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Réveil Communiste

Faire la Révolution c’est prendre des risques (Dépasser la démocratie bourgeoise, 6/12)

20 Juillet 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Front historique, #Théorie immédiate, #Qu'est-ce que la "gauche", #Positions

Soldats de la Révolution des Œillets, Lisbonne, 1974

Soldats de la Révolution des Œillets, Lisbonne, 1974

6) Article précédent : Au delà de la dictature du prolétariat

6 : Faire la Révolution c’est prendre des risques
 

On ne va pas résoudre en quelques lignes de bonnes idée les contradictions de toutes les révolutions depuis 1789 ou même depuis Spartacus, ni trouver une solution miracle pour faire une révolution sans tragédie, et je compte plutôt pour éviter les rechutes dans la pratique de l’extraordinaireté policière sur l’expérience intériorisée des révolutionnaires d’aujourd’hui, et même des quelques dirigeants socialistes actuels qui gouvernent des pays. On ne va pas trouver un mode d’emploi d’usage général pour se protéger du retour de la violence, mais l’histoire ne se répète pas et le pire n’est jamais sûr.

Mais si nous pouvions retrouver une certaine légèreté, ce ne serait pas si mal pour envisager l’avenir. Toute action politique réelle, qu’elle émane du prolétariat ou non, comporte un risque. Et que lorsque l’on écrivait dans un texte de congrès du PCF (en 2006) « nous ne voulons pas prendre le pouvoir », on passait ou bien pour naïf, ou bien pas très sincère, et même pour les deux à la fois ce qui est le comble, et surtout pour pleutre.

Il ne faut pas prendre « les gens » (c’est ainsi que l’on désigne les prolétaires au PCF depuis trente ans) pour des imbéciles : tout le monde sait que si on s’est donné le pouvoir de faire, on s’est donné en même temps le pouvoir de mal faire. Ce choix du repentir et de la contrition est d’autant plus stupide que le public si tant est qu’il l’ait jamais demandé s’en moque maintenant complètement, longtemps après la fin de l'URSS, et que même pour jouer correctement son rôle d’opposant tribunicien et récolter les suffrages qu’il désirait tant, le PCF avait besoin d’un minimum de cette mauvaise réputation qui leur aurait prouvé qu’il ne participait pas complètement du consensus pseudo-démocratique qui se formait sur leur dos. « Les gens » ne lui reprochaient pas Katyn, mais d’avoir participé au gouvernement Jospin, et d’avoir appelé aux votes Hollande et Macron. Un parti trop épris de respectabilité républicaine et humanitaire préféra laisser au FN le rôle de représenter le négatif. C’était là pousser à l’extrême la haine de la dialectique.

Bref il nous faut retrouver suffisamment d’innocence pour recommencer la révolution. La révolution n’est pas un dîner de gala. On ne fait certes pas la révolution pour faire la guerre civile et étrangère, rationner les vivres, ouvrir des camps, recueillir des dénonciations, fusiller des ennemis politiques, y compris à l’intérieur de son propre parti, si on reprend le bilan horrifié des bien-pensants. Mais si on fait la révolution, on prend le risque d’avoir à commettre ces forfaits, parce qu'il y a une chose qui est pire que toutes les horreurs attribuées à la Tchéka, et c'est la victoire de la contre-révolution. Mussolini. Franco. Hitler. Pinochet. Bush. Uribe. Et Zelensky qui veut maintenant nous entraîner avec lui dans la troisième guerre mondiale.

Une révolution qui ne se défend pas avec tous les moyens dont elle dispose n’est pas digne de ce nom, et répond du sang gaspillé des peuples et des espoirs brisés. Salvador Allende mérite le respect dû aux martyrs mais il n’est exemplaire que par ses erreurs. Il eut le courage de mourir mais pas celui de mener la révolution en passant sur le corps de l’oligarchie. Il aurait dû prendre l’initiative, au lieu de laisser venir le coup d’État. Il lui manquait sans doute une « Tcheka ». Ce n’est pas un honneur, mais une faute grave de se rendre désarmé sur le terrain de la confrontation et d’entraîner les camarades de toute une génération à la mort, à l’exil et au désespoir.

Et l’alternative, c’est la domination éternelle du capitalisme, et à courte échéance la destruction de l’humanité par lui. Nous avons de la chance en ce moment - pour combien de temps ? - , car pendant la phase ascendante du socialisme en URSS, l’alternative était le modèle hitlérien contre lequel l’Occident libéral n’a rien fait de sa propre initiative, quand il ne cédait pas à sa séduction.

Sans doute des mouvements, des États communistes ont dévié, ont déçu, ou se sont perdus dans un processus d’autodestruction. Mais dans les cas les plus extrêmes, au Cambodge ou en Corée, faut-il rappeler que ce sont précisément dans ces pays que la contre-révolution à atteint des sommets de violence inégalables ? A l'origine du drame coréen il y a l’annihilation de toutes les villes de ce pays par l’US Air Force, entraînant le génocide de 10 à 20 % de la population, et au Cambodge, la guerre secrète de la CIA, l’invasion de 1970, et un déluge de bombe ont préparé le terrain à la dictature Khmer Rouge ; et après son renversement par l’armée communiste vietnamienne les survivants de ces mêmes Khmers Rouges ont été soutenus dans leur gauchisme halluciné et meurtrier par l’Occident, à bout de bras, pendant 12 ans.

Le problème des « valises de plomb » lourdes à porter du passé du mouvement communiste a été posé, par les refondateurs-liquidateurs du PCF en termes de morale universelle et abstraite, et encore plus mal résolu à l’occasion des congrès de ce parti depuis celui de Martigues en l’an 2000. Les héritiers embarrassés et honteux de la tradition communiste de la IIIème internationale ont cherché à éliminer de la théorie et du programme communiste tout ce qui représentait un risque de dérive autoritaire (prise du pouvoir, rôle guide du parti, lutte de classe, nationalisations et réquisitions, dans la ligne de l’abandon dicté par le sommet de la dictature du prolétariat en 1976) pour aboutir à une organisation aux mains propres – au moins sur cette question, puisqu’elle n’a pas de main.

GQ,  revu le 16 juin 2023


Article suivant : Socialisme et négatif, 7/12

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R
Ton parti pris est intéressant il est évident que l'on ne fait pas la révolution sans casser des œufs mais dans ce cas là lutte contre la révolution devient un mal nécessaire et donc un bien et pas comme tu semble le dire un mal qu' il faut assumer
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R
Erratum : je voulais écrire la lutte contre la contre révolution devient un mal nécessaire...