La dictature internationale des deux fractions de la bourgeoisie
3 Janvier 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Impérialisme, #Front politique intérieur, #L'Europe impérialiste et capitaliste, #États-Unis
La démocratie bourgeoise, représentative, libérale, de marché, n’est pas une démocratie du tout – et ne l’a jamais été. Tout au plus y a-t-il eu, comme à la Libération, des époques plus favorables que d’autres à l’expression de la classe ouvrière et à l’avancement de ses revendications de réformes économiques et sociales, qui portaient essentiellement sur la limitation du taux d’exploitation du travail par le capital et sur le contrôle collectif des moyens de production. Mais la « démocratie » telle que nous la connaissons n’est le plus souvent que le masque de la dictature bourgeoise.
Mais dire ça ce n’est pas de simples mots, Il faut prendre au sérieux ce fait dont on s’accommode si tranquillement d’habitude, et ses conséquences. Continuer à vivre comme des esclaves serait-ce si confortable?
Que signifie le fait qu’une classe sociale exerce le pouvoir ? Qu’est ce qu’on veut dire par là ?
On veut dire que l’ensemble des institutions du soi-disant « État de droit » concourent à la dictature de cette classe sur les autres.
Et on ne veut certainement pas dire qu’il existe une espèce de parlement librement élu pour représenter cette classe et exercer le pouvoir en son nom et encore moins que les pauvres ont librement choisi parmi les riches qui se sont présentés pour les représenter. Lorsqu’il y a des parlements, c’est pour animer la fiction qu’il n’y a pas de classe sociale dirigeante, et contradictoirement que cette classe dirige les autres dans l’intérêt général de la société.
C’est encore moins le cas si cette classe est la classe ouvrière. On ne veut pas dire par exemple que des ouvriers, avec une décharge horaire par exemple, gouvernent. Ce sont les gestionnaires, les comptables, les communicants et les politiques professionnels qui gouvernent toujours, dans tous les régimes parce que les fonctions techniques d’administration et de gouvernement nécessitent des compétences variées mais spécialisées de niveau moyen qui devraient d’ailleurs en France pouvoir se trouver davantage parmi les bons élèves de BTS tertiaire, que parmi les cadets de la petite bourgeoisie recrutés dans les IEP. Mais ce qui compte c’est qu’ils gouvernent au nom de qui et dans l’intérêt de qui.
Ceux qui gouvernent pour la bourgeoise prétendent le faire pour l’intérêt général au nom de tous, ceux qui gouvernement au nom des ouvriers gouvernent pour assurer leur pouvoir de classe de manière transparente. En URSS, après la stabilisation du pouvoir soviétique, un effort gigantesque avait été fait pour « bolcheviser » les dirigeants, c’est à dire pour recruter des enfants de paysans et d’ouvriers dévoués corps et âme à la cause du prolétariat… mais bien évidemment, qui n’étaient pas ou plus eux-mêmes des paysans et des ouvriers.
Lénine, dans l’État et la Révolution (1917), évoque la paradoxale dictature démocratique des ouvriers et des paysans que la Révolution d’Octobre est sur le point d’instaurer. Il veut dire sans faire de mystère que les ouvriers et les paysans sont majoritaires et donc qu’une dictature en leur nom est démocratique !
Mais rien de paradoxal en fait : la démocratie n’a rien à voir a priori avec le parlement, ni avec la liberté individuelle entendue comme droit de faire ou de dire tout ce qu’on veut, ni avec le droit envisagé comme une idée transcendantale. Rien à voir avec les institutions qui permettent aux riches d’exister en sécurité et aux masses d’accepter passivement leur direction en se disputant entre elles.
Donc le pouvoir politique d’une classe est le pouvoir exercé dans l’intérêt de cette classe par un gouvernement adéquat, et dans le cas du prolétariat, par son parti exclusivement.
Les débats politiques d’aujourd’hui ne se tiennent pas entre classes différentes, mais entre fractions ou réseaux concurrents de la classe dominante ; ainsi le débat aux États-Unis entre nationalistes conservateurs isolationnistes trumpiens, et impérialistes bellicistes pseudo- progressistes et démocrates bideniens. Et par des voies détournées ils finissent toujours par agir dans l’intérêt objectif de leur classe, et les politiciens qui ne veulent pas s’y conformer sont rapidement mis à l’écart, ou pire si mauvaise volonté.
Mais le moment où les contradictions internes de la bourgeoisie deviennent antagoniques est aussi celui où le parti de la classe ouvrière peut apparaître sous son propre nom, avec son propre cahier de revendication, et son propre but, qui passe obligatoirement bien entendu par le contrôle du pouvoir politique, dans un maximum de pays.
Il y a en ce moment deux fractions principales de la bourgeoisie dans la plupart des pays occidentaux :
la bourgeoisie mondialiste belliciste, financière, culturelle, libre-échangiste, sans frontiériste, avant-gardiste en art et dans les mœurs, anglophone, cosmopolite, philosémite (dissimulée au point de parfois prétendre soutenir les Palestiniens), anti-stalinienne mais pas forcément anti-communiste, qui professe un suprématisme civilisationnel et l'ingérence mondiale aux noms de la démocratie et des droits de l’homme, et des femmes et des LGBT, et aussi du « vivant », etc .
et la bourgeoisie nationale, pacifiste, protectionniste, investie dans la production réelle et locale, nationaliste, classique et traditionaliste, anticommuniste mais pas forcément anti-stalinienne au moins en Russie, et antisémite (dissimulée au point d’être passée massivement sioniste), qui se réfère dans les pays d’Occident à un suprématisme chrétien blanc conservateur traditionnel. Une fraction au demeurant qui a été jusqu’à il y a peu beaucoup plus active en parole qu’en réalité – elle a laissé construire l’UE alors qu’elle avait largement les moyens de l’empêcher.
On peut noter que la première fraction peut très bien se fondre dans la seconde si son Empire colonial ou sa puissance militaires sont perdues, si elle se fait acheter par l’occupant comme la France de Vichy, et qu’il existe dans le monde réel toutes sortes de situations intermédiaires.
Mais les deux principaux partis de la bourgeoisie ont de solides points communs idéologiques : usage de la théorie du totalitarisme pour diaboliser le socialisme, et du discours antisoviétique, rejet de la lutte des classes, et plus fondamentalement le refus du principe de l’égalité réelle entre les hommes. Mais les premiers, et les néo-conservateurs, qui sont leurs théoriciens les plus pointus, continuent la croisade contre le socialisme, tandis que les émules de Trump, tout anti-rouges qu’ils soient pensent que le socialisme est mort et se servent du terme pour vitupérer le fisc et les intellectuels LGTB. Encore qu'au vu de leur hostilité commune contre la Chine, il pourrait y avoir bientôt un rapprochement entre les deux camps.
L’affrontement Trump-Biden de novembre 2024 décrit assez bien les deux options que la bourgeoisie américaine propose aux électeurs.
Les communistes et la classe ouvrière dans la conjoncture concrète doivent selon les moments s’appuyer soit sur l’une soit sur l’autre avec une bascule au bon moment pour avancer leur agenda, ou simplement pour survivre.
GQ, 26 avril 2025, relu le 2 janvier 2026
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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