Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Réveil Communiste

Le "peuple de gauche" se réveille en sursaut, mais pourquoi faire ?

1 Juillet 2024 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Élections, #Qu'est-ce que la "gauche", #Positions, #classe ouvrière

retour vers le futur

retour vers le futur

Le peuple de gauche se réveille en sursaut pour faire face à la situation créée par Macron en dissolvant par surprise l’Assemblée Nationale après le score historiquement élevé obtenu le 9 juin par le RN (31%) et confirmé le 30 juin (34% avec une forte participation, au risque calculé d’une victoire de ce dernier.

Il s’unit en catastrophe bien qu’il soit en désaccord sur beaucoup de choses et se prend même à rêver d’une divine surprise comparable à celle provoquée par la dissolution chiraquienne de 1997, qui permit la formation du gouvernent de Jospin de la « gauche plurielle » qui suscita quelques espoirs mais qui consomma la trahison de la classe ouvrière en privatisant la Poste, Air France, France Télécom, et en bombardant la Yougoslavie.

Mais en quoi consiste ce peuple de gauche et pourquoi se mobilise-t-il de manière si frappante alors qu’il paraissait si endormi et anémié depuis si longtemps ?

On se mobilise réellement quand son intérêt vital est en jeu ; incontestablement un nerf sensible a été touché par la perspective d’une victoire du RN, alors qu’il était resté globalement insensible à 7 ans de casses sociales menées par Macron et sa clique.

C’est en effet une mobilisation paradoxale qui a lieu contre une force d’opposition qui pourrait prendre le pouvoir – ce qui est loin d’être certain au vu du niveau atteint dans les urnes et des sondages - et non contre le pouvoir en place lui même, pourtant un des pouvoirs les plus détestés et les plus méprisés que la France n’ait jamais eu, depuis Vichy.

Donc le peuple de gauche s’il en est affecté n’est pas réellement scandalisé et poussé à l’action, y compris aux manifestations radicales, ni par la casse de la Sécu et du système de santé public, ni par la réforme des retraites, ni par celle de l’assurance chômage, ni par la destruction du code du travail, ni par les directives européennes de mise en concurrence et de casse des services publics, ni par les menaces de guerre mondiale, qui proviennent pour le moment non du RN mais de Macron. Pour être juste, ses représentants politiques et surtout syndicaux protestent parfois énergiquement contre tout cela – sauf contre la guerre, mais lui-même dans les rangs ne se sent pas essentiellement atteint ni poussé à l’action, et son opposition à toutes ces mesures et toutes ces menaces reste verbale – certes il n’est pas le seul dans ce cas, mais lui il fait profession d’agir contre le capitalisme et son monde ce qui n’est pas le cas des autres victimes de la casse sociale – les Gilets Jaunes par exemple.

Il est plus actif et plus radical contre les bassins d’irrigation, les autoroutes et les lignes à haute tension. Il n’y a que pour Gaza qu’il fasse un peu de bruit, mais il est contré immédiatement et enlisé par les campagnes de son aile pro-sioniste qui contrôle son accès dans les médias et dont il craint manifestement de se séparer, sous peine de courir le risque d’opprobre public par accusation d’antisémitisme. A l’exception bien entendu de LFI, qui a dû à cause des campagnes de haine sur ce thème céder du terrain aux revenants du PS.

Il n’est pas le dernier d’ailleurs à demander qu’on interdise l’expression à ses adversaires et il a trouvé tout à fait normal que la Commission européenne se donne à elle-même le pouvoir de faire interdire les médias russes.

Et il reste complètement muet sur la guerre de l’OTAN en Ukraine, voire  il l'approuve, en contribuant ainsi à la prolonger, et sur les mesures économiques et les sanctions contre la Russie qui sont à l’origine de l’inflation – notamment des prix de l’énergie - qui plonge dans la misère des dizaines de millions de personnes en France et en Europe.

Qu’en conclure, sinon que ce peuple de gauche est constitué d’éléments qui n'ont pas de soucis graves à se faire pour leur avenir, leur survie matérielle, leur retraite, le chômage, et qu’il lui paraît impensable qu’on puisse les envoyer eux ou leurs enfants s’ils en ont, à servir de chair à canon en Ukraine.

Par contre il sait que l’antagonisme idéologique qui l’oppose aux réactionnaires anti-communistes attardés et recuits du RN risque de lui causer du tort. Le peuple de gauche est en effet constitué d’une petite bourgeoisie diplômée post-communiste et post-marxiste, post-ouvrière, et plus largement post-révolutionnaire, où l'idéologie de gauche ne sert que de repère identitaire, sans rien vouloir connaître ni du communisme, c'est à dire du socialisme réel tel qu'il était expérimenté en URSS, ni de Marx et encore moins de Lénine, ni de la classe ouvrière, ni de la révolution au-delà de l’image télévisuelle de quelques incendies de poubelles. Il faut comprendre que le préfixe « post » ne signifie pas qu’on continue à l’être mais qu'on ne l’est plus. Et bien ce langage culturel codé qui sert maintenant à peu de frais de signe de distinction sociale dans la petite bourgeoisie et qui est détourné de sa signification d’origine n’aurait peut-être plus cours en cas de victoire du RN, et ça l'inquiète.

Bref le peuple de gauche est constitué de fonctionnaires de la catégorie A et de cadres intermédiaires du milieu associatif - et de ceux qu'ils influencent - qui ont peur en cas de victoire du RN de perdre leurs postes, et de leur qualité de vie, de leurs subventions, de leurs commandes publiques - dans le cas des artistes, et d’une manière plus générale sur les compensations symboliques qui permettent à sa couche inférieure, notamment les enseignants, d’accepter des salaires insuffisants.

Il a peur aussi que le mode de vie libéral hédoniste post-68 parvenu en bout de course qu’il poursuit sans en avoir les moyens soit contesté par les conservateurs moraux qui donnent le ton au RN. Sans se rendre compte que les cadres de ce mouvement avec l’hypocrisie qui caractérise toujours les mouvements d’extrême-droite donnent aussi à plein dans ce mode de vie.

Le « nouveau front populaire » c’est bien plutôt la « dernière gauche plurielle ». C’est la NUPES avec plus de PS, moins de LFI, toujours trop de Verts et un PCF en perdition qui paye le prix de ses ambiguïtés.

ll n’en demeure pas moins un peu étrange que la masse des ouvriers et des employés et plus encore des précaires votent majoritairement – ceux qui ne s’abstiennent pas - pour un parti, le RN, qui leur est tendanciellement si défavorable, par simple aversion du style de vie des autres. Il semble que les masses populaires des pays métropolitains aient définitivement tiré une croix sur la possibilité d’obtenir quoique ce soit par la voie électorale, et même de l’action politique en général, et qu’ils se bornent à exprimer des pulsions identitaires pour - croient-ils - effrayer le bourgeois, qui pour être opposées à celles du "peuple de gauche" - un soi-disant "peuple", soi-disant "de gauche" - ne sont pas plus consistantes.

L’opposition viscérale à l’immigration qui va au-delà des problèmes réels qu'elle cause pour les classes populaires est sans doute la raison principale de ce divorce aujourd’hui total. Mais la petite bourgeoisie de gauche si elle s’est mise à l’abri provisoirement des risques de la mondialisation ne fait aucun tort matériel direct aux masses : elle fait du tort – et les masses réactionnaires en font aussi tous les week-end dans les centres commerciaux en achetant sans se poser trop de question les produits de base importés à bon-marché pour leur consommation – aux travailleurs exploités du Sud et aux travailleurs immigrés ici qui travaillent plus dur et plus longtemps pour moins de salaire et sans pouvoir faire valoir tous leurs droits.

Si le RN gagnait le 7 juillet, et accédait à Matignon – éventualité qui reste plutôt improbable après le premier tour, en tout cas pour cette fois, il montrerait sans doute assez rapidement son vrai visage fondamentalement antisocial, mais il y a peu de chance qu’il puisse dépasser dans cette direction la feuille de route de la clique de Macron. De même ceux qui espèrent qu’il mette un frein à l’engagement guerrier en Ukraine, à cause des sympathies idéologiques qu'on lui prête pour Vladimir Poutine risquent aussi d’être déçu. Mais là encore il est improbable qu’il puisse faire pire que le gang militariste et aventuriste actuellement au pouvoir en France et en Europe. Et à l'étranger, sa victoire serait interprétée en ce sens. Pour ce que ça vaut.

 

GQ, 14 juin - 1er juillet 2024

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Bonjour.<br /> Cet article décrit bien la frange de l'aristocratie ouvrière qui dirige ce que l'on appelle la gôche. Elle oublie son aile communiste, mais il il ne faut pas trop en demander sur ce blog.<br /> Le danger aussi pour eux, consiste en une dédiabolisation du RN si il arrive au pouvoir, si il se "normalise". Car la caricature constitute une bonne part du fond de commerce électoral de cette gôche.<br /> Bon. On est pas sorti de l'auberge. Mais, une alternative politique finira par émerger. Pas de tous ceux-là, c'est la seule certitude.<br /> Cordialement.<br /> Luc Laforets<br /> www.1P6R.org
Répondre
G
Ce qui nous pend au nez si c'est arithmétiquement t possible après le 7 juillet c'est une grande coalition belliciste "contre les extrêmes" LR macronistes- PS Verts ...et qui sait même PCF. Le costume du Front Populaire" risque d'être rangé aux accessoires dès le lendemain.
Répondre
R
Le RN est aussi mauvais qu'on veut, n'empêche que les fascistes ne sont dangereux réellement que comme force anticommuniste. Et que sans force communiste, pas de force anticommuniste. Le danger global ne vient donc pas de ce coté là mais de ceux qui préparent la guerre activement : Macron, Glucksmann, Hollande (dernière recrue du Nouveau Front Populaire).
R
Le RN " serait dangereux..." ton conditionnel résume tout GQ tu ne pars pas du principe que le RN est un parti fasciste et donc plus dangereux que le pouvoir actuel qui certes adopte de plus en plus une ligne proche de celle du RN mais faire croire que demain si le RN arrive au pouvoir la situation sera inchangée est une contre vérité qui occulte la vraie nature du fascisme de même dire que la guerre mondiale serait inévitable avec Macron alors qu elle le serait moins avec le RN au pouvoir relève de la même cécité car si Macron est aux ordres de l' impérialisme US, le RN est lui un soutien de l' impérialisme russe, or ces deux impérialismes sont prêt à déclencher la guerre mondiale pour asseoir leur hégémonie.<br /> Par contre et je le sais hélas par expérience avec le parti fasciste au pouvoir mener le combat sera encore plus difficile car la répression sera encore plus terrible, les libertés collectives et individuelles encore plus restreintes et la police bénéficiera d' un permis de tuer.<br /> Ce n' est pas moi qui a dit que le fascisme est la phase ultime du capitalisme ce qui signifie entre autre que l' exploitation du monde du travail serait encore plus féroce, alors oui, même si le programme du Front populaire ne propose pas une rupture avec le capitalisme, l' heure n' est pas à faire le délicat car nous sommes déjà sous la grêle
R
Le RN serait dangereux pour le libertés publiques si le Nouveau Front Populaire était dangereux pour le capitalisme comme l'était celui de 1936, ou plutôt le mouvement de masse qui l'a accompagné. Par contre il risque de nuire aux intérêts à court terme d'une couche sociale intermédiaire qui s'exprime par le biais des partis de gauche et qui est très énervée à cette perspective.
R
" Quand le blé est sous la grêle, fou celui qui fait le delicat" ( Louis Aragon) a méditer... <br /> A chaque fois que les communistes ont cru qu en pratiquant la politique du pire en croyant que le peuple dans la merde se révolterait, ce dernier a subi des années de répression et de régression sociale et les communistes ont été liquides...
Répondre
R
La situation a complètement changé. Aujourd'hui les groupes sociaux du Front Populaire de 1936 votent RN - ou ne votent pas. Entre réflexion historique ou hystérique il faut choisir. Le RN est un épouvantail à petit-bourgeois, et Macron est autant à l'extrême droite que lui. Et surtout Macron, c'est la guerre, et le nouveau Front Populaire c'est la guerre aussi. (sa dernière recrue, soit dit en passant c'est Hollande.
R
Faire le délicat c' est faire la politique du pire sous prétexte que le front populaire n' a pas un programme communiste et donc permettre l arrivée d un parti fasciste au pouvoir, faire le délicat c est se prétendre un marxiste pur et dur alors que Marx a ponctuellement soutenu des alliances circonstancielles avec les socios démocrates.<br /> J en ai ras, le front de tous ces donneurs de leçons qui se disent antifascistes mais ne savent pas ce que cela signifie et toutes les conséquences que cela implique, sans prétention moi je sais ce que cela signifie : ma famille espagnole à subi pendant 40 ans le fascisme franquiste,qui était soutenu par les prédécesseurs du RN, un de mes oncles à été assassine par des fascistes qui l'ont jette' sous les roues <br /> Du tram, et un autre à été embastille 7 ans et torture', mon père a lui connu un exil de 25 ans.<br /> Alors oui tout ceux qui font le délicat, rejette le front populaire soutenant ainsi le RN me dégoûtent
R
Et "faire le délicat", ça consiste exactement en quoi en l'occurence ?
R
Et ce qui est urgent ce n'est pas de remettre la gauche plurielle au pouvoir mais d'empêcher la guerre mondiale.
R
Oui enfin de nos jours on dirait qu'ils se sont auto-liquidés.
G
« … une mobilisation paradoxale contre une force d’opposition qui pourrait prendre le pouvoir … et non contre le pouvoir en place lui même, pourtant un des pouvoirs les plus détestés et les plus méprisés que la France n’ait jamais eu, depuis Vichy ».<br /> Justement, sur presque 50 millions d’électeurs inscrits, la Macronie a fait 3,6 millions de voix, 7,31 % des inscrits. LR même pas la moitié (un peu moins de 1,8 million) et se battent entre Ciotti qui veut une alliance avec RN au 1er tour et un Bellamy qui votera RN au 2ème tour. Il est permis de penser que tous ces types répugnants sont du passé… on ne va pas tirer sur une ambulance pour faire pleurer dans les chaumières et inspirer chagrin et pitié sur Macron et ses séides pas plus que LR.<br /> Il est logique que l’on pousse à la manifestation anti-RN, qui est un moyen traditionnel parmi d’autres pour faire prendre conscience au peuple. La différence entre De Gaulle le 30 mai 68 et Macron le 9 juin 2024, c’est que De Gaulle avait une base politique extrêmement solide depuis la guerre 39-45, disons 25 ans voire beaucoup plus pour certains : Députés, sénateurs, maires conseillers généraux, ET IL N’AVAIT PLUS RIEN SUR SA DROITE (Le Pen était inconnu et avait 0,0… % aux élections)… Macron est une création artificielle, un artefact, une baudruche inventée par 5 oligarques magnats de la presse, EM était MINORITAIRE à l’assemblée (malgré les mensonges quotidiens des politiciens réactionnaires et de la presse) et QUASI INEXISTANT AILLEURS (Sénat, mairie, conseillers généraux, conseillers régionaux, etc…). Il n’a aucune base pour se relever depuis que le régime basé sur des mensonges toujours plus gros. Pour moi le régime EM s’est effondré le 9/6, et le LR est en crise intestine. ON PASSE À AUTRE CHOSE. C’est un peu un pari sur l’avenir, mais qui me semble correct.<br /> C’est soit la gauche classique, la vraie, mais certes avec l’extrême danger Glucksmann il est vrai, soit l’extrême-droite RN +/- avec Z Reconquête (on ne sait pas très bien où ils en sont). Face aux médias de la pensée unique qui hésitent à choisir leur camp officiellement. En réalité ils l’ont choisi depuis longtemps et notamment toute cette année « scolaire » 2023-2024, depuis la pré-rentrée ultra-violente d’Attal.<br /> ON N’AURA JAMAIS DE CONDITIONS PARFAITES POUR PRENDRE LE POUVOIR !
Répondre