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Réveil Communiste

La science crée-t-elle de la valeur ?

2 Décembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #Economie, #classe ouvrière

La science crée-t-elle de la valeur ?

Plutôt que la question abstraite et quelque peu rhétorique de la valeur en général de la science on se posera une question inverse.

1 - La science crée-t-elle de la valeur (selon la théorie marxiste) ?

Dans la mesure où la science est le résultat d’un travail ce devrait aller de soi. Mais c’est un travail de recherche qui dépend en partie du hasard et de la chance qu’on peut imaginer comme celui des chasseurs cueilleurs de la préhistoire ou des marges de la civilisation, ce qui servait d’ailleurs de paradigme à Adam Smith pour expliquer la loi de la valeur ; et non un travail salarié rémunéré à la journée ou à l’heure par un capitaliste.

Chercher dans un laboratoire serait l’équivalent de chasser des castors ou des cerfs pour les échanger à proportion du temps nécessaire pour produire ou plus exactement trouver chaque unité. Sauf que le laboratoire fait partie du capital fixe, et non de la nature, et qu’il est difficile de mesurer le temps complet de travail investi dans la recherche scientifique, parce que la science fondamentale ne produit pas des connaissances marchandisables directement, et dans la mesure où chaque découverte scientifique est singulière.

Par ailleurs les innovations scientifiques par les lois de propriété industrielle sont comptabilisées dans le capital.

Mais le capitalisme moderne et monopoliste a intégré dans ses calculs au cours du XXème siècle – notamment sous l’influence de l’œuvre de l’historien de l’économie Schumpeter - le développement constant et quantitativement programmé de l'innovation technologique. Dans ces conditions la plus-value  « extra » en principe exceptionnelle obtenue aux dépens des concurrents par leur introduction, qui permet d’écouler les marchandises avec profit au dessous de leur valeur avec un grand avantage concurrentiel, si elle est « extra », n’a rien d’extraordinaire, c’est une donnée constante qui est maintenue et renouvelée par les salariés de la recherche-développement des grands monopoles, et la stimulation de la demande pour les nouveaux produits créée par le marketing et la publicité. On ne peut pas en faire abstraction comme le fait Marx pour le besoin de sa démonstration de la loi de la valeur. Le chercheur scientifique devient donc un exploité rémunéré au temps de travail, menacé d’ailleurs à son tour par le travail mort, l’IA, comme les travailleurs manuels l'ont été deux siècles avant lui par les machines à filer et à tisser. Aujourd’hui ce sont les programmeurs informatiques qui sont à la peine.

L’idée que la science en tant que telle crée de la valeur est à associer à celle que les robots pourront un jour remplacer le travail. Comme on le montre ici les robots vont_ils supprimer le travail ? ce n’est pas demain la veille.

Mais cette idée revient toujours, et c’est une conséquence de la théorie bourgeoise de la pluralité des facteurs de la création des richesses – travail, terre, et capital. La science de ce point de vue serait comme la terre une sorte de don gratuit du créateur. Cette théorie est un rempart idéologique du capitalisme et elle a été développée pour cela.

Donc en toute cohérence il faudrait affirmer malgré les apparences de l’actualité immédiate que la science en tant que telle, distinguée du temps de travail qu’elle incorpore, ne crée pas de valeur … ne fait que la restituer, comme les services marchands. Mais il y a un salariat exploité dans ce domaine comme dans les services, et pas seulement dans l’’industrie, et comme lui en route vers la précarisation. Et tout comme le salaire du travail qualifié peut monter quand la force de travail se trouve manquer, chercheurs et ingénieurs aussi, ce qui leur donne des moments de prospérité.

Quoiqu’il en soi la politique économique des pays socialistes met la science au premier plan de manière à s’en servir pour planifier le développement – et pour diminuer la charge de travail individuelle. Les progrès technologiques directement liés maintenant aux progrès de la science fondamentale sont mobilisés pour gagner la course contre l’empire mondial capitaliste occidental déclinant. Non sans un gros détour par l’accumulation d’une grande force militaire, improductive par définition.

GQ, 25 novembre 2025

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A
Pour info, dans les SCA (sociétés en commandites par action : https://www.lecoindesentrepreneurs.fr/associes-commandites-commanditaires-scs-sca/ ) les actionnaires commandités (cad les seuls décideurs) peuvent apportés en capital aussi bien de l'argent, que des biens matériels, ainsi que des "savoirs-compétences" ; mais ces derniers ne sont pas comptabilisés dans le "capital social", cad ils ne sont pas valorisés :<br /> <br /> "les associés commandités peuvent effectuer tous les types d’apports au capital social : apports en numéraire (argent), apports en nature (biens) et apports en industrie (savoir-faire, compétence). Seules les deux premières formes d’apports composent le capital social."
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A
@ Luc Laforets<br /> Ca parait contradictoire avec ce que dit le site dont je donne le lien.<br /> Avez-vous un autre lien qui atteste ce que vous affirmez ?
L
Oui, mais les apports en industrie ouvrent droit à un certain nombre de parts dans l'entreprise négociée lors de sa constitution.
L
Bonjour.<br /> <br /> À mon sens, la recherche scientifique est à inclure en majeure partie dans le secteur II : Celui produisant des moyens de production. Sa position est particulière dans ce processus de production en cela qu'elle se situe très en amont.<br /> <br /> À cela 2 exceptions, les recherches directement "consommables" (A) et celles des sciences dites humaines (B).<br /> <br /> (A) C'est le cas par exemple des recherches en médecine, en pharmacologie, qui vont produire des médicaments. On notera que des produits de nature "procédures" se finaliseront sous forme de services, et peuvent donc eux aussi être considérés comme faisant partie du secteur II.<br /> <br /> (B) Est inutile le plus souvent. Toutefois, il peut servir de béquille idéologique au système capitaliste (ingénierie sociale, gouvernance du personnel, philosophie, histoire, etc.) afin de renforcer sa domination.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets
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A
@Luc Laforets<br /> <br /> Le concept d’essence, débarrassé de son « aura » quelque peu surfaite quant à son sens métaphysique (= sens statique) est plutôt assez simple ; cependant, son sens dialectique (= dynamique), celui utilisé par Marx, est quelque peu différent, et bien moins évident (dialectique = contradictoire et historique)(historique parce que contradictoire).<br /> <br /> Je vais en rester au sens métaphysique ici. Le sens métaphysique c’est le sens commun, qui postule que les « choses » sont ce qu’elles sont, et pas autrement de toute éternité. Platon a pu imaginer que les « choses » en question avaient une origine première (et éternelle) dans le monde fantasmé de « cieux ». Ce serait les dieux qui auraient créé le ciel et la terre, ainsi que les vaches et le pissenlit etc.<br /> <br /> Plus sérieusement, et pour faire SIMPLE, une chose c’est ce qu’on perçoit, ce que l’on « distingue » particulièrement dans notre univers. Et ce que l’on distingue porte un nom la plupart du temps, pour pouvoir en parler spécifiquement. Une simple « scène » n’est pas une chose, c’est un ensemble de choses distinctes. Une scène n’a pas forcément de nom, mais les choses qu’elle contient (et qu’on peut identifier et parler) ont un nom : on peut décrire la scène en nommant ces choses dans une phrase. Les choses sont des concepts cad qu’en tant que choses elles sont pensables et parlables ; que ces choses soient matérielles ou idéelles (par exemple la peur, l’espoir, impalpables mais réels même si non matériels).<br /> <br /> Un vélo appuyé sur un arbre est une scène. Le vélo s’appelle vélo, l’arbre s’appelle arbre, mais l’ensemble de la scène n’a pas de nom, cad qu’elle n’est pas perçue comme chose, mais comme « scène », probablement non permanente, éphémère. Pourtant le vélo lui-même pourrait être perçu comme scène puisqu’il est constitué de plusieurs choses (pédales, selle, roues, chaîne, …) ; de même l’arbre (tronc, branches, feuilles, …) ; en fait, ces éléments constituent leur essence (sans roues, un vélo n’est pas un vélo) (sans tronc, un arbre n’est pas un arbre). Ces choses, vélo et arbre, ont un nom, mais pas la scène (mais on pourrait lui en donner un si l’on avait besoin d’en faire un concept). <br /> Une scène n’a pas d’essence a priori, alors qu’une chose en a une. Quand une scène devient permanente, notable et discutable elle peut devenir une chose et prendre nom ! Par exemple la scène « nommée » Cène avant la condamnation de Jésus.<br /> <br /> L’essence d’une chose ce sont les éléments (attributs) minimum indispensables à cette chose (les attributs d’essence) pour qu’elle soit reconnue pour ce qu’elle est en tant que chose.<br /> Dans l’essence d’un vélo, il y a les 2 roues, le guidon etc comme « attributs d’essence ». La couleur du vélo n’est pas un attribut d’essence ; ce n’est pas la couleur qui fait le vélo !<br /> Un arbre doit avoir un tronc en bois, des branches et des feuilles, et mille autres choses, pour être reconnu comme un arbre. Tout cela est dans l’essence de l’arbre. La hauteur de l’arbre n’est pas « essentielle » à l’arbre ; il y en a des petits et des grands. La hauteur n’est pas une essence de l’arbre.<br /> <br /> Mais l’ensemble arbre-vélo (la scène) n’a pas d’essence car « non permanente », non typique, et donc non promu SOCIALEMENT au « noble » statut de chose. Elle ne fait pas concept. Si tout arrangement de choses devait avoir un nom de chose, il faudrait des milliards de noms, sans vraie utilité sociale. On remplace cela par des phrases construites opportunément. Et il ne peut y avoir de dictionnaire de phrases. Les choses ont une essence, pas les scènes, sauf exception.<br /> <br /> Alors pourquoi ai-je pris l’exemple de l’arbre et du vélo ?<br /> <br /> Parce que l’arbre est dans la nature (qui précède l’homme et engendre l'homme), alors que le vélo, c’est de l’industrie (qui succède à l'homme et qui est produite par l’homme).<br /> <br /> JP Sartre nous dit, avec une belle perspicacité, que « l’existence précède l’essence ». Ca parait évident. La « réification » du monde naturel (existant) en de multiples « choses » nécessite que le monde -en tant que scène- existât avant que ce monde soit SOCIALEMENT décrit, découpé, saucissonné en de multiples choses par les êtres humains (et seulement par les êtres humains). J’utilise le terme de réification (terme très très disputé) pour nommer cette opération purement humaine qui consiste à extraire du magma de la nature des éléments particuliers pour les promouvoir au statut de choses, cad les promouvoir à cette nouvelle réalité dénommée « chose ». Et toute chose a un nom, donc une essence. La nature, elle, ne connaît aucunement les choses qui la composent : arbres, ciels, etc n’existent pas en tant que choses avant l’arrivée de l’homme. Et pourtant cette nature EXISTAIT bel et bien AVANT que des « choses » fissent leur apparition sous l’emprise humaine.<br /> <br /> L’ETRE, cad L’EXISTANT, existait avant qu’une essence lui soit OCTROYEE par l’être humain, cad avant que l’être soit CHOSIFIE (ennobli) par cet humain. Cette étape qui consiste à distinguer et promouvoir l’existant magmatique au statut de CHOSES DISTINCTES, en lui donnant un NOM, est tout simplement ce qu’on appelle un BAPTEME dans le Catholicisme. Ici ennoblissement d'une partie du magma existant, du statut d’être anonyme au statut d’être doté de sens, donc doté d’essence, cad d’être NOMINALEMENT désignable, grâce à un nom propre, et dès lors à une essence.<br /> <br /> <br /> https://dioceseparis.fr/comment-choisir-le-prenom-de-son.html <br /> « Vous êtes le père, vous êtes la mère Vous êtes les parents, c’est-à-dire bien plus que des procréateurs biologiques. Et par ce geste rituel – donner son nom à votre enfants et le confier à la mémoire de l’Église –, vous prolongez votre acte d’enfantement. Dans la Bible, en effet, donner un nom, c’est qui est quelqu’un, le faire exister devant soi, signifier sa vocation. Souvenez-vous de Dieu nommant Adam et lui laissant désigner tout être vivant (Genèse 2, 19), et d’Adam nommant Ève : l’homme appela sa femme du nom d’Ève – c’est-à-dire la Vivante, car c’est elle qui a été la mère de tout vivant » (Genèse 3,20). Souvenez-vous aussi d’Abraham : « On ne t’appellera plus du nom d’Abram, mais ton nom sera Abraham, lui dit Dieu, car je te donnerai de devenir le père d’une multitude de nations » (Genèse 17,5). Souvenez-vous encore de Simon-Pierre. « Tu es Simon, le fils de Jean ; tu seras appelé Céphas » lui dit Jésus- ce qui veut dire Pierre [1] » explique l’évangéliste (Jean1,42). <br /> Dire le nom choisi, premier acte du sacrement de baptême, a donc une importance décisive.<br /> <br /> <br /> Avant l’être humain sur terre, il n’y a pas de dinosaure ; il y a des machins, des trucs, des bidules, qui bougent et qui respirent (ou pas). La « chose » identifiée est le statut terminal du « machin ».<br /> Machin---->truc---->chose <br /> voilà le processus progressif du passage de la nature à la civilisation humaine, cad le passage de l’existence (le machin) à l’essence (la chose), cad le processus de réification, de donation de sens aux « machins » du magma, par la réalité HUMAINE.<br /> <br /> Par contre, là où Sartre se trompe dans sa belle affirmation (« l’existence précède l’essence ») c’est pour les choses du monde industriel (le vélo), cad les choses qui sont créées de toute pièce par l’homme (ça commence avec la « lance » primitive et ça continue avec « spoutnik » etc …). Dans ces cas, l’essence précède l’existence, car ces choses industrielles sont pensées, dans leur essence, par l’homme avant d’exister matériellement (Engels a parlé de ça il me semble, et aussi Luckacs) ; et c’est dans cette pensée (préalable) de la chose avant sa fabrication (téléologique), donc dans cette pensée préalable de l’essence, que la chose future naît avant même qu’elle ne soit !!!!! Ici, l’essence (idéelle certes) précède l’existence réelle, car l’homme a pensé la chose avant de la fabriquer. Donc un mauvais point pour Sartre ici.<br /> <br /> Voilà pour l'essence simplement métaphysique.
L
@Ainuage 28/11/2025 16:30<br /> Merci de cette référence à Marx.<br /> <br /> Je suis toujours assez mal à l'aise avec cette notion d'essence, assez insaisissable. Je lui préfère celle de substance telle que Clouscard la définit, car plus matérialiste sans doute.<br /> <br /> Marx semble contester la possibilité de l'étude transhistorique, abstraite, des phénomènes, le religieux en l'occurrence. Si on le suit jusqu'au bout, il n'est pas possible de construire des concepts généraux, généralisables. Je ne dis pas qu'il dit cela, je mets seulement en garde sur un historicisme trop intégral, qu'il semble que l'on rencontre effectivement fréquemment en sociologie.
A
Juste un petit bémol concernant le secteur B :<br /> la sixième thèse sur Feuerbach de Marx me semble un sommet de la SCIENCE humaine. Certes, de cette thèse, tout le monde s'en fout ou presque, personne ne la revendique spécifiquement pour étayer le cas échéant des recherches sociologiques/psychologiques (sauf quelques marxistes comme Lucien Sève dont on ne peut pas dire que les écrits font vraiment école). Ce secteur B n'est d'ailleurs aucunement lucratif : pas de brevet pour ces découvertes, seules quelques citations éventuelles par d'autres chercheurs honnêtes.<br /> <br /> Les thèses sur Feuerbach (sur le site "Homme Total" de Loïc Chaigneau) : https://instituthumanismetotal.fr/bibliotheque/PDF/marx-theses-sur-feuerbach.pdf
A
Je tente de répondre à la question, sans avoir lu le texte de GQ.<br /> <br /> Il me semble évident que la science crée de la valeur dans la mesure où elle est utilisée. C'est l'usage qui crée, ou plutôt qui prouve, la valeur (valeur d'usage). Mais c'est une valeur pour l'usager.<br /> <br /> Question : comment se goupille l'échange entre" l'usager de la valeur" et le "producteur de la valeur" (valeur scientifique ou pas) : là est la question !<br /> Combien coûte l'existence d'un scientifique : c'est la base minimum.<br /> Combien est prêt à payer l'usager de la valeur pour en disposer : ça dépend du "marché" concurrentiel.<br /> <br /> Tout travailleur manuel EST UN SCIENTIFIQUE : les "tours de main" efficaces sont le fruit d'une réflexion de travail souvent longue et difficile. D'ailleurs, parfois, certains travailleurs ne veulent pas partager le fruit de la science en action que constitue leur habilité au travail. Mais eux ne peuvent pas poser des "brevets" : leur apport scientifique est donné au patron.<br /> <br /> Note : les brevets se monnayent parfois à des prix très importants. Je connais des ingénieurs individuels (hors entreprise) qui passent leur temps à poser des brevets. Ca se vend. On peut faire fortune avec ça.
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