Faut-il supprimer le travail manuel ?
14 Septembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Economie, #Théorie immédiate, #classe ouvrière
Est-ce vraiment supprimer le travail que nous voulons faire ?
Supprimer le travail signifie concrètement si ça signifie quelque chose de remplacer les travailleurs par des robots. Seule une société socialiste peut le faire, car elle n’a théoriquement pas besoin de produire de la plus-value, puisqu’elle n’a pas de classe bourgeoise à alimenter, et les robots n’en produisent pas, car ils font partie du capital fixe.
Ainsi si la Chine aujourd’hui automatise au maximum sa production industrielle. Il y a là une logique évidente dans l’affrontement présent avec l’Occident. Mais est-ce une bonne idée à long terme ?
Et c’est aussi ce que révèlent les débats autour de la difficulté de procéder à la réindustrialisation des pays occidentaux : ils seraient repassés en dessous d’un seuil de compétence technologique en terme d’ingénierie industrielle.
Un socialisme sans travailleurs manuels est il soutenable dans la durée ? Or les machines sont à la base des développements des facultés physiques du corps humain, et de sa dextérité acquise par l’expérience. Une telle société n’aboutirait-elle pas à une forme de déqualification de masse et d’analphabétisme technologique qui produirait la décadence à terme et pas forcément à long terme? L’intelligence abstraite, qu’elle soit naturelle ou artificielle, est un développement de la pratique matérielle et de l’action sur la matière, en tout cas le type d’intelligence qui n’est pas spécialisée dans le contrôle social, le discours et l’interaction culturelle, dans la manipulation d’autrui et qui se développe plutôt dans la production de richesse mesurable.
La génération de plus-value n’est-elle pas nécessaire structurellement aussi dans le socialisme, puisque la planification n’est rien d’autre que l’affectation de la plus-value aux projets de la société pour son avenir ?
En ce sens pour éviter l’impasse technologique d’une société dont les membres trop étroitement spécialisés dans le discours idéologique plutôt que dans la praxis matérielle auraient perdu la clef, il faudrait planifier un certain type de « décroissance » avec un certain « contrôle ouvrier » , avec un retour au travail manuel physique, qui doivent être combinés au simple modèle de la croissance illimité des forces productives qu’il est nécessaire de suivre au début de la période de transition.
La baisse tendancielle du taux de profit s’applique-t-elle au socialisme, comme le pense Paul Cockshott, et peut-elle être surmontée de cette manière ?
Le but ultime de la transition socialiste n’est pas de créer une machine économique parfaitement gérée, et rationnellement planifiée, mais c’est une étape indispensable ; la suppression du féodalisme a détrôné la classe aristocratique parasitaire qui profitait de l’anarchie politique, et la suppression du capitalisme supprimera celle qui profite et parasite l’anarchie économique. Mais une fois cette destruction opérée, l ’État centralisé qui s’est substitué aux puissances anarchiques de la guerre et de l’exploitation doit lui-même se supprimer, et l’humanité doit revenir à une forme d’organisation communiste décentralisée – ce qui signifie qu’elle est aussi moins productive et peut être moins nombreuse.
Mais une décroissance même planifiée peut engendrer une spirale malthusienne. Je soupçonne en effet que la richesse globale produite dans une société n’est pas proportionnelle au nombre de travailleurs N, même dotés d’un coefficient pour tenir compte de leur formation, mais au nombre théorique d’interactions possibles entre les travailleurs qui est bien plus élevé : donc plus une population est nombreuse, plus les individus qui la composent disposent de richesse par tête.
Et historiquement il est prouvé qu’il y a une corrélation entre le nombre d’humain, leur niveau de vie, et leurs réalisations techniques et culturelles, toutes choses égales par ailleurs.
Il y a donc une possible contradiction dans le développement futur du socialisme entre la nécessité de garantir à très long terme une forte population pour bénéficier des milliards d’interactions créatrices entre les individus et la nécessité de revenir à une société moins technologique ou plus exactement moins machinique où le corps humain en bonne santé redevient un maillon essentiel de la chaîne nécessaire du cycle de production.
Le fait est que la dictature du prolétariat ne devrait pas finalement supprimer le prolétariat, comme le voudrait Marx, qui pense que cette classe est légitime parce quel elle peut supprimer les classes !
Mais les communistes staliniens ou leurs futurs équivalents sont-ils les plus à même de réaliser cette grande transition ?
Les staliniens sont les anarchistes les plus conséquents qui comprennent par où il faut passer pour réaliser la démocratie directe et la libération du travail dans le monde entier, après la suppression des classes sociales et des institutions qui les soutiennent. Ils sont aussi les seuls à avoir une expérience des contradictions internes de l’économie planifiée. C’est pour cette raison que c’est cette tradition politique qui détient les clefs de l’avenir.
GQ, 19 juin 2025
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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