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Réveil Communiste

Au-delà de la dictature du prolétariat ? (dépasser la démocratie bourgeoise, 5/12)

14 Juillet 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Front historique, #Théorie immédiate, #Qu'est-ce que la "gauche"

Au-delà de la dictature du prolétariat ? (dépasser la démocratie bourgeoise, 5/12)

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La question de l'autogestion

5) Au-delà de la dictature du prolétariat ?

Le régime prévu par Marx, Engels, et Lénine pour briser l’appareil d’État bourgeois, installer durablement le pouvoir du prolétariat, et qu’ils imaginaient provisoire, n’est pas une dictature comme une autre : il s’agit de donner à la classe exploitée les moyens de sa domination, à commencer par l’éducation de masse (et qui n’est pas l’éducation sur la base des valeurs bourgeoises), et on voit bien à l’expérience que cela n’a pu se faire dans les conjonctures historiques précises où cela a été tenté, qu’en accélérant le mouvement de la transformation progressive de la société et des forces économiques. La dictature du prolétariat est un régime qui priorise le développement.

Il semble que le socialisme ne triomphe jamais que par surprise stratégique, en tout cas qu’il n’a jamais triomphé autrement jusqu’à présent, politiquement, et légitimement c’est-à-dire en comptant sur des forces nationales endogènes (en Russie, Serbie, Corée, Chine, Cuba, Viet-Nam, etc.), dans des pays encore peu développés du point de vue de la maturité des forces productives - « attardés » comme disent Lénine et Staline, sans précaution de langage . Parvenus jusqu'à ce point, les partisans du socialisme ont pénétré en territoire inconnu, où tout était à inventer, et n’était pas question de rendre les clefs du pouvoir à la bourgeoisie parce qu’ils en auraient hérité prématurément, selon les lois du développement historique.

Quant aux prolétaires des métropoles industrialisées, ils parurent hésitants et divisés sur la question de la nécessité de la révolution, et cela dès le début du XXème siècle, avant la création de la IIIème internationale en 1919, et ce n’est que dans le contexte de la guerre impérialiste, ou dans la périphérie colonisée, soumises à des contraintes terribles que les masses se sont trouvées, littéralement, sans plus rien à perdre que leurs chaînes, selon une expression du Manifeste qu’on prend bien trop souvent à la lettre.

Malgré ce passage par la dictature, le but à atteindre est connu de tous : une démocratie intégrale assise sur la propriété collective des moyens de production, autrement dit le communisme. Lénine avait qualifié le régime de transition vers la nouvelle ère de « dictature démocratique » en ce sens qu’il confiait le pouvoir pendant la période de transition socialiste à une alliance politique ouvriers-paysans.

Quelle est la signification exacte de la catégorie juridique et politique de « dictature » appliqué à une classe ? Comment est-elle affectée par le transfert dans le monde des concepts sociologiques et économique ? Car en un sens difficile à réfuter, le monde actuel est une dictature bourgeoise dans son intégralité, au sens sociologique du terme, mais il ne devient localement  une « dictature de la bourgeoisie » en termes politiques qu’en des moments d’exception, selon la « loi d’Allende » qui stipule que la véritable alternance en démocratie de marché n’a pas lieu entre la gauche et la droite mais entre libéralisme et fascisme. Et bien, la dictature du prolétariat n'est rien d'autre que la dictature d'une organisation politique qui le représente exclusivement et ne peut pas être autre chose. Il n'y a pas de régime qui puisse transformer les usines et les champs et les autres lieux de production en une sorte de parlement, en un lieu de production de divertissement politique, de paroles et de mensonges.

Mais c'est une dictature transitoire. Au tournant de la seconde moitié de XXème siècle les dictatures du prolétariat historiques n’avaient pas encore atteint le seuil de la démocratie prolétarienne, malgré les promesses imprudentes de Khrouchtchev vers 1960. Alors le courant politique de soutien intellectuel aux États prolétariens dans le reste du monde a commencé à trouver le temps long, d'autant qu'il était soumis à domicile au bombardement de l'artillerie lourde de la propagande capitaliste. Certains ont pensé alors que le « Printemps de Prague » de 1968 se proposait justement comme une sortie de la dictature, comme une sorte de démocratisation du socialisme selon des critères originaux. Mais l’évolution ultérieure de la Tchécoslovaquie et de ses opposants de la Charte 77 semble bien montrer qu’il n’y avait rien au bout du « socialisme à visage humain » prôné par Dubcek – et plus tard en URSS par Gorbatchev - que la restauration du capitalisme.

Déjà l’hypothèse qu’une révolution ouvrière se fomentait contre le socialisme réel et allait le dépasser sans revenir au capitalisme avait été formulée à l’extrême gauche, et elle était certainement fausse dans ce cas, à l’occasion du soulèvement contre-révolutionnaire hongrois de 1956. Ce n’était nullement comme le croyaient les conseillistes  du groupe parisien Socialisme et Barbarie une république de conseils ouvriers, mais une restauration où les éléments néofascistes donnaient le ton et se sont mis à cœur joie à lyncher les communistes dans les rues de Budapest.

A cause de l’hostilité des puissances capitalistes, et de la bourgeoisie locale résiduelle, mais aussi de l’inertie culturelle qui provoque la persistance de la mentalité bourgeoise chez les cadres formés sous le socialisme, la stabilité des États socialistes est donc restée jusqu’à présent en grande partie tributaire de la loyauté et de l’action préventive des services de sécurité, qui se sont vus doter par les circonstances de pouvoirs et de procédures extraordinaires, même selon le droit socialiste (« Tcheka », c’est l’acronyme russe de « commission extraordinaire »). Et si ces pouvoirs et ces procédures n’étaient pas extraordinaires, ce ne serait pas de dictature dont on parlerait. C’est pour cette raison qu’il est généralement admis par la bourgeoisie comme allant de soi que toute la réalité de l’URSS peut être comprise à partir de descriptions littéraires de son système répressif et de ses prisons, émanant d’adversaires politiques, du « Goulag », un peu comme si l’œuvre de Jean Genet ou de Michel Foucault suffisait à décrire la France de la IIIème et de la IVème République.

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revu le 15 juin 2023

 

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