIA.
Le kidnapping de Maduro par les forces armées terroristes des États-Unis et son emprisonnement à New York sous des chefs d’accusation inventés, incohérents et infamants est certainement un échec pour la révolution au Venezuela, et dans le monde.
Les opposants bourgeois expatriés inondent le net de leur ricanements sur le thème : "elles sont où, la Russie et la Chine"?
Il est clair que les deux puissances réellement souveraines et indépendantes de l'Empire pratiquent l’apaisement, surtout en ce qui concerne ses parages stratégiques. Mais voudrait-on qu’elles déclenchent tout de suite la guerre nucléaire pour Caracas ? Et peuvent-elles être plus royaliste que le roi [et de soutenir un pays qui ne s'est pas défendu ?] ?
La Chine et la Russie doivent soutenir leurs alliés dans l’hémisphère américain dont les États-Unis revendiquent maintenant le contrôle total par des moyens plus discrets que l’intervention militaire directe. Ce qui ne signifie pas qu’elles ne le font pas. La Chine, pour donner un exemple, travaille en ce moment à marche forcée à résoudre de manière accélérée la crise de l’énergie électrique à Cuba, et a déjà réussi en 2025 à augmenter la puissance totale installée de 30 % ! [Et la Russie s'est résolue en trainant des pieds à contourner l'interdit de Trump et à fournir du pétrole en quantité juste suffisante pour maintenir la tête des Cubains hors de l'eau pour quelques semaines].
Les perspectives du socialisme en Amérique latine paraissent sombres devant le triomphe insolent des Milei (le président argentin à la tronçonneuse) et de leurs pareils [et hier, en Colombie]. Mais le dirigeant communiste chilien Jadue, qui vaut bien mieux que son parti, compromis avec la clique sociale-libérale de Boric, soutient que les succès de la droite un peu partout dans le sous-continent sont éphémères et qu'ils provoquent déjà une puissante réaction populaire – qui a déjà obtenu un succès marquant en Bolivie en enrayant par la grève générale le plan ultralibéral du nouveau président dès son lancement. Les empiétements outranciers et imprudents des Yankees sur la souveraineté des pays latino-américains, sous l'impulsion des improvisations criminelles de Trump de même vont provoquer, selon lui, une réaction patriotique généralisée. On verra ce qu’il en sera de cet optimisme de la volonté – mais il ne faut pas se cacher non plus l’apparition d’un puissant mouvement populaire d’extrême-droite dans le sous-continent, piloté par des oligarques milliardaires, soutenu activement par les réseaux sionistes et évangélistes, qui est radicalement pro-Trump, collabo de l'Empire et antipatriotique.
Mais ceci permet d’aborder une question importante : le rôle de l’échec et des défaites dans la construction d’une stratégie victorieuse pour le socialisme.
Le mouvement ouvrier et socialiste parait avoir vécu une suite désespérante de défaites, parfois définitives à l’échelle d’un pays, d'un continent ou d’un siècle, et dont la commémoration nécessaire dans la tradition de gauche conduit parfois à une inaction réelle, l’indignation réchauffée et l'invocation de la défense des droits de l'homme devenant un masque pour l’intériorisation de l’intimidation et la résignation.
Pinochet sert deux fois : une première fois à exterminer les cadres du socialisme, une seconde fois à enfoncer le clou de la terreur dans les livres d’histoire au nom du devoir de mémoire, pour que la démocratie libérale soit vécue comme le moindre mal (peu de gens veulent le comprendre, mais c’est indubitable).
La Commune de Paris, la guerre d’Espagne, l’extermination des communistes allemands, chinois, sud-coréens et indonésiens, le plan Condor en Amérique du Sud : communistes et socialistes ont subi nombre de génocides au cours de leur histoire maintenant biséculaire.
Mais il faut aussi constater que lorsque ce mouvement a triomphé sur un territoire c’est presque toujours après qu'il a touché le fond et qu’il a semblé écrasé sous la répression. Vu de loin et à l’échelle du vingtième siècle, le fascisme devient dans certains cas non plus seulement le terminus face au peloton d’exécution le dos au mur du cimetière, mais une étape nécessaire sur le chemin dialectique vers la victoire du socialisme.
Mais ces victoires, non seulement ne sont pas définitives sur la longue durée tant que le monde capitaliste conserve sa dynamique propre, mais sont extrêmement coûteuses en terme de souffrance humaine : l’histoire tragique de l’Union soviétique, de la RP de Chine, de la RPD de Corée, du Viet Nam en témoignent. La défaite est cruelle, et la victoire est peut être plus amère encore, et c'est pour cela que beaucoup dans la classe moyenne intellectuelle préfèrent la première.
Mais la révolution socialiste n'est pas un choix éthique, c'est une nécessité historique.
La guerre impérialiste de 1914 accouche de la Révolution d’Octobre, le fascisme du socialisme en Europe de l’est, l'impérialisme japonais des victoires du socialisme en Corée et en Chine, la seconde Guerre mondiale, de la décolonisation.
Mais on ne peut pas se réjouir de la défaite au moment où elle se produit, en y voyant, surtout lorsqu’on assiste à tout cela de loin en spectateur, la promesse automatique de lendemains qui chantent.
La dialectique est une science amère parce que le fait de prévoir par avance les étapes du processus et ses parties les plus sombres ne dispense pas de les vivre toutes. Si Cuba à ce jour est la seule nation véritablement socialiste en Amérique latine, c’est bien parce que c’est celle qui a couru [et court encore plus que jamais] le risque existentiel le plus grave face à l’hégémonie yankee dès son indépendance en 1898.
Le Venezuela tel que l’a marqué le mouvement de Hugo Chavez depuis 1999 a été le théâtre d'une expérience poussée de socialisme redistributif – en l’occurrence de la rente pétrolière - qui a atteint en une génération ses limites, et pose le dilemme actuel : approfondissement ou effondrement. Devant la nécessité de s’attaquer aux moyens de production hésiter parait sans doute légitime, car on ne le fait jamais que quand on est obligé de le faire, et personne de sensé ne veut prendre le risque de bouleverser à froid la base économique d’une société qui garantit à peu près le repas quotidien de l'ensemble de la population ; mais quand l'impérialisme le fait, par ses sanctions et ses agressions militaires, la voie du socialisme de la production reste la seule ouverte.
Contrairement à ce que tout monde a l’air de croire, l’avenir à long terme du socialisme ne se trouve donc pas vraiment du coté du socialisme de marché chinois malgré ses grands succès, et qui s’explique autant par les caractéristiques nationales de la Chine que par le socialisme proprement dit, mais du coté de l’expérience commencée en 1917 en Russie, et suspendue en Chine en 1976.
L’utopie de la gauche radicale qui est aussi celle de LFI pourrait être décrite comme celle d’un capitalisme totalement redistributif qui à terme éliminerait la société de classe par des bonnes lois. C’est peut être bien là une promesse qui peut emporter des élections une fois par siècle, mais elle ne peut pas être tenue.
Elle assurerait l’égalité des chances de promotion sociale en assurant une parfaite gratuité de l’éducation, de la santé, et si possible du logement. On financerait tout cela en récupérant tous le capital de consommation privée par une taxe à 100 % de l’héritage et des hauts revenus. Comme disait Marchais , au-delà d’un million, je prends tout ! C’est bien dit, mais c’est impossible.
Que vont faire les capitalistes avec leurs moyens de production s’ils ne peuvent plus consommer la plus-value ? A quoi vont ils travailler, plutôt ? Sinon au renversement du socialisme ?
Les libéraux ont raison de dire que le socialisme de la redistribution n’est pas viable. Ils omettent de dire que c’est parce qu’ils vont tout mettre en œuvre pour le détruire.
Seule une situation de crise économique politique et militaire aiguë peut créer les conditions d’une expropriation du capital. C’est là le rocher où il faut sauter.
GQ 14 janvier 2026, relu le 22 juin
/image%2F1441421%2F20260114%2Fob_c17748_venezuela-y-rusia-firman-acuerdo-estra.jpg)