Venezuela : le pas de trop d'Obama renforce Maduro
15 Mars 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme
Publié le 14 mars 2015 sur Analyse communiste internationale
CARACAS / MADRID, 14 mars 2015 (LatinReporters.com) - En qualifiant le Venezuela de "menace extraordinaire pour la sécurité des États-Unis", le président Barack Obama a paradoxalement renforcé le président vénézuélien Nicolas Maduro. Car Washington se retrouve accusé d'avoir fait un pas de trop, qui ravive le mauvais souvenir de son interventionnisme en Amérique latine.
Au-delà de celle du président Maduro, les réactions critiques viennent de divers gouvernements latino-américains, mais aussi de secteurs de l'opposition vénézuélienne et même du New York Times.
"Moi, Barack Obama, (...) je considère que la situation au Venezuela (...) constitue une menace extraordinaire et inhabituelle pour la sécurité nationale et la politique extérieure des États-Unis. C'est pourquoi je déclare l'urgence nationale pour faire face à cette menace".
Ces mots sont inclus dans le décret qui a renforcé le 9 mars les sanctions contre des responsables vénézuéliens accusés par Washington de violations des droits de l'homme. L'incarcération du maire de Caracas Antonio Ledezma, pour implication présumée dans une tentative avortée de coup d'État, est considérée comme la plus récente des dites violations.
"Coup le plus agressif, injuste et néfaste jamais porté au Venezuela" a riposté Nicolas Maduro au décret de Barack Obama. Il a aussitôt sollicité de l'Assemblée nationale, qui devrait le satisfaire dimanche, six mois de pouvoirs spéciaux pour répondre à "l'agression impérialiste".
"Mauvais service" à l'opposition vénézuélienne
Le 12 mars, l'Église vénézuélienne, habituellement critique du régime bolivarien, tançait à son tour Washington par la voix du cardinal Jorge Urosa Savino, archevêque de Caracas. Il "semble" au prélat que "le gouvernement nord-américain a exagéré en affirmant que le Venezuela est une menace pour la sécurité interne des États-Unis."
Il ajoute que "cette affirmation est inacceptable vu ses conséquences possibles pour tous les Vénézuéliens, non seulement pour le gouvernement".
Du côté de l'opposition, le gouverneur de l'État vénézuélien de Lara, Henri Falcón, a qualifié le décret de Barack Obama de "document menaçant, irrespectueux, relevant de l'ingérence et bien sûr inamical. Nous ne pouvons pas le partager, indépendamment de notre opinion sur le gouvernement (vénézuélien)".
Selon ce membre de la Table de l'unité démocratique (MUD), qui regroupe tous les partis antichavistes, les États-Unis viennent de "rendre un mauvais service à l'opposition", car leur décret a détourné l'attention "des priorités actuelles du pays : la crise alimentaire, l'inflation, les pénuries".
Même diagnostic du New York Times. Le 12 mars, l'un des trois éditoriaux du grand journal de référence des démocrates étasuniens considérait que les sanctions annoncées par la Maison Blanche contre le Venezuela pourraient renforcer le président Maduro. Ce dernier l'avait lui-même compris, organisant rapidement des manifestations patriotiques pour contrer la phraséologie agressive de Barack Obama et l'avertissant qu'elle lui coûterait cher sur le plan diplomatique.
"Langage impropre à une puissance globale"
"Personne n'a le droit d'intervenir dans les affaires internes d'un État souverain ni à le déclarer, sans aucun fondement, une menace à sa sécurité nationale", a assuré le gouvernement cubain en soutien au Venezuela.
"La gravité de cette décision exécutive a mis en état d'alerte les gouvernements d'Amérique latine et des Caraïbes", ajoute La Havane.
Il s'agit du premier affrontement public de Cuba avec les États-Unis depuis l'annonce le 17 décembre dernier par les deux pays de leur intention de renouer les liens diplomatiques.
Allié lui aussi de Caracas, le président de l'Équateur, Rafael Correa, a estimé qu'il s'agissait d'une "blague de mauvais goût" de la part de Washington, "qui nous rappelle les heures les plus sombres de notre Amérique, quand l'impérialisme nous imposait des invasions et des dictatures".
"Comprendront-ils que l'Amérique latine a déjà changé ?", s'est-il demandé.
À Buenos Aires, le ministère des Affaires étrangères argentin a exprimé dans un communiqué sa "consternation pour la dureté inhabituelle des termes, quasi menaçants ( du décret de Barack Obama)".
Dans le même communiqué, l'Argentine "appelle le gouvernement des États-Unis à éviter un langage impropre à un pays de son importance et responsabilité en tant que puissance globale".
Il y a, "au fond, la menace, par Obama, d'envahir le Venezuela", a affirmé pour sa part le président bolivien Evo Morales, cité par l'agence de presse officielle ABI.
C'est pourquoi "nous condamnons, nous répudions, nous n'acceptons pas, au XXIe siècle, ce genre d'intervention des États-Unis", a-t-il ajouté, appelant à organiser des réunions d'urgence des organismes régionaux Celac et Unasur "face à l'agression" américaine.
Les 12 pays de l'Unasur (Union des nations sud-américaines) doivent précisément débattre, ce 13 mars près de Quito au niveau des ministres des Affaires étrangères, de ce que plusieurs d'entre eux qualifient "l'ingérence" de Washington dans la politique du Venezuela.
Prochain Sommet des Amériques dévalorisé ?
Le secrétaire général de l'Unasur, l'ex-président colombien Ernesto Samper, souhaite éviter une confrontation avec les États-Unis. Mais, selon lui, il faut définir si l'essentiel est "un multilatéralisme partagé par tous" ou s'il existe un espace pour des "expressions unilatérales" comme celle de Washington considérant le Venezuela comme une "menace", ce que M. Samper qualifie d'inacceptable.
Même la Russie donne de la voix. Rappelant "les liens étroits d'amitité" et "l'association stratégique" entre Moscou et Caracas, un communiqué du ministère des Affaires étrangères russe a accusé le 12 mars les États-Unis d'exercer des pressions politiques sur le Venezuela, avertissant que la déstabilisation de ce pays menacerait tant la démocratie vénézuélienne que l'ensemble de l'Amérique latine.
Avant le Sommet des Amériques, sous peine d'un affrontement à Panama avec les "présidents antiimpérialistes, Barack Obama doit "demander pardon" au Venezuela pour l'avoir menacé, exige le président bolivien Evo Morales.
"Je tends la main au gouvernement des États-Unis pour entamer ensemble un dialogue franc et chercher, sur la base du droit international et du respect mutuel, une solution au grave problème créé" a néanmoins déclaré hier Nicolas Maduro lors d'un acte politique au nord du Venezuela.
source: http://www.latinreporters.com/venezuelapol14032015kefr.html
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