Le communisme et l'humour (banalités sur le socialisme, 9)
29 Septembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Royaume-Uni, #Théorie immédiate, #Positions
Le communisme et l’humour
Churchill qui cultivait son image d’homme d’esprit et plein d’humour racontait la boutade suivante sur les résultats de l’élection de juillet 1945, où il subit une défaite cuisante à la surprise générale quelques semaines après son triomphe de chef de guerre : « un taxi vide s’arrête au 10 Downing Street ; Clement Atllee ( le vainqueur travailliste) en descend ». Mais le mot de la fin revint à l’humour collectif du peuple anglais qui a préféré voter pour un taxi vide que pour le héros national britannique dont on nous rabâche les oreilles depuis un siècle maintenant.
Mon beau père, cinéphile passionné (jusqu’à incarner pendant plusieurs semaines « Monsieur Cinéma » à la télévision) fréquentait vers 1948 les cinés-clubs du PCF à Saint-Ouen, pour voir les films soviétiques. Au cours d’un débat public, il fit remarquer que malgré leurs qualités les films présentés manquaient d’humour. Il racontait que tous les regards scandalisés se tournèrent vers lui et qu’il fit l’objet d’une désapprobation unanime et générale qui lui fit soudain ressentir une grande solitude ...
Un grand moment d'humour communiste - mais un peu hétérodoxe - : celui où Charlot ramasse un drapeau rouge tombé d'un camion, et se retrouve à la tête d'une manif d'ouvriers grévistes ...
Ma première copine en 1975 qui ne venait pas du même milieu social que moi, qui n’était pas originaire de Neuilly -sur-Seine, refusait complètement le sens de l'humour – et pas simplement le mien quand j’essayais d’en faire - comme s'il n'était que simple expression du mépris de classe. Et il est vrai qu’à la même époque je fréquentais aussi des blousons dorés qui se prenaient pour des artistes et qui trouvaient drôle de dire « les communistes il faudrait des camps pour eux – mais c’est vrai qu’il y a déjà les usines ».
La révolution n’a pas tant d’humour. En tout cas pas de cette sorte.
La contre-révolution en a, ou en tout cas elle a des blagues qui en trahissent l’esprit : « comment reconnaître le marié dans une noce soviétique ? c’est celui qui a des chaussures ». Ou bien : « Quelle différence entre une Lada et le Sida ? Essaye de refiler une Lada pour voir ». Et le célèbre « ils font semblant de nous payer alors nous faisons semblant de travailler » qui plaisait tant à Nixon.
Et la middle class britannique après guerre se gaussait de la working class logée dans les nouveaux HLM qui à l’entendre stockait le charbon dans la baignoire, n’imaginant pas d’autre usage de cet endroit !
Le communisme a acquis aujourd’hui un peu d’humour a posteriori, sur le mode nostalgique :
Ainsi beaucoup de gens détestent les communistes aujourd’hui en Russie, parce qu ‘ils ont sabordé l’URSS.
Ainsi la blague bulgare : la femme se lève brusquement en pleine nuit, regarde dehors avec appréhension et fouille frénétiquement frigo. Son mari lui demande ce qui lui prend : « j’ai fait un cauchemar, j’ai rêvé que le frigo était plein, et que l’ordre régnait dans la rue » « mais c’est pas un cauchemar ! » « si, les communistes étaient revenus au pouvoir ! ».
Mais l’humour ne se réduit pas à des plaisanteries plus ou moins amusantes (n’est ce pas Milan Kundera? - dont le héros largement autobiographique passe plusieurs années dans une mine de charbon tchécoslovaque pour avoir écrit « vive Trotsky » pour blaguer, sur une carte postale, envoyée à une fille rencontrée dans un camp de pionniers), au sens précis de terme il est cette forme d’esprit où le sujet feint l’effacement, où il feint d’avoir un regard distancié sur soi, où il pratique une auto-dérision de bon ton, quand le sujet privilégié se met en retrait pour mieux contrôler son image et son effectivité sociale et pour dominer par la séduction sans avoir l’air d’y toucher. Cette distance à soi est factice. Elle est là pour faire montre d’une hauteur d’âme aristocratique qui n’existe pas en fait. Il n’est pas sans signification que les deux groupes nationaux qui l’ont porté à la perfection soient les britanniques et les juifs.
L’humour anglais gère plutôt bien le déclin de l’Empire de la Reine Victoria sur la longue durée depuis un siècle et demi. Quant à l’humour juif si porté à l’autodérision, il vient du ballottage prolongé où s’est retrouvé pendant longtemps le peuple élu.
L’humouriste veut le beurre et l’argent du beurre, il veut continuer à dominer et être apprécié par ceux qu’il domine.
Les communistes n’ont pas d’humour. D’ailleurs il est lourd. Et finalement comme la boutade attribuée à Staline, il fait grincer des dents :
« Le Vatican, combien de divisions ? ».
La révolution est décidément de mauvais goût. Aucun sens de l’humour ! Si on écoute les jérémiades à ce sujet de l’élite britannique, qu’on peut lire encore aujourd’hui dans « l’amant de lady Chaterley ». On comprend que cette dernière soit partie avec le garde-chasse.
GQ 7 septembre 2025
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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