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Réveil Communiste

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Délégation d'Odessa : compte rendu de la journée du 26 janvier

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine, #Ce que dit la presse, #Réseaux communistes

Nous ressentions une très forte émotion en ouvrant à la conférence de presse de nos amies d’Odessa, Irina et Elena, représentantes du Comité des Familles des Victimes du massacre du 2 mai 2014. D’un côté de la salle de l’AGECA nous avions affiché les photos déroulant l’‘historique du massacre, montrant sa dimension de « pogrom » c’est-à-dire de violence organisée par des groupuscules fascistes mais perpétrée y compris par des citoyens ordinaires se délectant du spectacle, drapeau ukrainien à la main. De l’autre côté de la pièce se trouvaient les photos d’Andrei Sténine, photographe russe tué dans la guerre contre le Donbass – les maisons détruites, les corps des civils tués dans leur maison, les familles en pleurs. Ces photos répondaient en un écho terrible aux morts d’Odessa du mur d’en face. Après la décennie violente des guerres en Yougoslavie, encore une guerre en Europe, oubliée, méprisée, banalisée. Combien de victimes civiles faut-il en Europe de l’Est pour que les médias occidentaux daignent y prêter attention autrement qu’en reprenant les déclarations de propagande ? 5000 ne suffit pas, 10 000, 100 000 ?

Gilles Questiaux de Réveil Communiste, Gerogui Chepelev du Collectif pour la Paix en Ukraine et moi-même pour le mouvement Féministes pour une Autre Europe, nous avons brièvement présenté la naissance de ce collectif, comment nous avons été horrifiés par les événements en Ukraine depuis 2013, par le massacre d’Odessa et puis l’escalade guerrière contre le Donbass. Comment nous avons lancé des pétitions, organisé des manifestations à Paris, alerté les députés de la gauche française et européenne sur l’importance de ce qui se déroulait en Ukraine, sur la nécessité d’aider les victimes, de porter leurs paroles, de lutter enfin pour une enquête internationale, sous l’égide de la Cours Européenne des Droits de l’Hommes sur le massacre à Odessa, le massacre dans le Donbass et les multiples violations des droits de l’hommes ayant cours sur le territoire ukrainien.

Irina et Elena ont déroulé avec dignité le fil des événements dramatiques – la constitution de l’anti-Maidan pacifique sur la place de Koulikovo Pole, l’arrivée des milices extrémistes mélées aux supporters de football le 2 mai, la chasse à l’homme dans les rues d’Odessa, la destruction du village de tentes de l’Anti-Maidan, l’incendie criminelle de la Maison des Syndicats et les meurtres des gens désarmés, alors que la police regardait en spectatrice. Elena a sobrement présenté un livre contenant les biographies des victimes – un professeur de mathématiques, un designer, des ingénieur/es, des étudiant/es… Elle nous a parlé de son fils, Andrej Brajevski, ingénieur en informatique, militant du groupe marxiste Borotba battu à mort par les criminels, avec son ami, le jeune Vadim Papura, membre des Jeunesses Konsomol.

On comprenait ainsi que c’était bien les habitants d’Odessa, l’intelligentsia et les militants de gauche qui étaient visés. Elena expliqué que le chiffre officiel des morts, 48 personnes, ne tenait pas compte des disparus, dont les familles ont pu recenser 66 noms. Elle a donc demandé à ce que nous aidions les familles à exiger une enquête internationale afin que les meurtriers, certains parfaitement indentifiables sur les photos et vidéos, soit trouvés, jugés, et punis. L’Etat ukrainien n’a en effet pas la volonté de mener une telle enquête, préférant emprisonner sans jugement les victimes survivantes, plusieurs étant accusées « ‘d’atteinte à la sûreté de l’Etat » !

C’est bien pour cela que nous avions organisé cette rencontre. Hélas, si la salle était pleine – une quarantaine de personne, dont de nombreux militants communistes, les journalistes des médias officiels ne se sont pas déplacés. Etaient présents par contre des médias alternatifs, des collaborateurs du blog Les Crises, des agences médias et des journalistes indépendant/es.

Le débat public qui se déroula le soir même à la Librairie Tropiques fut très suivi également – 40 personnes ne pressait dans la toute petite librairie. Ce manque de place nous rappelait que nous n’étions pas soutenus par des organisations et des structures, que nous ne disposions pas d’une salle d’université, de parti ou de syndicat et que certains lieux de gauche de Paris nous avait refusé leur concours.

Mais l’espoir venait du nombre et de la qualité des participants, militants anti-capitalistes, communistes, syndicalistes, qui ont posé des questions pertinentes et promis de continuer la lutte ensemble.

Le lendemain, 27 janvier, Elena et Irina ont été reçues par Michel Voisin, député UMP du Groupe France Ukraine, le seul qui ait accepté de les recevoir. Regardant attentivement les photos du massacre que nous avions apportées, il nous a dit connaitre la vérité et en être horrifié. Cependant il n’a pas pu s’empêcher de questionner Elena et Irina sur leur attitude face à « l’intégrité territoriale de l’Ukraine » et sur « La Crimée, où le droit internationale doit être respecté ». Nous étions un peu interloquées par ces questions peu pertinentes, notamment concernant la Crimée. La Crimée est une autre région, elle est loin d’Odessa et a une autre histoire qu’Odessa. Les mères des victimes n’étaient pas venues parler de géopolitique et des sanctions contre la Russie, mais demander à un député français membres des commissions de l’OSCE de s’engager à les soutenir pour que les droits de l’homme soient respectés en Ukraine, notamment le droit à la vie, à la justice et aussi aux respects de l’habeas corpus pour les personnes innocentes emprisonnées.

Finalement Michel Voisin nous a donné raison sur l’importance de cette question et a promis de proposer une résolution en ce sens dans son groupe France-Ukraine.

La réunion du Groupe Communiste pour la Politique Extérieur Polex fut encore plus importante. En présence de militants et d’intellectuels de la gauche française, très critiques face à la soumission de la France à la stratégie de l’OTAN et aux menés déstabilisatrices et guerrières du gouvernement états-unien, nos amies ont pu illustrer par leurs présentation à quoi peut mener une tel déstabilisation d’un pays européen : à la terreur semées par des milices fascistes dans une des plus grandes villes de la Mer Noire. En écoutant les intervenants, on reconnaissait que si la France militarisait sa diplomatie en Afrique, si elle participait à la destruction d’Etats comme celui de la Lybie, c’est parce que dans la stratégie américaine de conquête de ressources naturelles et de profits, la France doit avant tout rester le gendarme de l’Afrique, mais se tenir éloignée de l’Europe de l’Est, qui doit devenir un pré carré américain.

Or, c’est nous, citoyens européens et français, qui vivons en Europe. C’est nous qui sommes responsables de l’état de notre continent, de la vie et de l’état des droits de nos concitoyens. Nous devons à tout prix, et notamment les organisations de gauche, assumer cette responsabilité : s’intéresser à l’Est de l’Europe, établir des collaborations étroites avec nos amis et collègues des pays de l’Est européens et lutter pour une Europe indépendante, en paix et débarrassée des oligarchies mafieuses et guerrières qui nous gouvernent malheureusement presque partout. Que la victoire de Syriza en Grèce soit une hirondelle qui annonce un vrai printemps.

Monika Karbowska

Dossier de la conférence de presse des témoins d'Odessa (Paris, le 26 janvier 2015)

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine, #Ce que dit la presse, #Réseaux communistes

Pourquoi publier des textes de Gramsci sur Réveil Communiste ?

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Front historique, #Communistes en Italie, #Antonio Gramsci

 

1) Exergues choisis pour la philosphie de Gramsci :

 

Cahier de Prison 11, § 12

 

"Créer une nouvelle culture ne signifie pas seulement faire individuelle­ment des découvertes « originales », cela signifie aussi et surtout diffuser critique­ment des vérités déjà découvertes, les « socialiser » pour ainsi dire et faire par con­sé­quent qu'elles deviennent des bases d'actions vitales, éléments de coordination et d'ordre intellectuel et moral. Qu'une masse d'hommes soit amenée à penser d'une ma­nière cohérente et unitaire la réalité présente, est un fait « philosophique » bien plus important et original que la découverte faite par un « génie » philosophique d'une nouvelle vérité qui reste le patrimoine de petits groupes intellectuels."


"(...) un mouvement philosophique est-il à considérer comme tel seulement lorsqu'il s'applique à développer une culture spécialisée, destinée à des groupes restreints d'intellectuels ou au contraire n'est-il tel que dans la mesure où, dans le travail d'élaboration d'une pensée supérieure au sens commun et scientifiquement cohérente, il n'oublie jamais de rester en contact avec les « simples » et, bien plus, trouve dans ce contact la sources des problèmes à étudier et à résoudre?" 

 

"(...) il existe réellement des gouvernés et des gouvernants, des dirigeants et des dirigés. Toute la science et l'art politiques se fondent sur ce fait primordial, irréductible (...). Ce fait étant acquis, il faudra voir comment on peut diriger de la manière la plus efficace (une fois définis certains buts) et comment, en conséquence, assurer la meilleure préparation aux dirigeants (c'est plus précisément l'objet de la première section de la science et de l'art politiques) et comment d'autre part, on ap­prend à connaître les lignes de moindre résistance ou lignes rationnelles conduisant à l'obéissance des dirigés et des gouvernés. Dans la formation des dirigeants, ce qui est fondamental, c'est le point de départ : veut-on qu'il y ait toujours des gouvernés et des gouvernants, ou bien veut-on créer les conditions qui permettront que disparaisse la nécessité de cette division ? C'est-à-dire part-on du principe de la division perpétuelle du genre humain ou bien ne voit-on dans cette division qu'un fait historique, répon­dant à certaines conditions ?

 

2) Lien à des textes philosophiques et politiques essentiels


Introduction à l'étude de la philosophie

La détermination du rapport de force

Problèmes pour l'étude du marxisme

Analyse des intellectuels comme groupes sociaux et dans leur fonction politique

Le marxisme comme "Réforme" intellectuelle et morale

Éléments de politique : comment former des dirigeants communistes?

La composition de l'État

Internationalisme et politique nationale (Staline ou Trotsky?)

Philosophie : 1) l'anti-Benedetto Croce, contre une dialectique idéaliste  

Philosophie : 2) l'anti-Boukharine, contre un matérialisme non-dialectique, début
Philosophie : 3) l'anti-Boukharine, suite et fin
La question du "Sud", par Antonio Gramsci (1926)

 

3) Pourquoi publier des textes de Gramsci sur Réveil Communiste ?

 

Gramsci est un ennemi déclaré du jargon philosophique et des obstacles de langage que les autres philosophes mettent pour soustraire leurs œuvres à la critique des « simples ». On peut le lire directement. Mais il n’a pu empêcher que la sienne souffre de distorsions, qui quoi qu’on en ait dit, ne sont pas venues du coté de Togliatti et de la direction du PCI du vivant de celui-ci, mais plutôt des courants universitaires petit bourgeois qui ont cru pouvoir s’en inspirer en se lançant dans les « études culturelles » des groupes sociaux subalternes, des marginaux de l'histoire, de la culture populaire, en abandonnant la perspective révolutionnaire qui en fait l'intérêt. Autre exemple de malentendu : si Gramsci étudie avec finesse et intelligence, loin de tous les clichés anticléricaux l’organisation et la politique de l’Église catholique romaine, ce n’est pas par sympathie tendancielle pour cette institution, c’est pour lui reprendre ses armes, et en déterminer les points faibles pour travailler à la ruine complète de son influence politique en Italie.

Les textes de Gramsci s’ils sont publiés ne sont pas très accessibles  pour autant : l’œuvre de Gramsci est essentiellement composée d’articles de presse, de rapports politiques, de lettres privées ou politiques, de courtes brochures souvent à l’état de brouillons fragmentaires, et enfin des célèbres notes des 33 « Cahiers de Prison » qui contiennent en 2400 pages des milliers de paragraphes brefs (de deux lignes à 20 pages) non classés, sur des sujets divers souvent étroitement liés à conjoncture politique et culturelle italienne du début du XXème siècle, fort peu connue aujourd’hui. La volonté de la part des éditeurs bourgeois de fournir un texte pour les besoins de l’érudition et de l’Université a aggravé ce désordre, puisque les regroupements thématiques de la première édition des Cahiers qui étaient pour l’essentiel justifiés ont été abandonnés. Publier des extraits choisis sur des blogs permet de rentrer à nouveau directement dans l’œuvre du grand penseur communiste italien.

Ensuite il se trouve que Gramsci traine encore une fausse réputation de modéré postmoderne qu’il s’agit de réfuter par l'appel au texte en le dégageant de la gangue des commentaires inspirés par les intellectuels du PCI louvoyant dans la période du "compromis historique".  

Loin de mettre de l’eau dans son vin, il représente une tentative de penser la révolution socialiste sur le terrain même des métropoles capitalistes, là où la victoire se décidera, une fois constaté que les sociaux démocrates ont pris l’avantage le plus souvent au sein du mouvement ouvrier des pays industrialisés, et que la révolution n’a triomphé dans la « guerre de mouvement » que dans des pays opprimés, au tout début de leur industrialisation ( Russie, Chine, Cuba) ou dans le contexte de la décolonisation et de la libération nationale (Viet Nam, Yougoslavie, Corée).

il mène une lutte philosophique en praticien du matérialisme dialectique qu'il nomme "philosophie de la parxis" pour éviter la censure carcérale, et pour éviter la tentation dogmatique inhérente aux étiquettes, et il lutte contre les déviations de cette théorie vers le matérialisme grossier (manifestée par le manuel pédagogique de Boukharine publié en URSS) ou vers la dialectique idéaliste (manifestée par Benedetto Croce, le pape de la philosophie italienne pendant plus d'un demi siècle).

Gramsci n’est donc pas le penseur de l’eurocommunisme, mais au contraire le penseur machiavélien du prince moderne, personnifié à son époque ni plus ni moins par Staline. Il nous indique la voie d’une réhabilitation moderne (et non nostalgique) du passé de la révolution, qui est indispensable à la bataille culturelle.

C’est aussi le principal théoricien marxiste qui ait réfléchi au fascisme, comme phase crue du capitalisme en crise politique et non comme le phénomène inouï et incompréhensible qui défie la théorie, bien loin des impasses de l’école de Francfort, pour laquelle on ne saurait penser depuis Auschwitz.

Ce n’est pas enlever au mérite des fondateurs du marxisme que de constater que leur pensée politique, malgré de fulgurants aperçus, n’est pas à la hauteur de leur pensée économique et même de leurs concepts philosophiques. Gramsci, à la suite de Lénine, et au-delà de lui, est le grand explorateur de la culture, de la superstructure, comme champ de bataille de la lutte des classes. Et il pose la nécessité d’utiliser le marxisme comme science et comme philosophie rationnelle, et non comme repère électoral-identitaire tribal.

Enfin Gramsci nous apprend à être patients, sans être attentistes ni passifs, dans la longue et déjà séculaire guerre position que nous menons contre le capital.

Pour prolonger la lecture de la sélection en ligne sur Réveil Communiste, on pourra se reporter à la source (l’anthologie dirigée par André Tosel qui vient d’être rééditée aux Temps des Cerises), mais aussi à la récente et stimulante anthologie commentée publiée par Razmig Keucheyan, aux Édition la Fabrique, intitulée « Guerre de mouvement et guerre de  position ».

Si on veut se reporter directement aux Cahiers de Prison, lire en priorité les numéros  10, 11, 12, 13, 14, 15, 19 et 22.

 

GQ, 27 décembre 2014

Manifestation des électriciens contre la privatisation des barrages, succès massif

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Journal des luttes, #l'Europe impérialiste et capitaliste

Manifestation des électriciens contre la privatisation des barrages, succès massif

 

Lu sur PCF bassin, origine PRCF

 

29 janvier 2015 – 17 000 manifestants à Paris contre l’euro-privatisation de l’Energie

 

Alors que le gouvernement vient de faire voter l’euro-privatisation des barrages hydroélectriques et le démantèlement du secteur public de l’Energie en application des directives de l’Union Européenne du Capital, plusieurs dizaines de milliers de travailleurs du secteur de l’Énergie étaient mobilisés aujourd’hui partout en France pour refuser ce démantèlement et ce pillage de ce patrimoine commun des travailleurs de notre pays.

 

17 000 manifestants à Paris et une très médiatique coupure de courant au sous-préfet de l’UE et assistant du MEDEF qui fait office de premier ministre. Le PRCF poursuit la mobilisation pour un pôle 100% public de l’Énergie, aux service des travailleurs. Pour cela, il faut sortir de la dictature du Capital qu’est l’Union Européenne. Place aux travailleurs. www.initiative-communiste.fr a eu l’occasion de vous informer très régulièrement sur le sujet. Avec les travailleurs du secteur de l’énergie et leurs syndicats, à l’action.

 

APRÈS LA COUPURE DE VALLS, 17 000 MANIFESTANTS À PARIS

 

Du jamais vu depuis 10 ans ! Aujourd’hui, ce sont plus de 17000 salariés du secteur de l’énergie qui ont défilé à Paris et convergé avec la manifestation de même ampleur des cheminots vers les Invalides.Cette mobilisation sociale, d’une ampleur exceptionnelle dans la période, démontre la convergence d’intérêts entre les salariés et la volonté de ceux du secteur de l’énergie de ne pas laisser ce Gouvernement dépecer leur outil de travail afin de répondre aux volontés de Bruxelles ou aux lobbyistes qui ont la faveur de nos dirigeants. Malgré les freins mis par la SNCF (trains à des horaires exotiques, annulation au dernier moment..) les salariés et particulièrement les jeunes sont venus de toute la France. D’autres avaient choisi des actions locales (blocage du site de la Hague par 400 salariés, distribution de tracts…). A RTE plus de 30% de grévistes ont été recensés, 75% à Aramon.

 

La diversité des entreprises du secteur, sous-traitants compris, des électro-intensifs était représentée. Cette mobilisation est un marqueur de la lutte engagée, depuis plusieurs années, par les salariés du secteur afin que leur voix soit enfin entendue dans un débat si essentiel. Ils continueront dans les semaines qui viennent à porter leurs revendications et leurs propositions auprès des dirigeants des entreprises et des politiques et de faire en sorte que les citoyens s’approprient des débats dont ils seront les premiers à payer les mauvaises décisions.

Communiqué de la CGT- FNME – 29 janvier 2015

 

Loi de transition énergétique = privatisation conforme aux diktats de l’UE : l’explication en vidéo

L’arnaque de la loi de transition énergétique expliquée en vidéo par un syndicaliste d’EDF :

 

 

 

 

 

ci-après l’article détaillée que le PRCF a pu consacré à cette loi qui analyse les tenants et la aboutissements d’un texte qui ne vise qu’à faire sauter le monopole public de l’energie, hérité du conseil national de la résistance et batie par le ministre communiste Marcel Paul à la libération.

 

 

Loi de transition énergétique = privatisation des barrages hydroélectriques #scandale

 

 

L’Assemblée Nationale vient d’adopter en première lecture le projet de loi de transition énergétique. Examiné en procédure accélérée de façon totalement anti-démocratique, ce texte prévoit rien moins que la privatisation des barrages hydroélectriques, démantelant un peu plus le secteur public de l’énergie, pour répondre aux exigences de libéralisation imposées par les traités européens.

 

Diversion médiatique et communication pseudo-écolo

 

Durant les quelques jours d’examen de ce projet de loi, les médias du Capital auront amusé la galerie : dissertant un jour de sujets aussi essentiels que l’interdiction de sac plastiques jetables gratuits dans le commerce, le lendemain celui de l’interdiction de la vaisselle jetable. Reprenant en chœur les éléments de langage de la ministre de l’écologie et du développement durable et de l’énergie (MEDDE) Ségolène Royal, le débat aura été sur un sujet touchant de près le portefeuille et l’avenir des travailleurs ainsi que de la planète totalement éclipsé.

 

Rénovation thermique des bâtiments : les travailleurs vont passer à la caisse

 

Personne ne saura donc que le projet de loi prévoit dans son article 5 d’imposer l’isolation thermique des bâtiments résidentiels dès lors que des travaux seront prévus (par exemple lors de ravalement de façade, de réfection de toiture…). Bien évidemment, ces travaux sont extraordinairement couteux. Le projet de loi prévoit donc la possibilité de tiers financement par des sociétés régionales a priori privées (art 6), c’est à dire que des sociétés dont le statut et les sources de financements n’ont rien de clairs (les prêts seront fournis par des banques privées quoi qu’on en dise, euro oblige), qui avanceraient le coûts des travaux d’isolation et se rembourseraient ensuite via des loyers versés par les propriétaires. Et hop ni vu ni connu, un nouveau loyer pour tous le monde. Le lobby du BTP et celui des banques doivent déjà se réjouir de ce nouveau marché dont la pompe sera amorcée à grand coup d’exonération fiscale en ces temps de soit disant disette budgétaire.

 

Il convient de bien noter que les dispositions prévoyant quels travaux impliqueront de devoir mettre en conformité thermique les bâtiments existants sont renvoyées à un décret ultérieur (art 5) : voila qui n’a rien de clair ni de démocratique.

 

Par ailleurs, au vu de la réduction drastique de l’ingénierie publique (rappelons que les effectifs du ministère de l’Équipement, celui de S Royal ont diminué de près de la moitié depuis le début des années 2000 ) les particuliers vont se retrouver livrés à une jungle de spéculateurs trop heureux de profiter d’un nouveau marché contraint, alors que le projet de loi ne prévoit aucun réel dispositif de régulation par l’Etat. On ne sait que trop la manière dont les dispositions de mises en sécurité des ascenseurs, d’imposition de diagnostics techniques de toutes sortes, ou des panneaux solaires ont surtout générés des profits colossaux pour des intérêts privés, pour un bénéfice très minimes pour le particuliers et l’environnement. Au final, si rien ne garanti que cette usine à gaz permettent des économie d’énergie, elle garantie pour sûr des milliards de profits pour la classe capitaliste…

 

 

Transition énergétique? non libéralisation de l’énergie !

 

Dans la droite ligne, ou la ligne de droite, de ses prédécesseurs Sarko-Fillon-MEDEF, le gouvernement de droite Hollande/Valls applique la politique de libéralisation, de privatisation et de destruction systématique des conquis sociaux des travailleurs de notre pays dictée par l’UE du capital. Et la loi de transition énergétique est l’occasion pour ce gouvernement de mettre en œuvre la libéralisation du secteur de l’hydro-électricité imposée par les traités européens.

 

Les barrages hydroélectriques : une composante stratégie de l’indépendance énergétique nationale

 

Il est important de rappeler que les barrages hydroélectriques sont une composante essentielle du réseau de production d’électricité. En France, ils produisent 16% de l’électricité (c’est la quasi totalité de l’électricité d’origine renouvelable). Cependant, c’est le seul moyen de production mobilisable quasi instantanément et permettant de « stocker » de l’électricité. Hors le réseau ne peut fonctionner que s’il y a à chaque instant une correspondance parfaite entre énergie produite et énergie consommée. Ce sont les barrages hydroélectrique qui assurent la stabilité du réseau, c’est eux qui permettent d’absorber les variations brutales liés aux fluctuations de production des éoliennes (le solaire reste tout à fait marginal). Ce sont eux également qui assurent sa sûreté notamment en permettant le redémarrage en cas de black out. C’est donc cet outil que le gouvernement, pour répondre aux injonctions de la commission européenne, prévoit de vendre à la découpe, et de l’abandonner à des intérêts locaux. A l’opposé complet d’une démarche de transition énergétique.

 

Dans son article 29, la loi votée par le PS, les soit disants écolos d’EELV et le parti radical prévoit la privatisation de fait des barrages hydroélectriques.Cet article prévoit que les concessions hydroélectriques (en clairs les barrages) seront exploités par des sociétés d’économie mixtes c’est à dire des sociétés anonymes à capital public et privé. La part publique serait de 34% pour le public, 34% pour l’exploitant et 32% pour des investisseurs tiers. C’est une privatisation de fait puisque in-fine la puissance publique devient largement minoritaire. Dans le même temps, une remise en concurrence des concessions hydroélectriques est prévue ouvrant largement à la concurrence internationale ce trésor énergétique national que sont les barrages hydroélectriques. On peut donc imaginer – pour être concret – à très cours terme des sociétés exploitant par exemple les grands barrages pyrénéens détenues par l’euro région de l’euro métropole toulousaine, par une des majors du BTP (Bouygues etc…) ou un fond de pension américain et par un électricien privé polonais….

 

Sécurité publique et sécurité énergétique bradées sous le dogme de l’UE capitaliste de la concurrence libre et non faussée

 

Qui plus est, la part publique de 34% serait ouverte à l’Etat (qui nous dit on est sans le sous) et aux collectivités locales riveraines du cours d’eau. En clair à n’importe quelle collectivité dans la mesure où la loi métropole prévoit de confier la compétence gestion des milieux aquatique (GEMAPI) aux collectivités locales qui seront donc regroupées de manière ad-hoc. C’est un pas supplémentaire du morcellement de la République et de sa féodalisation. Car rien ne garanti que l’intérêt de la collectivité locale partie prenante de la SEM soit de produire de l’électricité. Sa priorité pourrait très bien être de se protéger contre les inondations (responsabilité abandonnée par l’Etat au profit des collectivités locales qui auront donc une casquette multiple, bonjour les conflits d’intérêts !), de pourvoir à de l’irrigation ou au tourisme etc…. Quant aux opérateurs privés, rien n’indique non plus qu’à la différence d’un monopole public leur intérêt de court terme soit de garantir une production hydro-électrique permettant de stabiliser le réseau et donc d’exploiter au mieux les capacités de production d’électricité du pays. Leur but sera d’obtenir le maximum de profits, et c’est tout. But qui pourrait également être celui de collectivités locales confrontées à l’austérité généralisée imposée par la Commission Européenne et l’Euro.

 

Nos concitoyens doivent également être conscient que si les barrages hydroélectriques représentent un enjeux énergétique stratégique, ils constituent également un risque d’ampleur nationale pour la sécurité publique : les populations à l’aval (et c’est des millions de gens) peuvent d’ores et déjà s’inquiéter !

 

De faits, si le PS cette coalition de petits marquis de la droite complexée fait mine de croire que les barrages hydroélectriques appartiennent aux « territoires », cela ne saurait masquer que les risques qu’ils génèrent peuvent impacter en cas d’accident de larges pans du pays dépassant largement les capacités d’action de ces « territoires ». Il suffit d’imaginer la rupture d’un grand barrage des Alpes ou du Jura et les catastrophes en chaînes que l’inondation que cela provoquerait (un « tsunami » sur les usines chimiques et centrales nucléaires par exemple) généreraient pour comprendre que l’on ne peut absolument pas tolérer que ces ouvrages échappent à une maitrise totale de la Nation.


Au regards des risques, ces barrages doivent être exploités par une entreprise publique totalement contrôlée par l’Etat et leurs bénéfices doivent revenir à l’ensemble de la collectivité nationale.

 

Par ailleurs, alors que le scandale de la privatisation des autoroutes fait les gros titres des journaux ces derniers temps, qui pourrait ignorer les similitudes entre barrages hydro-électrique et autoroutes. Dans les deux cas, ils s’agit d’infrastructures dont la construction très couteuse a été supportée par les impôts des travailleurs, maintenant largement amortis et qui sont privatisées afin que les colossaux profits générés finissent dans les poches de l’oligarchie capitaliste.

 

Qui plus est si la privatisation n’est pas encore totale, instruit de l’expérience, chacun sait qu’une fois mis le doigt dans l’engrenage, les chose vont vite. Transformées en société anonyme, il sera très facile pour la droite décomplexée de vendre les actions des barrages hydroélectriques pour achever la privatisation. Comme cela s’est fait avec France Telecom, EDF, GDF, Air France, les sociétés d’autoroutes etc….

 

Cela suffit ! les travailleurs doivent refuser que l’on continuent de leur faire les poches!

 

Pour un pôle public de l’énergie, il faut sortir de l’UE

 

En application du programme du Conseil National de la Résistance ( CNR ), le secteur de l’énergie a été nationalisé au sortir de la guerre pour créer un monopole public de l’Énergie permettant de doter notre pays d’un réseau de production et de distribution d’électricité performant et peu couteux pour tous : en regroupant plusieurs centaines de producteurs (dont des dizaines de grands barrages) et des milliers d’entreprises de distribution le ministre communiste Marcel Paul crée Electricité de France. Des dizaines de grands barrages seront construits – payés par les travailleurs français – et exploités par EDF sous le régime de la concession (les ouvrages appartiennent à l’état mais sont opérés par un tiers). Pour ses besoins propres, la SNCF exploite également ses barrages. Une société publique détenue en majorité par l’Etat, la CNR est également créé dans les années 1950 pour équiper et aménager la vallée du Rhône.

 

A la fin des années 1990, début des années 2000 des directives européennes, décidées notamment lors du Sommet de Lisbonne, impose la libéralisation du marché de l’énergie c’est à dire la privatisation du service public de l’énergie et leur mise en concurence. En France, la production et la distribution d’énergie sont scindés en deux parties, EDF et GDF sont séparés puis GDF privatisé en GDF-Suez (qui exploite les barrages de la SNCF et ceux de la CNR) avant que ce ne soit le tour d’EDF (transformation en société anonyme puis vente de 20% du capital).

 

Mais celà n’est pas suffisant pour l’Europe. De fait, EDF -entreprise qui reste largement détenue par l’Etat – conserve un quasi-monopole de la production d’électricité. Et la Commission Européenne impose donc la mise en concurence des concessions hydroélectriques, en application des différents paquets énergies, comme elle vient d’imposer la privatisation de la SNCF avec le 3e paquet ferroviaire.

 

Pourtant, comme nous vous le montrions, de l’aveu même des économistes spécialistes du secteur de l’énergie, partout où la libéralisation de l’énergie a été mise en œuvre, cela s’est révélé catastrophique à la fois en terme de production d’énergie et de coûts : il suffit de regarder le calamiteux exemple de la Californie.

 

Rappelons que sans aller chercher jusqu’au Traité de Lisbonne (que le peuple français a pourtant rejeter par réferendum en 2005) ou au Traité de Maastricht, le Traité de Rome fondant l’Union Européenne consacre déjà le dogme de la concurrence libre et non faussée. Ce n’est pas pour rien que les communistes ont combattu pied à pied cette construction européenne qui n’est que la construction d’une Europe du Capital, toujours plus totalitaire, divisant les peuples, véritable arme d’exploitation massive des travailleurs.

 

Bien sûr, certains – cela même qui à gauche vendent une mensongère europe sociale en essayant de faire croire que l’on pourrait rendre un crocodile végétarien – ne manqueront pas de prétendre que l’UE a bon dos. Eh bien qu’ils aillent lire les débats à l’assemblée nationale. Ils ne sont on ne peut plus clairs. La construction européenne, l’UE, l’euro sont absolument incompatibles avec les conquêtes du CNR. Et c’est bien l’Union Européenne qui impose la privatisation des barrages. C’est bien parce que Hollande s’est fait tirer les oreilles par la Commission Européenne que malgré les rapports parlementaire très négatifs, la mise en concurrence des concessions hydroélectriques a été glissée dans la loi de transition énergétique.

 

M Chassaigne, député PCF et par ailleurs fervent soutien avec ses amis du Parti de la Gauche Européenne PGE/PcF de l’Europe et de l’Euro qui protègent , a – et c’est au crédit du groupe Front de Gauche – déposé et défendu des amendements visant à supprimer du projet de loi la privatisation des barrages hydroélectriques. Les minutes du débat parlementaire qu’il a eu avec les rapporteurs du projet de loi sont édifiantes.

 

Jugez donc.

 

M Chassaigne interpelle le gouvernement en faisant mine de croire que cette privatisation relève uniquement d’un choix du gouvernement tout en relevant l’aberration de cette libéralisation et demandant son retrait:

 

 

L’attribution à d’autres opérateurs de l’exploitation d’ouvrages hydrauliques jusqu’alors concédés au titre du droit de préférence au concessionnaire nourrit naturellement de nombreuses interrogations et inquiétudes, que je voudrais citer.

 

Premier problème : on subira inéluctablement une hausse des tarifs puisque le projet de loi impose une redevance importante aux nouveaux exploitants, ce qui conduira mécaniquement et inévitablement à une hausse des prix.

 

Le deuxième problème a trait à la sûreté du réseau électrique et à l’approvisionnement. Rien n’obligera les nouveaux exploitants à participer à la sûreté du réseau électrique. Pour des raisons de rentabilité, un exploitant pourra s’abstenir de fournir de l’électricité, même en cas d’urgence consécutive à des intempéries, s’il estime qu’il pourra gagner plus d’argent à une autre échéance.

(…)

Le quatrième problème est celui des inévitables destructions d’emplois. Le rapport d’information de Mme Battistel sur l’hydroélectricité, au demeurant excellent et très approfondi – même si l’on ne partage pas nécessairement toutes ses conclusions – se faisait l’écho d’une inquiétude quant à l’avenir du personnel des exploitants actuels, non seulement des exploitants se trouvant sur les barrages, mais aussi du personnel rattaché à la concession, travaillant à l’ingénierie, à la maintenance ou dans le secteur tertiaire. Le rapport le soulignait à juste titre.

Cinquième problème, et non le moindre : cette ouverture au marché, que l’on voudrait nous présenter comme étant une conséquence des évolutions européennes, de la concurrence libre et non faussée, ne se pratiquera qu’en France. Dans les autres pays européens, des réponses ont été trouvées, qui permettent d’éviter cette ouverture au marché. »

 

 

Mme Battistel député PS rapporteur du projet de loi (et par ailleurs député d’une circonscription affecté par le renouvellement des concessions hydroélectrique) lui répond :

 

 

En matière de mise en concurrence, nous partons de loin. Jusqu’en 2012, la mise en concurrence sèche du parc hydroélectrique français était actée : les cahiers des charges étaient en préparation, les consultations relatives à la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau étaient également réalisées, et nous nous apprêtions à vendre à la découpe le joyau énergétique national. Depuis lors, nous avons fait du chemin, en slalomant entre les portes étroites du droit européen. (…) Lors de l’audition de la Commission européenne, la question a été abordée ; il nous a été rappelé que les marges de manœuvres étaient très étroites.

 

(…) Que font les autres États européens ? Ils mettent en place des dispositifs hybrides, mi-publics mi-privés, mi-concession mi-autorisation, à l’instar de ce qui est inscrit dans l’article. Il n’y a donc pas de secret pour, comme vous le dites, échapper…

 

 

Le député Brottes, président de la commission spéciale, est également très clair sur le sujet : la privatisation des barrages hydroélectriques et leurs ouverture à la concurrence a été imposé par la Commission Européenne. Sans discussion possible :

 

 

Je comprends bien la gravité du moment, mais nous avons reçu en audition – et vous ne pouviez alors pas être à nos côtés, monsieur le président Chassaigne – un représentant de la direction de l’énergie de la Commission européenne qui nous a demandé quand nous prévoyions de nous mettre au pli d’une ouverture à la concurrence et nous a prévenus que, si ce n’était pas le cas, nous serions sanctionnés à la hauteur que l’on connaît.

 

Le Gouvernement, avant la nomination de Mme Royal, avait répondu à la Cour des comptes au mois d’août dernier que nous allions appliquer strictement les demandes exprès de la Commission. En effet, à peine Mme Battistel avait-elle remis son rapport que la Commission européenne nous faisait un courrier, le jour même, dans lequel elle tançait la France de ne pas avoir tenu les engagements pris sous le gouvernement précédent et la sommait de le faire sous peine de sanction.

 

J’appelle donc votre attention sur ce qui se serait passé si cet article n’avait pas été inscrit dans le texte de loi

(…)

je fais partie de ceux qui, comme d’autres ici, au premier rang desquels Mme Battistel, se satisferaient pleinement du statu quo. Pour autant, nous mesurons aussi à quel point Mme la ministre s’est engagée pour que nous trouvions une solution qui tienne compte du travail parlementaire réalisé, qui soit prise en concertation avec les acteurs et qui soit compatible avec les règles européennes pour éviter que le couperet ne tombe.

 

 

Ségolène Royal – qui à son arrivé a stoppé le processus de mise en concurrence – reconnait d’ailleurs que ce système de SEM est le dispositif trouvé par le PS pour rester conforme aux traités européens :

 

 

Le système auquel nous sommes arrivés n’était pas facile à mettre en place compte tenu des règles européennes. La Commission s’étonnait en effet au départ que les concessions n’aient toujours pas été ouvertes à la concurrence. On a également évoqué le référé de la Cour des comptes. C’est en retravaillant le sujet que nous sommes parvenus à un dispositif juridique qui nous permet d’être en conformité avec les règles européennes tout en restant fidèles à la préoccupation que nous partageons ici de maintenir un contrôle public sur un joyau des énergies renouvelables françaises.

 

 

Bien sûr qu’il faut combattre la privatisation et la libéralisation du secteur de l’énergie. Mais ce combat ne peut être gagné qu’en mettant en cause les institutions qui impose cette privatisation et cette libéralisation : l’UE et l’euro. Construite par et pour la classe capitaliste, UE et Euro sont une arme de destruction massive des conquêtes des travailleurs, du modèle social construit pied à pied dans le sang et les larmes des luttes nationales de la classe des travailleurs. Pour s’en sortir, il faut en sortir.

 

Pour un nouveau CNR – Re nationaliser pour un grand pôle public de l’énergie

 

Pour défendre les conquêtes des travailleurs, il est plus que temps de briser les chaines de l’union européenne. De sortir de l’Euro, de l’UE, de l’Otan et du capitalisme. D’en sortir par la gauche en constituant un large front populaire progressiste patriotique et antifasciste afin de remettre à l’offensive les travailleurs de ce pays en constituant un nouveau CNR reprenant la proposition de renationalisation et de création d’un grand pôle public de l’énergie, point figurant dans le programme originel du CNR, dans le programme candidat du PRCF et revendication des travailleurs du secteur de l’Energie.

 

Ce grand pôle public de l’énergie est l’outil indispensable pour permettre de réindustrialiser le pays et de produire en France avec les travailleurs de notre pays, pour mettre en place une politique écologique ambitieuse.

L’assemblée nationale vient de voter pour la privatisation des barrages hydrauliques!

communiqué de la Fédération Mine

Dans la nuit du vendredi 10 octobre au samedi 11 octobre 2014, lors de l’examen du projet de loi pour la Transition Energétique, l’assemblée nationale a voté en premiere lecture l’article du texte de loi permettant la privatisation du secteur hydroélectrique français.

Mr Chassaigne, au nom du groupe GDR a demandé un scrutin public afin que chacun se positionne sur un sujet d’une telle importance.

Si L’UMP n’a pas participé au vote, étant absente de l’hémicyle car elle avait épuisée son temps de parole, nous rappelons que le processus de l’ouverture à la concurrence des barrages hydrauliques avait été enclenchée sous un gouvernement de droite.

Néanmoins, la rapporteur Mme Battistel (PS) avait noté dans un rapport à l’assemblée la dangerosité d’un tel procédé pour la sécurité du système électrique français, pour la gestion de l’eau .

Ce rapport avait également pointé le manque de réciprocité puisque la France serait le seul pays à offrir à la concurrence ce joyau. Pourtant, et malgré l’opposition des organisations syndicales du secteur, les députés PS, EELV et UDI se sont retrouvés lors de ce vote qui fera date. Mme la Ministre a réussi l’exploit à faire passer un montage ou le public ne serait plus propriétaire qu’à 34% de ces moyens de production pour une reprise en main par un pôle public ! (aujourd’hui ces barrages sont pour 80% d’entre eux exploités par EDF possédé à 85% par l’Etat et pour le reste à 51% propriété publique……..)

Résultat : 32 votants pour la privatisation 29 contre 3

 

Les usagers payeront la facture…

pétition de la CGT-FNME contre la privatisation des barrages :

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2014N46821

 

 

 

 

Le massacre d’Odessa. Un avertissement sanglant.

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine, #Réseaux communistes

Le massacre d’Odessa. Un avertissement sanglant.

vu sur Rouge Midi :

Le 2 mai, le monde entier regardait avec stupeur l’incendie de la maison des syndicats à Odessa et sa « quarantaine de morts ». Suite à une agression violente des fascistes du « Secteur Droit » protégés par la police et des « Pro-Russes » ou « Pro Fédéralistes » qui manifestaient dans le calme leur opposition au coup d’État fomenté à Kiev. Pourquoi le conseil de sécurité de l’ONU si prompt à vouloir investiguer refuse-t-il d’y envoyer des enquêteurs comme la Russie l’a suggéré ?

Mercredi 28 Janvier Bourse du Travail de Marseille. C’est dans une ambiance chargée d’émotion qu’une délégation [1] Ukrainienne de la ville d’Odessa [2], invitée par la l’UD CGT des Bouches du Rhône, est venue témoigner de la violence de cette agression et du danger qu’elle représente pour la démocratie dans toute l’Europe.

Pour ceux qui auraient besoin de se rafraichir la mémoire rappelons :


Dans la nuit du 21 au 22 février 2014 les bandes armées de « Secteur-Droit » [3] montent à l’assaut des bâtiments gouvernementaux et obtiennent la fuite du président élus Ianoukovitch.

Dans la foulée, un projet de loi qui interdit la langue russe et des sanctions contre ceux qui oseraient s’exprimer en russe est introduit au parlement à Kiev par Oleg Tiagnybok, chef du parti d’extrême droite Svoboda et adopté en session par les députés sous la pression des hommes du Secteur Droit présents dans la salle. Même si le président par intérim Oleksandr Tourtchynov y oppose son veto et refuse par la suite de signer le décret le mettant en application, la cassure est nette. L’idée de condamner des gens pour avoir parlé le russe ne peut venir que de personnes qui n’aiment pas Odessa. [4]



Le 2 mai, les ultras, casqués et armés, traversent la ville d’Odessa sans encombre et attaquent avec une violence extrême et dans l’indifférence totale des forces de police, les opposants au coup d’État fasciste, fomenté par l’U.E et les USA. Pour en savoir plus sur ce massacre se reporter ici(Odessa : Un simulacre d’incendie pour couvrir l’exécution d’un des plus atroces massacres jamais vus ).

Attention, les photos sont insoutenables !

Une brèche y a été ouverte qui peut-être ne se refermera jamais. Bon nombre de personnes, des étudiants pour la plupart, ont fui la ville ou se terrent après la publication d’une liste de personnes à éliminer pour avoir pris part au tragique vendredi sanglant. Des jeunes qui peut-être voulaient tout simplement défendre l’intégrité de leur pays et sauvegarder la paix dans leur ville ont aujourd’hui leurs photos, adresses et contacts sur le net, suivis de la mention « à détruire ». Ce qui met également leurs proches en danger. Lors de la dernière guerre la Gestapo allemande n’agissait pas autrement.

Ces évènements marquants ont accéléré la crise ukrainienne et l’escalade de la violence qui a contribué au déclenchement de la guerre actuelle au Donbass.

Pourquoi, comme l’a proposé la Russie, l’ONU ne demande t-il pas la création d’une commission d’enquête internationale afin de connaître enfin la réalité des faits ?

Car il est extrêmement troublant que :

  • Comment, avec toutes les mesures prises pour sécuriser la ville, les provocateurs ont-ils réussi à entrer et sortir de la ville sans être inquiétés ?
  • Pourquoi la police attentiste tel qu’on le voit sur les photos et les vidéos, laisse-t-elle faire les provocateurs pour s’activer à arrêter plutôt les rescapés de la Maison des Syndicats ?
  • Pourquoi l’eau était-elle coupée dans la maison des Syndicats et pourquoi les pompiers n’ont-ils réussis, que très tardivement, à atteindre les lieux de l’incendie ?
  • Comment a-t-on pu confier à la même police locale une enquête dans laquelle elle est partie prenante ?

Ainsi tous les morts ne se valent pas. Ceux de la Maison des Syndicats d’Odessa ne semblent gêner ni nos responsables politiques, ni nos grands donneurs de leçons, philosophes à la petite semaine ou éditorialistes chiens de garde.

Ne nous y trompons pas, ce qui s’est produit à Odessa est totalement représentatif des méthodes fascistes et nous concerne tous, ici et maintenant.

Depuis l’intervention dramatique des armés de l’OTAN dans l’Ex Yougoslavie, nous savons que l’OTAN, soit disant démocratique, est prêt à tout pour imposer aux peuples d’Europe la loi d’airain du capitalisme international.

Il utilise toujours le même motus opérandi [5]

Il essaye de fomenter le « chaos » : ce fumier sur lequel il peut faire pousser le nationalisme, le racisme et le fascisme.

Exemples :

  • 2003 : La « Révolution des Roses » en Géorgie
  • 2004 : La « Révolution Orange » en Ukraine [6]
  • 2005 : la « Révolution des Tulipes » au Kirghizstan
  • 2009 : tentative de dévoyer les manifestations en Moldavie

À chaque fois nous y retrouvons l’empreinte de soit disant « ONG pour la démocratie » d’origine américaine. Hasard ?

Le rôle de ces ONG, financées par le congrès des États-Unis, dans les tentatives de « changement de régime » à Cuba, au Venezuela, au Chili, au Nicaragua et à Haïti est bien connu. Le rôle de ces mêmes organisations subversives en Europe de l’Est ainsi que dans les anciennes républiques soviétiques l’est beaucoup moins, bien qu’elles y soient encore plus présentes.

Depuis les américains du Sud, les premiers touchés, ont appris à se méfier et ont créer l’ALBA en face de l’ALENA.

L’Europe doit donc prendre conscience qu’un épisode fondamental de sa survie démocratique est en train de se jouer en Ukraine.

Imaginez que les manifestations qui ne vont tarder à s’organiser, en Grèce pour obliger Syrisa a rester fidèle à ses engagements, puis en Espagne si Podémos obtient un score équivalent, soient utilisées pour créer des affrontements tragiques grâce aux éléments incontrôlables d’Aube Dorée ou des nostalgiques de Franco, que peut-il se passer ?

Une répression terrible et la fin des libertés démocratiques, donc le début du totalitarisme !

Lors de cette soirée un camarade faisait remarquer qu’il y avait là une similitude avec la guerre civile espagnole et les conséquences qu’a entrainé le non interventionnisme français face aux hordes nationalistes de Franco, soutenu par tout ce que l’Europe comptait alors de pouvoirs fascistes, allemands et italiens.

Pourquoi le gouvernement français et l’U.E soutiennent-ils un gouvernement ukrainien manifestement d’extrême droite ?

Est-ce pour faire plaisir au USA qui souhaitent que les armés de l’OTAN soient aux frontières de la Russie ?

Est-ce pour encercler la Russie avec le futur pacte transatlantique ?

Encore une fois nous constatons que l’oligarchie internationale qui nous oppresse préfère, lorsque cela l’arrange, le fascisme à la démocratie.

Après l’Ukraine, à qui le tour ?

Rouge-Midi.

[1] Evgueni Tsarkov et Natalia Touroukhina (PCU Odessa) - qui sont venus la veille aux vœux des Rouges Vifs 13 - accompagnés de Irina Koval et Eléna Radzikhovska, la mère de Andreï Brajevsky (26 ans) tué le 2 mai 2014 dans l’incendie

[2] Rappelons que ce port de la Mer Noire est jumelée avec Marseille

[3] Pravy Sektor – ou Secteur Droit – est un des mouvements ultranationalistes paramilitaires les plus violents, dirigé par Dmytro Yarosh, qui a joué un grand rôle à Maïdan. Il porte les couleurs de l’UPA. Ce parti est actuellement représenté au gouvernement, Serhiy Kvit étant le ministre de l’Éducation et de la Science – un des 5 ministres appartenant clairement à des organisations néonazies.

[4] Pourquoi les habitants d’Odessa se sont-ils tant battus pour garder le russe comme langue régionale ?

Odessa est une ville cosmopolite, qui aurait à un moment compté jusqu’à 133 groupes ethniques. Combien en reste-t-il aujourd’hui ? Difficile à dire… Toujours est-il que le russe est la langue la mieux partagée même si l’ukrainien y occupe une place importante. Des conversations en russe et ukrainien sont monnaie courante et les interlocuteurs se comprennent parfaitement, en ce qui concerne les personnes âgées. Parce que chez les jeunes de moins de 30 ans l’ukrainien ne passe pas ou passe mal. Même les jeunes qui débarquent à l’université en provenance d’une petite ville ou l’ukrainien est très parlé finissent par se laisser entraîner dans la spirale imposée par le russe. Source Les Crises http://www.les-crises.fr/vu-d-odessa/

[5] manière de procéder

[6] En Ukraine, la NED (National Endowment for Democracy ) aide de nombreuses structures qui lui sont associées certains les lient à la révolution orange. Le National Democratic Institute for International Affairs (NDI) et la branche ukrainienne de l’Open Society Foundation (OSF, également lié à George Soros), qui a reconnu être impliqué dans le renversement du pouvoir aux manifestations « Euromaïdan ».. Source Wikipédia

Одесса: помощник депутата до сих пор в

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste

Ukraine : Tournée antifasciste, en route pour Vénissieux

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Réseaux communistes, #Ukraine

30 Janvier 2015

Aujourd’hui nous retrouvons en gare de Marseille, venus de Nice Marianne et la délégation, malgré nos appels téléphoniques, nous n’avons pas pu les contacter pour savoir comment l’étape niçoise se passait, mais nul doute que le trajet commun jusqu’à Lyon la pardieu nous donnera l’occasion de tout savoir, et puis il y le blog de Lucien Pons, l’organisateur niçois.

Aujourd’hui donc c’est le bouquet final avec les journées internationales de Vénissieux où les camarades ukrainiens rencontreront d’autres luttes, les palestiniens, les Kurdes, les ambassadeurs de Cuba et de la Bolivie… Les journées internationales sont désormais une tradition et cette années pour la première fois sont invités les ukrainiens…

Nous allons donc au hasard de nos disponibilités parce que nous serons très sollicités, vous faire part de ce moment fort qui clôturera la tournée. Mais peut-être y aura-t-il des prolongations, de partout et en particulier du sud-ouest montent des demandes allant dans ce sens mais pour avril-mai. Il y a des projets qui vont se concrétiser, des rencontres en particulier de la jeunesse…

Et puis nous avons un grand projet Marianne et moi… Toujours dans notre souhait de comprendre et de connaître l’espace post-soviétique, nous voudrions nous rendre à Novossibirk… C’est la troisième ville de la Russie, une sorte de sillicon valley avec l’élite scientifique du pays. Cette ville est dirigée par une coalition de gauche menée par les communistes et pour finir de nous allécher toutes les années y est organisée par eux une « fête de l’humanité », la référence à la fête française est affirmée par les militants communistes. Inutile de vous dire que nous irons dans cette ville sibérienne à la fonte des neiges et de là nous nous rendrons dans un pays d’Asie central pour commencer à aborder cet espace euroasiatique et la route de la soie, sans doute le Kazakhstan…

De Novossibirk peut-être sera-t-il possible de solliciter ces communistes russes et pourquoi pas enfin leur présence à la fête de l’humanité française? On peut rêver et puis soyons réalistes demandons l’impossible…

Monika me dit, à votre retour vous serez prête à aborder l’espace post-soviétique de nos pays, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et nous vous aiderons… Parce qu’il y a tout à faire… De ta bouche dans l’oreille de Dieu, Monika, pour qu’il me prête vie… mais je sais qu’il y aura désormais beaucoup de jeunes pour construire un autre monde qui un jour ira de Brest à Valdivostok, dans le respect mutuel, et qui inventera le socialisme avec d’autres continents, ils penseront peut-être à nous hommes et femmes des temps obscurs…

Mais aujourd’hui les deux grands mères vous entrainent dans ce périple tout aussi extraordinaires qui est celui de cette tournée en France, montée contre des vents contraires, non seulement les chutes du Niagara médiatiques, mais le silence hostile de ceux qui auraient dû en prendre l’initiative. Fort heureusement partout, il y a eu des communistes, des progressistes, des gens épris de vérité qui ont accueilli, fait l’impossible comme dit Irina… Ils ont soulevé des montagnes jusqu’à la réussite…

CE N’EST QU’UN DEBUT

Publié depuis OverBlog et Twitter et Facebook et LK

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

Lu sur PCF bassin :

ARABIE SAOUDITE : Un tyran meurt, l’Occident pleure

Le roi Abdallah d'Arabie Saoudite est décédé ce jeudi à l'âge de 90 ans après avoir dirigé d’une main de fer le royaume réactionnaire pendant 20 ans. Allié inconditionnel des gouvernements impérialistes occidentaux, il est resté dans la lignée de ses prédécesseurs : soumission aux États-Unis, violation systématique des droits de l'homme, financement de groupes fanatiques djihadistes... La marionnette par excellence.

*****

L’Arabie Saoudite, le plus grand des serviteurs de l’Occident

Depuis sa fondation par Abdel Aziz Ibn Saoud en 1932, le royaume d’Arabie Saoudite n’a cessé de servir les intérêts des puissances occidentales. D’abord ceux du Royaume-Uni, protecteur de la famille Saoud, qui avait aidé les Saoud à fonder leur royaume pour profiter de la position stratégique du pays. Non seulement pour s’assurer du commerce avec ses anciennes colonies mais également en l’utilisant pour contrer l’influence de l’Empire Ottoman. Puis, ce fut au tour des États-Unis d’imposer leur domination dans le pays. Le deal était simple : en échange d’un soutien financier et militaire, le royaume s’engageait à fournir aux États-Unis un pétrole bon marché et des bases militaires ainsi qu’à jouer le rôle de « gendarme » de la région en déstabilisant les pays désireux d’affirmer leur indépendance et de choisir une autre voie que celle de l’inféodation à l’empire états-unien. Financement de groupes fanatiques djihadistes et instrumentalisation de l’islam furent, entre autres, les outils utilisés pour déstabiliser ces pays.

Le clan des Saoud dirige le pays d’une main de fer depuis presque un siècle. Ainsi, tous les rois qui se sont succédé ont toujours suivi les mêmes orientations, tant dans la politique intérieure qu’extérieure. Voilà pourquoi il n’est pas vraiment nécessaire de s’arrêter sur un roi en particulier, étant donné que tous ont pratiqué la même politique. Preuve en est, le nouveau roi Salman a affirmé qu’il continuerait sur la même ligne que son prédécesseur. Depuis l’annonce de la mort d’Abdallah, les chancelleries occidentales ont toutes salué la « mémoire » du roi défunt. Hollande, Cameron, Obama, Harper... tous ont accouru pour aller rendre hommage au tyran et n’ont pas hésité à faire l’éloge de son action. Il est donc temps de dresser une analyse comparative des déclarations et de la réalité.

Le roi Abdallah, un pacifiste ?

A entendre certains dirigeants européens et nord-américains, on se demande parfois s’ils sont vraiment conscients des propos qu’ils tiennent. Prennent-ils les citoyens pour des abrutis ou croient-ils réellement à ce qu’ils disent ? Je pencherais pour la première option car un des éloges rendus au roi saoudien a été de le qualifier de « pacifiste ». François Hollande a en effet « salué la mémoire d’un homme d’État dont l’action a profondément marqué l’histoire de son pays et dont la vision d’une paix juste et durable au Moyen-Orient reste d’actualité ». David Cameron a, lui, exprimé sa profonde tristesse en saluant « l’engagement du roi en faveur de la paix ». De son côté, le premier ministre du Canada (la semi-colonie des États-Unis) a fait très fort. Il a en effet qualifié le roi « d’ardent défenseur de la paix » avant d’ajouter : « Nous sommes de tout cœur avec le peuple saoudien et nous PLEURONS le départ de ce GRAND homme ».

On peut au moins saluer le sacré culot de nos dirigeants. Mais ce n’est pas tout. Au-delà d’être un pacifiste, le roi Abdallah aurait été un dirigeant combattant le « terrorisme », le président français confirmant que lui et le dictateur entretenaient des « relations pour lutter contre le terrorisme ». Des déclarations tenues face à la presse qui n’ont pas eu l’air de choquer les journalistes.

Le roi Abdallah et dans une plus large mesure la famille Saoud qui dirige ce pays sont-ils vraiment des pacifistes ?

Ont-ils vraiment lutté contre le terrorisme comme le laissent entendre les gouvernants occidentaux ?

L’histoire et le présent indiquent pourtant le contraire. L’Arabie Saoudite a toujours été un allié stratégique des États-Unis. Le royaume a été utilisé par Washington dans le but de déstabiliser des mouvements nationalistes et indépendantistes. En effet, pour Ryad, les dirigeants nationalistes comme Nasser ou Khomenei représentaient une menace pour la survie de la famille royale. L’exemple égyptien ou iranien aurait en effet pu servir de modèle au peuple saoudien, victime de l’oppression et de la tyrannie de ses dirigeants.

En Iran, lorsque la révolution islamique triomphe en 1979, l’Arabie Saoudite prend peur car désormais une puissante nation va lui faire face. L’Iran venait de se débarrasser du Shah et le pays était bien décidé à se développer de manière indépendante. En 1981, le roi Khaled tenta de corrompre un colonel de l’aviation iranienne pour renverser le guide spirituel mais sans succès. Le royaume saoudien, en étroite collaboration avec Washington, décida alors de se tourner vers Saddam Hussein pour le convaincre d’attaquer l’Iran. Saddam accepta. Bilan : plus d’un million de morts. Belle leçon de pacifisme !

Le clan des Saoud est une famille extrêmement réactionnaire et fermement attachée au pouvoir. C’est pourquoi elle obéit comme un vassal à Washington, son grand protecteur, et a toujours tout mis en œuvre pour détruire une nation ennemie. Concernant le roi Abdallah en particulier, il aurait donc prôné la paix ? Vraiment ? N’a-t-il pas envoyé son armée le 14 mars 2011 afin de réprimer des manifestations pacifiques à Bahreïn ? Cette féroce répression n’a-t-elle pas fait 76 morts du côté des manifestants ? Chers François Hollande, David Cameron, Stéphane Harper, votre mémoire vous fait-elle défaut ? Et enfin, n’oublions pas un événement très important qui a eu lieu le 3 juillet 2013 : Le coup d’État du général Al-Sissi en Égypte contre Mohammed Morsi. S’en est suivi une répression impitoyable contre les partisans des frères musulmans qui a entraîné la mort de plus de 1000 personnes. Un massacre réalisé avec la bénédiction de...l’Arabie Saoudite qui n’a cessé de soutenir Le Caire. Nous avons là l’exemple parfait qui démontre la mémoire sélective avec laquelle les chefs d’État et de gouvernement occidentaux traitent l’histoire. Apparemment, massacrer des manifestants pacifiques dans un pays allié des puissances du Nord ne semble pas être un problème.

Intéressons nous maintenant au fameux « terrorisme ». Ce mot voyageur que tous nos médias et dirigeants utilisent et qui ne semble plus signifier grand-chose. Le roi Abdallah aurait été un allié de l’Occident dans la lutte contre le « terrorisme ». Pourtant ni les puissances impérialistes ni l’Arabie Saoudite n’ont lutté contre le « terrorisme », bien au contraire. Notons tout d’abord que l’Europe de l’Ouest, les États-Unis et l’Arabie Saoudite partagent, parmi leurs nombreux points communs, celui essentiel de la haine viscérale envers le communisme. C’est par ailleurs pour cela que Ryad éprouvait une haine aussi profonde envers l’Égypte de Nasser, grand allié de l’Union Soviétique. L’Arabie Saoudite serait donc un pays qui combat le terrorisme.

Alors pourquoi a-t-elle financé et armé, avec l’aide des États-Unis, des fondamentalistes fanatiques, des moudjahidin pour lutter contre le gouvernement socialiste de Nour Mohammad Taraki en Afghanistan avant même que l’Union soviétique n’envahisse le pays ?

L’Arabie Saoudite a financé sans problème le terrorisme et cela n’a jamais gêné les chancelleries occidentales. Et, plus récemment, quel pays ne cesse d’envoyer des armes et de financer les groupes djihadistes et terroristes en Syrie ? Encore l’Arabie Saoudite pour qui la « fin justifie les moyens ».

Je vous propose de terminer avec la palme d’or des déclarations suite à la mort du roi Abdallah. La palme est décernée à Christine Lagarde, directrice générale du FMI qui a déclaré tout tranquillement que le roi était « d’une manière discrète, un GRAND DEFENSEUR DES FEMMES ». Apparemment, Madame Lagarde ne semble pas avoir peur du ridicule mais il semble qu’elle puisse sans crainte se permettre de tenir ces propos puisque tous les journalistes en face d’elle se sont tus, aucun n’a bronché. Belle déontologie journalistique. Si Abdallah était défenseur des femmes, il était en effet fort discret. Interdire aux femmes de conduire, de voyager ou d’être admises seules dans un hôpital, leur interdire de voter, les lapider lorsqu’elles commettent un adultère, est-ce l’attitude d’un « défenseur des femmes » ? Christine Lagarde ne devrait-elle pas être jugée pour apologie de la violation des droits de l’homme ?

Amnésie médiatique et droits de l’homme à géométrie variable

Analyser l’actualité nous mène automatiquement à nos chers médias. Comment les professionnels de la propagande et du mensonge ont-ils abordé la mort du roi Abdallah ? Tous plus ou moins de la même manière. On retiendra notamment la présentation que France 24 a faite du tyran en le qualifiant de « garant de la stabilité ». L’Arabie Saoudite qui, à travers le financement de fanatiques religieux embrasant tout le Moyen-Orient, a soutenu le coup d’État du général Al Sissi en Égypte est selon la chaîne d’information internationale française un « garant de la stabilité ».

Mais de quelle stabilité parlent-ils ? Peut-être celle qui a permis au pouvoir de se maintenir à Bahreïn ? La stabilité dans le sang, c’est peut-être cela que salue France 24 ? Les autres médias dominants ont évoqué le sujet saoudien en lui consacrant cinq minutes environ. Une minute pour montrer les images de l’arrivée des dirigeants occidentaux à Riyad, une minute pour évoquer le bilan positif d’Abdallah, une minute trente pour présenter son successeur et ce qui l’attend à la tête du pays et une minute trente pour évoquer les violations des droits de l’homme.

On avait pourtant connu nos médias plus indignés et plus révoltés, notamment lorsqu’il s’agissait de défendre la liberté d’expression. Ils ont à peine évoqué le sort du jeune blogueur Raif Badawi, condamné par le régime à 1000 coups de fouet et dont le sort ne semble pas horrifier la presse. Alors que, quand la jeune Iranienne Sakineh fut menacée de lapidation, les médias se sont largement indignés et Bernard Henri Lévy, chemise ouverte sur le poitrail, a pu exprimer toute son émotion sur les plateaux de télévisions. Si les médias ont donc parlé des violations des droits de l’homme, il faut dire qu’il aurait été difficile de ne pas évoquer le sujet. Mais alors pourquoi éludent-ils ce sujet quand un événement touche l’Arabie Saoudite.

Pourquoi ne sont-ils pas plus offensifs et insistants sur la question saoudienne ?

Oublient-ils que les femmes sont traitées comme des objets, des sous-espèces humaines ?

Oublient-ils qu’on coupe la main des voleurs ?

Qu’on lapide les femmes ?

Qu’on emprisonne tous ceux qui osent critiquer même timidemen
t le pouvoir en place ?

Étrange amnésie des médias qui ne disent jamais un mot sur les violations des droits de l’homme dans les pays alliés de l’Occident : le Mexique, Bahreïn, l’Égypte, le Paraguay...Pourtant ils n’hésitent pas à condamner en permanence les « régimes » iranien, russe ou encore vénézuélien.

Des nations qui bien évidemment ne se soumettent pas aux intérêts des puissances de l’OTAN et qui entendent se développer de manière autonome et indépendante en formant dans ce but un « bloc du sud » anti-impérialiste et anticolonial. Prenons un exemple concret afin de comparer le traitement médiatique sur un sujet précis : la mort d’un dirigeant. Nous avons vu comment Paris, Londres ou encore Ottawa ont réagi à la mort du roi despote. Souvenez-vous du traitement médiatique suite à la mort du commandante Hugo Chavez. Le son de cloche était totalement différent. Quelques secondes pour montrer les avancées sociales et économique impulsées par Chavez et on passait vite à l’aspect critique. Et là, on avait droit aux habituelles accusations de « despotisme », de « populisme » du président Chavez. Grand défenseur la souveraineté populaire, il a été calomnié voire insulté en Occident alors qu’il avait remporté 14 des 15 scrutins organisés sous sa présidence. En fait, Chavez était le « mauvais élève » du Tiers-Monde puisqu’il avait osé s’opposer aux multinationales en nationalisant des pans entiers de l’économie. Abdallah, lui était le « bon élève du Tiers-Monde », le « bon arabe », le meilleur des valets.

Enfin, finissons avec les gouvernements occidentaux. Leur attitude en dit long sur leur cynisme et leur hypocrisie. Rappelons qu’aucun dirigeant occidental n’était présent lors des funérailles d’Hugo Chavez, un dirigeant qui avait pourtant réellement œuvré en faveur de la paix. Il était en effet intervenu en tant que médiateur dans le dialogue entre le gouvernement colombien et les FARC. Il avait énormément travaillé pour qu’émerge enfin un processus de paix. Et puis, il avait soutenu avec la Ligue Africaine une solution pacifique en Libye pour éviter ce qui s’est passé par la suite avec les hordes criminelles de Washington, Londres et Paris. Cette homme était un « grand défenseur des femmes » et pas discrètement. En effet, sa nouvelle constitution donne un statut nouveau à la femme. Par exemple, une femme au foyer est désormais considérée comme une travailleuse à part entière et reçoit donc un salaire de l’État.

Cette comparaison entre deux sujets similaires peut mettre en lumière le vrai visage des puissances impérialistes et néocoloniales. Elles prônent officiellement la démocratie, les droits de l’homme mais n’hésitent pas à soutenir et financer les pays et les organisations les plus obscurantistes et réactionnaires comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Égypte. Un soutien dans le but de préserver leurs intérêts et d’affaiblir les principaux concurrents comme la Chine. Au fond, les dirigeants occidentaux se foutent royalement des valeurs démocratiques et humaines. Ce qui les intéresse, c’est l’argent, les matières premières.

Henry Kissinger avait très bien résumé l’esprit qui anime ces pays « Si nous devons choisir entre la démocratie et nos intérêts, nous choisirons toujours nos intérêts » On a vu ce que ça a donné au Chili... Tous ces discours à la gloire de l’État de droit et au respect des droits de l’homme sont de véritables escroqueries intellectuelles. Déjà, nos nations occidentales ne sont elles-mêmes pas des démocraties mais des oligarchies. Elles n’ont donc aucune leçon à donner. Et, concernant les droits de l’homme, je ne pense pas que la France ou encore l’Angleterre soit bien placée pour dire au reste du monde ce qu’il convient de faire. Leur lourd passé colonial et leur présent néocolonial devrait les inciter à se taire.

Quant à l’Arabie Saoudite, elle va continuer à jouer le rôle du bon serviteur des États-Unis. Le pétrole va continuer à être quasi gratuit et le royaume va poursuivre sa mission de nation mercenaire au service de Washington. Enfin, rien ne devrait changer sur le plan intérieur. Les exécutions et les lapidations vont continuer à faire partie du paysage saoudien et ce, avec la bénédiction des États-Unis et de leurs alliés. Néanmoins, Riyad a peur. Peur de disparaître ou du moins de perdre de sa force au Moyen-Orient. Cette monarchie obscurantiste ne sait pas de quoi demain sera fait. Elle s’interroge et devient de plus en plus violente et belliciste. Après l’intervention à Bahreïn, le régime saoudien a tenté de renverser Bashar Al Assad en finançant des groupes terroristes. Mais derrière Al-Assad, c’est tout l’arc chiite Iran-Syrie-Hezbollah libanais qui est visé. En essayant indirectement de faire tomber Assad, Riyad essaie d’affaiblir Téhéran. Car le voilà son véritable ennemi dans la région.

Les deux pays se disputent le leadership au Moyen-Orient et chacun des deux pays a choisi son camp. Pour l’Arabie Saoudite, l’allié est Washington. Pour Téhéran, c’est Moscou et surtout Pékin. Les États-Unis sont en plein déclin et l’Arabie Saoudite n’est pas sûre de pouvoir bénéficier éternellement de l’aide états-unienne. Une chose est sûre : si demain Washington n’est plus en mesure de protéger l’Arabie Saoudite, le royaume s’effondrera. Et, comme les États-Unis sont en pleine crise économique et civilisationnelle, cette option est plus que jamais envisageable, peut-être plus tôt qu’on ne le croit.

Le 26 janvier 2015

source Investig'action

L'Allemagne contre la Grèce : texte de Jacques Sapir

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Euroboycott, #l'Europe impérialiste et capitaliste, #Qu'est-ce que la "gauche"

1941, retour vers le futur

1941, retour vers le futur

Lu sur PCF bassin :

L'Allemagne entre deux maux

29 janvier 2015

Par Jacques Sapir

http://russeurope.hypotheses.org/3370

On commence seulement aujourd’hui à bien mesurer ce que la victoire de SYRIZA peut signifier pour le zone Euro. En réalité, cette victoire met l’Allemagne au pied du mur et fait éclater son double langage quant à la zone Euro. Privée de marges de manoeuvres néanmoins, l’Allemagne peut réagir violemment et provoquer, indirectement, la dissolution de la zone, même si elle en est la principale bénéficiaire aujourd’hui. Pour comprendre cela, il faut rappeler ici quelques points.

La victoire de Syriza

La victoire, véritablement historique, de SYRIZA en Grèce a propulsée son chef, le charismatique Alexis Tsipras sous le feu des projecteurs. Il convient de rappeler que ce parti est en réalité une alliance regroupant des anciens gauchistes, des anciens communistes, des écologistes, et des anciens socialistes. Ce qui a fait le ciment de cette improbable alliance, et qui explique son succès, avec plus de 36% des suffrages exprimés, est en réalité bien plus profond, mais aussi plus complexe, que la “question sociale”. Non que cette dernière ne soit importante, voire tragique. On comprend le refus d’une austérité meurtrière qui ravage la population grecque depuis 2010. Mais il y a aussi la question de la souveraineté nationale. Le refus de la soumission aux injonctions de Bruxelles et de la commission européenne, qui s’est exprimé dès le lendemain de l’élection, est une dimension très importante de la victoire de SYRIZA. La question sociale, sur laquelle se focalisent les commentateurs français, pour importante qu’elle soit, n’explique pas tout. En réalité, SYRIZA s’est engagé dans un combat pour le souveraineté du peuple grec contre les bureaucrates de Bruxelles et de Francfort, siège de la Banque Centrale Européenne. La victoire de SYRIZA annonce peut-être celle de PODEMOS en Espagne au début de cet automne. Et, tout comme dans SYRIZA, la composante souverainiste est loin d’être négligeable dans PODEMOS, ou encore dans le parti Irlandais qui briguera lui-aussi la victoire au début de 2016, le SIN FEINN.

Au-delà du symbole, il y a des actes. Et les premiers actes de Tsypras ont été des signaux très forts envoyés aux autorités de Bruxelles. Tout d’abord, il a constitué son gouvernement en passant une alliance avec le parti des « Grecs Indépendants » ou AN.EL. Beaucoup considèrent que c’est une alliance hors nature de l’extrême-gauche avec la droite. Mais ce jugement reflète justement leur incompréhension du combat de SYRIZA et sa réduction à la seule question sociale. Ce qui justifie l’alliance entre SYRIZA et les « Grecs Indépendants », c’est justement le combat pour la souveraineté de la Grèce. Tsypras, dès son premier discours, a parlé de l’indépendance retrouvée de son pays face à une Union Européenne décrite ouvertement comme un oppresseur. Le deuxième acte fort du nouveau gouvernement, qui n’a eu aucun écho dans la presse française mais qui est fondamental, a été de se désolidariser justement de la déclaration de l’UE sur l’Ukraine. Une nouvelle fois, comme on pouvait s’y attendre, l’UE condamnait la Russie. Tsypras a dit, haut et fort, que la Grèce n’approuvait pas cette déclaration, ni sur le fond ni dans sa forme. Or, ce point va devenir de plus en plus important. La politique de l’Union Européenne concernant les affaires internationales est une politique intergouvernementale. Cela implique que les décisions soient prises à l’unanimité[1]. Le nouveau gouvernement grec reproche donc à l’UE cette décision car elle a été prise sans respecter les procédures internes à l’UE[2]. Il est désormais clair que l’UE ne pourra plus se comporter comme avant en ce qui concerne tant la Russie que l’Ukraine. Le troisième acte a été la décision du gouvernement, annoncée par le nouveau ministre des Finances M. Varoufakis, de suspendre immédiatement la privatisation du port du Pirée. Cette décision signifie la fin de la mise à l’encan de la Grèce au profit de l’étranger. Ici encore, on retrouve la nécessité d’affirmer la souveraineté de la Grèce. Mais, cette décision est aussi un coup très dur porté aux diverses compagnies qui s’étaient attablées devant ce marché.

Le dilemme allemand

Il faut alors chercher à comprendre la position de l’Allemagne. La déclaratio du Ministre de l’Economie, M Sygmar Gabriel est à cet égard éclairante. Il a ainsi déclaré qu’"il faut que soit respecté un principe de justice à l'égard de notre population"[3]. Il a souligné que ce fameux « principe de justice » devait s’appliquer à l'égard "des gens en Allemagne et en Europe (...) qui se sont montrés solidaires" [des Grecs]. En réalité, ces aides sont allées majoritairement aux banques européennes qui avaient acheté une grande part de la dette grecque. Il n’y a pas eu de « solidarité » avec le peuple grec, mais un principe bien compris de socialisation des pertes. Néanmoins, il faut s’interroger sur le pourquoi de cette déclaration.

L’Allemagne ne veut pas que la zone Euro se transforme en une “union de transferts”. C’est une constante depuis le début des négociations sur la zone Euro. On peut le comprendre, d’ailleurs, car si les principes d’un réel “fédéralisme” étaient appliqués (comme ils le sont à l’intérieur d’un Etat comme la France) l’Allemagne, “région” riche de la zone Euro, devrait contribuer à hauteur de 8-9% de son PIB par an sur une période d’au moins dix ans. On peut considérer que ceci aboutirait à casser les reins à l’économie allemande. Mais, l’Allemagne veut – par contre – les avantages de la monnaie unique, et d’un taux de change inchangé avec ses pays “clients”. C’est ici que le bat blesse. En effet, soit l’Allemagne accepte une nouvelle – et très importante – restructuration de la dette grecque (ou un moratoire) et elle sera immédiatement saisie de demandes analogues par des pays comme la Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie. Soit l’Allemagne adopte une position “dure”, en l’enrobant de pleurnicheries obscènes comme celles de Sygmar Gabriel (et en oubliant toutes les restructurations de la dette allemande qui ont eu lieu au XXème siècle) et provoque un affrontement avec la Grèce. Mais alors, le risque est important de voir la Grèce quitter l’Euro, et un processus de contagion se mettre en place.

De fait, et quoi que fasse l’Allemagne, elle sera confrontée à ce processus de contagion, soit à l’intérieur de l’Euro (et avec une pression de plus en forte pour voir augmenter sa contribution) ou à l’extérieur, avec une dislocation probable de la zone Euro. L’Allemagne a encore le choix, maix c’est un choix entre deux maux. Et l’on peut penser que, dans ce cas, elle choisira ce qui pour elle, ou plus précisément pour ses dirigeants, apparaîtra comme le moindre: la rupture de la zone Euro. Mais, l’Allemagne ne peut pas, pour des raisons historiques, porter la responsabilité d’une destruction de cette zone. Elle devra, à tout prix, la faire porter aux grecs, quitte a déployer des trésors de mauvaise foi.

Quoi qu’il en soit, l’avenir s’annonce sombre pour l’Allemagne qui se rend compte aujourd’hui qu’elle est dans un piège, ce piège même ou elle avait cru enfermer les autres pays. Quel que soit l’issue qu’elle choisira, l’Europe, qui est aujourd’hui une forme de proriété allemande, sortira affaiblie. Mais, cet affaiblissement tire en réalité son origine du fait que l’Allemagne a sciemment pratiqué une politique de “cavalier solitaire” tout en prétendant adhérer à des mécanismes fédéraux. Le double langage se paye toujours, et dans ce cas il se payera à un prix particulièrement élevé.

Une anticipation par le BCE?

Il faut alors revenir sur la conférence de Mario Draghi du jeudi 22 janvier. On a déjà signalé l’importance de la limitation à 20% de la garantie de la BCE sur les nouveaux achats de titres[4]. Mais on peut se demander si, en réalité, Mario Draghi n’a pas anticipé la situation à venir, et une probable décomposition de la zone Euro. On peut lire sa politique, et ses déclarations comme le choix suivant: pas de mutualisation des dettes s’il n’y a pas de mutualisation économique (et en particulier budgétaire). Cette position est très sensée. La mutualisation des dettes n’auraient effectivement de sens que si l’on aboutissait rapidement à un système de mutualisation économique, et budgétaire. Or, Mario Draghi n’est pas sans savoir que l’Allemagne est fortement opposée à une telle mutualisation. Aussi est-il en train d’organiser le fractionnement monétaire du marché des dettes, et donc la renationalisation de ces dernières. Ceci pourrait bien être la dernière étape avant la dissolution de la zone Euro.

Mais, pour qu’il y ait une dissolution “organisée”, il faudrait que l’Allemagne reconnaisse le dilemme dans lequel sa propre politique l’a plongé. Il est très peu probable que les dirigeants allemands, qui ont tous – que ce soit la CDU-CSU ou la SPD – été connivents à cette politique l’acceptent. Disons le tout de suite, c’est très peu probable. Le cheminement auquel nous devons nous attendre est donc celui d’une montée de l’affrontement avec la Grèce conduisant cette dernière à faire défaut sur sa dette et à se faire “expulser” de la zone Euro, non pas dans les formes (car rien ne permet de le faire) mais dans les faits. La BCE coupera l’alimentation de la Banque Centrale grecque et décidera que les “euros” émis en Grèce ne peuvent plus circuler dans le reste de la zone Euro. Notons que des mécanismes de ce type ont été en leur temps employés, pour une durée certes très courte, sur Chypre.

Il est aussi clair que le gouvernement grec se prépare à ce type de scénario. Il va réaliser un budget en équilibre strict, moyennant bien entendu l’affectation des dépenses prévues sur les intérêt des la dette à d’autres dépenses. Mais, si cette politique fait sens pour la Grèce, elle ne le fait nullement pour la zone Euro, qui devra alors affronter une crise de défiance massive, et une contagion rapide sur d’autres pays. Ce sera le scénario de “dislocation” de la zone Euro.

Il serait important que notre personnel politique commence à s’y préparer. Mais l’on peut craindre que, vivant dans une bulle et pratiquant une forme particulière d'autisme politique, il ne voit rien venir et soit confronté à la réalité de manière très brutale.

[1] Gaspers Jan, « The Quest for European Foreign Policy Consistency and the Treaty of Lisbon », inHumanitas, Journal of European Studies, Vol. 2, No. 1, 2008.

[2] Voir le blog du Ministre des Finances M. Yanis Varoufakis : http://yanisvaroufakis.eu/2015/01/29/a-question-of-respect-or-lack-thereof/

[3] http://www.boursorama.com/actualites/berlin-la-grece-doit-etre-juste-envers-ceux-qui-l-ont-aidee-0ff393fe5dc32ad1f58ad5d344e137e6

[4] http://russeurope.hypotheses.org/3342

Quand Hitchcock monte un film sur la libération d'Auschwitz par les Soviétiques ... censuré pour cause de Guerre froide

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique

Quand Hitchcock monte un film sur la libération d'Auschwitz par les Soviétiques ... censuré pour cause de Guerre froide

Lu sur PCF bassin :

Quand Hitchcock monte un film sur la libération d'Auschwitz par les Soviétiques ... censuré pour cause de Guerre froide

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

Un document exceptionnel, sur l'horreur des camps de la mort nazis. Et pourtant il faut attendre 2015 pour le voir exhumer, 70 ans après son montage par un certain Alfred Hitchcock. Un film victime de la censure « démocratique » de la Grande-Bretagne.

La commémoration des 70 ans de la libération du camp d'Auschwitz par les troupes soviétiques est l'occasion de remémorer l'horreur absolue, surtout de comprendre comment le racisme, le fascisme, peuvent s'imposer dans les pays dits avancés pour justifier l'extermination en masse.

En ce début d'année, la presse internationale salue le projet « Night will fall » (La nuit tombera), un film britannique inédit de 1945 sur la réalité de la libération de 11 camps de concentration. Un travail exhumé par l'Imperial war museum, chaperonné par le groupe médiatique américain HBO.

L'histoire remonte au printemps 1945 : le gouvernement britannique commissionne le magnat médiatique Sidney Bernstein, qui travaillait pour le Ministère de l'Information, pour réaliser un film intitulé « Enquête factuelle sur les Camps de concentration allemands ».

Bernstein sollicite alors l'aide de deux personnages pour monter les films réalisés par les équipes sur place après la découverte de Bergen-Belsen par les Britanniques, Buchenwald par les Américains ou Auschwitz par les Soviétiques, en tout 11 camps sont intégrés à cette « enquête filmique ».

Le premier était le futur Ministre travailliste – anti-communiste – Richard Crossman chargé du script du film. Le second est un certain Alfred Hitchcock, qui débarque d'Hollywood pour aider au montage des rushs accumulés.

Hitchcock aurait été horrifié par les images confiant aux commanditaires que cela « lui donnait la nausée » et ne désirait pas aller plus loin, en voir plus : les corps émaciés de survivants cadavériques voisinant les ossements, les piles de dents, de lunettes, de cheveux.

Il a néanmoins donné des conseils décisifs au réalisateur : la multiplication des plans fixes pour marquer les consciences mais surtout l'usage didactique de cartes et de plans englobant la campagne environnante, pour situer historiquement les camps et ne pas rester dans l'émotion.

Le projet était quasiment abouti au printemps 1945. Les images ont même été utilisées au Tribunal de Nuremberg et à Lüneburg pour identifier, juger et condamner des commandants de camp comme le terrifiant Josef Kramer, dit la « Bête de Belsen ».

5 bobines achevées, et 100 bobines compilant des séquences filmées ont pourtant croupi dans les archives britanniques 70 années durant, empêchant ce qui est considéré comme un chef d’œuvre de sortir et connaître le sort d'un Nuit et Brouillard par exemple. Pourquoi un tel gâchis ?

En s'appuyant sur un mémorandum du Foreign office signifiant notamment que « diffuser un film sur ces atrocités n'étaient pas une bonne idée », les historiens pointent le changement de contexte au cours de l'année 1945 et l'installation d'une logique de Guerre froide anti-communiste.

Pour les Britanniques, il devenait dangereux de montrer les Soviétiques comme force de libération, alliée des anglo-américains, et surtout d'accabler l'Allemagne qu'il s'agit de relever – y compris dans son appareil militaire – pour construire une Europe occidentale unie face au monde communiste.

Les bobines de Hithcock sont donc remisées dans les cartons. Elles ressortiront sous une forme très incomplète au Festival du film de Berlin en 1984. Avant de connaître une seconde vie en 2015. Il était temps.

Grèce : pour les dirigeants de Bruxelles, Tsipras « agent de Moscou » ?

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #l'Europe impérialiste et capitaliste, #Ukraine, #Qu'est-ce que la "gauche"

dessin sur Courrier Occidental .. euh International

dessin sur Courrier Occidental .. euh International

Par Jean Lévy, vu sur PCF Bassin

L'OBS

Avec Tsipras,

Poutine a un nouvel ami en Europe

C’est dérangeant, contre-intuitif. Mais c’est la vérité. Alexis Tsipras est un allié - de fait si ce n’est de cœur - de Poutine. Il défend la politique agressive du Kremlin en Ukraine.

Après l’annexion de la Crimée, Tsipras est l’un des rares leaders politiques européens, avec Marine Le Pen, à s’être rendu, en mai 2014, à Moscou où il a été reçu à haut niveau - notamment par une proche de Poutine, Valentina Matvienko, présidente de la Chambre haute.Selon les médias grecs, il s’est prononcé en faveur de l’annexion de la péninsule et a soutenu les référendums organisés par les séparatistes à l’est de l’Ukraine, scrutins dénoncés par les pays occidentaux.

Selon le décompte effectué par Radio Liberty, son parti, Syriza, a voté à l’automne dernier contre l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE. Il s’est abstenu lors du vote d’une résolution condamnant la fermeture de l’ONG de défense des droits de l’homme fondée par Sakharov, Memorial.

Le parole-parole de son parti en charge des relations internationales, Costas Isychos, a même vanté les "impressionnantes contre-attaques" des séparatistes pro-russes à l’automne dernier.Enfin, orthodoxie oblige, son allié souverainiste est lui aussi un soutien indéfectible de Moscou.Ce n’est pas tout. Comme Marine Le Pen, il souhaite que son pays quitte l’Otan. C’est inscrit noir sur blanc dans la plateforme de son parti rédigée en 2013. Le Kremlin ne peut rêver mieux.

Tsipras va-t-il pour autant tenter d’infléchir la politique russe de l’Union européenne qui doit être acceptée par chacun des 28 Etats membres ? Va-t-il détruire l’arsenal de sanctions adopté l’an dernier après l’annexion de la Crimée et l’invasion de l’Ukraine de l’est ?On le saura très vite. Le 12 février, les ministres des Affaires étrangères de l’UE doivent se réunir pour discuter de nouvelles mesures contre la Russieaprès l’avancée meurtrière des séparatistes vers Marioupol. Et puis en mars, l’interdiction de visas et le gel des avoirs concernant des dizaines d’Ukrainiens et Russes adoptés il y a un an arrivent à échéance et doivent être renouvelés, à l’unanimité.

Challenge's

Russie-Alexis Tsipras

rappelé à l'ordre par Martin Schulz

BERLIN, 28 janvier (Reuters) - Martin Schulz, président du Parlement européen, a prié mercredi le nouveau Premier ministre grec Alexis Tsipras de ne pas s'écarter de la position de l'UE vis-à-vis de la Russie dans le conflit ukrainien.

Un peu plus tôt, le ministre grec de l'Energie, Panagiotis Lafazanis, avait déclaré qu'Athènes était contre les sanctions imposées à la Russie, à la veille d'un conseil européen extraordinaire des Affaires étrangères sur la crise ukrainienne

Le gouvernement de Syriza

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche", #Euroboycott

Lu sur PCF Bassin (pour info) :

Bien sûr de nombreuses critiques sur ce gouvernement peuvent être formulées...

Grèce : l’épreuve de la constitution du gouvernement réussie par Syriza

Ephemeron

Alexis Tsipras a agi très rapidement pour donner les signes du changement. Premier chef de gouvernement dans l’histoire de la Grèce à refuser de jurer sur la Bible et devant un pope, il a effectué une visite symbolique dans la foulée de sa prise de fonction. Il a ainsi déposé une gerbe de fleurs dans le quartier athénien de Kessariani sur le monument aux 200 héros communistes de la Résistance exécutés par les nazis le 1er mai 1940.

Ce geste se veut symbole de la continuité historique entre les nombreuses générations qui se sont battues au péril de leur vie à travers les décennies – contre la barbarie, pour la démocratie, la justice sociale et l’indépendance nationale – et le nouveau gouvernement. C’est aussi un message aux néonazis de l’Aube dorée qui seront présents de nouveau au Parlement. Enfin, c’est un rappel à l’Allemagne concernant sa dette historique envers la Grèce.

L’alliance avec les Grecs indépendants

Conscient que le moindre vide de pouvoir pourrait avoir des conséquences imprévisibles, Tsipras a réussi à composer une majorité parlementaire avec le petit parti des Grecs indépendants. Bien sûr il s’agit là d’un choix qui pose problème, comme l’écrit justement Stathis Kouvelakis, membre de l’aile gauche de Syriza. Mais les Grecs indépendants ne sont pas un parti xénophobe comme on a pu le lire ici et là. C’est une formation conservatrice sur le plan sociétal, proche de l’Eglise orthodoxe et patriote à la limite du nationalisme. Elle ressemble donc à un parti de droite chrétienne comme il en existe beaucoup en Europe.

Le discours de son chef Panos Kammenos a parfois des relents complotistes. Mais il n’est en aucune façon un raciste xénophobe avéré, comme l’étaient à coup sûr de nombreux membres du précédent gouvernement. En effet, Il n’a jamais flirté avec l’Aube dorée, comme ont pu le faire régulièrement des collaborateurs proches d’Antonis Samaras.

C’est également ce qu’écrit la Amélie Poinssot, correspondante de Mediapart en Grèce, fondée entre autres sur le témoignage du journaliste Dimitris Psarras, l’un des meilleurs experts de l’extrême droite en Grèce. Celui-ci dit : “ Lorsque le parti s’est créé en 2012, il y avait en lui quelques éléments que l’on retrouve traditionnellement dans des partis d’extrême droite, comme le nationalisme, la dimension populiste, le rapport avec l’Église, un agenda anti-immigration. Mais l’identité de ce parti, c’est son positionnement anti-austérité. Dans son mode et son discours, je le caractériserais plutôt comme national-populiste. Il a par ailleurs complètement mis de côté les thèmes qu’il agitait en 2012.”

Concernant la question de l’immigration, le programme officiel des Grecs indépendants adopte certes un discours de « fermeté » mais qui est essentiellement du verbalisme. Dans le fond il ne demande que la reforme des accords européens (Dublin II et III) qui piègent des milliers de demandeurs d’asile dans le premier pays d’entrée à l’Union, en l’occurrence la Grèce.

Par ailleurs, la sous-ministre chargée de l’immigration Tassia Christodoulopoulou, membre de Syriza, est une défenderesse de long date des droits des immigrés. Celle-ci a annoncé très vite après sa prise de fonction son attention de naturaliser les milliers de jeunes d’origine étrangère nés en Grèce qui ne peuvent obtenir la nationalité Grecque ainsi que le remplacement les camps de rétention indignes pour les demandeurs d’asile par des centres d’accueil.

Au niveau économique le parti souverainiste de Kammenos a tenu bon sur sa ligne anti-austeritaire et pro-sociale depuis 2012 malgré les pressions incessantes incluant des tentatives de corruption de ses députes. Etant donné le fait que la relance de l’économie et la négociation de la dette sera la priorité du gouvernement il s’agit donc d’un choix pragmatique et cohérent de la part de Tsipras.

La participation de Kammenos au gouvernement en tant que ministre de la Défense compliquera un certain nombre de reformes importantes comme la séparation de l’Eglise et de l’Etat ou le mariage gay pour lequel Syriza est favorable. Mais elle permet à Tsipras de montrer qu’il a su composer un gouvernement d’union qui déborde largement le périmètre de son propre parti et de disposer au sein du gouvernement d’un interlocuteur crédible aux yeux des militaires. C’est aussi le point de vue de Panayotis Grigoriou, ethnologue, historien et chroniqueur infatigable du drame grec.

L’économie en priorité (mais sans banquier)

Sous la houlette de Yannis Dragasakis, vieux sage qui sera vice-premier ministre et coordinateur général, le gouvernement semble à la fois cohérent et équilibré. Les ministères de l’économie et du développement seront entre les mains des professeurs d’économie modérés, respectivement Yannis Varoufakis et Yorgos Stathakis.

Varoufakis a un profil intéressant : blogueur et twitto invétéré, il a été professeur d’économie en Australie et aux Etats-Unis avant de travailler pour la société des jeux vidéos mondialement connue Valve. Ancien conseiller de George Papandréou, il n’a pas sa langue dans sa poche. Connaisseur de l’establishment financier mondial il aura la charge de mener les négociations avec les créanciers. Ce choix, un peu surprenant, a fâché d’autres économistes plus à gauche comme Yannis Milios et Euclide Tsakalotos, pressentis pour ce ministère. Mais c’est un choix tactique intéressant en vue des négociations sur la dette qui peut s’avérer efficace.

Aux côtés de Varoufakis se retrouve une militante historique de la gauche grecque, Nadia Valavani, qui sera elle chargée de gérer le budget (et éventuellement de contrôler les mouvements du premier) . Une autre femme, Rania Antonopulou, directrice jusqu’à hier du programme Gender Equality and the Economy au Levy Institut de New York, prendra en charge la dure bataille contre le chômage. C’est une technocrate keynésienne plutôt classique qui défend le concept de l’Etat employeur en dernier ressort. Elle travaillera sous la houlette de Panos Skourletis très proche collaborateur de Tsipras et désormais ministre du travail.

Le choix d’économistes plutôt libéraux est contrebalancé par la nomination de Panayotis Lafazanis, chef de file de l’aile gauche de Syriza, au super ministère de la relance productive, de l’énergie et de environnement. Lafazanis, plutôt de tendance productiviste, sera flanqué par un sous-ministre de l’environnement membre des Verts, Yannis Tsironis. Ca sera intéressant d’observer si un équilibre sera trouvé ou si des conflits larvés se développeront entre Lafazanis le communiste et Tsironis l’écolo. En tout cas le premier a déjà fait savoir qu’il était hors de question de procéder à la privatisation de DEI, la société publique de production d’énergie, prévue par les accords du précédent gouvernement avec la Troïka.

Des universitaires et des activistes partout

Tsipras a décidé de créer un sous-ministère spécial pour la bataille contre la corruption, signe que c’est aussi une priorité pour son gouvernement. Il y a nommé Panayotis Nikoloudis, un procureur jusqu’à récemment à la tête de l’Autorité contre la corruption. La rude tâche de démocratiser les forces de police a été confiée au professeur de criminologie Yannis Panousis, ancien membre d’une formation qui n’a pas réussi son entrée au Parlement, la Gauche démocratique (DIMAR).

Son supérieur direct, ministre de l’intérieur, sera Nikos Voutsis cadre de Syriza expérimenté et pugnace qui a déjà eu maille à partir avec la police lors de nombreuses manifestation comme dans le cliché ci-dessous retweeté à foison. Le fait que le fils de Voutsis est un anarchiste revendiqué qui vient de sortir de prison rajoute du piment à la situation.
La santé sera confiée à un ancien du Pasok mais qui a tôt pris ses distance avec la politique de l’austérité, le non-voyant Panagiotis Kouroumplis. Nikos Kotzias un intellectuel reconnu d’origine social-démocrate et francophone sera ministre des affaires étrangères. Il incarne une ligne patriote de gauche, compatible avec Kammenos qui pourra permettre enfin à la Grèce de disposer d’une politique autonome et non pas vassalisé.

Le rappel de Tsipras aujourd’hui à Federica Mogherini, commissaire européenne aux affaires étrangères, qu’il ne faut pas oublier de consulter la Grèce avant de faire des déclarations au nom de tous les Etats membres au sujet du conflit Ukranien est surement inspiré par Kotzias. Il faut s’attendre donc à un rééquilibrage de la position grecque par rapport à la Russie, mais aussi Israel avec lequel les précédents gouvernements s’étaient rapprochés en dépit d’une relation historiquement privilégiée de la Grèce avec les pays arabes. Il faut dire aussi que de nombreux militants et proches de Syriza militent pour la cause palestinienne.

Enfin, Nikos Xydakis l’éditorialiste érudit du quotidien conservateur Kathimerini, devient sous-ministre de la Culture et Nikos Paraskevopoulos, professeur engagé depuis longtemps dans la défense des droits de l’homme et militant pour les droits des prisonniers, sera le nouveau ministre de la justice. Le constitutionnaliste Yorgos Katrougalos, personnalité montante de Syriza, quitte quant à lui son poste d’eurodeputé pour s’occuper de la reforme de l’administration, autre front urgent en Grèce.

6 femmes au gouvernement mais d’autres aussi ailleurs

Il y aura six femmes dans le gouvernement, dont au moins quatre ont des postes équivalents à ceux des ministres, même si elles n’en ont pas le titre. La tonitruante juriste et féministe convaincue Zoé Κonstantopoulou présidera elle le Parlement. C’est encore une première en Grèce. De ce poste elle aura la charge de discipliner les députés néonazis, habitués aux esclandres dans l’Hémicycle, et de mener à bien les diverses investigations parlementaires qui ne manqueront pas de se mettre en route relativement aux scandales du passé. C’est un pied de nez amusant après toutes les brimades que les députés machos de la droite lui avaient infligé ces dernières années (sans qu’elle ne se dégonfle bien entendu).

Zoé Κonstantopoulou et Rena Dourou, déjà présidente de l’immense Région d’Attique, sont les deux femmes les plus puissantes de Syriza, à moins de quarante ans. Le jeune Gabriel Sakellaridis, qui a failli gagner la mairie d’Athènes en juin, sera le porte-parole du gouvernement. C’est un réprésentant talentueux et populaires des trentenaires proches de Tsipras.

En conclusion, il s’agit d’un gouvernement divers et ouvert, dans lequel sont représentées trois formations politiques au-delà de Syriza (les Verts, la Gauche démocratique et les Grecs indépendants). Un gouvernement qui se veut rassurant pour les marchés et les créanciers, mais qui ménage également l’aile gauche de Syriza et récompense des personnes engagées depuis longtemps en faveur des droits sociaux. Les femmes y sont relativement nombreuses par rapport aux usages en Grèce, et à des postes clés. Les universitaires en constituent la colonne vertébrale.

Bien sûr de nombreuses critiques de ce gouvernement peuvent être formulées : les femmes pourraient être plus nombreuses ; la gauche radicale pourrait être plus ou mieux présentée, notamment aux ministères économiques ; Mais ce n’était pas un exercice facile de composer ce gouvernement qui doit s’attaquer très vite à des problèmes graves et urgents. A suivre.

Ephemeron

Posted on 27 January, 2015 by Niκος Smyrnaios

Marseille - Odessa : La solidarité antifasciste dans la maison du syndicat CGT des Bouches du Rhône

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine, #Réseaux communistes

Odessa, 1905, marins du Potemkine, dans le film d'Eisenstein.

Odessa, 1905, marins du Potemkine, dans le film d'Eisenstein.

Lu sur le blog de Daniele Bleitrach :

Monika cuve une grippe et se repose chez moi avant de tous nous retrouver à vENISSIEUX samedi et dimanche, Marianne est partie avec Eugène, Natalia, irina et Elena à Nice… Nous discutons de ce qui s’est passé hier à Marseille. Ce qui l’a le plus marqué c’est que dans cette ville portuaire la réunion a eu lieu dans la maison du syndicat de la CGT, en plein centre ville… Elle a trouvé le symbole très fort. Parce qu’à Odessa les gens qui campaient sur le champ de koulikouvo étaient venus là parce que la maison des syndicats, était un symbole, une maison commune pour y être protégés.Ceux qui ont fui l’attaque des bandéristes se sont réfugiés à l’intérieur de la maison pour là encore y être protégés et là les attendaient la mort, non seulement les cocktails molotov, mais aussi des gens qui les tuaient par balle et les brulaient après.

Peut-être la qualité de l’émotion si forte hier dans cette grande bâtisse de l’Union départementale CGT était-elle dûe à cette vague sensation qu’un jour ce lieu refuge des travailleurs, face à tous les arbitraires, pourrait subir les assauts fascistes?


Eugène, le secrétaire du Parti communiste d’Ukraine d’Odessa, a expliqué qu’un sympathisant qui s’occupait de la maintenance dans la maison des syndicats leur avait dit qu’il surveillait l’état des tuyaux à eau et que celui-ci était correct, mais le jour où l’incendie a été provoqué non seulement les fascistes sont allés bloquer les voitures de pompier, les empêchant de sortir de leur garage proche, mais les tuyaux de la maison des syndicats étaient percés, l’eau n’arrivait pas quand certains militants tentaient d’éteindre l’incendie. Il est clair que tout a été organisé pour que ce crime ait lieu, la venue d’une masse de supporters déjà célèbres pour leur adhésion au nazisme, mais au milieu de ces hooligans des bandes armées de Pravy sektor.
Nous continuons à discuter avec Monika, le 2 mai non plus ce n’est pas un hasard: Hitler brise les syndicats au lendemain du 1er mai 1933 .Le 2 mai 1933, Hitler remplace les syndicats par le « Front Allemand du Travail » qui regroupe employeurs et employés et fonctionne selon les règles établies par le « Führer ».Lorsque Hitler arrive au pouvoir en 1933 la classe ouvrière, soutenue par les syndicats, ne lui est pas acquise. Il décide d’anéantir les syndicats pour gagner tous les ouvriers à sa cause. Depuis 1890, les ouvriers qui veulent défilent le 1er mai doivent prendre un jour de congé. Hitler déclare le 1er mai férié et chômé. Il en fait un jour de fête « à la gloire du travail national ». Les syndicats sont rassurés et participent aux festivités organisées par le gouvernement.


Mais dès le lendemain, Conformément à l’ordre donné le 21 avril par Goebbels, ministre de la propagande, les SS (Section d’Assaut) et SA (Groupe de Protection) prennent d’assaut les bâtiments des syndicats dans toute l’Allemagne à 10 h ! Un grand nombre de syndicalistes est arrêté ou déporté dans des camps de concentration. Hitler remplace tous les syndicats par le « Front Allemand du travail», qui est en réalité une organisation d’endoctrinement.

Coïncidence? Peut-être mais pas sûr, il ne faut pas oublier que Bandera, que l’Ukraine du Maïdan a transformé en héros, terminera sa carrière de collaborateur recruté par les services d’espionnage allemand dans le cadre de la guerre froide. D’autres de ses lieutenants sont recrutés par les Etats-Unis. L’Allemagne, en particulier Munich, devient le lieu refuge d’une bonne partie des bandéristes qui partagent les valeurs des néo-nazis non repentis, leur célébrations et leurs fêtes… Est-ce que kolomojeski, l’oligarque juif qui se prend pour Hitler (l’ami de BHL)et que tout le monde sait être l’instigateur de cette provocation a poussé l’enthousiasme jusqu’à choisir cette date? Qui peut savoir dans cette affaire il y a une espèce de délire historique avec ses meurtres de masse… Et on s’interrogera toujours sur cette étrange célébration de l’attaque du syndicalisme par le nazisme dans Odessa, la ville juive par excellence…

C’est dire si le symbole de cette réunion dans la maison des syndicats à Marseille est fort… Les syndicalistes qui accueillent les victimes de ce crime horrible l’ont fait en étant tout à fait conscient qu’ils redonnaient à leur propre maison du syndicat sa fonction de refuge, de maison commune des opprimés… Ils parlent peu mais tout au long de la journée leur émotion a été palpable, leur engagement sans faille… Et quand tout le monde se quitte le soir, les deux jeunes gaillards qui nous raccompagnent ont la gorge serrée, ils contemplent les amis ukrainiens avec admiration et même reconnaissance: « ça fait du bien de voir des gens qui se situent à ce niveau de courage! »

Comment dire aussi l’assistance, une centaine de personnes, parmi eux une majorité de jeunes, comme à Lille, le Mouvement de la jeunesse communiste est co-organisateur. Et quand Elena leur parle de son fils de 26 ans, ingénieur en informatique tué par les fascistes dans cette maison en flamme ou du jeune kommsomol de 17 ans tué dans les mêmes circonstances, ils ont ce masque de la jeunesse quand elle rencontre un idéal. Un autre moment fort quand Eugène Tsarkhov et Natalia Touroukhina, les deux dirigeants communistes sortent de leur bagage, l’exacte réplique du drapeau jadis planté sur le Reichstag par l’armée rouge et Eugène le tend à Charles hoareau, le leader de la CGT, la salle frémit à l’unisson à l’idée que désormais un nouveau combat contre le fascisme les unit. Maxime, un jeune syndicaliste qui a été le maître d’œuvre de l’exposition s’en empare le poing levé et la salle se lève en chantant l’internationale..

Danielle Bleitrach et Monika Karbowska

Conversation avec le Président syrien Bachar al-Assad (Foreign Affairs Magazine)

30 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

Conversation avec le Président syrien Bachar al-Assad (Foreign Affairs Magazine)

Envoyé par Roland Diagne

 

Le Président syrien Bachar al-Assad a accordé une entrevue à M. Jonathan Tepperman, Rédacteur en chef du Foreign Affairs Magazine. Voici le texte intégral publié simultanément le lundi 26 janvier 2015, en anglais et en arabe, par le magazine newyorkais, le site de la Présidence syrienne et l'Agence Arabe Syrienne d'Information SANA.

Foreign Affairs Magazine

 

1. J'aimerais commencer par vous interroger sur la guerre. Elle dure depuis près de quatre années et vous en connaissez les statistiques : selon l'ONU, plus de deux cent mille personnes tuées, un million de blessés et plus de trois millions de Syriens ayant fui le pays. Vos forces ont aussi subi de lourdes pertes. La guerre ne peut durer éternellement. Comment en voyez-vous la fin ?

Partout dans monde, toutes les guerres se sont toujours soldées par une solution politique parce que la guerre, en elle-même, n'est pas la solution. La guerre est l'un des instruments de la politique. Ainsi vous finissez par une solution politique. Globalement, c'est ainsi que nous la voyons.

2. Vous ne pensez pas que cette guerre se réglera militairement ?

Non. Toute guerre se termine par une solution politique.

3. Votre pays est de plus en plus divisé. On pourrait parler de trois mini-états : l'un contrôlé par le gouvernement, l'autre contrôlé par l'EIIL et Jabhat al-Nousra, puis un autre contrôlé par l'opposition sunnite et kurde plus laïque. Comment allez-vous faire pour rassembler et réunifier la Syrie ?

Tout d'abord, cette image n'est pas exacte, parce que vous ne pouvez parler de mini-états sans parler des gens qui y vivent. Le peuple syrien est toujours pour l'unité de la Syrie et soutient toujours son gouvernement. Les factions que vous avez citées contrôlent certaines régions, mais se déplacent d'une région à une autre. Elles sont instables, sans lignes de démarcation claires entre les différentes forces. Parfois, elles s'associent avant de se déplacer. La question principale concerne la population. Et la population soutient toujours l'État indépendamment de son soutien, ou non, à sa politique. Je veux dire que la population soutient l'État en tant que représentant de l'unité de la Syrie. Donc, tant que le peuple syrien croit en l'unité, tout gouvernement et tout représentant officiel peut unifier la Syrie. En revanche, si le peuple est divisé en deux, trois ou quatre groupes, nul ne peut unifier le pays. Voilà comment nous voyons les choses.

4. Vous pensez vraiment que les sunnites et les Kurdes croient encore en une Syrie unifiée ?

Si vous vous rendiez à Damas aujourd'hui, vous constateriez que les différentes couleurs de notre société -disons le-ainsi- vivent ensemble. En Syrie, les divisions ne se fondent pas sur des bases confessionnelles ou ethniques. Même dans la région kurde dont vous parlez, nous avons deux couleurs différentes : les Arabes étant plus nombreux que les Kurdes. Il ne s'agit donc pas d'une question d'ordre ethnique, mais de factions qui contrôlent, militairement, certaines zones du pays.

5. Il y a un an, l'opposition ainsi que les gouvernements étrangers soutenaient que votre destitution était la condition préalable aux négociations. Ce n'est plus le cas. Les diplomates sont maintenant à la recherche d'une solution intermédiaire qui vous permettrait de garder un rôle. Aujourd'hui même, le New York Times a publié un article concernant le soutien appuyé des États-Unis en faveur des initiatives de paix russe et onusienne. L'article souligne que : « L'Occident n'exige pratiquement plus que le président de la Syrie quitte immédiatement le pouvoir ». Vu ce changement d'attitude de la part de l'Occident, êtes-vous désormais plus ouvert à une solution négociée du conflit menant à une transition politique ?

Dès le tout début nous étions ouverts. Nous nous sommes engagés dans un dialogue avec chaque partie en Syrie, qu'il s'agisse d'un parti, d'un courant, d'une personnalité et de n'importe quelle entité politiques. Nous avons modifié la Constitution et nous sommes ouverts à toutes les discussions. Mais quand vous voulez agir, vous ne le faites pas en fonction de l'opposition ou du gouvernement, mais en fonction des Syriens. Il se trouve parfois que vous ayez affaire à une majorité qui n'appartient à aucun courant. Donc, aussi longtemps que vous vous attaquez à un problème national et que vous voulez le changement, chaque Syrien a son mot à dire. Ainsi, le dialogue ne peut se résumer au gouvernement et à l'opposition, mais doit s'instaurer entre les différentes parties et entités syriennes. Voilà comment nous envisageons le dialogue. C'est là un premier point. Le deuxième est que, quelle que soit la solution que vous adoptiez, vous devrez finalement revenir vers le peuple par voie de référendum, parce que vous parlez de Constitution ou de modification d'un système politique. Vous devrez consulter le peuple syrien. Ce n'est pas la même chose que de s'engager dans un dialogue et de prendre des décisions. Le dialogue ne peut se faire uniquement entre le gouvernement et l'opposition.

6. Donc, vous êtes entrain de dire que vous n'accepterez aucune sorte de transition politique qui n'ait été soutenue par voie référendaire ?

Exactement. C'est au peuple de prendre la décision et à personne d'autre.

7. Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas place pour les négociations ?

Non, nous irons en Russie, nous nous rendrons à ces négociations, mais la question qui se pose est : avec qui négocierons-nous ? En tant que gouvernement, nous avons des institutions, nous avons une armée, et nous avons une influence, positive ou négative, dans n'importe quelle direction et à tout moment ; alors que les gens avec lesquels nous allons négocier : qui représentent-ils ? Là est la question. Parler d'opposition implique d'en préciser le sens. En général, l'opposition dispose de représentants dans l'administration locale, au parlement, dans les institutions, et ses représentants doivent s'appuyer sur des racines populaires qui les délèguent. Dans la crise actuelle, vous devez vous poser des questions quant à l'influence de l'opposition sur le terrain. Vous devez vous rappeler ce que les rebelles ont déclaré publiquement et à plusieurs reprises : « l'opposition ne nous représente pas ». Si donc, vous envisagez un dialogue fructueux, il devra être entre le gouvernement et les rebelles. Par ailleurs, l'opposition signifie qu'elle est nationale, c'est-à-dire de travailler dans l'intérêt du peuple syrien. Il ne peut s'agir de marionnettes du Qatar, de l'Arabie saoudite, ou de n'importe quel pays occidental dont les États-Unis, payées par l'étranger. Elle doit être syrienne. Nous avons une opposition nationale. Je ne l'exclue pas ; je ne dis pas que toute opposition est illégitime. Mais vous devez distinguer entre le national et les marionnettes. Tout dialogue n'est pas fructueux.

8. Est-ce que cela signifie que vous ne voulez pas rencontrer les forces de l'opposition soutenues par des pays étrangers ?

Nous allons rencontrer tout le monde. Nous n'avons pas posé de conditions.

9. Pas de conditions ?

Pas de conditions.

10. Vous rencontrerez tout le monde ?

Oui, nous allons rencontrer tout le monde. Mais il faudra demander à chacun : « Qui représentez-vous ? ». C'est ce que je veux dire.

11. Si je ne me trompe, l'adjoint de l'Émissaire spécial de l'ONU Staffan de Mistura est actuellement en Syrie. Comme mesure provisoire, ils proposent un cessez-le feu et un gel des combats à Alep. Accepteriez-vous cette proposition ?

Oui, bien sûr. Nous l'avons pratiquée bien avant que de Mistura n'ait pris ses fonctions. Nous l'avons mise en œuvre à Homs, une autre grande ville, et l'avons aussi expérimentée à plus petite échelle dans différentes banlieues, villages ou autres. Elle a réussi. L'idée est donc très bonne, mais dépend des détails. De Mistura est venu en Syrie avec de gros titres. Nous en avons accepté certains et attendons son calendrier ou son plan détaillé de A à Z. Nous en discutons avec son adjoint.

12. Dans le passé, vous avez exigé, comme condition préalable au cessez-le-feu, que les rebelles déposent leurs armes ; ce qui, de leur point de vue, est évidemment inacceptable. Est-ce toujours votre pré-condition ?

Nous choisissons différents scénarios ou différentes réconciliations. Dans certaines régions, nous leur avons permis de quitter les zones habitées afin d'éviter des victimes parmi les civils. Ils ont quitté en emportant leurs armements. Dans d'autres régions, ils ont déposé leurs armes avant de quitter. Cela dépend de ce qu'ils offrent et de ce que vous leur proposez.

13. Je ne suis pas sûr d'avoir compris votre réponse. Exigez-vous qu'ils déposent leurs armes ?

Non. Je n'ai pas dit cela. J'ai dit que dans certaines régions, ils ont abandonné le terrain sans déposer leurs armes.

14. Êtes-vous optimiste sur les négociations de Moscou ?

Ce qui se passe à Moscou ne correspond pas à des négociations sur la solution; ce ne sont que les préparatifs en vue de la conférence.

15. Donc, des négociations vers les négociations ?

Exactement, ou comment se préparer aux négociations. S'agissant d'une conférence, il s'agit d'en déterminer les principes. Je reviens vers le même point sur lequel vous me permettrez d'être franc : comme je l'ai déjà dit, certains groupes sont des marionnettes manipulées par d'autres pays et doivent mettre en œuvre leur agenda. Je sais que nombre de pays, telle la France par exemple, n'ont pas intérêt à ce que cette conférence réussisse. Ils donneront donc des ordres pour qu'elle échoue. Vous avez d'autres personnalités qui ne représentent qu'eux-mêmes. Ils ne représentent personne en Syrie, certains n'ayant jamais vécu au pays ne connaissent rien de la Syrie. Et, bien sûr, vous avez d'autres personnalités qui travaillent pour l'intérêt national. Donc, quand vous parlez de l'opposition comme d'une seule entité, il s'agit de savoir qui va influencer l'autre. Là est la question. Ce n'est pas clair pour le moment. Par conséquent, l'optimisme serait exagéré. Je ne dirais pas que je suis pessimiste. Je dirais que nous avons espoir dans chaque action.

16. Il semble que ces derniers temps les Américains soient devenus plus favorables aux pourparlers de Moscou. Au départ, ils ne l'étaient pas. Hier, le secrétaire d'État Kerry a laissé entendre que les États-Unis espéraient que les négociations avancent et qu'elles réussissent.

Ils disent toujours des choses, mais il s'agit de ce qu'ils vont faire. Et vous savez qu'il y a de la méfiance entre les Syriens et les États-Unis Il suffit donc d'attendre ce qui se passera lors de la conférence.

17. Selon vous, quel serait le meilleur moyen pour conclure un accord entre toutes les parties intervenant en Syrie ?

Ce serait de traiter directement avec les rebelles, en sachant que vous avez deux types de rebelles. La majorité est représentée par Al-Qaïda, c'est-à-dire l'EIIL, Jabhat al-Nousra et d'autres factions similaires, moins importantes, mais qui appartiennent aussi à Al-Qaïda. Le reste correspond à ce qu'Obama a désigné par « fantasy » et qu'il a qualifié d'opposition modérée. Ce n'est pas une opposition. Ce sont des rebelles. La plupart d'entre eux ont rejoint Al-Qaïda et, récemment, certains ont rejoint l'Armée. La semaine dernière, beaucoup ont quitté leurs groupes pour la rejoindre.

18. Ceux qui sont revenus étaient des déserteurs ?

Oui, ils sont revenus vers l'armée en disant : « Nous ne voulons plus nous battre ». Ainsi, ceux qui restent de ce groupe sont peu nombreux. Au bout de ce compte, pouvez-vous négocier avec Al-Qaïda et ceux-là ? Eux ne sont pas prêts à négocier. Ils ont leur propre plan. La réconciliation que nous avions initiée et que M. de Mistura va continuer est la solution pratique sur le terrain. Ceci est un premier point. Le deuxième est que vous devez appliquer la Résolution du Conseil de sécurité N° 2170, adoptée il y a quelques mois, et relative à Jabhat al-Nousra et à l'EIIL. Cette résolution est très claire et interdit à quiconque de soutenir ces factions militairement, financièrement ou logistiquement ; alors que la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar le font encore. Si elle n'est pas mise en œuvre, nous ne pourrons pas parler d'une véritable solution, car les obstacles persisteront tant qu'ils dépenseront leur argent. C'est d'ailleurs par là qu'il faudrait commencer. Le troisième point est que les pays occidentaux doivent ôter le parapluie couvrant ceux qu'ils présentent comme une opposition modérée. Ils savent que nous avons principalement affaire à Al-Qaïda, à l'EIIL et à Al- Nousra.

19. Seriez-vous prêt à prendre des mesures pouvant renforcer la confiance avant les pourparlers [de Moscou] ? Par exemple : échanges de prisonniers, arrêt de l'utilisation de bombes à canon, libération de prisonniers politiques, dans le but de prouver au camp adverse que vous êtes prêt à négocier de bonne foi ?

Il ne s'agit pas d'une relation personnelle, mais de mécanismes. En politique, on ne parle que des mécanismes. Il n'est pas nécessaire d'avoir confiance en quelqu'un pour agir. Si le mécanisme est clair, vous pouvez parvenir à un résultat. C'est ce que veut le peuple. La question est : quel mécanisme pouvons-nous mettre en place ? Ce qui nous ramène au même questionnement. Qui sont-ils ? Qui représentent-ils ? Quelle influence ont-ils ? Sur quel point construire la confiance avec des gens sans influence ?

20. Quand deux parties se rejoignent, il est souvent très utile que l'une des deux montre à l'autre partie qu'elle souhaite vraiment avancer, en prenant des mesures unilatérales pour tenter de réduire la fièvre. Les mesures que j'ai décrites auraient cet effet.

Vous disposez d'une chose concrète, et c'est la réconciliation. Ils ont abandonné leurs armes, nous leur avons donné l'amnistie, ils mènent une vie normale. C'est un exemple réel et c'est une mesure de confiance. D'autre part, quel rapport y'a-t-il entre cette opposition et les prisonniers ? Il n'en y a aucun. De toute façon, ces prisonniers ne sont pas des leurs et c'est donc une toute autre question.

21. Ainsi, vous avez offert l'amnistie aux combattants ?

Oui, bien sûr, et nous l'avons fait à plusieurs reprises.

22. Combien ? Avez-vous des chiffres ?

Je n'ai pas de chiffres précis, mais il s'agit de milliers de combattants et non de quelques centaines.

23.Êtes-vous prêt à dire à l'opposition, toute entière, que si elle déposait les armes, elle serait hors de danger ?

Oui. Je l'ai dit publiquement dans un de mes discours.

24. Comment pouvez-vous garantir qu'ils seront en sécurité ? Parce qu'ils ont des raisons de se méfier de votre gouvernement.

Vous ne pouvez pas. Mais, en fin de compte, nous avons ainsi obtenu plus de 50% de réussites, ce qui est un succès dans de telles circonstances. C'est ainsi. Rien n'est absolu. Vous devez vous attendre à certains aspects négatifs, mais ce n'est pas l'essentiel.

25. Permettez-moi de passer à un autre sujet. Le Hezbollah, la Force Al-Qods d'Iran et les milices chiites entraînées par les Iraniens jouent désormais un rôle important dans la lutte contre les rebelles ici, en Syrie. Compte tenu de ce fait, êtes-vous inquiet de l'influence de l'Iran sur le pays ? Après tout, l'Irak et même le Liban montrent qu'une fois une puissance militaire étrangère installée dans un pays, il peut être très difficile de lui demander de repartir.

L'Iran est un pays important dans cette région et il était influent avant la crise. Cette influence n'est donc pas liée à la crise. Elle est liée à son rôle et à son positionnement politique général. Différents facteurs font qu'un pays donné est influent. Au Moyen-Orient, notre région, vous avez une même société, les mêmes idées, beaucoup de choses qui se ressemblent, et les mêmes tribus qui vont et viennent à travers les frontières. Donc, si vous pouvez influer sur un facteur, votre influence franchira les frontières. Cela fait partie de notre nature et n'est pas source de discorde. Mais, il est évident qu'en cas de conflits et d'anarchie, un autre pays peut exercer un surcroit d'influence sur le vôtre. C'est ce qui arrive lorsque vous n'avez pas la volonté d'être un pays souverain. Ceci étant dit, la réponse à votre question est que l'Iran n'a aucune ambition en Syrie et nous, en tant que pays, nous ne permettrons jamais à n'importe quel autre pays d'influer sur notre souveraineté. Nous ne l'accepterions pas et les Iraniens ne le souhaitent pas non plus. Nous acceptons la coopération. Si nous acceptions de subir l'influence de n'importe quel pays, pourquoi refuserions-nous celle des États-Unis ? Là est le problème avec les Américains et avec l'Occident : ils veulent l'influence, non la coopération.

26. Permettez-moi de vous pousser un peu plus loin. La semaine dernière, un commandant des forces aérospatiales des Gardiens de la Révolution islamique, le général Hajizadeh, a déclaré que le Guide suprême de l'Iran a ordonné à ses forces de construire et d'exploiter des usines de missiles en Syrie. Ceci suggère que l'Iran est en train de jouer un rôle plus important et le fait de son propre chef.

Non, non. Jouer un rôle par coopération est différent de jouer un rôle par hégémonie.

27. Donc, tout ce que l'Iran est en train de faire …?

Bien sûr… c'est en pleine coopération avec le gouvernement syrien, comme toujours.

28. L'Iran est un pays, mais vous avez des milices qui sont des acteurs sub-étatiques plus compliqués à gérer. Le problème lorsqu'on travaille avec ces groupes est que, contrairement à un gouvernement, ils peuvent ne pas être disposés à coopérer et il n'est pas toujours clair à qui s'adresser. N'êtes-vous pas inquiet de ne pouvoir les contrôler et les freiner s'il le fallait ? Une deuxième question étroitement liée : cette semaine, Israël a attaqué les forces du Hezbollah dans le Golan, les Israéliens suggérant qu'ils l'ont fait parce que le Hezbollah préparait une attaque contre Israël à partir du territoire syrien. Est-ce que cela ne met pas aussi en évidence le danger de laisser des milices ayant leurs propres agendas, pas nécessairement les vôtres, intervenir dans la guerre?

Vous parlez de milices syriennes ou, plus généralement, de toutes les autres ?

29. Je parle, plus particulièrement, du Hezbollah et des milices chiites irakiennes

Disons que, normalement, seules les institutions gouvernementales et étatiques sont la garantie de la stabilité et de l'ordre. Mais, dans certaines circonstances, tout autre facteur qui jouerait un rôle parallèle pourrait se révéler positif et bénéfique, en sachant qu'il y'aura toujours des effets secondaires négatifs. Les milices qui soutiennent le gouvernement sont un effet secondaire de la guerre. C'est dans la nature des choses. Elles sont là et vous tentez de contrôler leurs effets, parce que tout le monde sera plus tranquille si elles coopèrent avec les institutions gouvernementales, l'Armée, la police… Ce qui s'est passé à Quneitra est complètement différent. Depuis le cessez-le feu de 1974, il n'y a jamais eu d'opération contre Israël à partir du Golan. Ce n'est jamais arrivé. Donc, qu'Israël prétende avoir agi contre une opération planifiée est fort loin de la vérité, juste une excuse parce que les israéliens ont voulu assassiner quelqu'un du Hezbollah.

30. Pourtant, depuis le début de la guerre, les Israéliens ont été très attentifs à ne s'impliquer que s'ils considéraient que leurs intérêts étaient directement menacés.

Ce n'est pas vrai, car ils lancent des attaques contre la Syrie depuis près de deux années, sans aucune raison.

31. Dans chaque cas, ils ont déclaré que c'était à cause des armes offertes au Hezbollah par l'Iran et acheminées à travers la Syrie.

Ils ont attaqué les positions de l'Armée [syrienne]. Quel rapport entre le Hezbollah et l'Armée ?

32. Dans ces cas, l'armée aurait été accidentellement bombardée…

Ce sont de fausses allégations.

33. Selon vous, quel serait l'agenda d'Israël ?

Ils soutiennent les rebelles en Syrie. C'est très clair. À chaque fois que nous progressons quelque part, ils lancent une attaque dans le but de saper l'armée. D'où la blague de certains Syriens : « Comment pouvez-vous dire qu'Al-Qaïda ne dispose pas d'une armée de l'air ? Elle dispose de la force aérienne israélienne ».

34. Pour revenir à ma question sur les milices, êtes-vous sûr que vous serez capable de les contrôler quand cette guerre prendra fin. Après tout, la souveraineté effective de n'importe quel gouvernement exige qu'il ait ce que l'on appelle le monopole de la force ; ce qui est très difficile quand vous avez ces groupes armés indépendants dans les parages ?

C'est évident : l'État ne peut s'acquitter de ses obligations envers la société s'il n'est pas le seul maître de l'ordre.

35. Pourtant, vous avez constaté combien c'est devenu difficile, pour le gouvernement irakien, de contrôler toutes les milices chiites qui se sont renforcées pendant la guerre.

En Irak, il y a une raison très importante à cela : Paul Bremer n'a pas créé une Constitution pour l'État; il l'a créée pour les factions. Alors qu'en Syrie, si l'armée a tenu bon pendant quatre années en dépit de l'embargo et de la guerre menée par des dizaines de pays à travers le monde, lesquels l'ont attaquée et ont soutenu les rebelles, c'est parce qu'elle dispose d'une réelle et véritable Constitution laïque. En Irak, la Constitution est sectaire. C'est dire que ce n'est pas une Constitution.

36. Mais que ferez-vous face à ces milices, une fois la guerre terminée ?

Les choses devraient revenir à la normale, comme avant la guerre.

37. Et vous êtes confiant… ?

Oui. Nous n'avons pas d'autre choix. C'est le rôle du gouvernement. Cela va de soi.

38. Quel est l'impact de la baisse des prix du pétrole sur la guerre en Syrie ? Après tout, vos deux plus proches alliés et soutiens, l'Iran et la Russie, sont très dépendants des prix du pétrole et ont subi de considérables dégâts budgétaires ces derniers mois, à cause de cette baisse. N'êtes-vous pas inquiet qu'ils ne soient plus en mesure de continuer à vous aider ?

Non, cela n'a pas d'effets sur la Syrie parce qu'ils ne nous donnent pas d'argent. Et quand ils nous aident, c'est sous forme de prêts. Nous sommes comme tout autre pays. Parfois nous payons, parfois nous avons recours à des prêts.

39. Mais leur soutien militaire leur coûte de l'argent, et ils disposent de moins d'argent pour payer leurs propres forces armées, ceci ne risque t-il pas de devenir un problème ?

Non, parce que quand vous payez les armes ou toute autre marchandise, vous n'avez pas de problème.

40. Vous dites que tout ce que vous obtenez des Russes et Iraniens… ?

Jusqu'à présent, nous n'avons pas constaté de changements. Je ne peux donc pas répondre à votre question concernant l'impact [de la baisse des prix du pétrole] qu'ils subissent.

41. Lors de précédentes entrevues, vous avez dit que vous, et votre gouvernement, aviez commis des erreurs au cours de cette guerre. Quelles sont ces erreurs ? Y'a-t-il des choses que vous regretteriez ?

Tout gouvernement et toute personne commettent des erreurs. Une fois de plus, c'est une donnée évidente. Mais lorsqu'il s'agit d'erreurs politiques, il faudrait que vous reveniez sur les principales décisions prises depuis le début de la crise. Nous en avons pris trois principales : premièrement, rester ouverts à tout dialogue ; deuxièmement, modifier la Constitution et la Loi dans le sens souhaité par beaucoup d'opposants qui prétendaient qu'elles étaient autant de raisons de la crise ; troisièmement, défendre notre pays pour nous défendre nous-mêmes et combattre les terroristes. Je ne pense pas que ces trois décisions aient été mauvaises et puissent être présentées comme des erreurs. En revanche, si vous parler de pratiques, n'importe quel fonctionnaire, n'importe où, est susceptible de commettre des erreurs. Il y a donc une différence entre les erreurs de pratique et les erreurs de politique.

42. Pouvez-vous décrire certaines erreurs de pratique ?

Pour cela, je devrais revenir vers les fonctionnaires sur le terrain. En cet instant, rien de précis ne me vient à l'esprit. Je préfère parler des politiques.

43. Pensez-vous qu'il y a eu des erreurs de politique dont vous seriez responsable ?

J'ai déjà mentionné les principales décisions.

44. Mais vous avez dit que ce n'étaient pas des erreurs.

Défendre le pays contre le terrorisme ? Si j'avais voulu vous dire que c'étaient des erreurs, j'aurais dit qu'il serait préférable de soutenir les terroristes.

45. Je demande juste s'il y a quelque chose que vous avez fait et que, rétrospectivement, vous feriez autrement.

Concernant ces trois principales décisions, elles étaient bonnes, j'en suis sûr.

46. Concernant les erreurs de pratiques commises à un niveau inférieur, est-ce que les responsables ont rendu des comptes pour, par exemple, les violations des droits de l'homme, l'usage excessif de la force, le ciblage au hasard des civils, et ce genre de choses ?

Oui. Certaines personnes ont été arrêtées parce qu'elles avaient violé la loi dans ces domaines ; ce qui, évidemment, arrive dans de telles circonstances.

47. En rapport avec les civils et les manifestants. Est-ce à cela que vous faites allusion ?

Oui, tout au début des manifestations. Oui.

48. Depuis que les États-Unis ont lancé leur campagne aérienne contre l'État islamique, eux et la Syrie sont devenus d'étranges partenaires coopérant effectivement dans ce combat. Voyez-vous la possibilité d'une coopération accrue avec les États-Unis ?

La possibilité est certainement toujours là, parce nous en parlons et que nous sollicitons une coopération internationale contre le terrorisme depuis trente ans. Mais cette possibilité nécessite de la volonté. La question que nous posons est : est-ce que les États-Unis ont vraiment la volonté de combattre le terrorisme sur le terrain ? Jusqu'à présent, nous n'avons pas constaté quelque chose de concret malgré leurs attaques contre l'EIIL dans le nord de la Syrie. Rien de concret. Ce que nous avons vu est, disons, juste une vitrine. Rien de réel. Depuis le début de ces attaques, l'EIIL a gagné plus de terrain en Syrie et en Irak.

49. Qu'en est-il des frappes aériennes sur Kobané ? Elles ont été efficaces pour ralentir l'EIIL.

Kobané est une petite ville d'environ 50 000 habitants. Cela fait plus de trois mois que les frappes ont commencé, et ils n'en ont pas terminé. Des surfaces identiques occupées par les mêmes factions d'Al-Qaïda ont été libérées par l'Armée syrienne en moins de trois semaines. Cela signifie qu'ils ne sont pas sérieux dans leur lutte contre le terrorisme.

50. Donc, vous êtes entrain de dire que vous voudriez que les États-Unis s'impliquent plus dans la guerre contre l'EIIL ?

Il ne s'agit pas de plus d'implication militaire, parce que le problème n'est pas seulement militaire, mais politique. Jusqu'à quel point les États-Unis veulent-ils agir sur les Turcs ? Car si les terroristes ont pu résister aux frappes aériennes pendant toute cette période, c'est bien parce que la Turquie continue à leur envoyer des armes et de l'argent. Est-ce que les États-Unis ont mis la pression sur la Turquie pour qu'elle cesse de soutenir Al-Qaïda ? Ils ne l'ont pas fait. Il ne s'agit donc pas d'implication militaire US uniquement. Ensuite, concernant l'engagement militaire, les responsables américains admettent publiquement que sans troupes au sol, ils ne pourront aboutir à rien de concret. De quelles troupes au sol disposent-ils ?

51. Vous suggérez qu'il devrait y avoir des troupes US sur le terrain ?

Pas des troupes US. Je parle d'un principe, le principe militaire. Je ne parle pas de troupes US. Si vous dites que vous voulez faire la guerre contre le terrorisme, il vous faudra des troupes sur le terrain. Alors, la question que vous devez poser aux Américains est : sur quelles troupes allez-vous compter ? Ce sera, sans aucun doute, sur les troupes syriennes. C'est notre terre, c'est notre pays. Nous en sommes responsables. Nous ne sollicitons aucunement des troupes US.

52. Alors, qu'attendez-vous des États-Unis ? Vous avez mentionné plus de pression sur la Turquie…

Pression sur la Turquie, pression sur l'Arabie saoudite, pression sur le Qatar, pour qu'ils arrêtent de soutenir les rebelles. Deuxièmement, coopération légale avec la Syrie en commençant par demander l'autorisation de notre gouvernement avant de mener ces attaques. Ils ne l'ont pas fait. C'est donc illégal.

53. Je suis désolé, je n'ai pas bien saisi. Vous voulez qu'ils rendent légal… ?

Bien sûr, si vous envisagez n'importe quel type d'action dans un autre pays, vous lui demandez une autorisation.

54. Je vois. Un accord formel entre Washington et Damas autorisant les frappes aériennes ?

La forme, nous pouvons en discuter plus tard, mais vous commencez par l'autorisation. Sous forme d'accord ? Sous forme de traité ? C'est une autre question.

55. Et vous seriez prêts à franchir le pas pour faciliter la coopération avec Washington ?

Avec tout pays qui serait sérieux en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Nous sommes prêts à coopérer, s'ils sont sérieux.

56. Quelles mesures seriez-vous prêts à prendre pour prouver à Washington que vous voulez coopérer ?

Je pense que c'est à eux de prouver cette volonté. Nous nous battons déjà sur le terrain. Nous n'avons pas à le démontrer.

57. Les États-Unis sont actuellement entrain de former 5000 combattants syriens et ont programmé leur entrée sur le territoire syrien en mai. Maintenant, le général américain John Allen a été très prudent en déclarant que ces troupes ne seront pas dirigées contre le gouvernement syrien, mais se focaliseront sur l'EIIL uniquement. Que ferez-vous quand ces troupes entreront dans le pays ? Allez-vous leur permettre d'entrer ? Allez-vous les attaquer ?

Les troupes qui ne travaillent pas en collaboration avec l'Armée syrienne sont illégales et devraient être combattues. C'est très clair.

58. Même si cela vous amène à entrer en conflit avec les États-Unis ?

Sans coopération avec les troupes syriennes, elles sont illégales et sont les pantins d'un autre pays. Elles seront donc combattues comme toute autre milice illégale se battant contre l'Armée syrienne. Mais cela amène une autre question à propos de ces troupes. Obama les a qualifiées de « fantasy ». Comment un fantasme devient-il réalité ?

59. Je pense que c'est avec cette sorte de programme de formation.

Mais vous ne pouvez pas former un extrémisme modéré.

60. Il y a encore quelques éléments modérés dans l'opposition. Ils sont de plus en plus faibles, mais je pense que le gouvernement US tente, très soigneusement, de s'assurer que les combattants qu'il forme ne sont pas radicaux.

Reste à savoir pourquoi l'opposition modérée -vous les appelez opposition, nous les appelons rebelles- est de plus en plus faible ? C'est bien en raison de l'évolution de la crise syrienne. En ramener 5000 de l'extérieur conduira à ce que la plupart d'entre eux fassent défection et rejoignent l'EIIL ou d'autres groupes, comme cela s'est produit au cours de l'année dernière. C'est pourquoi j'ai dit que c'était encore une illusion. Ce ne sont pas les 5000, mais l'idée elle-même qui est illusoire.

61. Ce qui rend Washington si réticent à coopérer officiellement avec vous, ce sont des accusations de graves violations des droits humains par votre gouvernement. Ces accusations ne proviennent pas uniquement du gouvernement US, mais aussi de la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies, et de la Commission spéciale d'enquête indépendante de l'ONU. Je suis sûr que ces accusations vous sont familières. Elles comprennent les refus d'accès aux camps de réfugiés pour les groupes de secours, les bombardements de cibles civiles, les preuves photos d'un transfuge syrien -ayant pour nom de code César- présentées devant le Congrès américain et montrant de terribles tortures et abus dans les prisons syriennes. Êtes-vous disposé à prendre des mesures sur ces questions afin de faciliter la coopération avec les États-Unis ?

Le plus drôle chez cette administration est que c'est la première de l'Histoire à construire ses évaluations, puis ses décisions, à partir des médias sociaux. Nous l'appelons la « social media administration », ce qui n'est pas le cas de la gestion des politiques. Aucune des accusations que vous avez mentionnées n'est concrète. Ce sont des allégations. Vous pouvez présenter des photos de n'importe qui et accuser de torture. Qui a pris ces photos ? Qui est-il ? Personne ne le sait. Il n'y a aucune vérification. Ce sont des allégations sans preuves.

62. Mais les photos de César ont été examinées par des enquêteurs européens indépendants.

Non, non. Il est financé par le Qatar, et ils disent que c'est de source anonyme. Donc rien n'est clair ou avéré. Les photos ne montrent pas clairement de qui il s'agit. Juste des clichés montrant, par exemple, une tête avec quelques crânes. Qui a dit que c'est le fait du gouvernement et non des rebelles ? Qui a dit que la victime est syrienne et non quelqu'un d'ailleurs ? Ainsi, des photos, publiées au début de la crise, venaient d'Irak et du Yémen. Ensuite, les États-Unis en particulier, et l'Occident en général, ne sont pas en position de parler des droits humains. Ils sont responsables de la plupart des tueries dans la région et spécialement les États-Unis depuis leur invasion de l'Irak, ainsi que le Royaume-Uni depuis son invasion de la Libye ; de la situation au Yémen ; de ce qui est arrivé en Égypte en soutenant les Frères Musulmans ; de ce qui est arrivé en Tunisie en soutenant le terrorisme. Tous ces problèmes ont eu lieu à cause des États-Unis. Ils ont été les premiers à fouler aux pieds le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité, pas nous.

63. C'est peut-être vrai ou pas, mais ce sont là des questions distinctes, et cela n'exonère pas votre gouvernement de sa responsabilité.

Non, non. Les États-Unis nous ont accusés, nous devions donc répondre à cette partie de la question. Je ne dis pas qu'en cas d'atteinte et d'infraction violente aux droits de l'homme, le gouvernement [syrien] n'a aucune responsabilité. C'est un autre sujet. La deuxième partie de votre question porte sur des accusations qui demeurent des allégations. Si vous voulez une réponse, je dois répondre à quelque chose de concret, de prouvé et de vérifié.

64. Êtes-vous prêts à nier catégoriquement qu'il y a torture et mauvais traitements des prisonniers, en Syrie ?

Si la vérification de ces allégations pouvait se faire de façon impartiale et équitable, bien sûr que nous sommes prêts. Ce serait dans notre intérêt.

65. Quel serait l'impact d'un accord nucléaire américano-iranien sur la Syrie ?

Nul. Parce que la crise [syrienne] n'a jamais fait partie des négociations, l'Iran a refusé qu'il en soit ainsi. Et c'est une bonne chose, car il n'y a pas de lien entre les deux.

66. Mais beaucoup aux États-Unis prévoient que si l'Iran et les États-Unis concluent un accord, il facilitera la coopération entre les deux pays. Dès lors, certains se demandent si l'Iran ne réduirait pas son soutien à la Syrie en tant que faveur accordée au gouvernement US.

Nous n'avons jamais eu d'information à ce sujet, jamais. Je ne peux pas parler d'un sujet sur lequel je n'ai aucune information.

67. Décrivez [la guerre en Syrie], au cas où vous penseriez qu'elle va dans le bon sens du point de vue de votre gouvernement. Des analystes indépendants ont suggéré que votre gouvernement contrôle actuellement 45% à 50% du territoire syrien.

Tout d'abord, si vous voulez une description de l'arène, ce n'est pas une guerre entre deux pays, entre deux armées, avec incursion et perte d'une partie du territoire qu'il vous faut reprendre. Ce n'est pas cela. Nous parlons de rebelles qui s'infiltrent dans les zones habitées par des civils. Vous avez des terroristes syriens qui soutiennent des terroristes étrangers et les aident à se cacher parmi ces civils. Ils lancent ce que vous appelez des attaques de guérilla. C'est la forme de cette guerre, de sorte que vous ne pouvez pas la regarder comme étant une question de territoire. Ensuite, là où l'armée syrienne a voulu pénétrer, elle a réussi, mais elle ne peut être présente sur chaque kilomètre du territoire syrien. C'est impossible. Nous avons opérer quelques avancées ces deux dernières années. Mais si vous me demandez « Est-ce qu'elle va bien ? », je réponds que toute guerre est mauvaise, car vous perdez toujours et qu'il y a toujours de la destruction. La principale question est : qu'avons-nous gagné dans cette guerre ? Ce que nous avons gagné est que le peuple syrien a rejeté les terroristes ; qu'il a encore plus soutenu son gouvernement et son Armée. Avant de parler de gagner des territoires, parlons de gagner les cœurs, les esprits et le soutien du peuple syrien. C'est ce que nous avons gagné. Le reste est d'ordre logistique et technique. C'est une question de temps. La guerre va dans le bon sens, mais n'empêche pas les pertes au niveau national. Vous perdez des vies, vous perdez votre infrastructure, et la guerre elle-même a de très mauvais effets sur la société.

68. Pensez-vous que vous finirez par vaincre les rebelles militairement ?

S'ils n'ont pas d'appui extérieur et, disons-le, s'ils ne sont pas alimentés par le recrutement de nouveaux terroristes, il n'y aurait aucun problème pour les vaincre. Même aujourd'hui, nous n'avons pas de problème militaire. Le problème réside dans cette alimentation continue et, principalement, en provenance de Turquie.

69. Donc, la Turquie semble être le voisin qui vous préoccupe le plus ?

Exactement. Aussi bien du point de vue logistique que du point de vu du financement du terrorisme par l'Arabie saoudite et le Qatar, à travers la Turquie.

70. Blâmez-vous Erdogan en personne ? Vous aviez autrefois de bonnes relations avec lui.

Oui. Parce qu'il appartient à l'idéologie des Frères Musulmans qui est la base d'Al-Qaïda et qui fut la première organisation politique islamique à favoriser un Islam politique violent au début du XXème siècle. Il y est fortement ancré et est un farouche partisan de ses valeurs. Il est très fanatique, et c'est pourquoi il soutient toujours l'EIIL. Il est personnellement responsable de ce qui est arrivé.

71. Voyez-vous d'autres partenaires potentiels dans la région ? Par exemple, le général Al-Sissi en Égypte ?

Je ne voudrais pas parler de lui personnellement, mais aussi longtemps que l'Égypte, son armée et son gouvernement, combattront le même genre de terroristes -comme en Irak- nous pouvons certainement considérer ces pays comme susceptibles de coopérer à notre combat contre un même ennemi.

72. Deux questions finales, si vous le permettez. Pouvez-vous imaginer un scénario où la Syrie reviendrait au statu quo d'avant les combats, il y a près de quatre ans ?

Dans quel sens ?

73. Dans le sens où la Syrie est à nouveau unie, non divisée, contrôle ses frontières, commence sa reconstruction dans un pays en paix où prédomine la laïcité.

Si vous regardiez la carte militaire actuelle, vous verriez que l'Armée syrienne est présente partout. Pas en tout lieu, ni en tout coin, mais au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, et au centre. Si le gouvernement n'avait cru en une Syrie unifiée qui retrouverait sa position, il n'aurait pas déployé l'Armée. Si le peuple n'y avait cru, vous auriez vu les gens isolés dans des ghettos, en fonction de leur ethnie, de leur confession ou religion. Tant qu'il en est ainsi, que les gens continuent à vivre ensemble, que l'Armée est partout en sachant qu'elle est composée de toutes les couleurs du tissu social syrien, cela signifiera que nous croyons, tous, que la Syrie redeviendra ce qu'elle était. Nous n'avons pas d'autre choix. Dans le cas contraire, tous les pays voisins seront affectés. S'agissant d'un même tissu, l'effet domino s'étendra de l'Atlantique au Pacifique.

74. Aujourd'hui, si vous deviez adresser un message au Président Obama, quel serait-il ?

Je pense que, normalement et partout dans le monde, l'on s'attend à ce qu'un fonctionnaire travaille dans l'intérêt de son peuple. Alors, les questions que j'aimerais poser à tout Américain sont : Que gagnez-vous à soutenir les terroristes dans notre pays, dans notre région ? Qu'avez-vous obtenu en soutenant les Frères Musulmans, il y a quelques années, en Égypte et dans d'autres pays ? Qu'avez-vous obtenu en soutenant quelqu'un comme Erdogan ? Il y a sept ans, l'un des représentants de votre pays m'a demandé à la fin d'une réunion, en Syrie : « Comment pensez-vous que nous pourrions résoudre le problème en Afghanistan ? ». Je lui avais répondu : « Vous devriez être capables de traiter avec des fonctionnaires qui ne sont pas des marionnettes et qui peuvent dire non ». Donc, que les États-Unis cherchent uniquement des responsables marionnettes et des états clients, n'est pas le moyen de servir les intérêts de votre pays. Vous êtes la plus grande puissance dans le monde d'aujourd'hui, vous avez beaucoup de choses à propager dans le monde entier : la connaissance, l'innovation, l'intelligence artificielle avec ses effets positifs. Comment pouvez-vous être les meilleurs dans ces domaines et les pires en matière de politique ? C'est contradictoire. Je pense que le peuple américain devrait analyser et se poser ces questions. Pourquoi avez-vous échoué dans toutes les guerres ? Vous pouvez créer la guerre, vous pouvez créer des problèmes, mais vous ne pouvez en résoudre aucun. Vingt ans que dure le processus de paix en Palestine et en Israël et vous ne pouvez rien y faire, bien que vous soyez un grand pays.

75. Mais dans le contexte de la Syrie, à quoi ressemblerait une meilleure politique [US] ?

À celle qui préserve la stabilité au Moyen-Orient. La Syrie est le cœur du Moyen-Orient. Tout le monde sait cela. Si le Moyen-Orient est malade, le monde entier sera instable. Lorsque nous avions commencé le processus de paix, en 1991, nous avions beaucoup d'espoir. Maintenant, plus de vingt ans après, les choses ne sont même pas au point de départ, mais bien en-deçà. Donc, la politique US devrait aider à la paix dans la région, à combattre le terrorisme, à promouvoir la laïcité, à soutenir le secteur économique, à la progression de l'esprit et de la société comme c'est le cas dans votre pays. Telle est la mission supposée des États-Unis, non celle de déclencher des guerres. Déclencher la guerre ne fait pas de vous une grande puissance.

Dr Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

Les électriciens plongent Valls dans le noir ! Rédigé par Le Mantois

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste

Les électriciens plongent Valls dans le noir ! Rédigé par Le Mantois et Partout ailleurs (pris sur PCF Bassin) Manuel Valls faisait la tournée des popotes dans le Doubs où se tient ce dimanche une élection législative partielle. Il n'y a plus de représentant de la nation à l'Assemblée nationale. L'ex-député PS du coin et ex-ministre Moscovici a été adoubé commissaire européen par notre grandeur François de l'Elysée. Il va désormais ordonner l'austérité partout dans l'UE et pas qu'en France. Et puis paf, noir c'est noir, plus de jus durant 45 miniutes dans le meeting présidé par Manu militari Valls. Un coup de la CGT, s'indigne dans le Figaro l'Ump, et de se dire solidaire du premier ministre, ce mardi à Audincourt. C'est bêta, mon voisin m'a dit que justement Valls allait parler du chômage dont les chiffres sont plus mauvais de chez mauvais. Ensuite, parce qu'il avait un train à prendre et qu'il était en retard, il n'en a rien dit. J'oubliais, le PS s'est indigné lui aussi au nom de jesuisCharlie de la liberté d'expression. Manuel Valls à Adincourt: noir c'est noir J'ai oublié aussi de préciser combien Moscovici ramène à la maison en tant que commissaire européen chargé des affaires financières: 20 832,54 euros salaire 3 124,90 euros indemnité de résidence 607,71 euros indemnité de frais de représentation Que 607,71 euros pour frais de représentation? C'est sacrément inadmissible!

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29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste

Médéfisation des esprits (3)

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Economie, #Théorie immédiate

J.Y. Mas

J.Y. Mas

Envoyé par l'auteur

Faut-il vraiment stimuler l'esprit d'entreprise à l'école ?

La médéfisation des esprits (3)

L’école doit-elle vraiment stimuler l’esprit d’entreprise et développer la culture économique des élèves ?À propos du rapport du C.N.E.E consacré au développement de la culture économique à l'école et du rapport de l' I.D.E. intitulé « L'emploi à vie est mort...vive l'employabilité».

L’école et le patronat

Les rapports entre le patronat et l’école publique en France ont toujours été ambivalents. D’un côté, le patronat a besoin de l’école car les entreprises recherchent une main-d’œuvre dont les qualifications sont clairement garanties et certifiées par un organisme public. En effet, sur le marché du travail, les entreprises sont en situation d’asymétrie d’information. Elles ignorent les « qualités » réelles des candidats qu’elles cherchent à embaucher, le diplôme joue alors un rôle de signal et de « label » attestant que les demandeurs d'emploi ont bien les compétences requises.

Mais l’école ne sert pas uniquement à former des travailleurs, elle doit aussi (en théorie) former des citoyens. En transmettant des savoirs, en apprenant aux élèves à argumenter, en fournissant les moyens d’une éducation qui permette d’apprécier les faits de façon rationnelle, elle doit aider les élèves à construire une pensée cohérente. Or, cet objectif fait aussi de l’école un espace d'apprentissage de l’esprit critique. Exercer son esprit critique, c’est confronter un jugement de fait ou de valeur, à des explications contradictoires et non reproduire un jugement exprimé par une institution dont l'individu subit la tutelle ; c’est aussi être capable de décrypter les enjeux idéologiques d’un discours médiatique, politique ou d’une explication qui se prétend scientifique. Dans cette confrontation, les élèves peuvent mettre en perspective les explications, parfois contradictoires, de phénomènes naturels ou culturels proposées par les sciences expérimentales ou par les sciences humaines. D'où l'importance de l'instruction dans la formation de l'esprit critique, puisque celle-ci doit permettre de donner aux élèves les moyens intellectuels de penser par eux-mêmes et de construire leur propre jugement. Dans une société démocratique, cette formation est donc indispensable.

Mais pour le patronat, cet apprentissage dans un cadre scolaire est problématique puisque des élèves, lors d’un enseignement de SES (Sciences Économiques et Sociales) – mais aussi en histoire, en philosophie ou en lettres – peuvent aborder les conséquences négatives de l’économie de marché ou des théories qui critiquent le système capitaliste. Voilà pourquoi le M.E.D.E.F. par l’intermédiaire de l’Institut de l’Entreprise (I.D.E.) mène depuis une quinzaine d’années une intense campagne de lobbying afin de déstabiliser l’enseignement des SES au lycée, cette discipline étant accusée entre autres de ne pas donner une image suffisamment positive de l’entreprise et des entrepreneurs.

De plus, le patronat reproche au système scolaire français l’inadéquation entre son offre de formation et les besoins de main-d’œuvre des entreprises. Il souligne le décalage entre les formations universitaires non directement professionnelles qui décernent des diplômes sans débouchés et les nombreuses offres d’emplois non satisfaites en raison de leur manque d’attractivité ou d’une information insuffisante. En définitive, le patronat sous-entend qu’une grande partie du chômage serait d’origine « structurelle » et donc imputable au système public d’orientation et de formation incapable de « coller » à la réalité des besoins des entreprises. Ces dernières auraient par ailleurs tendance désormais à privilégier dans leur recrutement les compétences et l'expérience des candidats. D’où la critique récurrente, aux accents « anti-intellectualistes » ,voire « anti-élitistes », des diplômes, accusés par le patronat de diffuser des savoirs trop universitaires ou trop académiques.

Au final, si le patronat reconnaît le rôle de l'État dans la formation initiale des personnes, il revendique un rôle plus important dans la formation professionnelle des futurs salariés, soit directement par le développement des formations en alternance, soit indirectement en participant davantage à l’élaboration de l’offre de formation. Pour le patronat, l’école est donc l’objet d’une double critique : c’est une institution qui ne remplit pas correctement sa fonction de formation à la fois professionnelle et culturelle des futurs salariés. Et c’est à ces critiques que cherche à répondre le projet du C.N.E.E. (Conseil national école-économie, organisme dont l’objectif est de rapprocher l’école de l’entreprise) lorsqu’il estime que l’école doit développer l’esprit d’entreprise et la culture économique des élèves.

La « culture économique » contre « la théorie économique »

Dans un document récent1, le C.N.E.E. estime en effet que ce n’est plus uniquement l’enseignement de l’économie au lycée, mais l’ensemble du système scolaire qui doit participer au développement de la culture économique des jeunes Français et leur donner le « goût d’entreprendre ». Le C.N.E.E. distingue « l’économie, comme discipline d’enseignement qui repose sur une approche théorique macroéconomique, et la culture économique, qui se fonde sur une approche plus individuelle, microéconomique, prenant appui sur les situations concrètes tirées de la vie quotidienne. Développer la culture économique des élèves c’est leur permettre de comprendre le fonctionnement de l’économie au niveau de la vie des personnes, économie qui repose sur le travail, la production et l’échange de biens et de services, la production marchande étant assurée par les entreprises et les échanges sur le marché. » Cette distinction est révélatrice de la conception patronale de l’économie. Il ne s’agit plus d’initier les élèves aux subtilités de la microéconomie2ou à celles du modèle de la concurrence pure et parfaite qui sert pourtant de référence aux économistes du courant néoclassique favorables à l’économie de marché. Ni même d’initier les élèves à la pensée des grands économistes libéraux comme Adam Smith, Friedrich Hayeck ou Milton Friedman3, mais de développer leur « culture économique », non au sens intellectuel mais anthropologique du terme, autrement dit, de leur transmettre les normes et les valeurs propres à l’ethos capitaliste.

À l’inverse de la théorie économique, la « culture économique », au sens du CNEE, « prend appui sur des situations concrètes ». Comme l’écrivait déjà Alain Suguenot : « L’économie n’est ni de gauche ni de droite. Elle ne relève pas de l’idéologie mais de la réalité des sociétés humaines dont chacune tente de tirer le meilleur parti de ses activités productrices »4. Autrement dit, développer laculture économique des élèves, c’est leur montrer la « réalité » de l’économie. Pour comprendre l’entreprise ou le marché, nul besoin de concepts théoriques ou de modèles abstraits5 car tous les individus sont capables d’appréhender de façon spontanée et immédiate les phénomènes économiques auxquels ils sont confrontés tous les jours6. En d’autres termes, la « culture économique » ne s’apprend pas, elle se vit !

Le développement de la culture économique ne passe donc pas par l’apprentissage du calcul du coût marginal ou par l’étude de l’offre et de la demande, mais par des visites ou des stages en entreprise, par des « parcours » ou des projets d’orientation, par des exposés sur les différentes professions afin d’informer les élèves sur les secteurs qui recrutent ou par des projets d’entreprise fictifs dans lesquels les élèves doivent imaginer la création et la vente d’un nouveau produit8. Tous les enseignants, quelles que soient leurs disciplines, doivent être désormais associés à cet objectif, et pour ce faire devront, selon le projet du CNEE, faire des stages en entreprise. Quant aux personnels de direction, le CNEE envisage même de leur faire suivre « des stages de microéconomie » (?).

A propos de « l’esprit d’entreprise »

Si la définition de la culture économique reste toutefois très floue et peu opératoire, l’injonction faite à l’école de « stimuler l’esprit d’entreprise » – selon l’expression de François Hollande – nécessite elle aussi quelques éclaircissements.

La diffusion de l’esprit d’entreprise doit dans un premier temps permettre de légitimer les principes de l’économie de marché et de la société de concurrence. Comme les individus d'une société ou d'un groupe donné, considèrent spontanément les normes et les valeurs de leur propre culture, acquises lors de leur socialisation, comme naturelles et universelles, les futurs travailleurs, en s’imprégnant dès l’enfance d’un environnement entrepreneurial, ne pourront que s’approprier ces principes et les considérer comme; eux aussi, naturels et universels. Il s’agit de façon assez classique de légitimer, en les inculquant dès l’enfance, les valeurs du capitalisme et de l’économie de marché (individualisme, performance, compétition) afin de disqualifier par avance toute tentative critique ou alternatives visant à les remettre en cause. L’objectif est d’amener les salariés à « aimer leur boîte»7, et à aborder de façon positive l’activité des entreprises. Tout est fait pour restaurer l’image de marque des entrepreneurs, nouveaux héros des temps modernes et gommer l'image négative du « méchant » capitaliste vénal et cupide hérité de la littérature du XIXe siècle.

Le deuxième objectif est de donner aux élèves « le goût d’entreprendre ». L’expression doit d’abord être prise ici au sens propre. Dans un pays prétendument marqué par une certaine culture colbertiste et interventionniste, et dans lequel – d’après certains sondages – une grande partie des élèves souhaitent devenir fonctionnaires, il faut inciter les élèves à créer leur entreprise lorsqu’ils en auront l’âge. Multiplier le nombre d’entrepreneurs et d’entreprises serait une solution à la crise et au chômage, à condition bien sûr que les entreprises créées ne ferment pas six mois plus tard. L’augmentation du nombre de créations d’entreprise serait alors considérée comme le symbole d’une nation entreprenante et dynamique. Tel est, par exemple, l’objectif de ces jeux où les élèves doivent élaborer des business plan afin d’imaginer la création et la vente d’un nouveau produit8.

Enfin, l’esprit d’entreprendre doit aussi être compris dans un sens plus large, il ne s’agit pas seulement d’inciter les élèves à devenir entrepreneurs, mais à se considérer et à se comporter dans leur vie professionnelle « comme » des entrepreneurs. Autrement dit, le salarié doit adopter les représentations et les pratiques propres à l’ethos capitaliste. Dans ce contexte, il n’est donc pas nécessaire de créer une entreprise ou une start-up pour avoir l’esprit d’entreprendre, il suffit au salarié de gérer son capital humain comme un chef d’entreprise gère son entreprise. Le travailleur doit se considérer lui-même comme son propre patron et combiner au mieux les ressources dont il dispose de façon à être performant et compétitif dans tout ce qu’il entreprend. Comme le suggère le fondateur de LinkedIn : « Chacun devrait gérer sa carrière comme une start-up, en se considérant comme un être en devenir, en investissant dans son développement, en s’adaptant à son environnement »9. Mais à l’inverse du véritable entrepreneur qui a pour principale finalité la recherche du profit, ce n’est pas l’appât du gain qui doit orienter la conduite du salarié mais le souci de sa carrière et de son employabilité.

Le salarié, « acteur » de son employabilité

Un rapport récent de l’ I.D.E.10 permet en effet de mieux comprendre pourquoi il est si important de développer la culture économique et l’esprit d’entreprise à l’école, et en quoi ce projet doit concerner tous les futurs salariés. En effet, selon ce rapport, les mutations technologiques et économiques auxquelles sont confrontées actuellement les entreprises risquent de se traduire par une remise en cause radicale du statut actuel de l’emploi au profit de formes d’emploi plus précaires et plus instables. Si, dans le contexte fordiste des Trente Glorieuses caractérisé par une forte croissance et une offre de travail insuffisante, les entreprises cherchaient surtout à fidéliser leurs salariés par l’octroi de certains avantages (prime d’ancienneté, CDI…), le contexte actuel (croissance faible, offre de travail excédentaire) amène les entreprises à revoir les modalités de leur politique de recrutement. Elles ont, à l’inverse, désormais tendance à valoriser la mobilité des salariés et à encourager le développement de formes « atypiques » d’emploi proche du travail temporaire ou du travail indépendant. Dans ce contexte, le salarié doit être davantage animé par le désir d’entretenir ou d’accroître son employabilité plutôt que de chercher à occuper un emploi pérenne. Voilà pourquoi, selon le rapport de l’ I.D.E., l’employabilité risque à terme de remplacer l’emploi à vie !

Dans un environnement instable et concurrentiel, l’employabilité peut être considérée comme le pendant, pour le salarié, de la compétitivité pour une entreprise. Si la compétitivité d’une entreprise est sa capacité à garder ou à gagner des parts de marché, l’employabilité, pour un salarié, peut se définir comme sa capacité à occuper ou à conserver un emploi. Elle représente la « valeur » du salarié sur le marché du travail, mais cette valeur ne se confond pas avec sa valeur marchande (son salaire d’équilibre) , ainsi, un salarié peu qualifié – et donc peu payé – peut malgré tout avoir une forte employabilité s’il trouve ou accepte rapidement un travail même a priori peu attractif.

Le degré d’employabilité d’un travailleur est alors fonction de l’ensemble des ressources mobilisables dans sa recherche d’emploi. Ces ressources sont très larges ; son niveau de formation initiale (sa qualification ) joue un rôle important mais le niveau de diplôme semble de moins en moins pertinent pour apprécier la valeur d’un salarié. Le rapport estime qu'il faut désormais sortir du « culte du diplôme ». En effet, le diplôme représente une sorte de « rente à vie » qui ne donne pas toujours une idée satisfaisante du réel potentiel productif du salarié. Comme de plus, sur le marché du travail, les diplômes se dévaluent très vite en raison notamment des mutations des besoins des entreprises, le détenteur d’un diplôme doit impérativement montrer qu’il ne se contente pas de compter sur sa formation initiale pour maintenir son employabilité. Voilà pourquoi l’obtention d’un diplôme ne doit pas dispenser le salarié de continuer à mener des efforts pour améliorer son employabilité et actualiser ses compétences.

Les autres ressources dont dispose l'individu peuvent être de statuts variés mais surtout liées à la personnalité du candidat (à son savoir-être) : créativité, expériences professionnelles, compétences relationnelles, réseaux de connaissances, capacité d’innovation. Ce capital humain peut aussi englober des « traits de caractère » comme la persévérance ou la capacité à ne pas se décourager. Le rapport de l’ I.D.E. va jusqu’à considérer qu’un passage chez les scouts, la participation à des actions bénévoles ou à des associations caritatives améliore l’employabilité d’une personne car ces expériences montrent que le salarié aura l'esprit d’équipe et se montrera loyal à l’égard de son entreprise.

Mais, selon l' I.D.E., la question de l’employabilité est encore trop souvent appréhendée sous l’angle de la formation continue et considérée comme étant essentiellement du ressort des entreprises. Or, souligne le rapport, « actuellement, l’employabilité repose uniquement sur les employeurs, un droit à l’employabilité est même en train de naître […] mais il n'y pas eu dans le même temps de devoirs attribués en contreparties aux salariés, ce qui risque d’accentuer la passivité de certains salariés dans leur gestion de carrière, or on ne peut tout attendre des entreprises : les salariés doivent être acteurs, voire moteurs de leur propre employabilité [...] On en est encore loin, déplorel’ I.D.E., seuls les plus qualifiés, les plus désireux de progresser et les plus conscients de l’importance de l’employabilité se placent dans ce cadre[…] Le problème est que seule une élite a conscience de la nécessité de rester employable. » Comment rester employable ? Telle doit être désormais la préoccupation majeure des salariés. Voilà pourquoi il est nécessaire de sensibiliser et de responsabiliser davantage les salariés afin que « chacun des acteurs se préoccupe de ce problème et l’ait toujours à l’esprit »11.

Pour ce faire, l’ I.D.E. suggère d’inciter les salariés à réaliser des diagnostics visant à mesurer leur degré d’employabilité, sur le principe des bilans de santé, à l’aide de techniques comme le quantified self , procédé d’auto-mesure utilisant les big data, et permettant d’analyser et de partager les données personnelles afin de mieux cibler les perspectives d’employabilité des salariés. L’utilisation des nudges12, incitations « fines » à adopter les bonnes pratiques par l’exemplarité, est aussi envisagée. Quant aux nouvelles technologies, comme les MOOS, elles peuvent aussi permettre aux salariés de s’auto-former en tenant compte de leurs contraintes professionnelles et familiales. Le marché de l’employabilité et de la formation semble décidément promis à un avenir radieux.

Cette « injonction à l’employabilité » exerce une pression permanente sur le salarié afin de l’inciter à maintenir constamment ses efforts de formation, mais elle permet surtout de dédouaner les entreprises des questions liées à la reconversion de la main-d’œuvre en cas de plan social ou de suppression d’emploi. Dans un environnement concurrentiel, tout avantage acquis – comme l’obtention d’un diplôme ou d’un CDI – est toujours instable et précaire, il peut être remis en jeu à tout moment. Le salarié, même en emploi stable, n’est pas à l’abri d’un accident : un licenciement, une période de chômage, un échec professionnel sont les risques naturels d’une économie compétitive. Il faut donc les accepter et s’y préparer, en étant prêt, le cas échéant, à accepter une mutation ou à changer de branche, quitte à occuper un emploi moins payé ou moins intéressant. Au risque de se trouver enfermé dans une « prison dorée » (c’est-à-dire un emploi stable), il convient de préférer celui de la mobilité professionnelle. Le champ lexical du néolibéralisme s’ordonne en effet autour de clivages récurrents : mobilité/immobilité ; activité/passivité ; goût du risque/préférence pour la stabilité, innovateur/conservateur. Le sujet néolibéral considère de toute façon les événements positifs ou négatifs qui le concernent comme la juste et inévitable conséquence des lois du marché, lois qu’on ne peut évidemment pas changer, mais auxquelles on doit s’adapter en restant combatif et compétitif. C’est aussi cela avoir l’esprit d’entreprise !

La laïcité contre le néolibéralisme

L’employabilité est le concept clé qui permet de comprendre pourquoi le développement de l’esprit d’entreprise concerne tous les élèves et non uniquement les futurs créateurs d’entreprise. L’école doit stimuler l’esprit d’entreprendre afin surtout de préparer le futur salarié à être à la fois entreprenant (c’est-à-dire créatif, imaginatif, innovant) pour séduire les entreprises et prêt à « entreprendre » toutes les démarches possibles afin d’accroître son employabilité (stage, formation continue, auto-formation…). Plutôt que de risquer de se voir reprocher d’endoctriner les élèves en demandant à l’école d’enseigner les vertus du libéralisme économique, le patronat préfère adopter une stratégie plus subtile et critiquer le conformisme et le conservatisme de l’école française. Car stimuler l’esprit d’entreprendre c’est aussi inciter les élèves à faire des projets, à prendre des initiatives, bref à être « acteur de leur apprentissage ». Ces préoccupations permettent ainsi au patronat d’être en phase avec les mouvements pédagogiques, partisans d’une réforme de l’école qui favorise la créativité, l’innovation, de même que le travail en équipe et la confiance en soi13 objectifs parfaitement compatibles et complémentaires avec le développement de l’esprit d’entreprise.

On le sait depuis Max Weber, le capitalisme n’est pas uniquement un système économique fondé sur l’exploitation des travailleurs par les détenteurs des moyens de production, il repose aussi sur un système de valeurs, un ethos, qui fait de la recherche du profit individuel la finalité principale des actions humaines. Or, l’ethos capitaliste, contrairement à ce que croyaient les premiers libéraux comme Adam Smith14, n’a rien d’inné. Il a besoin pour conquérir les consciences d’institutions qui s’en fassent le support. De plus, contrairement aux tenants du libéralisme classique (J. Locke, Stuart Mill, A. Tocqueville), très attachés au respect de la liberté de conscience des individus et à la neutralité de l’État, les néolibéraux estiment que l’État doit lui-même mettre en place le cadre juridique et institutionnel à l’intérieur duquel vont pouvoir se déployer les mécanismes de la concurrence et du marché. Comme le rappelle Christian Laval, « le néolibéralisme est d’abord et avant tout un système de normes introduit à l’initiative de l’État dans les rapports sociaux et dans ses propres rouages»15. Mais pour que ce système de normes informe les pratiques individuelles, il faut que des institutions comme l’école publique s’en fassent le relais. D’où l’intérêt que porte le patronat à l’école et au système scolaire. Pour les néolibéraux, l’école est plus que jamais un « Appareil Idéologique d’État » – comme le disait Louis Althusser –, elle est l’institution de prédilection qui doit diffuser l’ethos capitaliste et former les sujets de la future société de concurrence.

Reste à se demander pourquoi dans un pays soi-disant si attaché à sa laïcité, et qui plus est sous un gouvernement de gauche, de telles propositions visant à instrumentaliser l’école et à la considérer uniquement comme l’antichambre de l’entreprise ne choquent plus personne. Cette absence de réaction est certainement en partie imputable au discours sur la « frilosité » de l’opinion publique française face aux enjeux de l’économie moderne et sur l’injonction faite au système scolaire de s’adapter aux contraintes de cette dernière, discours parfaitement intégré par la gauche libérale et ses porte-paroles médiatiques.

Si le candidat François Hollande a promis de faire de l’éducation la priorité de son gouvernement, il a oublié de préciser qu’il comptait dans le domaine éducatif, (comme dans d’autres) se contenter de relayer les propositions du MEDE, comme le montre son discours du 29/04/2013 dans lequel il a déclaré que « Stimuler l’esprit d’entreprise dans notre pays, c’est d’abord le rôle de l’école »16. À ce propos, Jules Ferry – pourtant peu suspect de sympathies socialistes – déclarait quant à lui en 1879 : « Dans une société démocratique, surtout, il est de la plus haute importance de ne pas livrer les études aux entreprises de l’industrialisme, aux caprices des intérêts à courte vue, aux courants impétueux et contradictoires d’un monde affairé, positif, tout aux soucis de l’heure présente »17 .Or, n’est-ce pas sous le patronage du même Jules Ferry que le président de la République a placé son quinquennat ?

Quant à l’absence de réactions médiatiques, peut-être s’explique-t-elle en partie par le fait que, pour l’instant, l’ I.D.E. n’a pas encore proposé aux journalistes d’effectuer des stages afin de les aider à mieux parler de l’entreprise. Il est vrai que les journalistes, à l’inverse des enseignants, travaillent – eux – déjà en entreprise…

J.Y.Mas

Dossier critique développé en réaction aux massacres des 7 et 9 janvier (à jour le 20 janvier)

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #Réseaux communistes

Je parle sous le contrôle du prince de la dialectique !

Je parle sous le contrôle du prince de la dialectique !

 

"Islamophobie" et "charlie hebdo", critique de deux concepts en miroirs, équivoques et dangereux. (19/01/2015 publié dans : GQ )
Cet article risque de déplaire tout autant à ceux qui ont fait de Charlie Hebdo une icône de la liberté au point de se battre entre eux pour l'acheter, qu'à la gauche influencées par l'islamisme ...

Critique de Charlie Hebdo dans sa fonction politique et culturelle (avec post scriptum) (14/01/2015 publié dans : GQ )
Kojève, le philosophe hégélien libéral avait dit « il ne s’est rien passé en mai 68, il n’y a pas eu de morts ». La flèche est arrivée à destination le mercredi 7 janvier 2015. La mort des ...

Balayer le terrorisme, et balayer nos gouvernants qui l'utilisent (à jour 10 janvier 2015) (16/01/2015 publié dans : GQ )
Le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo suscite l’horreur et la répulsion envers ses auteurs, quelqu’ils soient. Il est très probable qu’ils se recrutent dans la galaxie du fascisme vert qui ...


Être ou ne pas être Charlie. Réflexion inspirée de l'appel d'une journaliste de TF1 (19/01/2015 publié dans : Positions )
Envoyé par l'auteur (intertitres de GQ) Trouve-moi des mecs qui sont pas Charlie pour le panel, coco ... Étrange, j'ai reçu un mail d'une journaliste de TF1 qui me demandait si je pouvais joindre ...

 

Du droit d'expression à la théorie du complot, par Jean LEVY (18/01/2015 publié dans : Ce que dit la presse )
Sur son blog. On pourrait exprimer la même idée en disant : la théorie de la théorie du complot est une théorie du complot (ndgq)! Ces jours-ci, des collégiens, des citoyens sont poursuivis, voire ...


Charlie ou non ? pas si simple ! (20/01/2015 publié dans : Ce que dit la presse )
Sur le blog de Jean Lévy, source : la Lettre Volée Charlie et le démon de Laplace « Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la ...

L’anomie, le socialisme ou la barbarie… (18/01/2015 publié dans : Théorie immédiate )
Lu sur le blog de Danielle Bleitrach : 16 jan Marianne me racontait ce matin que hier au supermarché, rayon journaux, une femme particulièrement excitée réclamait son Charlie Hebdo… Marianne après ...

OUI à la Justice NON à la guerre ! (17/01/2015 publié dans : Positions )
Lu sur PCF Bassin : Le cercle Frantz Fanon-Paris (fondateur : Marcel Manville) salue la marche populaire et républicaine du 11 janvier 2015, réplique du peuple français aux forfaits fascistes et ...

Ils ne veulent pas lutter contre le terrorisme mais s'en servir (16/01/2015 publié dans : Impérialisme )

L’utilité du terrorisme par Christian Schneider lundi 12 janvier 2015, par Comité Valmy L’utilité du terrorisme. La marche républicaine du 11 janvier, suite aux attentats terroristes contre ...

 

Informer et faire découvrir Cuba

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Cuba, #Ce que dit la presse

 Informer et faire découvrir Cuba

Envoyé par Salim Lamrani

Pr. Claude Morin

Université de Montréal

Dans un ouvrage récent, Salim Lamrani (2013), auteur de plusieurs études sur Cuba, analyse la manière dont le quotidien espagnol El País rend compte de la réalité cubaine. Ce quotidien, certainement l’un des plus actifs sur Cuba, est un bon représentant de ce qui s’écrit sur l’île. Ses articles et reportages sont souvent cités ou repris par d’autres journaux et contribuent à influencer le regard porté sur l’actualité cubaine. Lamrani s’emploie à déconstruire le discours médiatique. Il montre à quel point El País sélectionne l’information qu’il offre à ses lecteurs, s’attardant sur les « problèmes » qu’il présente hors contexte, en les amplifiant, sinon en les créant de toute pièce, alors qu’il passe sous silence les éléments positifs, les réussites. Les sujets abordés, les titres qui coiffent les articles, les faits rapportés, les témoignages retenus démontrent un net parti-pris chez ses journalistes et attestent de la ligne éditoriale de ce quotidien dit « libéral ». Nous sommes très loin d’une présentation équilibrée qui inviterait les lecteurs à un jugement nuancé. Lamrini montre, à l’aide d’autres sources, que ce quotidien n’hésite pas, pour alimenter ses interprétations tendancieuses toujours défavorables à Cuba, à pratiquer les mensonges délibérés, les omissions coupables, les silences complices.

Ce qui vaut pour El País vaut malheureusement pour l’ensemble des grands journaux, des agences de presse et des médias écrits et audio-visuels. Lamrani (2009) avait déjà commis un autre ouvrage dans lequel il débusquait nombre de mensonges et de silences. L’évidence s’impose: s’agissant de Cuba, l’équilibre et la nuance ne font pas partie des devoirs que s’imposent les journalistes. C’est comme s’ils ignoraient l’histoire de l’île, qu’ils se permettaient de rendre compte de l’actualité sans aucun recul et de juger des événements en dehors de tout contexte, le plus déterminant étant l’hostilité invétérée des États-Unis envers cette expérience originale dans leur voisinage immédiat. Ils s’affranchissent de l’éthique journalistique qui devrait orienter leur pratique.

La Cuba révolutionnaire est ainsi depuis ses origines la cible d’un journalisme éloigné de l’objectivité, comme voué à faire mal paraître les décisions de ses dirigeants, à ajouter encore plus de couleurs sombres à un tableau qui met l’accent sur les manquements, les pénuries, les frustrations. Notre vision de Cuba est amplement affectée par l’image que façonnent journaux et médias de toute sorte, y compris maintenant Internet et toutes les formes de communications qui s’y rattachent.

Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité

Préface d’Eduardo Galeano

Paris, Editions Estrella, 2013

Entrée en vigueur de nouvelles mesures des États-Unis vis-à-vis de Cuba

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Cuba, #Impérialisme

Entrée en vigueur de nouvelles mesures des États-Unis vis-à-vis de Cuba

Lu sur Cuba Coopération

mercredi 28 janvier 2015

par RG

Le gouvernement des États-Unis a notifié l’entrée en vigueur, le vendredi 16 janvier, des mesures annoncées le 17 décembre 2014 par le président Barack Obama, impliquant une élimination de certaines restrictions sur les relations commerciales et les voyages de certaines catégories de citoyens de ce pays à Cuba.

Une lecture préliminaire des réglementations émises par les Départements du Trésor et du Commerce indique que ces mesures modifient l’application de certains aspects du blocus contre Cuba.

Bien qu’elles ne suppriment pas l’interdiction totale de voyager à Cuba, qui exige l’approbation du Congrès, ces mesures éliminent certaines restrictions aux voyages dans l’Île de citoyens des États-Unis et de résidents permanents dans ce pays, à condition qu’ils s’inscrivent dans l’une des 12 catégories de voyage autorisées.

Entre autres, ces mesures suppriment les plafonds fixés aux dépenses à Cuba des voyageurs en provenance des États-Unis, qui pourront utiliser leur carte de crédit, et autorisent les compagnies aériennes et les agences de voyages à organiser des visites et s’assurer les services de compagnies d’assurance. Cependant les voyages à Cuba de citoyens étasuniens par voie maritime n’ont pas été autorisés.

Par ailleurs, parmi les mesures annoncées : le plafond pour l’envoi d’argent de la part des migrants depuis les États-Unis vers Cuba passera de 500 à 2 000 dollars par trimestre.

Sont maintenues les restrictions aux exportations des États-Unis vers Cuba, notamment de produits de haute technologie, à l’exception de ventes limitées de matériaux de construction, d’équipements et de matériel agricole, qui seront autorisées pour le secteur privé, apparemment à travers des entreprises cubaines.

Les exportations de produits cubains sur le marché étasunien demeurent interdites, à l’exception d’un nombre limité de biens que les voyageurs pourront emporter à leur retour dans leur pays pour une valeur n’excédant pas 400 dollars, dont un maximum de 100 dollars de tabac et de rhum.

Les télécommunications sont largement concernées par ces réglementations, conformément aux objectifs de la politique des États-Unis visant à augmenter son influence au sein de la société cubaine. Sur cette base, le secteur des infocommunications est le seul autorisé à réaliser des investissements au niveau des infrastructures et de vendre des services, des logiciels, des dispositifs et du matériel à des entreprises publiques cubaines, à l’exception de matériel de haute technologie.

Les institutions financières nord-américaines sont désormais autorisées à ouvrir des comptes auprès des banques cubaines pour des transactions autorisées entre les deux pays. Cependant, le traitement n’est pas réciproque ; nos banques ne pourront pas faire de même aux États-Unis.

Les réglementations ne modifient pas les sévères restrictions au transport maritime, quoique, dorénavant, les navires transportant des aliments, des médicaments, des équipements médicaux et du matériel pour la situations d’urgence depuis des pays tiers à destination de Cuba, ne devront pas attendre 180 jours avant de toucher un port des États-Unis, comme ils étaient tenus de le faire jusqu’à présent.

Certains aspects essentiels de la politique de blocus qui affectent Cuba n’ont pas été modifiés, comme l’utilisation du dollar dans nos transactions financières internationales, l’acquisition sur d’autres marchés de produits et de technologie contenant plus de 10% de composants étasuniens, la possibilité de faire du commerce avec des filiales de sociétés étasuniennes dans des pays tiers, ainsi que l’importation par les États-Unis de produits contenant des matières premières cubaines.

Les mesures annoncées constituent un pas dans la bonne direction, bien qu’il reste un long chemin à parcourir pour démanteler de nombreux autres aspects du blocus économique, commercial et financier, à travers les prérogatives exécutives du président, et pour amener le Congrès des États-Unis à mettre un terme une fois pour toutes à cette politique. (AIN)

http://www.granma.cu/idiomas/france...

Le vote des vénissians bafoué par la droite et l'extrême droite

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections

Envoyé par André Gerin :

Aujourd'hui, la ville de Vénissieux se retrouve dans une situation complexe. Le 23 janvier dernier, le rapporteur du Conseil d'Etat a conclu à l'annulation des élections municipales de Vénissieux alors qu'aucune irrégularité n'est à reprocher à la liste qu'à conduite Michèle Picard, Maire de Vénissieux. Sa campagne électorale a été menée dans le respect de la loi, de façon propre et honnête. Ce qui n'est pas le cas des autres candidats qui ont entretenu un climat délétère.

Si la décision d'annuler les élections est entérinée, le conseil municipal sera dissous et remplacé par une délégation spéciale désignée par le Préfet. La délégation ne fera que gérer les affaires courantes.

Tu trouveras, ci-dessous, le courrier que Michèle Picard vient d'envoyer aux habitants.

Aujourd'hui, avec les élus de la majorité, Michèle Picard tenait une conférence de presse pour faire le point de la situation.

Ci-dessous, le texte de son intervention via le lien suivant :

Intervention de Michèle Picard lors de la conférence de presse du 29 janvier 2015

Fraternellement

André GERIN

Mesdames, Messieurs,

Vous le savez, le 23 janvier, le rapporteur public du Conseil d’État a conclu à l’annulation des élections municipales de Vénissieux.

Malgré l’importance de cette audience pour notre ville, j’étais seule présente. Aucun autre candidat, pas même Monsieur Girard qui a pourtant saisi le tribunal, n’est venu. Les manœuvres mises en œuvre par Monsieur Benedetti pour constituer sa liste sont les seuls éléments entraînant l’annulation de l’élection.

Le rapporteur public propose l’inéligibilité de Monsieur Benedetti. La gravité des faits qui lui sont reprochés impose cette solution. On ne triche pas avec le suffrage universel !

Mais rien, aucune irrégularité, aucune fraude ne m’est reprochée. Mon élection et celle de la liste que je conduisais « Rassembler les Vénissians et tenir le cap à gauche » est propre et n’aurait pas dû être contestée.

Mais Monsieur Girard, refusant sa défaite, s’est engouffré dans la faille ouverte par Monsieur Benedetti pour remettre en cause votre vote. C’est un très mauvais coup porté à notre ville et à ses habitants. Le vote des Vénissians bafoué par la droite et l’extrême droite.

Depuis mars 2014, nous avons travaillé, nous avons avancé. L’annulation des élections stoppe ce travail. Si le Conseil d’État suit l’analyse de son rapporteur, demain Vénissieux n’aura plus de conseil municipal, et n’aura donc plus de maire.

La loi prévoit en effet qu’en cas d’annulation d’un scrutin, le conseil municipal est dissous et remplacé par une délégation spéciale désignée par le Préfet. La délégation ne fait que gérer les affaires courantes.

Il faudra donc attendre qu’une nouvelle élection ait lieu, dans les trois mois, pour que nos projets reprennent. J’ai pris toutes les dispositions possibles pour éviter que la ville et les habitants soient pénalisés.

Le groupe scolaire du centre et la construction de la cuisine centrale sont déjà actés, le parking Billon/Marcel-Paul sera aménagé. Mais nous ne pourrons pas voter le budget qui devait être examiné en février, prévu sans augmentation des taux d’imposition et respectant les engagements du contrat communal. Nous ne pourrons pas mettre en œuvre des décisions importantes que j’avais préparées avec mes adjoints et les élus de la majorité.

C’est un coup d’arrêt. Nous reprendrons notre marche dès que vous vous serez à nouveau exprimés.

Je souhaite que ce soit le plus rapidement possible, pour que nous effacions les petits calculs politiciens de la droite et de l’extrême droite qui n’acceptent toujours pas la confiance que vous m’aviez manifestée en mars dernier. Je vous remercie à nouveau, et vous dis à bientôt.

Michèle Picard

Cuba, les "dissidents" et le droit de manifestation

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Cuba, #Ce que dit la presse

Cuba, les "dissidents" et le droit de manifestation

Envoyé par l'auteur, les guillemets sont de RC

Cuba, les dissidents et le droit de manifestation

Salim Lamrani

Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/39065/cuba+os+dissidentes+e+o+direito+de+manifestacao.shtml

Les médias occidentaux se sont largement fait écho de l’interdiction d’une manifestation de l’opposition, oubliant de rappeler que cela est monnaie courante dans les démocraties occidentales.

L’interdiction de la manifestation organisée par l’artiste cubaine Tania Bruguera, qui réside aux Etats-Unis, qui était prévue pour le 30 décembre 2014 Place de la Révolution, lieu emblématique de La Havane où se déroule la plupart des évènements politiques officiels, a suscité de nombreuses polémiques et controverses. La presse occidentale a mis à l’index le gouvernement cubain, l’accusant de restreindre la liberté d’expression et de porter atteinte aux droits fondamentaux[1].

La convocation, sous couvert d’expression artistique dénommée « le murmure de Tatlin n°6 », se voulait être une plateforme politique ouverte aux secteurs de l’opposition, y compris ceux liés à la Section d’intérêts des Etats-Unis et qui reçoivent un financement de la part de Washington pour leurs activités. Des initiatives similaires étaient prévues le même jour à New York et Miami. Les autorités de la capitale ont décidé de ne pas accorder d’autorisation officielle pour cette initiative[2].

Le Conseil national des arts plastiques (CNAP) de Cuba s’est désolidarisé de Tania Bruguera, l’accusant d’instrumentaliser son appartenance à l’institution pour organiser une manifestation non pas artistique mais politique. De son côté, l’Association des artistes plastiques de l’Union des écrivains et artistes de Cuba a dénoncé « une provocation politique » dont le but est de « s’opposer aux négociations [entre Raúl Castro et Barack Obama] qui suscitent l’espoir de nombreux êtres humains, et d’abord des onze millions de Cubains[3] ».

Faisant fi de la décision des autorités gouvernementales, Tania Bruguera a décidé de maintenir sa convocation, ce qui l’a conduite en garde à vue pendant quelques heures pour violation de décision préfectorale, trouble à l’ordre publique et refus d’obtempérer. La police a également empêché d’autres figures de l’opposition telles que Yoani Sánchez et son mari Reinaldo Escobar, de participer à l’évènement[4].

Les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude et ont condamné les arrestations d’une dizaine de personnes. Le Département d’Etat a publié un communiqué virulent contre le gouvernement de La Havane : « Nous condamnons énergiquement le harcèlement continu de la part du gouvernement cubain et le recours répété à la détention arbitraire, parfois avec violence, pour faire taire les critiques, perturber les réunions pacifiques et la liberté d’expression, et intimider les citoyens[5] ».

Néanmoins, ce que la presse occidentale et Washington omettent de déclarer, c’est que Tania Bruguera aurait également été arrêtée dans n’importe quelle démocratie occidentale. Obtenir l’autorisation des autorités pour manifester est une norme mondiale. En France, par exemple, où des centaines de demandes de manifestations sont refusées chaque semaine, il est rigoureusement interdit d’organiser tout rassemblement sans l’accord écrit de la Préfecture de police. La demande doit être effectuée « au moins un mois avant la date de manifestation » et « ce délai est porté au minimum à trois mois si l'événement projeté rassemble une foule importante[6] ».

Par ailleurs, « chaque demande doit comporter tous renseignements utiles sur l'organisateur (personne physique ou morale) et sur la manifestation (nature, date, lieu, horaire, nombre de participants…) ». En France, les organisateurs de manifestations sont pénalement responsables de tous les dégâts susceptibles d’être causés lors de l’événement. La Préfecture de police insiste sur ce point : « L'organisateur doit assumer la charge de la sécurité générale sur le site affecté à la manifestation. En cas de dommages ayant pour cause l'imprudence ou la négligence, la responsabilité civile, voire pénale, de l'organisateur peut être engagée sur le fondement des articles 1382 et suivants du code civil et des articles 121-1, 121-2, 223-1 et 223-2 du code pénal[7] ».

Ainsi, durant l’été 2014, la France a été le seul pays au monde à interdire des manifestations de solidarité avec la Palestine suite à l’agression meurtrière d’Israël contre Gaza. La police avait violemment dispersé les manifestants et avait procédé à des dizaines d’interpellations. Plusieurs personnes ont été lourdement sanctionnées par la justice pour avoir bravé l’interdiction préfectorale[8].

Le refus d’autorisation des autorités cubaines est aisément compréhensible. La Place de la Révolution regroupe les sièges du gouvernement, du Comité central du Parti communiste et des Forces armées. En France, une manifestation devant le Palais de l’Elysée, où réside le Président de la République, serait impensable.

Encore une fois, un événement banal – une manifestation non autorisée et la mise en garde à vue par la police des protagonistes n’ayant pas respecté la décision des autorités –, qui passerait inaperçu dans n’importe quel autre pays du monde, fait la une de la presse internationale dès lors qu’il s’agit de Cuba. Cela en dit long sur l’impartialité des médias dans les démocraties occidentales.

Instrumentalisation des agences de notation contre la Russie

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme, #Economie

Jacques Sapir

Jacques Sapir

Lu sur PCF Bassin,

Par Jacques Sapir

Instrumentalisation des agences de notation

La décision de l’agence Standard and Poors de dégrader la note de la Russie n’a à l’évidence aucune raison économique. Mais elle s’explique parfaitement d’un point de vue politique. Pour justifier sa décision, qui désormais fixe à "BB+" cette note, ce qui la fait passer en catégorie spéculative, cette agence a mis en avant la détérioration de la flexibilité monétaire du pays, ainsi que la dégradation de ses perspectives de croissance. Par ailleurs, elle n’exclut pas un abaissement ultérieur. Or, la « note » d’un pays dépend de plusieurs paramètres.

Sur quoi se base une notation ?

Le premier est la solvabilité du pays. Or, avec une dette publique qui se monte à 9% du PIB (soit 10 fois moins que la France) et un déficit budgétaire pour 2015 qui devrait se situer entre 0,7% et 1,5% du PIB, la Russie apparaît comme particulièrement solvable. L’ampleur des paiements que devront faire les entreprises à leurs créanciers étrangers ne devrait pas dépasser les 65 milliards de dollars pour 2015. Or, le solde du commerce extérieur devrait être de 100 à 120 milliards de dollars dans la même période. Les entreprises russes sont donc en général très solvables. On peut objecter que les perspectives de croissance sont aussi prises en compte. Mais, si la croissance devrait être négative en 2015, la baisse ne devrait pas dépasser les -1,5%. En réalité, on s’attend à une forte chute au 1er trimestre 2015, puis une stabilisation progressive au 2ème et 3ème trimestre, et un retour de la croissance au 4ème trimestre. Que la Russie ne soit pas notée AAA se comprend. Qu’elle soit notée en « risque spéculatif » n’a aucune base économique. Il n’y a aucun risque de défaut en Russie, ce que reconnaissent implicitement de nombreux acteurs des marchés financiers[1]. Notons qu’une autre agence, Fitch avait dégradée la Russie de BBB à BBB ce qui correspondait à une notations juste avant le défaut. On voit bien qu’il n’y a aucune rationalité économique[2] derrière cette notation sinon le discrédit politique imposé par les Etats-Unis sur les marchés vis à vis de la Russie. Cette dernière devra donc payer un coût supplémentaire évalué entre 20 et 30 milliards d’euro en 2015. On peut donc considérer que cette dégradation arbitraire de la note de la Russie correspond à une sanction qui ne dit pas son nom. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré Vassili Nebenzia, vice-ministre des Affaires étrangères. Il faut signaler qu’Anton Silouanov, le ministre russe des Finances, a estimé que l’agence d’évaluation financière faisait preuve d’un "pessimisme excessif", appelant à ne "pas dramatiser".

La dynamique d’une hystérie anti-russe

On voit donc que seules des raisons politiques peuvent expliquer cette dégradation. D’ailleurs, l’agence chinoise Dragon Global Credit (DGC), au contraire confère à la Russie une excellente note. Si les Etats-Unis sont notés A- et la Russie reste avec une note A. On peut contester bien entendu que la Russie soit un moindre risque que les Etats-Unis. Mais il est vrai que sur des critères purement financiers, cette notation est bien plus logique que celle de Fitch ou de Standard and Poors. Les réserves de la Russie sont importantes, qu’il s’agisse de celles de la Banque Centrale de Russie ou que celles des différends souverains gérés par le Ministère des Finances.

Sur le fond, cela pose la question de la crédibilité des agences de notations. Tant que l’on fera commerce des dettes, que ce soit celles des Etats ou celles des compagnies privées, il faudra bien porter un jugement sur la solvabilité de l’emprunteur. C’est la raison fondamentale de l’existence des agences de notations. Or, leur existence implique que des raisons politiques n’interviennent pas, ou du moins n’interviennent qu’à la marge, sur leur jugement quant à la solvabilité d’un emprunteur. En se prêtant au jeu politique des Etats-Unis, ces agences ont compromis leur crédibilité générale.

Les conséquences de long terme de l’hystérie anti-russe.

Par la même occasion, elles ont retiré du marché un instrument important, quoiqu’imparfait, et l’on se souvient du revirement brutal de ces mêmes agences au moment de la crise des « subprimes », d’évaluation et donc de fonctionnement de ces mêmes marchés. Ceci ne peut que conduire à terme à la fragmentation croissante de ces dits marchés, et à une inversion progressive du processus de globalisation financière. En effet, si l’on ne peut plus disposer d’avis plus ou moins crédible quant à la solvabilité d’un emprunteur, seul la connaissance particulière que peut donner la proximité avec cet emprunteur, permettra de juger de sa réelle solvabilité. Mais, cette exigence de proximité rend impossible tout marché globalisé des dettes, privées ou publiques. Sans s’en rendre compte, le gouvernement des Etats-Unis vient peut-être de porter un coup fatal à la globalisation financière, dont il fut – et reste – l’un des principaux bénéficiaires.

Ceci met en évidence la dynamique politique très perverse de la politique américaine, que l’on voit d’ailleurs aussi à l’œuvre sur d’autres terrains, et en particulier dans la lutte contre le terrorisme. La responsabilité des Etats-Unis dans la naissance de l’organisation qui se fait appeler l’Etat Islamique, a été bien mise en évidence dans le témoignage du Général Vincent Desportes[3] devant le Sénat de la république française. Pourtant, aujourd’hui, les Etats-Unis cherchent à organiser une coalition pour lutter contre ce même « Etat Islamique » qu’ils ont porté sur les fonds baptismaux. Cette incohérence se retrouve dans la politique qui les conduit à faire pression sur les agences de notation pour qu’elles dégradent la note de la Russie.

Soulever une grosse pierre pour se la laisser retomber sur les pieds (proverbe chinois)

A la recherche d’avantages locaux, et ici d’un avantage par rapport à la Russie, il n’hésite pas à compromettre des instruments qui sont – ou qui devraient – être considérés comme des biens publics soit des biens appartenant à tous, et dont aucun acteur du marché ne peut priver les autres. L’établissement d’une notation d’un emprunteur était une « connaissance commune » qui fonctionnait comme un « bien public » sur le marché international des dettes. Il se pourrait bien que l’on constate la disparition de ce « bien public » et avec lui d’un mécanisme essentiel au fonctionnement d’un marché globalisé, ce qui pourrait précipiter la fragmentation financière, et l’émergence de diverses monnaies plus où moins convertibles comme instrument financiers au sein de ces espaces fragmentés. Une telle évolution sera-t-elle négative ? Probablement pas pour les pays émergents, ni même pour la majorité des pays du monde. Mais, elle portera un coup fatal à la puissance des grands centres financiers, et donc, par ricochet, aux Etats-Unis…

[1] « It is a bit of a mystery to us why Russian CDS spreads are so much lower than Greek ones, while Russian bond yields are significantly higher » cf. Pater Tenebrarum, Markets : Russia Is Not a Default Risk. Ukraine and Greece the Real Risks, 9/1/2015, http://www.acting-man.com/ ?p=35146et http://russia-insider.com/en/2015/01/13/2377

[2] c’est bien ce qu’analyse dans le détail l’article d’Alexandre Mercouri dans Russia insider

http://russia-insider.com/en/2015/01/11/2322

[3] COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DESAFFAIRES ETRANGERES, DE LA DEFENSE ET DES FORCES ARMEES, « Débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak - Audition du Général de division (r) Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris ». 20 janvier 2015, pp. 12-19, http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20141215/etr.html#toc7

Conférence de presse des témoins d'Odessa : texte d'introduction

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine, #Réseaux communistes, #Ce que dit la presse, #GQ

Une cinquantaine de personnes ont assisté à la conférence de presse, dont une quinzaine de journalistes, dont des représentants de l'Humanité dimanche, de TV5, du blog "les Crises", de Initiative Communiste, et d'agences de presse indépendantes, qui ont pu s'entretenir directement avec les invités.

 

Une video de 15 minutes montée à partir de la captation de la conférence de presse est mise en ligne ici http://www.reveilcommuniste.fr/2015/01/conference-de-presse-des-temoins-d-odessa-26-janvier-2015-video.html. Ce texte d'introduction est publié séparément.

 

Nous voulons donner la parole à des témoins du massacre survenu à Odessa en Ukraine, le 2 mai 2014, Irynia et Elena, ici présentes.

Les organisateurs parisiens sont Monika Karbowska (association « Féministes pour une autre europe » , Gueorgui Chepelev (association « collectif citoyen pour la paix en Ukraine ») et moi-même (Gilles Questiaux, membre du PCF et de son réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » et animateur du blog Réveil communiste).

La conférence de presse, ainsi que la réunion publique à la librairie Tropiques ce soir fait partie d’une tournée qui passe par sept villes de France, organisée par Danielle Bleitrach (qui anime le blog « histoire et société ») et Marianne Dunlop, membre de la fédération du PCF du Pas de Calais.

Nous disposons de la salle jusqu’à 18 heures, ce qui nous donnera le temps d’une discussion. La conférence est filmée, et sera mise en ligne sur Réveil Communiste. Le public n’apparaîtra pas sur le film. Nous remercions les journalistes qui ont répondu à notre invitation.

Bref rappel des faits :

Le massacre d’Odessa s’est produit quand des opposants de gauche au changement de régime qui a eu lieu en Ukraine en février 2014 ont tenté à leur tour de manifester. De planter à leur tour un campement permanent, en suivant la méthode non violente qui a pour but de susciter l’intérêt et la sympathie de l’opinion internationale. La réaction ne s’est pas faite attendre. Le 2 mai 2014, le campement a été détruit, et les manifestants ont été poursuivis par des nervis armés, encerclés dans la maison des syndicats qui a été incendiée. Ceux qui n’ont pas été brûlés vifs ont été battus à mort lorsqu’ils tentaient d’échapper aux flammes. Le tout sous l’œil de la police. Et filmé en direct sur les réseaux sociaux. Le bilan officiel est de 48 morts, et l’association de solidarité aux victimes a identifié 66 morts et disparus. Il n’y a pas de liste officielle ni d’enquête digne de ce nom.

La révolution du Maidan à l’envers, ou « anti-Maidan » a été ainsi jugulée. Mais au prix fort : aujourd’hui, la guerre civile ravage le pays.

Le but de notre conférence de presse est de contribuer à obtenir justice pour ceux qui ont été assassinés froidement et publiquement, pour servir d’exemple.

Pour le moment les morts et les disparus d’Odessa ne pèsent pas lourd dans les consciences occidentales. Ils n’étaient pas dans le bon camp. Pour le moment, le parti pris de l’opinion, et de ceux qui l’influencent a abouti à une situation inqualifiable et nauséeuse : un massacre politique aussi grave que ceux qui viennent d’avoir lieu à Paris, et comme il ne s’en est pas produit en Europe depuis des dizaines d’années, a été minimisé et occulté.

Le précédent qui me vient à l’esprit est celui du 17 octobre 1961. Comme pour le massacre des Algériens de Paris, le massacre des militants de gauche ukrainiens est bien connu de tout le monde. On ne prétend même pas l’ignorer. Mais on hausse les épaules, on minimise, et on change de sujet.

Il a fallu 30 ans pour que le 17octobre sorte du brouillard. Nous allons essayer de contribuer à la levée du brouillard qui plane sur le massacre d’Odessa, du 2 mai 2014, en donnant la parole aux témoins.

Irynia et Elena appartiennent au collectif qui s’est formé à Odessa pour obtenir justice. Le fils d’Elena, Andrei Brajevski, militant de gauche connu en Ukraine, âgé de 27 ans, figure parmi les victimes du massacre.

 

GQ, 26 janvier 2015

Conférence de presse des témoins d'Odessa (26 janvier 2015) : vidéo

29 Janvier 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #VIDEOS, #Ukraine, #Réseaux communistes

Témoignages sur le massacre commis à Odessa le 2 mai 2014. Conférence de presse tenue à Paris le 26 janvier 2015. Réalisation Pasquale Noizet.

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