Recep Erdogan: Stratégie de la tension…
13 Octobre 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #A gerber !, #Impérialisme, #Répression
Lu sur PCF Bassin :
par Richard Labévière
Editorient du 12 octobre 2015
lundi 12 octobre 2015, par Comité Valmy
RECEP ERDOGAN : STRATEGIE DE LA TENSION…
La double explosion de samedi dernier, à Ankara devant la gare d’Ulus, a fait 95 morts et 250 blessés, selon un bilan intermédiaire, donc provisoire. Les autorités ont mis longtemps à réagir avant de conclure à une attaque-suicide. Cet attentat s’est produit peu après le démarrage d’une manifestation rassemblant quelque 20 000 personnes à l’appel du Parti de la démocratie des peuples, du HDP pro-kurde, de syndicats et d’autres organisations de gauche protestant contre les opérations militaires déclenchées par le président Recep Erdogan contre les Kurdes de Turquie et de Syrie. Sur place, des témoins se sont étonnés de la faiblesse du dispositif des forces d’ordre, habituellement déployé pour ce genre de manifestations. Des policiers auraient même ralenti délibérément le travail des pompiers et des services de secours, lors de l’évacuation des premiers blessés…
Le président turc a réagi en condamnant “cette attaque haineuse contre l’unité et la paix du pays”, paroles d’autant plus étranges que Recep Erdogan s’est engagé, depuis plusieurs semaines dans une surrenchère verbale et militaire contre des organisations kurdes avec lesquelles il entretenait pourtant un processus de négociation depuis plusieurs années. D’après différentes sources policières, le système du déclenchement des ceintures d’explosifs (dont certains debris ont été analysés), serait le même que celui utilisé lors du récent attentat de Suruk qui comporte clairement la trace, sinon la signature des services turcs de renseignements.
Dans ce contexte de regain de tensions politiques et sécuritaires, le président Erdogan multiplie quotidiennement les déclarations accusant le HDP et le PKK kurdes en les qualifiant d’”organisations terroristes et meurtrières”. Ayant autorisé l’utilisation des bases arrières de l’OTAN, installées en Turquie, par la Coalition internationale censée lutter contre l’organisation “Etat islamique” (Dae’ch) et s’étant déclaré membre à part entière de cette coalition, Recep Erdogan en a profité pour frapper essentiellement des objectifs kurdes en Turquie et en Syrie. On se souvient des rangées de blindés turcs positionnés sur les hauteurs de Kobané, demeurant l’arme au pied tandis que les résistants kurdes, dont nombre de femmes, luttaient pied à pied contre les terroristes de Dae’ch.
Plusieurs officiers de services européens et arabes de renseignement confirment que la chute de Mossoul (deuxième ville d’Irak conquise par Dae’ch le 9 juin 2014), s’est effectuée avec l’aide des services de renseignement de l’armée turque. Les mêmes barbouzes ont été, à plusieurs reprises, impliqués dans des opérations de recrutement et de livraisons d’armes à des factions de Jabhat al-Nosra, de Dae’ch et d’autres organisations jihadistes de la rebellion syrienne. Ce choix tactique a été opéré par Recep Erdogan, notamment afin de conforter une base électorale qui partage les certitudes islamo-conservatrices des Frères musulmans, principale référence des différents groupes de la rebellion syrienne.
Dans son obsession à vouloir défaire le régime de Bachar al-Assad, le président turc poursuit un autre objectif : affaiblir l’Iran voisin, allié stratégique de la Syrie. Depuis plusieurs années, la diplomatie de la Turquie (seizième économie mondiale) poursuit le rêve d’une “grande Turquie” qu’inspirent les grandeurs passées de l’empire ottoman. Mais les révoltes arabes et l’accord sur le nucléaire iranien en ont décidé autrement. Les deux grands perdants du retour de l’Iran dans le concert des nations sont, sans conteste, Israël bien sûr, mais aussi la Turquie qui ne peut plus, désormais aspirer au rôle de grande puissance régionale dominante au Moyen-Orient.
Ayant perdu la majorité parlementaire lors des dernières élections législatives, Recep Erdogan avait quarante jours pour constituer un gouvernement d’union nationale. L’AKP n’ayant proposé à l’opposition de gauche et à la représentation kurde que des strapontins et des postes de pure representation, ce gouvernement unitaire n’a jamais vu le jour, contraignant le president turc à organiser un nouveau scrutin législatif. C’est dans le cadre de cette équation politique et internationale qui lui est clairement défavorable que Recep Erdogan a opté pour une stratégie de la tension. Celle-ci se fonde principalement sur une fuite en avant militaire contre les Kurdes de son pays et ceux de Syrie – qui ne sont pas opposés à Bachar al-Assad – ainsi que sur la dramatisation d’une situation sécuritaire intérieure qui serait attisée par les pays voisins, dont la Syrie.
Les experts en terrorisme savent qu’en cas de déstabilisation sécuritaire grave, se manifestant par la multiplication d’attentats, les populations civiles ont tendance à faire prevue de légitimisme en se ralliant aux autorités du moment. Les historiens des provocations policières confirment à l’envi cette tendance classique qu’ont toujours suscité les stratégies de tensions politiques. “Recep Erdogan use et abuse, depuis longtemps, de coups tordus montés par ses services spéciaux”, explique un officier supérieur d’un service européen de renseignement. Les trois femmes, cadres d’organisations kurdes dernièrement assassinées à Paris, l’ont été par les services spéciaux du gouvernement turques”, ajoute la même source avant de conclure : “à deux semaines de nouvelles élections legislatives, il n’est pas à exclure que le dernier attentat meurtrier de la gare d’Ulus ait été sciemment organisé par les services spéciaux turcs, afin de poursuivre l’entreprise de criminalisation des organisations de gauche et des partis pro-kurdes”.
Engagé dans une fuite en avant d’un pouvoir personnel ubuesque, Recep Erdogan est bien décidé à utiliser tous les moyens d’une stratégie de tension afin de rester sur le trône…
Richard Labévière
12 octobre 2015
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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