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Vendredi 24 octobre 2014 5 24 /10 /Oct /2014 00:09

Pourquoi la purge anticorruption de Xi Jinping peut bientôt se frayer un chemin jusqu’à Hong Kong (23/10/2014 publié dans : Chine )
Sur le blog de Danielle Bleitrach, SOE signifie "State owned enterprise", entreprise propriété d'État. Voici qui donne un autre éclairage aux mouvement « démocratiques » de Hong Kong…(note de DB ) ...

Le virus "democracy" : exemple de sa diffusion à Hong Kong (20/10/2014 publié dans : Impérialisme )
Lu sur LGS Hong Kong : un virus sous le parapluie Ahmed BENSAADA Le 3 février 2011, entre la chute de Ben Ali et l’imminence de celle de Moubarak, le sénateur américain John McCain fit une ...

À propos des événements à HONG-KONG (ou la democracy contre la démocratie) (20/10/2014 publié dans : Impérialisme )
Lu sur Diablo : Nos médias (les médias du capital, ne l’oublions pas !) adorent les manifestants hongkongais qui, par milliers prétendent-ils, brandissent des parapluies pour exiger la démocratie, ...

Washington joue la carte terroriste contre la Chine et la Russie (16/10/2014 publié dans : Impérialisme )
Sur le blog de Danielle Bleitrach : Par Nikolaï Malichevski, du Centre du journalisme international (Biélorussie) Pour le sous-secrétaire américain à la Défense Robert Work, il faut une « réponse ...

 

et comme avant :

 

Le "Maidan" de Hong Kong vu de Russie : Hong Kong n’est pas Kiev (11/10/2014 publié dans : Impérialisme )
Lu sur le blog de Danielle Bleitrach : Les événements de Hong Kong vus de Russie : éviter Tian’anmen, par André Kamenetski 03.10.14 L’Ukraine a tellement formaté l’espace médiatique que les ...

L'ingérence lourde des États Unis à Hong Kong (10/10/2014 publié dans : Chine )
Envoyé par alain rondeau, origine, le blog d'Olivier Berruyer "les crises". http://www.les-crises.fr/les-etats-unis-approuvent-ouvertement-le-chaos-qu-ils-ont-cree-a-hong-kong/ Les États-Unis ...

Sous les parapluies la guerre (08/10/2014 publié dans : Chine )
Envoyé par Alain Rondeau http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/hong-kong-les-parapluies-2/ Hong Kong, sous les parapluies, l’art de la guerre. Manlio Dinucci Face à ...

Hong Kong : position officielle de la Chine (05/10/2014 publié dans : Chine )
China Voice : chérir le développement de Hong Kong et maintenir sa prospérité durable ( Source: Xinhua ) 03.10.2014 09h37 Les rassemblements illégaux du mouvement Occupy Central incités par ...

Le ministre chinois des Affaires étrangères appelle à ne pas s’ingérer dans les affaires internes chinoises (03/10/2014 publié dans : Chine )
Sur le blog de Danielle Bleitrach : Les affaires de Hong Kong relèvent des affaires internes chinoises et tous les pays doivent respecter la souveraineté de la Chine, a déclaré mercredi à ...

Sur Hong Kong, la CGT complètement à l'Ouest (01/10/2014 publié dans : Débat syndical )
Envoyé par l'auteur : Au sujet d’une déclaration de la CGT sur des manifestations à Hong Kong! ______________ La récente déclaration de la CGT au sujet de manifestation à Hong Kong est ...

Par Réveil Communiste - Publié dans : Chine - Communauté : Communard toujours !
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Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 21:13

Sur le blog de Danielle Bleitrach, SOE signifie "State owned enterprise", entreprise propriété d'État.

 

Voici qui donne un autre éclairage aux mouvement « démocratiques » de Hong Kong…(note de DB )

http://www.scmp.com/business/article/1612340/why-xi-jinpings-corruption-purge-may-soon-make-its-way-hong-ko

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Chinese President Xi Jinping is targeting corruption in SOEs.

Je viens de finir de lire Hack Attack, Les révélations choquantes sur le piratage informatique journalistique par téléphone en Grande-Bretagne qui montrent les Nouvelles Internationales de Rupert Murdoch au coeur d’une massive et flagrante entreprise de piratage informatique qui a exercé une influence de corruption au plus haut niveau des institutions britanniques les plus puissantes – y compris des leaders de la police et de la politique.

Le scandale britannique, qui a fini par une commission d’enquête et de nombreuses mises en examen, a apporté une preuve épique de la manière dont la mégalomanie et le pouvoir énorme d’entreprises peuvent se combiner pour effacer la ligne de démarcation entre la concurrence féroce normale et les comportements empreints de corruption criminelle de l’élite au pouvoir dans un pays.

Cela m’a  fait penser  à la campagne anti-corruption menée sur le continent par le Président Xi Jinping et sa direction (de Pékin...)

Il y a une conclusion par analogie simple : les structures de pouvoir autocratiques, qui permettent à des élites d’affaires de s’unir sans entrave avec des hauts fonctionnaires peuvent mener la corruption à une échelle spectaculaire - il en est ainsi en Grande-Bretagne, à Hong-Kong ou sur le continent. Et sans une presse libre et forte et indépendante des systèmes juridiques et des institutions démocratiques qui permette aux travailleurs ordinaires de bénéficier d’une certaine influence du monde réel sur la gouvernance, le résultat sera que cette corruption peut s’étendre, invisible et incontrôlée, pendant très longtemps.

Au crédit de Xi, la direction de Pékin semble reconnaître les dégâts malins entretenus par  une confortable, népotique, corruption jusqu’aux niveaux les plus hauts du Parti communiste et dans  les entreprises publiques géantes nationales. Une purge qui est clairement plus que l’abattage de quelques poulets pour effrayer un singe ou deux, a maintenant procédé à l’examen d’environ  75.000 membres du parti, dont  presque  20.000 déjà de sanctionnés. Pas étonnant que les dépenses de luxe se soient effondrées.

Des réseaux corrompus énormes dans SOES géant comme PetroChina, s’étendant à travers le secteur d’énergie, sont maintenant examinés, aboutissant à la paralysie du secteur.  Environ 45 officiels de PetroChina  ont été examinés, dont 13 dans l’Administration de l’Energie Nationale et 33 ou plus dans la province du Shanxi  riche en énergie. Avec Pékin reconnaissant que beaucoup des 113

SOES sous son contrôle (avec des 145.000 supplémentaires sous le contrôle des gouvernements locaux et provinciaux) a hébergé des réseaux corrompus et des réseaux de clientèle politiquement significatifs, il y a clairement toujours beaucoup de ménage à faire.

Donc la purge anti-corruption de Xi semble à peine avoir commencé, avec des ramifications énormes et troublantes pour Hong-Kong et notre élite au pouvoir. L’Académie chinoise des Sciences Sociales a estimé que plus de 20.000 officiels se sont enfuis du continent depuis 1995, prenant avec eux plus d’un milliard  US$150 en spoliation. Légitimement en relation avec l’investissement étranger, ces  flux sont le fait sur le continent des plus grands investisseurs étrangers dans les marchés immobiliers américains et australiens et ils ont fait de Macao, le top du centre du jeu. Quand la purge est devenue sérieuse, il n’est pas étonnant que les cours des actions des casinos de Macao se soient effondrés entre 27 et 40 pour cent. Avec le prix minimal d’un ensemble de circuits intégrés de casino de VIP à HK$10,000 et 10,000 yuans (HK$12,630) étant le maximum qu’un continental peut légalement sortir du continent, il semble que Wang Qishan et la Commission Centrale pour l’Inspection de Discipline doit faire un peu plus que placer une caméra vidéo pour surveiller les sorties de VIP.

 Mais si Macao semble être entré dans une zone de turbulence pour une période déterminée, cela doit être pareil pour Hong-Kong. Le volume simple d’argent continental canalisé par Hong-Kong pendant les trois dernière décennies signifie qu’un nombre significatif de milliards ont des origines corrompues. Comme Pékin tisse maintenant des liens à l’étranger pour poursuivre les fonds corrompus transférés à l’étranger, cela n’a rien de négligeable de constater que notre  Commission Indépendante chérie Contre la Corruption a désormais des liens avec plus de 40 autres agences d’anti-corruption dans le monde entier. Si l’ICAC a la force de faire face au défi, il y aura beaucoup d’enquêtes à venir.

  

David Dodwell est le directeur exécutif de Hong-Kong-Apec Groupe de Police commerciale

 
This article appeared in the South China Morning Post print edition as Why Xi’s corruption purge may soon make its way here
Par Réveil Communiste - Publié dans : Chine - Communauté : Parti Communiste Français
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Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 16:11

 

  Traduction, titres, notes,  André Tosel 

 

La philosophie de la praxis contre l'historicisme idéaliste. L'anti-Croce

 

NB : Dans les textes de Gramsci l'expression "philosophie de la praxis " signifie "marxisme". Benedetto Croce est le philosophe italien le plus influent au début du XXème siècle, de tendance libéral-hégélien.

 

Cahier de Prison 10, § 24 :

 

Quand on pose des problèmes historiques-critiques, il ne faut pas concevoir la discussion scientifique comme un processus judiciaire, où il y a un inculpé et un procureur qui, comme c'est son rôle, doit démontrer que l'accusé est coupable et digne d'être retiré de la circulation. Dans la discussion scientifique, puisqu'on suppose que l'intérêt est la recherche de la vérité et le progrès de la science, la manière de se mon­trer plus « avancé », c'est de se placer du point de vue suivant, à savoir que l'adver­saire peut exprimer une exigence qui doit être incorporée, ne serait-ce que comme un moment subordonné, dans sa propre construction. Comprendre et évaluer en réaliste la position et les raisons de l'adversaire (et parfois, se pose en adversaire toute la pensée passée) signifie justement s'être libéré de la prison des idéologies (au sens défavorable du terme, de fanatisme idéologique aveugle) c'est-à-dire se placer d'un point de vue « critique », le seul qui soit fécond dans la recherche scientifique.

 

(M. S., p. 21 et G. q. 10 (II), § 24, p. 1263.)

[1935]

 

Extrait du Cahier de Prison 10, § 31 :

 

Lien entre philosophie, religion, idéologie (au sens crocien)

 

Si par religion on doit comprendre une conception du monde (une philosophie) avec une norme de conduite qui lui corresponde, quelle différence peut-il y avoir entre religion et idéologie (ou instrument d'action) et, en dernière analyse, entre idéologie et philosophie ? Y a-t-il ou peut-il y avoir une philosophie sans une volonté morale conforme ? Les deux aspects de la religiosité, la philosophie et la norme de conduite, peuvent-ils se concevoir comme séparés ou avoir été conçus comme sépa­rés ? Et si la philosophie et la morale sont toujours une unité, pourquoi la philosophie doit-elle logiquement précéder la pratique et non l'inverse ? Ou bien cette façon de poser le problème n'est-elle pas une absurdité et ne doit-on pas, conclure qu'une « his­toricité » de la philosophie ne 'signifie rien d'autre que sa « praticité ». On peut dire sans doute que Croce a effleuré le problème dans Conversations critiques (1, p. 298 à 300); après avoir analysé quelques-unes des Thèses sur Feuerbach, il arrive à la conclusion que, dans ces Thèses, prennent la parole « en face de la philoso­phie antérieure, non pas d'autres philosophes comme on l'attendrait, mais les révolu­tion­naires pratiques », que « Marx ne renversait pas tant la philosophie hégélienne que la philosophie en général, toute espèce de philosophie, et qu'il supplantait le philosopher par l'action pratique ». Mais n'y a-t-il pas au contraire dans ces thèses la reven­dication, face à la philosophie « scolastique » purement théorique ou contem­plative, d'une philosophie qui produise une morale conforme, une volonté réalisatrice à la­quelle elle s'identifie en dernière analyse ? La Thèse XI : « Les philosophes ont seule­ment interprété le monde de différentes manières; il importe maintenant de le trans­former », ne peut pas être interprétée comme une répudiation de toute philoso­phie, mais seulement comme une répugnance envers le psittacisme des philosophes et l'affirmation énergique d'une unité entre théorie et pratique. Qu'une telle solution venant de Croce soit inefficace sur le plan critique, on peut encore le constater ainsi : même si l'on admet par hypothèse absurde, que Marx voulait « remplacer » la philo­sophie en général par l'activité pratique, il faudrait « dégainer » l'argument péremp­toire selon lequel on ne peut nier la philosophie sinon en philoso­phant, c'est-à-dire en réaffirmant ce que l'on avait voulu nier. Et Croce lui-même, dans une note du livre Matérialisme historique et économie marxiste, recon­naît (avait reconnu) expli­ci­tement que l'exigence posée par Antonio Labriola de construire une philosophie de la praxis était justifiée. 

On peut encore justifier cette interprétation des Thèses sur Feuerbach comme revendication de l'unité de la théorie et de la pratique, et par conséquent comme iden­ti­fication de la philosophie avec ce que Croce appelle religion (conception du mon­de accompagnée d'une norme de conduite correspondante) - ce qui n'est en réalité que l'affirmation de l'historicité de la philosophie en termes d'immanence absolue, de « terrestrité absolue » - avec la fameuse proposition selon laquelle le « mouvement ouvrier allemand est l'héritier de la philosophie classique allemande ». Cette propo­sition signifie non pas comme l'écrit Croce : « Héritier qui ne continuerait pas l'œuvre des prédécesseurs, mais en entreprendrait une autre, d'une nature différente et oppo­sée », elle signifierait proprement que l' « héritier » continue le prédécesseur, mais le continue « pratiquement » parce qu'il a déduit une volonté active, transforma­trice du monde, de la pure contemplation; et dans cette activité pratique est contenue aussi la « connaissance » qui d'ailleurs n'est « connaissance réelle » et non pas « scolastique », que dans l'activité pratique. Il en résulte aussi qu'un des caractères de la philosophie de la praxis est d'être tout spécialement une conception de masse, une culture de masse et de « masse unie dans son oeuvre », c'est-à-dire que ses normes de conduite ne sont pas universelles sur le seul plan des idées, mais « généralisées » dans la réalité sociale. Et partant, l'activité du philosophe « individuel » ne peut être conçue qu'en fonction de cette unité sociale, c'est-à-dire conçue elle aussi comme politique, comme fonction de direction politique. 

De ce point de vue aussi, on voit comment Croce a bien su mettre à profit son étude de la philosophie de la praxis. Qu'est en fait la thèse crocienne de l'identité de la philosophie et de l'histoire sinon une façon, la façon crocienne, de présenter le même problème qui a été posé par les Thèses sur Feuerbach et confirmé par Engels dans son opuscule sur Feuerbach ? Pour Engels, l' « histoire » est pratique (l'expérience, l'industrie), pour Croce, l' « histoire » est encore un concept spéculatif ; autrement dit, Croce a refait à l'envers le chemin - de la philosophie spéculative, on en était venu à une philosophie « concrète » et « historique », la philosophie de la praxis; Croce a retraduit en langage spéculatif les acquisitions progressives de la philosophie de la praxis et le meilleur de sa pensée est dans cette retraduction. 

On peut voir avec plus d'exactitude et de précision la signification que la philo­sophie de la praxis donne à la thèse hégélienne de la transformation de la philosophie en histoire de la philosophie, c'est-à-dire de l'historicité de la philosophie. D'où la conséquence : il convient de nier la « philosophie absolue » ou abstraite et spécula­tive, c'est-à-dire la philosophie qui naît de la philosophie précédente et en hérite les « problèmes suprêmes », comme on dit, ou même seulement le « problème philoso­phique »; problème qui devient dès lors un problème historique : comment naissent et se développent les problèmes déterminés de la philosophie. La priorité passe à la pratique, à l'histoire réelle des changements des rapports sociaux desquels (et donc, en dernière analyse, de l'économie) naissent (ou sont présentés) les problèmes que le philosophe se propose et élabore. 

On comprend, par le concept le plus large d'historicité de la philosophie c'est-à-dire par l'idée qu'une philosophie est « historique » dans la mesure où elle se diffuse et devient la conception de la réalité d'une masse sociale (avec une éthique conforme), que la philosophie de la praxis, malgré la « sur­prise » et le « scandale » de Croce, étudie dans les « philosophes précisément (!) ce qui n'est pas philosophique, les ten­dances pratiques et les effets sociaux et de classe, que ces philosophes représentent. C'est pourquoi ils découvraient dans le matéria­lisme du XVIIIe siècle la vie française d'alors toute tournée vers le présent immédiat, vers la commodité et l'utilité ; chez Hegel, l'État prussien ; chez Feuerbach, les idéaux de la vie moderne auxquels la société allemande ne s'était pas encore élevée ; chez Stirner, l'âme des marchands; chez Schopenhauer, celle des petits bourgeois, et ainsi de suite ». 

Mais n'était-ce pas justement « historiciser » les philosophies particulières, rechercher le lien historique entre les philosophies et la réalité historique par laquelle ils avaient été poussés ? On pourra dire et on dit en fait : mais la « philosophie » n'est-ce pas justement ce qui « reste » au terme de cette analyse par laquelle on identifie ce qui est « social » dans l'œuvre du philosophe? Il faut pourtant poser cette revendica­tion et la justifier mentalement. Après avoir distingué ce qui est social ou « histo­rique » dans une philosophie déterminée, ce qui correspond à une exigence de la vie pratique, à une exigence qui ne soit ni arbitraire ni extravagante (et certes, une telle identification n'est pas toujours facile, surtout si on la tente immédiatement, c'est-à-dire sans une perspective suffisante) il faudra évaluer ce « résidu » qui ne sera pas aussi important qu'il pourrait paraître à première vue, si le problème avait été posé en partant du préjugé crocien que ce problème est une futilité ou un scandale. Qu'une exigence historique soit conçue par un philosophe « individuel » de façon individuelle et personnelle et que la personnalité particulière du philosophe influe profondément sur la forme d'expression concrète de sa philosophie, c'est évident, tout bonnement. Que ces caractères individuels aient de l'importance, c'est à concéder sans réserve. Mais quelle signification aura cette importance ? Elle ne sera pas purement instru­men­tale et fonctionnelle, étant donné que s'il est vrai que la philosophie ne se déve­loppe pas à partir d'une autre philoso­phie, mais qu'elle est une solution continuelle de problème que propose le développe­ment historique, il est vrai aussi que chaque philosophe ne peut pas négliger les philosophes qui l'ont précédé. Il agit même d'habi­tude comme si sa philosophie était une polémique ou un développement des philoso­phies précédentes, des œuvres individuelles concrètes des philosophes précédents. Quelquefois même « il est utile » de proposer la découverte personnelle d'une vérité comme si elle était le développe­ment d'une thèse précédente d'un autre philosophe, parce que c'est une force que de s'insérer dans le processus particulier de dévelop­pement de la science particulière à laquelle on collabore. 

De toute façon, apparaît le lien théorique par lequel la philosophie de la praxis, tout en continuant l'hégélianisme, le « renverse », sans vouloir pour cela, comme le croit Croce, « supplanter » toute espèce de philosophie. Si la philosophie est histoire de la philosophie, si la philosophie est « histoire », si la philosophie se développe parce que se développe l'histoire générale du monde (c'est-à-dire les rapports sociaux dans lesquels vivent les hommes) et non simplement parce qu'à un grand philosophe succède un plus grand philosophe, il est clair alors que travailler pratiquement à l'his­toire, c'est faire en même temps une philosophie « implicite » qui sera « explicite » dans la mesure où les philosophes l'élaboreront de façon cohérente, c'est soulever des problèmes de connaissance qui, en plus d'une forme « pratique » de solution, trouve­ront tôt ou tard une forme théorique grâce au travail des spécialistes, après avoir trouvé immédiatement la forme spontanée du sens commun populaire, c'est-à-dire des agents pratiques des transformations historiques. On voit combien les crociens ne comprennent pas cette façon de poser la question à leur étonnement devant certains événements : « ... On a ce fait paradoxal d'une idéologie pauvrement, aridement matérialiste qui donne lieu en pratique à une passion de l'idéal, à une fougue du renouveau, à laquelle on ne peut nier une certaine (!) sincérité », et à l'explication abstraite à laquelle ils ont recours : « Tout ceci est vrai en principe (!) et c'est aussi providentiel, puisque cela montre que l'humanité a de grandes ressources intérieures qui entrent en jeu au moment même où une raison superficielle prétendrait les nier », accompagnée des petits jeux de dialectique formelle d'usage : « La religion du maté­rialisme, par le fait même qu'elle est religion, n'est plus matière (!?); l'intérêt écono­mique, lorsqu'il est élevé jusqu'à l'éthique, n'est plus pure économie. » Ou bien cette subtilité de De Ruggiero est une futilité, ou bien elle se rattache à une proposition de Croce selon laquelle toute philosophie en tant que telle n'est qu'idéalisme ; mais cette thèse énoncée, pourquoi alors une telle bataille de mots ? Serait-ce seulement pour une question de terminologie ?

 

(M.S., pp. 231-235 et G.q. 10 (II), § 31, pp. 1269-1274.)

[1935]

 

 Extrait de Cahier de Prison 10, § 51 :

 

Le philosophe


Une fois posé le principe que tous les hommes sont « philosophes », c'est-à-dire qu'entre les philosophes professionnels ou « techniciens » et les autres hommes, il n'existe pas une différence « qualitative » mais seulement « quantitative » (et dans ce cas, quantité a un sens particulier, qui ne peut être confondu avec celui d'une somme arithmétique, puisque ce mot indique plus ou moins d' « homogénéité », de « cohé­rence », de « possibilités logiques » [logicità], etc. (c'est-à-dire quantité d'éléments qualitatifs), il faut voir toutefois en quoi consiste la différence. Ainsi, il ne sera pas exact d'appeler « philosophie », toute tendance de pensée, toute orientation générale, etc. et même pas toute « conception du monde et de la vie ». On pourra appeler le philosophe « un ouvrier qualifié », par rapport aux ma­nœu­vres, mais cette expression non plus n'est pas exacte, car dans l'industrie, en plus du manœuvre et de l'ouvrier qualifié, il y a l'ingénieur, qui non seulement connaît le métier pratiquement, mais le connaît théoriquement et historiquement. Le philoso­phe professionnel ou technicien, non seulement « pense » avec plus de rigueur logique, avec plus de cohérence, avec plus d'esprit de système que les autres hommes, mais il connaît toute l'histoire de la pensée, c'est-à-dire qu'il est capable de s'expliquer le développement que la pensée a eu jusqu'à lui, et qu'il est en mesure de reprendre les problèmes au point où ils se trouvent après avoir subi le maximum de tentatives de solutions, etc. Il a, dans le domaine de la pensée, la même fonction que celle assumée dans les divers domaines scientifiques, par les spécialistes. 

Il y a toutefois une différence entre le philosophe spécialiste et les autres spécia­listes : le philosophe spécialiste s'approche davantage des autres hommes que ne le font les autres spécialistes. L'analogie qu'on a établie entre le philosophe spécialiste et les autres spécialistes de la science, est précisément à l'origine de la caricature du philosophe. En effet, on peut imaginer un entomologiste spécialiste, sans que tous les autres hommes soient des entomologistes « empiriques », un spécialiste de trigono­métrie, sans que la majeure partie des autres hommes s'occupent de trigonométrie, etc. (on peut trouver des sciences très raffinées, très spécialisées, nécessaires, mais pas pour autant « communes »), mais on ne peut penser aucun homme qui ne soit pas en même temps philosophe, qui ne pense pas, précisément parce que le fait de penser est le propre de l'homme en tant que tel (à moins qu'il ne soit pathologiquement idiot).

 

(M.S., p. 24 et G.q. 10 (II), § 52, pp. 1342-1343.)

[1935]

 

  Extrait du Cahier de Prison 10, § 41 :

 

  Religion, philosophie, politique

 

 

Le discours prononcé par Croce à la section d'Esthétique du Congrès philoso­phique d'Oxford (résumé dans la Nuova Italia du 20 octobre 1930) développe, dans une forme extrême les thèses sur la philosophie de la praxis exposées dans Histoire de l'historiographie italienne au XIXe siècle. Comment peut-on juger de façon critique le point de vue le plus récent de Croce sur la philosophie de la praxis (qui rénove com­plè­tement le point de vue soutenu dans son livre Matérialisme historique et Économie marxiste) ? On devra le juger non comme un jugement de philosophie, mais comme un acte politique de portée pratique immédiate. 

Il est certain qu'un courant avili s'est formé à partir de la philosophie de la praxis : il est, peut-on dire, à la conception des fondateurs de la doctrine, ce qu'est le catho­licisme populaire au catholicisme théologique ou à celui des intellectuels; tout comme le catholicisme populaire peut être traduit en termes de paganisme ou en termes de religions inférieures au catholicisme en raison des superstitions et des sorcelleries qui les dominaient ou les dominent encore, la philosophie de la praxis avilie peut être traduite en termes « théologiques » ou transcendentaux c'est-à-dire en termes de phi­lo­sophie prékantienne et précartésienne. Croce se comporte comme les anticléricaux francs-maçons et les rationalistes vulgaires qui combattent le catho­licisme à l'aide justement de ces rapprochements et de ces traductions au catholicisme vulgaire en langage « fétichiste ». Croce tombe dans la position intellectualiste que Sorel repro­chait à Clemenceau : juger un mouvement historique sur sa littérature de propagande, et ne pas comprendre que même de petits opuscules ordinaires peuvent être aussi l'expression de mouvements extrêmement importants et pleins de vie. 

Est-ce une force ou une faiblesse pour une philosophie que d'avoir outrepassé les limites habituelles des couches réduites d'intel­lectuels ou de se diffuser dans les grandes masses en s'adaptant au besoin à leur mentalité et en y perdant plus ou moins de sa vigueur? Et quel sens a le fait qu'une conception du monde se répande ainsi, s'enracine et connaisse continuellement des moments de crise et de nouvelle splen­deur intellectuelle ? Croire qu'une conception du monde puisse être détruite par des critiques de caractère rationnel, est une lubie d'intellectuels fossilisés : combien de fois n'a-t-on pas parlé de « crise » de la philo­sophie de la praxis ? et que signifie cette crise permanente ? ne signifie-t-elle pas la vie même, qui procède par négations de négations ? Or, qui a maintenu la force des reprises successives, sinon la fidélité des masses populaires qui s'étaient approprié cette conception, fût-ce sous des formes superstitieuses et primitives ? On dit souvent que dans certains pays l'absence de réforme religieuse est cause de recul dans tous les domaines de la vie civile, et on ne remarque pas que la diffusion de la philosophie de la praxis est justement la grande réforme des temps modernes, qu'elle est une réforme intellectuelle et morale qui accomplit à l'échelle nationale ce que le libéralisme n'a réussi à accomplir que pour des couches restreintes de la population. L'analyse des religions qu'a faite Croce dans Histoire d'Europe, et le concept de religion qu'il a élaboré, servent précisément à mieux comprendre la signification historique de la philosophie de la praxis et les raisons de sa résistance à toutes les attaques, à toutes les désertions. 

La position de Croce est celle de l'homme de la Renaissance à l'égard de la Réfor­me protestante, avec cette différence que Croce fait revivre une position qui s'est historiquement révélée fausse et réactionnaire et dont il a lui-même [1] contribué à révéler la fausseté réactionnaire. On comprend qu'Erasme ait pu dire de Luther : « Là où apparaît Luther, meurt la culture. » 

On ne comprend pas qu'aujourd'hui Croce reproduise la position d'Erasme, puis­que Croce a vu comment de la primitive grossièreté intellectuelle de l'homme de la Réforme, est pourtant sortie la philosophie classique allemande et le vaste mouve­ment culturel qui a donné naissance au monde moderne. Plus : le développement que fait Croce du concept de religion dans son Histoire d'Europe est tout entier une criti­que implicite des idéologies petites-bourgeoises (Oriani, Missiroli, Gobetti, Dorso, etc.) qui expliquent les faiblesses de l'organisme national et étatique italien par l'absence de Réforme religieuse, entendue dans un sens étroitement confessionnel. En élargissant et en précisant le concept de religion, Croce montre le caractère mécani­que et le schématisme abstrait de ces idéologies, qui n'étaient rien d'autre que des cons­tructions littéraires. Mais il est alors d'autant plus grave de ne pas avoir compris que la philosophie de la praxis, avec son vaste mouvement de masse, a représenté et représente un vaste processus historique semblable à la Réforme, en opposition au libéralisme qui reproduit une Renaissance étroitement limitée à quelques groupes intellectuels et qui, dans une certaine mesure, a capitulé devant le catholicisme ; et ceci à tel point que le seul parti libéral efficient était le parti populaire, c'est-à-dire une nouvelle forme de catholicisme libéral. 

Croce reproche à la philosophie de la praxis son « scientisme », sa superstition « ma­té­rialiste », son retour présumé au « Moyen Age intellectuel ». Ce sont les repro­ches qu'Erasme, dans le langage de l'époque, adressait au luthéranisme. L'homme de la Renaissance et l'homme engendré par le développement de la Réforme se sont fondus dans l'intellectuel moderne du type Croce. Mais si ce type est incompré­hen­sible sans la Réforme, il ne réussit plus à comprendre le processus historique par lequel du « moyenâgeux » Luther on est arrivé nécessairement à Hegel. Et voilà pourquoi, face à la grande réforme intellectuelle et morale représentée par la diffusion de la philosophie de la praxis, il reproduit mécaniquement l'attitude d'Erasme. 

On peut étudier avec une grande précision cette position de Croce à travers son attitude pratique à l'égard de la religion confessionnelle. Croce est essentiellement anti-confessionnel (nous ne pouvons dire antireligieux, étant donné sa définition du fait religieux). Et sa philosophie a été, pour un groupe important d'intellectuels italiens et européens, surtout dans ses manifestations les moins systématiques (com­me les comptes rendus, les notes, etc. rassemblés dans des livres comme Culture et Vie morale, Conversations critiques, Fragments d'éthique, etc.), une véritable et réelle réforme intellectuelle et morale du type Renaissance. « Vivre sans religion » (et s'entend, sans confession religieuse) a été le suc extrait par Sorel de la lecture de Croce. [2] Mais Croce n'est pas « allé au peuple », il n'a pas voulu devenir un élément national (pas plus que ne l'ont été les hommes de la Renaissance, à la différence des luthériens et des calvinistes), il n'a pas voulu créer une armée de disciples qui, à sa place (étant donné que lui personnellement voulait consacrer son énergie à la création d'une haute culture) auraient pu populariser sa philosophie, en essayant de la faire devenir un élément d'éducation dès les écoles élémentaires (et par suite un élément d'éducation pour le simple ouvrier et le simple paysan, c'est-à-dire pour le simple homme). Peut-être était-ce impossible, mais cela valait la peine d'être tenté et qu'il ne l'ait pas tenté est significatif. 

Croce a écrit dans un de ses livres quelque chose de ce genre : « On ne peut pas retirer la religion à l'homme du peuple, sans la remplacer aussitôt par quelque chose qui satisfasse les exigences qui ont fait naître et font encore durer la religion. » Il y a du vrai dans cette affirmation, mais ne contient-elle pas l'aveu que la philosophie idéaliste est incapable de devenir une conception du monde intégrale (et nationale)? Et en effet, comment pourrait-on détruire la religion dans la conscience de l'homme du peuple sans, dans le même temps, la remplacer. Est-il possible, dans ce seul cas, de détruire sans créer ? C'est impossible. L'anticléricalisme vulgaire et maçonnique lui-même substitue à la religion qu'il détruit (dans la mesure où il la détruit réellement), une nouvelle conception; et si cette nouvelle conception est grossière et basse, cela signifie que la religion remplacé était en réalité encore plus grossière et basse. L'affir­mation de Croce ne peut donc être qu'une façon hypocrite de représenter le vieux principe selon lequel la religion est nécessaire pour le peuple. Gentile, de façon moins hypocrite et plus conséquente, a rétabli l'enseignement [de la religion] dans les écoles élémentaires (on est allé encore plus loin que ce que voulait faire Gentile : on a éten­du l'enseignement de la religion aux écoles secondaires) ; et il a justifié son acte en faisant appel à la conception hégélienne de la religion comme philosophie de l'en­fance de l'humanité qui, appliquée aux temps actuels, est devenue un pur sophisme et une façon de rendre service au cléricalisme.

 

Note. Il faut voir le programme scolaire de Croce qui échoua en raison des acci­dents parlementaires du gouvernement Giolitti (1920-1921), mais qui, eu égard à la religion, n'était pas très différent, si je me rappelle bien, du programme de Gentile.

 

Il faut rappeler le « fragment d'éthique » sur la religion. Pourquoi n'a-t-il pas été développé ? Peut-être était-ce impossible. La conception dualiste de l' « objectivité du monde extérieur », qui a été enracinée dans le peuple par les religions et les philo­so­phies traditionnelles devenues « sens commun », ne peut être extirpée et remplacée que par une nouvelle conception qui se présente intimement fondue avec un program­me politique et une conception de l'histoire que le peuple reconnaisse comme une ex­pres­­sion de ses nécessités vitales. Il n'est pas possible de concevoir la vie et la diffu­sion d'une philosophie qui ne soit pas tout ensemble politique actuelle, étroitement liée à l'activité prépondérante dans la vie des classes populaires, le travail, et ne se montre pas par conséquent, dans certaines limites, liée nécessairement à la science. Au besoin, cette conception nouvelle revêtira d'abord des formes primitives de superstitions identiques à celles de la religion mythologique, mais elle trouvera en elle-même et dans les forces intellec­tuelles que le peuple exprimera de son sein, les éléments pour dépasser cette forme primitive. Cette conception lie l'homme à la nature au moyen de la technique, en maintenant la supériorité de l'homme et en l'exaltant dans le travail créateur; elle exalte donc l'esprit et l'histoire. [3]

 

(M.S. pp. 222-231 et G.q. 10 (II), § 41, pp. 1291-1301.)

 

  Idem § 41 :

 

Un pas en arrière par rapport à Hegel

 

A propos de l'importance du machiavélisme et de l'anti-machiavélisme en Italie pour le développement de la science politique, et à propos de la signification qu'eu­rent récemment dans ce développement la proposition de Croce sur l'autonomie du moment politico-économique et les pages consacrées à Machiavel, peut-on dire que Croce ne serait pas parvenu à ce résultat sans l'apport culturel de la philosophie de la praxis? Il faut rappeler à ce sujet que Croce a écrit qu'il ne pouvait pas comprendre pourquoi jamais personne n'avait pensé à développer l'idée que le fondateur de la philosophie de la praxis avait accompli, pour un groupe social moderne, une oeuvre équivalente à celle de Machiavel en son temps. On pourrait déduire de cette compa­raison de Croce toute l'injustice de son attitude culturelle actuelle, non seulement parce que le fondateur de la philosophie de la praxis a eu des intérêts beaucoup plus vastes que Machiavel et même que Botero [4], mais aussi parce qu'est compris chez lui en germe, outre l'aspect de la force et de l'économie, l'aspect éthico-politique de la politique ou théorie de l'hégémonie et du consensus. 

Le problème est le suivant : étant donné le principe de la dialectique des distincts posé par Croce (principe qu'il faut critiquer comme solution purement verbale d'une exigence méthodologique réelle, dans la mesure où il est vrai que n'existent pas seule­ment les contraires mais également les distincts), quel rapport, qui ne soit pas celui d' « implication dans l'unité de l'esprit » existera entre le moment économico-poli­tique et les autres activités historiques ? Une solution spéculative de ces problè­mes est-elle possible ou ne peut-il y en avoir qu'une solution historique donnée par le concept de « bloc historique » proposé par Sorel? On peut dire pourtant qu'alors que l'obsession politico-économique (pratique, didactique) détruit l'art, la morale, la phi­losophie, ces activités elles aussi, inversement, sont « politiques ». En d'autres termes, la passion politico-économique est destructrice lorsqu'elle est extérieure, impo­sée par la force d'après un plan préétabli (qu'il en soit ainsi, peut être nécessaire sur le plan politique et il y a des périodes où l'art, la philosophie, etc. s'assoupissent tandis que l'activité pratique est toujours vivace) mais elle peut devenir implicite dans l'art, etc. lorsque le processus est normal, non violent, lorsqu'il y a homogénéité entre la struc­ture et les superstructures et lorsque l'État a dépassé sa phase économique-corpora­tive. Croce lui-même (dans le livre Éthique et Politique) fait allusion à ces différentes phases : une phase de violence, de misère, de lutte acharnée, dont on ne peut faire l'histoire éthico-politique (au sens restreint) et une phase d'expansion culturelle qui serait la « véritable » histoire. 

Dans ses deux derniers livres : Histoire dItalie et Histoire de lEurope, Croce a omis précisément les moments de la force, de la lutte, de la misère et l'histoire com­mence, dans le premier ouvrage, en 1870 et dans l'autre en 1815. D'après ces critè­res schématiques, on peut dire que Croce lui-même reconnaît implicitement la priorité du fait économique, c'est-à-dire de la structure comme point de référence et d'impulsion dialectique pour les superstructures ou « moments distincts de l'esprit. » 

Le point de la philosophie crocienne sur lequel il convient d'insister semble être justement ce que l'on appelle la dialectique des distincts. Le fait de distinguer les con­traires des distincts répond à une exigence réelle, mais il y a également une contra­diction dans les-termes, parce qu'il n'y a de dialectique que des contraires. Voir les objec­tions, qui ne sont pas verbales, présentées à cette théorie crocienne par les gentiliens et remonter à Hegel. Il faut se demander si le mouvement de Hegel à Croce-Gentile n'a pas été un pas en arrière, une réforme « réactionnaire ». N'ont-ils pas rendu Hegel plus abstrait ? N'en ont-ils pas détaché la partie la plus réaliste, la plus historiciste ? Et n'est-ce pas au contraire précisément de cet aspect que seule la philosophie de la praxis, dans certaines limites, est une réforme et un dépassement ? Et n'est-ce pas justement l'ensemble de la philosophie de la praxis qu'ont fait dévier en ce sens Croce et Gentile bien qu'ils se soient servis de cette philosophie pour des doctrines particulières (c'est-à-dire pour des motifs implicitement politiques) ? Entre CroceGentile et Hegel, il s'est formé un lien du type Vico-Spaventa-Gioberti. Mais cela n'a-t-il pas signifié un pas en arrière par rapport à Hegel ? Hegel ne peut pas être pensé indépendamment de la Révolution française et de Napoléon avec ses guerres, c'est-à-dire indépendamment des expériences vitales et immédiates d'une période très intense de luttes historiques, de misères, alors que le monde extérieur écrase l'indi­vidu et lui fait toucher terre et l'aplatit contre terre, alors que toutes les philosophies passées ont été critiquées par la réalité de façon si péremptoire ? Vico et Spaventa pouvaient-ils donner quelque chose de semblable ? [5] A quel mouvement historique de grande portée Vico a-t-il parti­cipé ? Encore que son génie ait consisté justement à concevoir un vaste monde à partir d'un angle mort de l' « histoire », aidé par la con­cep­tion unitaire et cosmopolite du catholicisme... En ceci réside la différence essen­tielle entre Vico et Hegel, entre Dieu-Providence et Napoléon-esprit du monde, entre une abstraction lointaine et l'his­toire de la philosophie, conçue comme seule philo­sophie, qui conduira à l'identifica­tion fût-elle spéculative de l'histoire et de la philo­sophie, du faire et du penser, jusqu'au prolétariat allemand comme seul héritier de la philosophie classique allemande.

 

(M.S., pp. 240-242 et G.q. 10 (II), § 41, pp. 1315-1317.)

[1935]

 

  Extraits du Cahier de Prison 10,§§ 33 et 36 :

 

Croce et la critique de l'économie politique

 

 

 

Il faut relever dans l'écrit de Croce sur la baisse tendancielle du taux de profit une erreur fondamentale. [6] Ce problème est déjà posé dans le Livre I du Capital, là où l'on parle de la plus-value relative; on observe au même endroit comment se manifeste une contradiction dans ce processus : tandis que le progrès technique permet d'un côté une dilatation de la plus-value, il détermine d'un autre côté, par le changement qu'il introduit dans la composition du capital, la baisse tendancielle du taux de profit; et on le démontre dans le Livre III du Capital. Croce présente comme objection à la théorie exposée dans le Livre III, ce qui est exposé dans le Livre I, c'est-à-dire qu'il pose comme objection à la baisse tendancielle du taux de profit la démonstration de l'existence d'une plus-value relative due au progrès technique, sans jamais toutefois faire allusion au Livre I, comme si l'objection était sortie de son cerveau ou était tout simplement le fruit du bon sens. 

En tout cas il faut dire que la question de la loi tendancielle du taux de profit ne peut être étudiée seulement d'après l'exposé fait dans le Livre III ; l'exposé du Livre III est l'aspect contradictoire du développement exposé dans le Livre I et on ne peut pas l'en détacher. De plus, il faudrait peut-être déterminer avec plus de soin le sens de loi « tendancielle » : puisque toute loi, en économie politique, ne peut pas ne pas être tendancielle, étant donné qu'elle s'obtient en isolant un certain nombre d'éléments et en négligeant donc les forces contraires, il faudra sans doute distinguer un degré supérieur ou inférieur de tendancialité; tandis que l'adjectif tendanciel est d'ordinaire sous-entendu comme évident, on y insiste au contraire lorsque la tendancialité devient un caractère organiquement important, comme c'est le cas lorsque la baisse du taux de profit est présentée comme l'aspect contradictoire d'une autre loi, celle de la produc­tion de la plus-value relative, lorsque l'une tend à annuler l'autre avec cette prévision que la baisse du taux de profit prévaudra. A quel moment peut-on estimer que la contradiction se nouera comme un nœud gordien, normalement insoluble, et exigera l'intervention d'une épée d'Alexandre ? 

Quand toute l'économie mondiale sera devenue capitaliste et aura atteint un cer­tain niveau de développement; quand la « frontière mobile » du monde économi­que capitaliste aura rejoint ses colonnes d'Hercule. Les forces opposées à la loi tendan­cielle et qui se résument dans la production d'une plus-value relative toujours plus grande, ont des limites qui sont fixées, par exemple, sur le plan technique par l'extension et la résistance élastique de la matière, et sur le plan social par le taux de tolérance au chômage dans une société donnée. Autrement dit, la contradiction écono­mi­que devient contradiction politique et se résout politiquement dans un renver­sement de la praxis. [7] 

Il faut encore remarquer que Croce oublie un élément fondamental de la forma­tion de la valeur et du profit dans son analyse, à savoir le « travail socialement nécessaire » dont la formation ne peut être étudiée et mise en évidence dans une seule usine ou dans une seule entreprise. Le progrès technique donne justement à telle ou telle entreprise particulière la chance moléculaire d'augmenter la productivité du travail au-delà de la moyenne sociale et par suite de réaliser des profits exceptionnels (comme c'est étudié dans le Livre I) ; mais à peine ce progrès s'est-il socialisé que cette position initiale se perd peu à peu et la loi de la moyenne sociale de travail fonctionne et abaisse, à travers la concurrence, les prix et les profits : on a alors une baisse du taux de profit, car la composition organique du capital se révèle défavo­rable. Les entrepreneurs tentent de prolonger la chance initiale aussi longtemps que possible même au moyen de l'intervention législative : défense des brevets, des se­crets industriels, etc. qui cependant ne peut qu'être limitée à quelques aspects du pro­grès technique, sans doute secondaires, mais qui de toute façon ont un poids non négligeable. Le moyen le plus efficace utilisé par les entrepreneurs isolés pour échap­per à la loi de la chute du taux de profit, consiste à introduire sans cesse des modi­fications nouvelles et progressives dans tous les secteurs du travail et de la produc­tion ; sans négliger les apports moins importants du progrès qui, dans les très grandes entreprises et multipliés sur une grande échelle, donnent des résultats très apprécia­bles. On peut étudier l'ensemble des activités industrielles d'Henry Ford de ce point de vue : une lutte continuelle, incessante pour fuir la loi de la baisse du taux de profit, en maintenant une position de supériorité sur les concurrents. Ford a dû sortir du champ strictement industriel de la production pour organiser aussi les transports et la distribution de ses marchandises, en déterminant ainsi une distribution de la masse de plus-value plus favorable à l'industriel producteur. 

L'erreur de Croce est multiple : il part du présupposé que tout progrès technique détermine immédiatement, comme tel, une baisse du taux de profit, ce qui est erroné, puisque le Capital affirme seulement que le progrès technique détermine un processus de développement contradictoire, dont un des aspects est la baisse tendancielle. Il affirme tenir compte de toutes les prémisses théoriques de l'économie critique et il oublie la loi du travail socialement nécessaire. Il oublie entièrement la partie de la question traitée dans le Livre I, ce qui lui aurait épargné toute cette série d'erreurs, oubli d'autant plus grave qu'il reconnaît lui-même que la section consacrée à la loi de la chute tendancielle dans le Livre III, est incomplète, seulement esquissée, etc. ; une raison péremptoire pour étudier tout ce que le même auteur avait écrit ailleurs sur ce sujet.

 

Note. La question du texte du Livre III peut être réétudiée à présent que l'on dispose, comme je le crois, de l'édition diplomatique de l'ensemble des annotations et des notes qui ont dû servir à sa rédaction définitive. Il ne faut pas exclure qu'aient été négligés, dans l'édition traditionnelle, des passages qui, après les polémiques qui se sont produites, pourraient avoir une importance bien plus grande que ce que pouvait imaginer le premier réorganisateur du matériel fragmentaire [Engels]. Un spécialiste d'économie devrait ensuite reprendre la formule générale de la loi de la baisse tendancielle, fixer le moment où la loi se vérifie et établir de façon critique toute la série des passages qui conduisent tendanciellement à cette loi comme conclusion logique.

 

Il faut développer la remarque sur le sens que doit avoir le terme « tendanciel » lorsqu'il est rapporté à la loi de la baisse du profit. Il est évident que, dans ce cas, la tendancialité ne peut pas être seulement rapportée aux forces contre-opérantes dans la réalité, toutes les fois qu'on y abstrait quelques éléments isolés, pour construire une hypothèse logique. Puisque la loi est l'aspect contradictoire d'une autre loi : la loi de la plus-value relative qui détermine l'expansion moléculaire du système d'usine, c'est-à-dire le développe­ment même du mode de production capitaliste, il ne peut s'agir de forces contre-opérantes identiques à celles que l'on rencontre dans les hypothèses économiques ordinaires. Dans ce cas, la force contre-opérante est elle-même étudiée organiquement et donne lieu à une loi tout aussi organique que la loi de la baisse du taux de profit. La signification du « tendanciel » parait devoir être de caractère « his­to­rique » réel et non méthodologique : le terme sert justement à indiquer le processus dialectique par lequel une impulsion moléculaire progressive conduit à un résultat tendanciellement catas­trophique dans l'ensemble social, résultat d'où partent d'autres impulsions singulières progressives dans un processus de continuel dépassement qui pourtant ne peut pas se dérouler à l'infini, même s'il se désagrège en un très grand nombre de phases intermédiaires de dimension et d'importance diverses. Il n'est pas totalement exact, pour la même raison, de dire comme le fait Croce dans la préface à la seconde édition de son livre, que si la loi de la baisse du taux de profit était établie avec exactitude, comme le croyait son auteur, elle « entraînerait ni plus ni moins que la fin automatique et prochaine de la société capitaliste ». Rien d'automatique et donc, à plus forte raison, rien de prochain. Cette déduction de Croce est imputable à l'erreur qui consiste à avoir examiné la loi de la chute du taux de profit en l'isolant du proces­sus dans lequel elle a été conçue et en l'isolant non pas dans le but scientifique d'une meilleure exposition, mais comme si elle était valable « absolument » et non comme terme dialectique d'un processus organique plus vaste. Que grand nombre de gens aient interprété la loi à la manière de Croce, n'exempte pas ce dernier d'une respon­sabilité scientifique certaine. 

De nombreuses affirmations de l'économie critique ont été ainsi « mythifiées » et il n'est pas dit qu'une telle formation de mythes n'ait pas eu une importance pratique immédiate et ne puisse pas encore en avoir une. Mais il s'agit d'un autre aspect de la question, qui a peu de rapport avec la position scientifique du problème et avec la dé­duc­tion logique : elle pourra être examinée au point de vue de la critique des métho­des politiques et des méthodes de politique culturelle. Il est probable que, de ce point de vue, il faudra montrer que la méthode qui consiste à forcer arbitrairement une thèse scientifique pour en tirer un mythe populaire énergétique et propulsif, est une méthode inepte en dernière analyse, et finalement plus nuisible qu'utile : on pourrait comparer cette méthode à l'usage des stupéfiants qui créent un instant d'exaltation des forces physiques et psychiques mais affaiblissent l'organisme de façon permanente.

 

(M.S. pp. 211-215 et G.q. 10 (II), § 33, pp. 1278-1280 et § 36, pp. 1281-1284.)

[1935]

 

  Extrait du Cahier de Prison 10, ! 48 :

 

Progrès et devenir

 

S'agit-il de deux choses différentes ou de deux aspects différents d'un même con­cept ? Le progrès est une idéologie, le devenir, une conception philosophique. Le « pro­­grès » dépend d'une mentalité déterminée, dans la constitution de laquelle en­trent certains éléments culturels historiquement déterminés; le « devenir » est un con­cept philosophique, d'où peut être absent le « progrès ». Dans l'idée de progrès est sous-entendue la possibilité de mesurer quantitativement et qualitativement : plus et mieux. On suppose par conséquent une mesure « fixe » ou fixable, mais cette mesure est donnée par le passé, par une certaine phase du passé, ou par certains aspects mesurables, etc. (non qu'on pense à un système métrique du progrès). Comment est née l'idée de progrès ? Cette naissance représente-t-elle un fait culturel fondamental, important au point de faire époque ? Il semble que oui. La naissance et le développe­ment de l'idée de progrès correspondent à la conscience diffuse que l'on a atteint un certain rapport entre la société et la nature (y compris, dans le concept de nature, celui de hasard et d' « irrationalité ») un rapport tel qu'il permet aux hommes, dans leur ensem­ble, d'être plus sûrs de leur avenir, de pouvoir concevoir « rationnellement » des plans embrassant l'ensemble de leur vie. Pour combattre l'idée de progrès, Leo­pardi doit recourir aux éruptions volcaniques, c'est-à-dire à ces phénomènes natu­rels qui sont encore « irrésistibles » et sans remède. Mais dans le passé, les forces irrésis­tibles étaient bien plus nombreuses : disettes, épidémies, etc. et, à l'intérieur de certai­nes limites, elles ont été dominées. 

Que le progrès ait été une idéologie démocratique, cela ne fait pas de doute, qu'il ait servi politiquement à la formation des États constitutionnels modernes, etc., de même. Qu'il n'ait plus aujourd'hui la même vogue, c'est vrai aussi ; mais en quel sens ? Non pas au sens où on aurait perdu la foi dans la possibilité de dominer ration­nel­le­ment la nature et le hasard, mais au sens « démocratique » ; c'est-à-dire que les « por­teurs » officiels du progrès sont devenus incapables de conquérir cette domina­tion, parce qu'ils ont suscité des forces actuelles de destruction aussi dangereuses et angoissantes que celles du passé (lesquelles sont désormais oubliées « socialement », sinon par tous les éléments sociaux, - car les paysans continuent à ne pas comprendre le « progrès », c'est-à-dire qu'ils croient être, et sont encore trop le jouet des forces na­tu­relles et du hasard, et qu'ils conservent donc une mentalité « magique », médié­vale, « religieuse ») comme les « crises », le chômage, etc. La crise de l'idée de progrès n'est donc pas une crise de l'idée elle-même, mais une crise des porteurs de cette idée, qui sont devenus « nature » à dominer eux aussi. Les assauts livrés à l'idée de progrès, dans ces conditions, sont tout à fait intéressés et tendancieux. 

Peut-on distinguer l'idée de progrès de celle de devenir? Il ne semble pas. Elles sont nées ensemble comme politique (en France), comme philosophie (en Allemagne, puis développée en Italie). Dans le « devenir », on a cherché à sauver ce qu'il y a de plus concret dans le « progrès », le mouvement et même le mouvement dialectique (donc également un approfondissement, parce que le progrès est lié à la conception vulgaire de l'évolution).

 

(M.S., pp. 32-33 et G.q. 10 § 48, pp. 1335-1336.)

[1935]

 

Extrait du Cahier de Prison 10, § 54

 

  Qu'est-ce que l'homme?

 

  C'est la question première, la question principale de la philosophie. Comment peut-on y répondre ? La définition, on peut la trouver dans l'homme lui-même, c'est-à-dire dans chaque individu. Mais est-elle juste ? Dans chaque individu, on peut trouver ce qu'est chaque « individu ». Mais ce qui nous intéresse, ce n'est pas ce qu'est chaque homme particulier, ce qui d'ailleurs signifie ce qu'est chaque homme parti­culier à chaque instant donné. Si nous y réfléchissons, nous voyons que, en nous posant la question : qu'est-ce que l'homme, nous voulons dire : qu'est-ce que l'homme peut devenir, c'est-à-dire l'homme peut-il dominer son propre destin, peut-il se « fai­re », se créer une vie. Disons donc que l'homme est un processus et précisément, c'est le processus de ses actes. Si nous y pensons, la même question : qu'est-ce que l'hom­me ? n'est pas une question « abstraite » et « objective ». Elle est née de ce que nous avons réfléchi sur nous-mêmes et sur les autres, et de ce que nous voulons savoir, en fonction de nos réflexions et de ce que nous avons vu, ce que nous sommes, et ce que nous pouvons devenir, si réellement, et à l'intérieur de quelles limites, nous sommes les « ouvriers de nous-mêmes », de notre vie, de notre destin. Et cela, nous voulons le savoir « aujourd'hui », dans les conditions qui sont données aujourd'hui, de la vie d' « aujourd'hui » et non de n'importe quelle vie, de n'importe quel homme. 

Ce qui a fait naître la question, ce qui lui a donné son contenu, ce sont les façons particulières, c'est-à-dire déterminées de considérer la vie et l'homme : la plus impor­tante de ces façons de voir est la « religion » et une religion déterminée, le catholi­cis­me. En réalité, en nous demandant : « Qu'est-ce que l'homme », quelle importance ont sa volonté et son activité concrète, consistant à se créer lui-même et à vivre sa vie ; nous voulons dire : « Le catholicisme est-il une conception exacte de l'homme et de la vie ? En étant catholiques, et en faisant du catholicisme une règle de conduite, est-ce que nous nous trompons ou est-ce que nous sommes dans le vrai ? » Chacun a la vague intuition que, en faisant du catholicisme une règle de conduite, il se trompe, tant il est vrai que personne ne s'attache au catholicisme comme règle de vie, tout en se déclarant catholique. Un catholique intégral, c'est-à-dire qui appliquerait dans chacun des actes de sa vie les normes catholiques, paraîtrait un monstre, ce qui est, quand on y pense, la critique la plus rigoureuse du catholicisme lui-même, et la plus péremptoire. 

Les catholiques diront qu'aucune autre conception n'est suivie ponctuellement, et ils ont raison, mais cela ne fait que démontrer qu'il n'existe pas en fait, histori­que­ment, une manière de concevoir et d'agir qui serait la même pour tous les hommes, et rien d'autre; il n'y a là aucune raison favorable au catholicisme, bien que cette manière de penser et d'agir soit organisée depuis des siècles à cette fin, ce qui n'est encore jamais arrivé pour aucune autre religion avec les mêmes moyens, avec le même esprit de système, avec la même continuité et la même centralisation. Du point de vue « philosophique », ce qui ne satisfait pas dans le catholicisme, c'est le fait que, malgré tout, il place la cause du mal dans l'homme même comme individu, c'est-à-dire qu'il conçoit l'homme comme individu bien défini et limité. Toutes les philosophies qui ont existé jusqu'ici reproduisent, peut-on dire, cette position du catholicisme, c'est-à-dire conçoivent l'homme comme un individu limité à son individualité et l'esprit comme cette individualité. C'est sur ce point qu'il faut réformer le concept de l'homme. Il faut concevoir l'homme comme une série de rapports actifs (un processus dans lequel, si l'individualité a la plus grande importance, ce n'est pas toutefois le seul élément à considérer). L'humanité qui se reflète dans chaque individualité est composée de divers éléments : 1º l'individu ; 2º les autres hommes; 3º la nature. Mais les deuxiè­me et troisième éléments ne sont pas aussi simples qu'il peut sembler. L'individu n'entre pas en rapport avec les autres hommes par juxtaposition, mais organiquement, c'est-à-dire dans la mesure où il s'intègre à des organismes qui vont des plus simples aux plus complexes. Ainsi l'homme n'entre pas en rapport avec la nature simplement par le fait qu'il est lui-même nature, mais activement, par le travail et par la technique. Autre chose : ces rapports ne sont pas mécaniques. Ils sont actifs et conscients, c'est-à-dire qu'ils correspondent au degré d'intelligence plus ou moins grand que chaque homme a. Aussi peut-on dire que chacun se change lui-même, se modifie, dans la mesure où il change et modifie tout le complexe des rapports dont il est le centre de liaison. C'est en ce sens que le philosophe réel est, et doit être nécessairement identique au politi­que, c'est-à-dire de l'homme actif qui modifie le milieu, en entendant par milieu l'en­sem­ble, des rapports auxquels s'intègre chaque homme pris en particulier. Si notre pro­pre individualité est l'ensemble de ces rapports, nous créer une personnalité signi­fie acquérir la conscience de ces rapports; modifier notre propre personnalité signifie modifier l'ensemble de ces rapports. 

Mais ces rapports, comme on l'a dit, ne sont pas simples. Tout d'abord, certains d'entre eux sont nécessaires, d'autres sont volon­taires. En outre, en avoir conscience (c'est-à-dire connaître plus ou moins la façon dont on peut les modifier) les modifie déjà. Les rapports nécessaires eux-mêmes, dans la mesure où ils sont connus dans leur nécessité, changent d'aspect et d'importance. En ce sens, la connaissance est pou­voir. Mais le problème est complexe également par un autre aspect : à savoir qu'il ne suffit pas de connaître l'ensemble des rapports en tant qu'ils existent à un moment donné comme un système donné, mais qu'il importe de les connaître génétiquement, c'est-à-dire, dans leur mouvement de forma­tion, puisque tout individu est, non seule­ment la synthèse des rapports existants, mais aussi l'histoire de ces rapports, c'est-à-dire le résumé de tout le passé. Mais, dira-t-on, ce que chaque individu peut changer est bien peu de chose, si l'on considère ses forces. Ce qui est vrai jusqu'à un certain point. Puisque chaque homme pris en particulier peut s'associer à tous ceux qui veulent le même changement, et, si ce changement est rationnel, chaque homme peut se multiplier par un nombre imposant de fois et obtenir un changement bien plus radical que celui qui, à première vue, peut sembler possible. 

Les sociétés auxquelles un individu peut participer sont très nombreuses, plus qu'il ne paraît. C'est à travers ces « sociétés » que chaque homme particulier fait partie du genre humain. De même, c'est de multiples façons que l'individu entre en rapport avec la nature, car par technique il faut entendre non seulement cet ensemble de notions scientifiques appliquées industriellement, comme on le fait généralement, mais aussi les instruments « mentaux », la connaissance philosophique. 

Que l'homme ne puisse se concevoir autrement que comme vivant en société, est un lieu commun, dont toutefois on ne tire pas toutes les conséquences nécessaires même individuelles : qu'une société humaine déterminée présuppose une société dé­ter­minée des choses, et que la société humaine ne soit possible que dans la mesure où il existe une société déterminée des choses, c'est là également un lieu commun. Il est vrai que jusqu'ici, on a donné à ces organismes qui dépassent l'individu une significa­tion mécaniste et déterministe (aussi bien la societas hominum que la societas rerum [8]) : d'où la réaction. [9] Il faut élaborer une doctrine où tous ces rapports sont actifs et en mouvement, en établissant bien clairement que le siège de cette activité est la conscience de l'homme pris comme individu qui connaît, veut, admire, crée, dans la mesure où il connaît, veut, admire, crée déjà, etc. et se conçoit non pas isolé mais riche des possibilités qui lui sont offertes par les autres hommes et par la société des choses dont il ne peut pas ne pas avoir une certaine connaissance. (Comme tout homme est philosophe, tout homme est savant, etc.)

 

(M.S. pp. 27-32 et G.q. 10 (II), § 54, pp. 1343-1346.)

[1935]


 



[1]      Et ses disciples; cf. le livre de De Ruggiero sur Renaissance et Réforme. (Note de Gramsci.)

[2]      Cf. Lettres de Georges Sorel à B. Croce, publiées dans Critica de 1927 et sq. (Note de Gramsci.)

[3]      Voir l'article de M. Missiroli sur la science, publié par l'Ordine Nuovo avec des annotations de Palmiro Togliatti. (Note de Gramsci.)

[4]      Selon Croce, Botero intègre Machiavel dans le développement de la science politique, quoique cela ne soit pas très exact si l'on prend en considération chez Machiavel non seulement Le Prince mais aussi les Discours. (Note de Gramsci.)

[5]      Même Spaventa qui a participé à des faits historiques de portée régionale et provinciale en comparaison de ceux de 1789 à 1815 qui ont bouleversé l'ensemble du monde civil et obligèrent à penser « mondialement » ? Qui ont mis en mouvement la « totalité » sociale, tout le genre humain concevable, tout l' « esprit » ? Voici pourquoi Napoléon a pu apparaître à Hegel comme l' « esprit du monde à cheval » ! (Note de Gramsci.)

[6]      Cf. CROCE : Materialismo storico ed economia marxista, édition française pp. 237-256.

[7]      Au sujet de la baisse tendancielle du taux de profit, voir un travail recensé dans Nuovi Studi, 1re année, et dû à un économiste allemand, disciple dissident de Franz Oppenheimer, et un livre plus récent de Grossmann recensé dans Critica sociale, par Lucien Laurat. (Note de Gramsci.)

[8]      La société des hommes, la société des choses.

[9]      Gramsci a en vue ici les concepts positivistes de « milieu » et de « conditions du milieu », tels qu'il les analyse dans la note Sociologie et science politique. Voir aussi plus loin la critique de la prétention de la sociologie à se définir comme une philosophie autonome.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Antonio Gramsci - Communauté : Communard toujours !
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Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 06:14

 

crise du capitalisme 

 

Par Georges Gastaud*, Annie Lacroix-Riz**, Antoine Manessis***


Wall Street, Londres, Paris, Tokyo, Francfort : les bourses des valeurs tanguent partout dangereusement ; le prix du pétrole aussi (c’est le signe d’une baisse de l’activité économique mondiale), la « croissance » américaine tant vantée est anémique ; la zone euro, « modèle allemand » en tête, met le cap sur la déflation continentale, ce symptôme bien connu non seulement de la récession, mais de la dépression économique !

Quant à la France, à l’Italie, à la Grèce, à l’Espagne, etc., la crise systémique mondiale du capitalisme et celle de la zone euro s’y doublent d’une véritable crise existentielle de ces Etats : tant il devient évident, y compris désormais pour des économistes « alter-européistes » comme Bernard Maris, que l’euro a été taillé sur mesure pour la grande industrie allemande et que la monnaie unique n’a pas eu d’autre effet que de plomber les industries du « Sud » européen en renchérissant leurs produits sur le marché mondial (l’euro fort est en effet le clone du Deutsche Mark).

Crise du capitalisme, les ingrédients des explosives années trente sont réunis

Tous les ingrédients des explosives années trente sont donc de nouveau réunis : les gouvernements libéraux-maastrichtiens et sociaux-maastrichtiens répondent à la dictature des eurocrates et à la crise systémique du capitalisme (avec sa baisse tendancielle des taux de profits moyens sur le long terme) par les mêmes recettes qui aggravent le mal : baisse des salaires réels directs et indirects (protection sociale, retraites, indemnités chômage), casse des services publics, démolition du statut des salariés et des couches moyennes, bref, assèchement de la « demande » et donc, spirale infernale de récession en vue. Tant pis si ce « traitement » aboutit, s’agissant de notre pays, à la destruction humiliante de sa souveraineté politique, monétaire et budgétaire, à la dévastation thatchérienne des acquis sociaux issus du CNR et du Front populaire, à la montée en flèche de la pauvreté et au délitement du lien social avec en prime l’essor des mouvements cléricaux, ultraréactionnaires et fascisants couvés par l’UMP et par le « rassemblement bleu marine ».

l’aiguisement de la crise renforces les tendances à la fascisation politique et à la mondialisation des guerres impérialistes sur tous les fronts

A l’échelle internationale l’aiguisement de la crise renforce les tendances à la fascisation politique et à la mondialisation des guerres impérialistes sur tous les « fronts » : Ukraine et frontières ouest et sud de la Russie, acharnement impérialiste contre les pays du Proche-Orient, tentatives à répétition pour déstabiliser les Etats progressistes d’Amérique latine, organisation du chaos en Afrique (Soudan, Libye, Mali, Centrafrique…), manipulations grossières visant à déstabiliser la Chine et la Russie à l’aide de pseudo- « révolutions colorées ». L’impérialisme américain s’efforce également, avec l’aide de l’UE et du gouvernement « socialiste » français, plus va-t-en-guerre que tout le monde, de mettre en place un véritable Empire yankee mondial avec, à l’Ouest, l’Union transatlantique associée à l’OTAN et à l’Est, l’Union « transpacifique » (transes bellicistes serait mieux venu) ancrée sur le Japon et la Corée du sud.

Guerre sociale contre les peuples, guerre impériale contre les nations souveraines, guerre contre les peuples dominés ou à dominer

Partout, le programme est à la GUERRE SOCIALE CONTRE LES PEUPLES, à la GUERRE IMPERIALE CONTRE LES NATIONS SOUVERAINES, à la GUERRE TOUT COURT CONTRE LES PEUPLES DOMINES OU « A DOMINER », ingérences, blocus, « sanctions » et guerres civiles manipulées à l’appui.

 

Mais l’aiguisement de ces contradictions fournit également des points d’appui aux forces communistes, patriotiques anti-impérialistes et démocratiques.

D’abord les contradictions inter-impérialistes se creusent aussi dans la pseudo- « communauté internationale » formée par Washington, Berlin, Londres, Paris, Tokyo et leurs affidés. Conçu initialement comme un compromis économique mondial entre le mark et le dollar, l’euro ne joue plus son rôle initial : après avoir « tué » l’économie des pays du sud (et maintenant, l’économie et le « social » français), donc asséché les débouchés de la grande industrie allemande dans ces pays, le partage des rôles entre euro fort et dollar faible est compromis et incite l’Allemagne « unifiée », cœur de l’impérialisme « européen », à un nouveau partage avec les Etats-Unis d’Amérique: le dollar faible demeuré monnaie mondiale permettait en effet aux monopoles états-uniens d’exporter partout à bas prix, l’euro fort garantissait les Etats-Unis d’Amérique contre les exportations allemandes et permettait aux monopoles états-uniens d’empêcher les dévaluations compétitives en Europe du sud. Quand l’Europe du sud, France incluse, n’a plus les moyens d’importer la marchandise « in Deutschland hergestellt », il faut bien que l’Allemagne capitaliste exporte en Amérique du nord (tentation de dévaluer l’euromark) et que  Washington, dont le crédit est menacé dans le monde tant leurs armées marquent le pas partout, cherche par divers moyens détournés à contenir son vassal et puissant concurrent allemand.

L’arrière-plan de tout cela, c’est la financiarisation à outrance de l’économie qui résulte de la recherche effrénée et mondialisée du profit maximal et de l’incapacité du système à accueillir dans la production, à des taux suffisamment rémunérateurs, les énormes capitaux spéculatifs flottants concentrés entre de moins en moins de mains. Cette financiarisation – qui n’a rien d’une excroissance du capitalisme et qui est intimement liée à ses lois tendancielles d’airain – ne peut que durcir les contradictions de classes entre le capital et le travail, et non les faire disparaître comme feignent de le croire les théoriciens sociaux-démocrates de la « fin du prolétariat » : et d’ailleurs, sans parler des luttes pré-insurrectionnelles qui continuent de couver ou de se développer en Europe du sud, en Bulgarie, etc., la classe ouvrière a mené dernièrement d’énormes luttes, avec souvent des victoires revendicatives à la clé, de la Chine au Bangladesh en passant par la Roumanie ou par la Tunisie.

Par ailleurs la domination impérialiste marque le pas sur bien des fronts. Sur le plan international l’agression des massacreurs de Tsahal à Gaza est un échec politico-militaire pour les criminels d’Etat qui dirigent Israël. Cuba résiste et se développe malgré les entreprises visant à l’isoler. La candidate favorite de Washington est arrivée 3ème aux présidentielles brésiliennes. Les pseudo-révolutions « oranges » font un bide à Hong-Kong et à St-Petersburg. Les impérialistes savent semer le chaos et la guerre civile de l’Ukraine, livrée aux néonazis, à l’Irak, à la Syrie, à la Libye, au Mali, au Soudan, en Afghanistan, mais ils ne savent absolument pas manifestement « tenir le terrain » par la suite. Même s’il est hors de question de blanchir les égorgeurs djihadistes liés à Washington et aux pétromonarchies, il est évident que partout les peuples VOMISSENT les « libérateurs » américains. Par ailleurs, Maduro tient bon face à la droite putschiste et Evo Morales, qui vient de remporter haut la main la présidentielle en Bolivie, a dédié sa victoire à Fidel Castro… Dans le Donbass ouvrier, au-delà du caractère composite du mouvement de résistance aux pronazis de Kiev appuyés par l’UE – OTAN les communistes ont résolument pris la tête de la nouvelle République populaire de Donetsk, défendu l’héritage de Lénine et de l’U.R.S.S., et l’armée fasciste adulée par nos médias « démocratiques » a mordu la poussière.

Au niveau européen, un nombre croissant de partis communistes se détournent du Parti de la gauche européenne, cette officine bruxelloise, rallient « L’Initiative » constituée autour du PC de Grèce (le PRCF en fait partie), appellent à rompre avec l’euro, un autre grand PC européen, le glorieux Parti Communiste du Portugal d’Alvaro Cunhal, prône une politique de « gauche patriotique et populaire » ; diverses initiatives communistes font écho à la ligne que le PRCF défend depuis sa fondation : la lutte unie pour les « 4 sorties » (euro, U.E, OTAN et capitalisme), comme chemin de masse pour reconstruire la perspective concrète de la révolution socialiste. Par ailleurs, non seulement les résistances de la classe ouvrière et des couches moyennes ne faiblissent pas en Espagne, en Grèce, etc., mais elles prennent de l’ampleur en Grande-Bretagne et en Allemagne (grève dure des cheminots).

En France, le mouvement ouvrier est, il est vrai, dans une passe dépressive en raison du ralliement flamboyant de Hollande aux moindres revendications du MEDEF, mais aussi à cause de la trahison des états-majors du PCF-PGE (devenu défenseur attitré de l’euro, G. Marchais doit se retourner dans sa tombe !) et des confédérations syndicales accrochées au mensonge de l’ « Europe sociale ». Il n’en reste pas moins vrai qu’avec d’autres, le PRCF joue son rôle d’avant-garde en faisant partager de plus en plus largement sa politique des « quatre sorties », que ce soit au niveau des groupes franchement communistes ou que ce soit en rassemblant les patriotes républicains ou en soutenant les syndicalistes de lutte. Déjà la proposition lancée en mai dernier par le PRCF d’organiser en mai 2015 une manifestation communiste et progressiste unitaire pour combattre l’Europe supranationale, atlantique, guerrière, austéritaire et fascisante,reçoit un écho grandissant. La récente grève d’Air-France a par ailleurs prouvé que lorsque l’on se bat sans prêter l’oreille aux endormeurs hollando-formatés des états-majors syndicaux, on peut faire reculer ce gouvernement très affaibli de Valls – MEDEF.

Si l’on ajoute à cela qu’il sera bien plus difficile, en cas de crise financière mondiale, d’en appeler de nouveau aux contribuables pour « sauver » les banques avec l’argent public alors que lesdites banques ont depuis lors copieusement strangulé les nations qui les ont sauvées, si l’on prend conscience du fait que le capitalisme moderne a brûlé ses vaisseaux en détruisant les bases des politiques réformistes (quasiment tous les partis de l’Internationale socialiste, de Valls en France à Renzi en Italie, sont en pointe pour les contre-réformes) on voit que le capitalisme n’a guère d’autre issue en ce moment que…

  • De mener une guerre idéologique de chaque instant, un décervelage sans égal depuis 80 ans, sur les deux thèmes « vive la guerre, vive l’austérité salariale à perpétuité ! », à bas les nations souveraines et leurs langues nationales (chantez, parlez, dansez, étudiez, cherchez EN ANGLO-AMERICAIN ou disparaissez !) ; l’arme principale de cette guerre idéologique, qui est aussi une idéologie de guerre, est l’anticommunisme et l’antisoviétisme dont le but principal est de dissimuler le caractère contre-révolutionnaire de la destruction du camp socialiste, d’ancrer dans les têtes le fameux « il n’y a pas d’alternative » cher à la sorcière Thatcher, de diaboliser les révolutions d’hier (non seulement Octobre, mais de plus en plus, Robespierre et la Révolution française « jacobine » elle-même !) pour conjurer les mouvements révolutionnaires de demain ;
  • De promouvoir sous cent faux nez – pas tous ouvertement nazis, djihadistes ou ultra-sionistes… – la fascisation politique : de préférence, novlangue et fausse gauche atlantique obligent, en alléguant « la démocratie », l’ « ingérence humanitaire », voire… « le maintien de la paix », etc.

  • De mondialiser les guerres et les ingérences en organisant le chaos à l’échelle mondiale, ce qui n’est jamais que la traduction géopolitique de la « concurrence libre et non faussée » néolibérale qui n’est que le nom de code du capitalisme monopoliste d’Etat en voie de continentalisation / mondialisation (ce qui ne diminue pas, mais accroît, les tensions inter-impérialistes) ;

Que faire dans ces conditions sinon…

A l’échelle nationale, travailler d’arrache-pied à unir dans l’action et l’expression commune permanentes les vrais communistes (membres ou pas du P.C.F.), les syndicalistes de classe, les patriotes républicains, dénoncer la tenaille constituée de l’U.M.P.S. maastrichtienne et de l’U.M.’ Pen ultraréactionnaire, faire émerger le Front patriotique et populaire contre la fascisation, contre Valls-MEDEF et contre son UE atlantique ? C’est à rendre cette alternative visible que pourrait servir une grande manifestation PROGRESSISTE anti-UE au printemps prochain précédée d’une série d’interventions militantes aux entreprises et dans le soutien politique déterminé des militants franchement communistes aux actions populaires

A l’échelle européenne, dénoncer plus que jamais l’euro-criminalisation du communisme historique, cette rampe de lancement continentale de la réhabilitation rampante des fascistes de la Belgique à l’Ukraine en passant par la Hongrie, les Pays baltes, etc.

A l’échelle mondiale, il faut aider si modestement que ce soit à la renaissance du Mouvement communiste international, au développement de la Fédération Syndicale Mondiale, à la reconstitution d’un Front anti-impérialiste mondial imposant le respect du droit des nations à disposer d’elles-mêmes à l’encontre de l’OTAN et des hideuses créatures de Frankenstein lâchées contre les peuples par la C.I.A., des égorgeurs djihadistes aux nazis ukrainiens et baltes.

Ce qui est certain en tout cas, c’est que nous sommes entrés dans la zone des tempêtes, de l’aiguisement des contradictions entre le capital et le travail, entre l’impérialisme et les peuples, entre tous les hommes épris de Lumières et de VIE et l’impérialisme capitaliste : celui-ci est de plus en plus incompatible avec la sauvegarde de l’humanité et de la vie sur terre (c’est ce que le PRCF appelle l’exterminisme capitaliste).

Ce qui n’est pas moins certain, c’est qu’à long et à moyen termes, il n’y a que deux issues possibles à cette crise mondialisée : soit le capitalisme finira par tuer l’humanité (ou par rendre la vie des hommes totalement inhumaine), soit l’humanité laborieuse tuera le capitalisme et reprendra sa longue marche, interrompue par la contre-révolution des années 1980/1990 ; une longue marche qui part de Babeuf, de la Commune, d’Octobre 1917, de Stalingrad, des révolutions chinoise, cubaine, vietnamienne, etc., et dont l’aboutissement sera le socialisme et le communisme pour le monde, c’est-à-dire une société enfin humaine où, selon le mot de Marx et d’Engels, « le développement de chacun sera la clé du développement de tous ».

A chacun de le comprendre et de s’engager à temps pour que la seconde solution triomphe au moindre coût humain. Et en France, cela passe notamment aujourd’hui, par le renforcement indispensable du PRCFP.R.C.F., dont le champ de responsabilité s’accroît objectivement.


*Philosophe, Auteur notamment de Mondialisation capitaliste et projet communiste, Temps des cerises, 1997.

** Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris VII

***Secrétaire de la commission internationale du PRCF

 Source WWW.initiative-communiste.fr

 

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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 22:10

Sur le blog de Marc Harpon

 

Ernesto Daranas, réalisateur cubain: « Le film « Conduite » reflète le déclin de l’éducation en raison de près d’un quart de siècle de crise économique à Cuba

source : http://www.cubainformacion.tv/index.php/cultura/58439-ernesto-daranas-director-cubano-la-pelicula-conducta-refleja-el-retroceso-de-la-educacion-debido-a-casi-un-cuarto-de-siglo-de-crisis-economica-en-cubaa

traduit de l’espagnol par Maurice Lecomte pour Changement de Société


L’un des films les plus émouvants que nous ayons vu lors du 29ème Festival International de Cinéma à Guadalajara est le cubain Conducta-Conduite, du réalisateur expérimenté, Ernesto Daranas. Le film a été réalisé en paiement d’une dette que Daranas avait vis-à-vis de ses élèves de cinéma. Il n’avait pas été en mesure de leur donner trois semestres et il a décidé de comprimer tout cet enseignement dans une période de tournage, celui de Conduite, conforme à l’esprit d’un professeur qui décide sauver les valeurs morales de l’un de ses élèves bien que tous conspirent autour de lui (sans le vouloir expressément) à le maintenir dans les ruines où il survit : personne ne sait qui est son père, sa mères est alcoolique et toxicomane, et il vit dans la vieille Havane, un lieu où les fissures des murs reflètent celles de ses habitants. 

Rien dans Conduite n’est traité avec pitié ou de manière misérabiliste. Les valeurs humaines transcendent les circonstances. Chala est un enfant magnifique, plein de vie et des solutions plein la tête, avec l’amour et la grande loyauté de sa mère et de son professeur, qui le garde comme si c’était un ange.

Interview: Alfonso Flores-Durón (@SirPon)

Cameraman: Alfonso Flores-Durón

Éditeur: Alberto Fernández (@BetoLovesClash)

Entretien avec Ernesto Daranas, réalisateur de TV et de Cinéma

Paquita Armas Fonseca – TV Cubana. –

Ce réalisateur, Ernesto Daranas, un excellent scénariste de la radio, a suivi le même chemin à la télévision et en est venu, logiquement, à diriger. Ainsi, c’est le documentaire Les derniers joueurs de cornemuse de La Havane, (2004) qu’il a codirigé avec Natacha Vázquez ayant reçu plus de dix prix dont celui ibéro-américain de Journalisme Roi d’Espagne 2004. Dans la fiction il a été l’artisan du télé-drame La vie en rose (2005) qui a balayé les festivals de télévision et en 2008, il a débuté son premier long métrage, Les dieux brisés qui en plus du Prix de la popularité du festival de cinéma de La Havane a obtenu d’autres lauriers.


Et je suis sûre que Daranas n’aimera pas ces mots d’entame: comme tout artiste qui se respecte, il ne travaille pas pour des prix mais pour broder avec des images et des sons des histoires qui l’émeuvent aux fins d’atteindre [le spectateur], les téléspectateurs.


Ainsi la germination de l’idée du film Conduite donnera beaucoup à parler, surtout entre maîtres enseignants et toutes les personnes préoccupées – et occupées – dans la formation des enfants, petits garçons et filles. Mais pour l’heure, Daranas m’a accordé sa première interview enregistrée et vous, lecteur ou lectrice, connaîtrez par sa voix le pourquoi de la « conduite » de cet homme de radio, de télévision, de cinéma et … surtout un être humain extraordinaire.

Comment es-tu arrivé à ce sujet ?

Nous avons conçu ce projet comme un film – un atelier pour un groupe d’étudiants de la Faculté des Médias Audiovisuels de l’ISA. Ils ont une part active dans le travail, le choix du thème, l’enquête parallèle pour le script, et la sélection des enfants du film. Conduite est le résultat du travail effectué, articulé sur un ensemble de préoccupations personnelles.

Quel genre de préoccupations?


Après un quart de siècle de crise, les changements qui ont lieu finalement dans notre société et l’économie n’ont pas obtenu l’impact attendu dans nos secteurs les plus humbles. Ce que nous avons vu, c’est qu’à tous les niveaux, il est possible de parler d’une crise des valeurs, sans que ses causes ne soient abordées au fond. Les enfants sont le grand blanc de ces problèmes.

Sans trop en dévoiler, quelle est l’histoire?

Fondamentalement, la relation entre Chala, un enfant dans un environnement marginal, et Carmela, son enseignante vétérane, de la classe de sixième.

Comment s’est passé le processus de sélection des enfants dans le film?

Nous avons commencé par un casting de masse qui nous a amené des milliers d’enfants, la plupart conduits par leurs parents. Cela nous a servi à comprendre que les garçons que nous cherchions n’allaient pas nous arriver par cette voie. C’est alors que les sept étudiants de la FAMCA (Facultad de Arte de los Medios de Comunicación Audiovisual) ont commencé le vrai casting de Conduite en parcourant, une par une, les primaires et secondaires de Cerro, du Centre la Havane et de la Vieille Havane. Nous avons ainsi réussi à former un excellent groupe de garçons, certains avec des problématiques très similaires à celles que nous voulions aborder, lesquels ont fait beaucoup d’apports à l’histoire. Mariela López, notre directrice de casting, a été très importante dans ce processus.

Pourquoi as-tu pensé à Mariela ?

D’une part, son expérience de travail avec les enfants, et d’autre part, la grande rigueur qu’elle met dans tout ce qu’elle assume. Le défi consistait en ce que ces enfants préservent leur vérité, pour le temps qu’ils devraient prendre pour assumer quelque chose d’aussi exténuant que le tournage d’un film.


Comment avez-vous géré ça?

Nous avons organisé un atelier où nous avons travaillé avec beaucoup d’improvisations et écrit des scènes qui ne sont pas dans le film, mais qui leur ont permis d’entrer dans le monde intérieur des personnages. Tant que cela ne fut pas obtenu nous n’avons pas commencé à travailler avec le véritable scénario, prenant toujours soin de ne pas contester les interprétations des enfants qui sont arrivés frais pour la prise de vue. Parallèlement à cela, et selon le caractère, ils ont reçu une formation de danse, de boxe, de natation et même d’élevage/dressage d’animaux.

Et comment ont-ils réagi devant tant d’exigences?

Avec enthousiasme. Ils ont fait front à ces nouvelles choses, ont senti que leur avis comptait et ont trouvé un espace de respect. Certains provenaient d’environnements familiaux complexes et dans tous ces cas des progrès importants ont été réalisés. Geraldine León et Indira Magaz, nos assistantes, ont aussi joué un grand rôle dans cela qui s’est avéré décisif, plus tard durant le tournage.

Et que s’est-il passé lorsque ces enfants ont été confrontés aux acteurs comme ceux de Conduite ?

Nous avons pris soin que ces acteurs ne participent pas aux essais, jusqu’à ce nous soyons très proches du tournage. Quand c’est arrivé, les enfants étaient déjà bien préparés, et l’impact s’est produit dans les deux sens. Nos acteurs ont tout de suite compris que le modèle de performance du film avait marqué les enfants et que le défi était d’entrer dans leur jeu. Alina Rodríguez, Yuliet Cruz, Miriel Cejas, Silvia Águila, Idalmis García, Héctor Noas, Armando Miguel y Tomás Cao ont fait beaucoup de travail avec les garçons et ont réussi à créer une atmosphère très détendue avec eux.

Qu’est-ce qui a motivé l’approche constituante du film d’une famille dysfonctionnelle et de notre système d’éducation ?


En réalité, Conduite n’essaie pas de parler du système d’éducation à cuba. Le regard se concentre beaucoup plus sur les risques auxquels sont exposés les enfants, notamment la manière dont les conditions sociales et économiques affectent la famille et l’école. Concernant ces questions et d’autres sujets connexes, les discours et les slogans abondent qui nous sont assignés par la vie quotidienne. La maîtresse Carmela met de côté cette rhétorique dans son désir de faire de leur salle de classe un espace différent.

Comment est cette salle de classe?

Un lieu dans lequel aucune différence n’est stigmatisée, où chaque enfant exprime ce qu’il pense, où les valeurs ne sont pas manipulées et nos essences assumées, où le visage est donné à la réalité et où les choses s’appellent de leurs noms. Mais surtout, c’est un lieu où il y a amour et engagement avec ce qui est fait. Il y a beaucoup de gens qui vivent au bord de la subsistance, aux prises avec des problèmes de toutes sortes qui vont avec cette réalité, les enfants de ces familles sont ceux qui ont le plus besoin d’une salle de classe comme celle-là. Bien sûr Carmela n’est pas parfaite, fait des erreurs comme tout le monde, mais elle sait demander pardon. Cette fragilité et cette transparence la rendent attachante aux enfants comme Chala.

Carmela est-elle un personnage fictif ou un vrai professeur que tu as côtoyée ?

Il existe une maîtresse de la Vieille Havane se nommant Carmela qui a fait la classe à l’un de mes enfants. Elle a servi de référant à notre personnage et m’a aidé pour une partie du scénario avec Clara et Eduardo, ainsi que deux autres maîtres chevronnés de Cerro. Carmela a également écrit les interventions orales existantes dans chacune des séquences du film et a choisi les phrases de Martí qui y apparaissent ; ses véritables cours commencent toujours ainsi. Mais le tracé intégral du personnage, et les événements que notre histoire expose, proviennent de beaucoup d’autres maîtres et du travail d’enquête préalable que les étudiants de la FAMCA ont faite.

As-tu pensé à Alina Rodriguez dès le début?

J’ai toujours voulu travailler avec Alina, mais en vérité lorsque j’ai écrit le script, celle que j’avais en tête pour la vraie Carmela, c’est une grande maîtresse que j’ai eue à l’école primaire, qui s’appelle Naomi Heredia. Maintenant, dès qu’Alina est arrivée pour le film, elle a commencé à occuper son lieu. La maîtresse que je cherchais était un peu plus âgée qu’elle, mais Alina a travaillé très fortement son personnage et a rempli de sens chaque détail de sa Carmela.


Parlons maintenant de Chala. J’ai compris comme étant très complexe la définition du garçon qui serait à interpréter.

Armando est arrivé le dernier jour de casting, de même pour Amaly, la petite fille qui joue Yeni. Cela m’était déjà arrivé pour Les Dieux Brisés avec Annia Bú, mais la grande différence c’était que sur le moment, rien n’indiquait à l’extérieur que cet enfant puisse incarner Chala. En fait, il a été rejeté lors de sa première audition et je ne sais toujours pas pourquoi je lui ai demandé de revenir. Il est vrai qu’il y avait d’autres enfants très talentueux qui semblaient plus logiquement correspondre au personnage, mais lui bougeait un petit peu chaque jour et petit à petit, il m’a montré des choses que je ne savais pas pouvoir faire partie de Chala. Cela a été une décision difficile, et l’une des rares que j’ai prise seul, parce que pour la plus grande partie de mon équipe, il n’était pas l’enfant que nous cherchions. Mais pendant le tournage, j’ai eu le soutien sans équivoque de tous, ce qui a été la véritable épine dorsale du soutien qu’ont pu obtenir chacun de ces garçons.


Pourquoi Alejandro Perez à la photographie ?

Pour son talent et son caractère. Il a une très bonne chimie avec les gars et sait comment créer un bon environnement de travail. Cela était décisif dans un film comme celui-ci.

Qu’est-ce qui t’a conduit dans ces endroits ?

Ce sont les lieux de mon enfance, les rues et les toits où je vis encore. Aiguiser une fibule sur les rails des trains (*) ou échouer dans la tentative de traverser la baie, par exemple, sont des expériences personnelles que les enfants du film ont été heureux de partager. Cela nous a aidés à nous rapprocher parce que nous savions tous très bien de quoi nous parlions. Pour le repérage des lieux [où trouver les enfants qui nous intéressaient] un travail très important a été réalisé par les étudiants de la FAMCA. Il ne s’agissait pas seulement de mettre en évidence ces espaces de l’environnement social dans lequel l’histoire se développe, mais d’exprimer certains dangers, la soif de liberté et la capacité de rêver des enfants, même dans les environnements les plus contraires. Erick Grass, notre directeur artistique, et Alejandro Pérez lui même, ont eu une importance décisive dans ce processus par lequel nous avons tenté d’approcher la manière dont les enfants perçoivent ces espaces où le film se déroule.


Le film aborde également des problématiques comme l’émigration interne et l’expression de certaines formes de violence. Est-ce le résultat d’un travail préalable que tu commentes ou l’intérêt de te référer à ces questions ?

Nous n’avons jamais posé les questions à l’avance. Nous nous sommes concentrés sur la mise sur pied d’une histoire et dans l’élaboration de personnages qui s’y meuvent naturellement et efficacement. À partir de cela, Conduite est un film simple, formellement orthodoxe en dialogue avec la nature de cette histoire et ses personnages. Bien sûr, tout cela est immergé dans un groupe de problématiques humaines et sociales parmi lesquelles l’émigration interne domine, en partie parce que les mesures prises pour la contenir ont approfondi une crevasse sociale. En ce qui concerne la violence, elle est souvent l’expression de conflits et d’insatisfactions qui ne peuvent être résolues qu’en s’attaquant à leurs causes réelles. Tout cela a un impact inévitable sur l’enfance, la famille, l’école et la société. Carmela ne peut pas changer la réalité de Yeni, de la petite fille de Holguín qu’elle a dans sa classe, mais il est bien clair qu’elle ne peut pas non plus leur tourner le dos.

Reviens-tu avec ton staff de toujours ?

En grande partie oui. Nous en avons déjà mentionné certains auxquels s’ajoutent de vieux collaborateurs comme Pierre Suárez et Osmany Olivare en charge de la post-production du film, Juan Antonio Leyva et Magda Rosa Galbán pour la musique, Vladimir le Cuenca pour le vestiaire et Esther Masero qui a été la productrice. En général, nous avons recommencé à disposer d’une grande équipe de travail.

Les modes de production sont au centre de la controverse actuelle du cinéma cubain, comment cela a-t-il fonctionné pour ce film ?

C’est une polémique nécessaire où nous sommes presque tous d’accord sur la nécessité de la légalisation de la production indépendante et la promulgation d’une Loi relative au Cinéma, promouvant et appuyant la cinématographie nationale sous tous ses angles. Dans notre cas, nous n’avons pas eu de grands obstacles productifs. Nous avons demandé et obtenu la plus grande autonomie possible puisque c’était la seule voie possible pour développer un schéma atypique du travail qui exigeait beaucoup de préparation préalable avec les enfants et un plan de tournage en fonction de cela. À partir de ce concept, le MINCULT (Ministère de la Culture), l’ICAIC (Institut Cubain des Arts et de l’Industrie Cinématographique) et RTV Commercial (Radio TéléVision Commercial) ont additionné leurs apports auprès de l’Association Cubaine de l’Audiovisuel et de la Faculté l’Art Audiovisuel des Médias de l’ISA (Institut Supérieur des Arts).


Enfin, qu’est-ce que symbolise la Vierge de la Charité qui figure dans la fresque de la classe de Carmela ?

Il s’est trouvé que cette fresque fait partie de l’histoire, ce n’est pas un symbole préconçu. Comme beaucoup d’autres choses dans le film, une partie de la réalité des faits est ce qui est naturel [ce qui est là]. Chacun lui octroie sa propre signification.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Cuba - Communauté : Communard toujours !
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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 18:13

Qu'il soit fasciste, gauchiste ou conservateur, libéral ou socialiste, hystérique ou pseudo-scientifique, chrétien, juif, musulman ou bouddhiste, l'antistalinisme scolaire, universitaire, paranoïaque, officiel, convenu, moralisateur et obligatoire de notre époque est un môle de la contre-révolution idéologique qu'il faut miner affaiblir et dissoudre. Ce n'est pas trop difficile, la plupart des autorités reconnues en la matière sont des pitres qui seraient récusés par leur pairs sur n'importe quelle autre question. A lire sur RC :

 

1) Un texte de 2010, revu en octobre 2014 :


Les communistes actuels et Staline (17/10/2014 publié dans : Front historique )
Photo : Staline et Lénine en mars 1919 Quelle position les communistes doivent-ils prendre sur Staline, sur ce qu’il fut vraiment, sur son image actuelle et ce qu’elle symbolise ? Doivent-ils le ...

 

2) Des compte-rendus de lecture (attention, pas toujours compatibles entre eux, le contraire d'un mensonge n'est pas toujours une vérité):

 

"Khrouchtchev a menti", par Grover Furr, aux éditions Delga, préface de Losurdo (11/09/2014 publié dans : Publications )
Dans son « rapport secret » de février 1956, Nikita Khrouchtchev a accusé Joseph Staline de crimes immenses. Le rapport a porté un coup terrible au mouvement communiste international, il a changé ...

Note de lecture de Losurdo : Staline, histoire et critique d'une légende noire (28/09/2014 publié dans : GQ )
Note de lecture par Gilles Questiaux: Stalin, storia e critica di une legenda nera (Staline, histoire et critique d'une légende noire) publié à Milan en 2008 et traduction française à Bruxelles en ...

Présentation du livre « Les guerres de Staline » de Geoffrey Roberts, par Annie Lacroix-Riz, lundi 15 septembre à Paris (09/09/2014 publié dans : Initatives et rendez-vous )

Invitation Le Cercle Universitaire d'Etudes Marxistes* en collaboration avec les Editions Delga vous invitent à la présentation du livre « Les guerres de Staline » de Geoffrey Roberts** par Annie ...


Geoffrey Roberts, Stalin's Wars: From World War to Cold War, 1939-1953 : un événement éditorial (21/01/2013 publié dans : Front historique )
Envoyé par Alain Rondeau. Je souhaite vivement, comme l'annonce Annie LACROIX-RIZ, que ce livre soit traduit en FRANCAIS prochainement - AR ...


Un autre regard sur Staline, Ludo Martens (1995), compte rendu de lecture, version augmentée (10/08/2012 publié dans : GQ )
Un autre regard sur Staline, Ludo Martens (1995), édition EPO Ludo Martens, décédé en 2011, est un dirigeant politique belge, fondateur du PTB, mouvement d’inspiration maoïste qui a évolué pour ...

 

3) Une polémique instructive :

 

Annie Lacroix-Riz répond à l'historien trotskyste Jean Jacques Marie, biographe de Staline (13/02/2013 publié dans : Front historique )
Le Pecq, le 8 décembre 2007 Annie LACROIX-RIZ Jean-Jacques MARIE Cher collègue, Vous me permettrez de préciser les inexactitudes et malhonnêtetés de votre article, tout en répondant aux arguments ...

 

4) Staline parle, et bien :


Le discours radiodiffusé de Staline du 3 juillet 1941 (07/09/2012 publié dans : Front historique )
70 ans après le commencement de la bataille de Stalingrad, un rappel historique s'impose! Camarades ! Citoyens ! Frères et Soeurs ! Combattants de notre armée et de notre flotte ! Je m’adresse a ... 

Les trois contradictions de l’époque impérialiste, par Joseph Staline (11/10/2014 publié dans : Front historique )
Extrait d'un pédagogue redoutable, lu sur le blog de Marc : source : Les Questions du Léninisme Le léninisme a grandi et s’est constitué dans les conditions de l’impérialisme, alors que les ...

Staline à l’Agence juive d’Amérique (1931) (12/02/2014 publié dans : Front historique )
Repris sur le site maoiste juif Hapoel Le chauvinisme national et racial est une survivance des mœurs misanthropiques propres à la période du cannibalisme. L’antisémitisme, comme forme extrême du ...

 

5) deux légendes urbaines parmi tant d'autres :

 

Citation archi-célèbre de Staline, vraie ou fausse? Qui veut répondre ? à jour 11 janvier 2014 (14/01/2014 publié dans : Front historique )

Question ouverte au public, pour la nouvelle année : Staline a-t-il déclaré, oui ou non, que "la mort d'une personne est une tragédie, mais que la mort d'un million de personnes est une ...

 

Pourquoi il n'y a pas eu de génocide en Ukraine en 1932-33 (19/06/2014 publié dans : Ukraine )
Sur la famine ukrainienne de 1932 il y a eu des études historiques poussées non partisannes et non concluantes, et quoiqu’on en dise, on ne trouve rien dans les archives qui établisse ou même qui ...

 

6) deux études sur l'histoire de l'Union Soviétique du temps de Staline :

 

La chute de l'URSS signifie-t-elle l'échec du socialisme? un point de vue marxiste-léniniste (06/10/2014 publié dans : Front historique )
Lu sur un site ML (lien à la fin) un texte de Vincent Gouysse, en 2006. Il a sa cohérence, mais il n'explique pas comment les peuples soviétiques se sont laissés déposséder de leur État, et que ce ...

Une histoire normale de l’URSS (parue en juin 2013) (20/09/2014 publié dans : Front historique )
Lu sur le blog de Danielle Bleitrach (je n'ai pas encore lu le livre en question). par Sophie Coeuré , le 12 juin En brossant un portrait de la société soviétique, de Lénine à Gagarine, un jeune ...

 

7) Un aspect méconnu de son action à la tête de l'URSS :


Staline contre la bureaucratie du Parti, 1/2 (14/10/2014 publié dans : Front historique )
Le point de vue de GF mérite discussion (NDRC): Les falsifications de l'histoire : Staline et la lutte pour la réforme démocratique, par Grover Furr. Chapitres 1 à 5 ( 6 et 7 manquants : ...


Staline contre la bureaucratie du Parti, 2/2 (15/10/2014 publié dans : Front historique )
Par Grover Furr, suite et fin (date 2005?) lien au début du texte (§ 6 et 7 manquent) : Staline contre la bureaucratie du Parti, 1/2 8. Pendant la guerre Vers la fin de la deuxième guerre mondiale ...


 

 

 

Par Réveil Communiste - Publié dans : Front historique - Communauté : Communard toujours !
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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 17:25

Sur le blog de Danielle Bleitrach :

 

 

Samir Amin

 

par Samir Amin
Moscou, mars 2014

1. L’actuelle scène mondiale est dominée par la tentative des centres historiques de l’impérialisme (les États-Unis, l’Europe occidentale et centrale, le Japon – que nous désignerons par la suite comme « la Triade ») de garder leur contrôle exclusif sur la planète via une combinaison :

  • de prétendues mesures néolibérales de mondialisation économique permettant au capital financier transnational de la Triade de décider seul de toutes les questions et ce, dans leur intérêt exclusif ;
  • et du contrôle militaire de la planète par les États-Unis et ses alliés subordonnés (l’Otan et le Japon) afin d’annihiler toute tentative par tout pays ne faisant pas partie de la Triade de se soustraire à leur joug.

À cet égard, tous les pays ne faisant pas partie de la Triade sont des ennemis ou des ennemis potentiels, hormis ceux qui acceptent la soumission complète à la stratégie économique et politique de la Triade – comme les deux nouvelles « républiques démocratiques » que son l’Arabie saoudite et le Qatar ! La prétendue « communauté internationale » à laquelle les médias occidentaux font allusion se réduit en effet au G7 plus l’Arabie saoudite et le Qatar. Tous les autres pays, même si leur gouvernement s’aligne actuellement sur la Triade, sont des ennemis potentiels puisque leurs peuples peuvent rejeter cette soumission.

2. Dans ce cadre, la Russie est « un ennemi ».

Quelle que soit notre évaluation de ce que fut l’Union soviétique (« socialiste » ou autre chose), la Triade l’a tout simplement combattue parce qu’elle était une tentative de développement indépendant vis-à-vis du capitalisme / impérialisme dominant.

Après l’effondrement du système soviétique, certains (en particulier en Russie) ont pensé que l’« Occident » n’allait pas s’opposer à une « Russie capitaliste » – de même que l’Allemagne et le Japon avaient « perdu la guerre mais gagné la paix ». Ils oubliaient que les puissances occidentales avaient appuyé la reconstruction des anciens pays fascistes précisément pour faire face au défi de la politique indépendante de l’Union soviétique. Aujourd’hui, du fait que ce défi a disparu, l’objectif de la Triade est la soumission complète, la destruction de la capacité de résistance de la Russie.

3. L’actuel développement de la tragédie ukrainienne illustre la réalité de l’objectif stratégique de la Triade.

La Triade a organisé à Kiev ce qu’il conviendrait d’appeler un « putsch euro-nazi ». Pour atteindre son objectif (la séparation de deux nations historiquement jumelles – la russe et l’ukrainienne), elle avait besoin du soutien des nazis locaux.

La rhétorique des médias occidentaux, prétendant que la politique de la Triade est de promouvoir la démocratie, est tout simplement un mensonge. Nulle part, la Triade n’a jamais promu la démocratie. Au contraire, cette politique a systématiquement soutenu les forces locales les plus antidémocratiques (dans certains cas, « fascistes »). Quasi fascistes dans l’ancienne Yougoslavie – en Croatie et au Kosovo – de même que dans les États baltes et en Europe de l’Est (la Hongrie, par exemple). Les pays de l’Europe de l’Est ont été « intégrés » à l’Union européenne non en tant que partenaires égaux, mais en tant que « semi-colonies » des puissances capitalistes / impérialistes majeures de l’Europe occidentale et centrale. La relation entre l’Ouest et l’Est dans le système européen est, jusqu’à un certain point, similaire à ce qui domine les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine ! Dans les pays du Sud, la Triade a soutenu les forces antidémocratiques extrémistes comme, par exemple, l’Islam politique, ultra-réactionnaire, et, avec leur complicité, a détruit des sociétés ; les cas de l’Irak, de la Syrie, de l’Égypte, de la Libye illustrent ces objectifs du projet impérialiste de la Triade.

4. Par conséquent, la politique de la Russie (telle qu’elle a été développée par l’administration de Poutine) visant à résister au projet de colonisation de l’Ukraine (et d’autres pays de l’ancienne Union soviétique, en Transcaucasie et en Asie centrale) doit être soutenue. L’expérience des États baltes ne doit pas se répéter. L’objectif qu’est la construction d’une communauté « euro-asiatique », indépendante de la Triade et de ses partenaires européens subordonnés, doit également être soutenu.

Mais cette « politique internationale » positive de la Russie est vouée à l’échec si elle n’est pas appuyée par le peuple russe. Et ce soutien ne peut être gagné sur la base exclusive du « nationalisme », même de nature progressiste positive – et non chauviniste et, a fortiori, non par une rhétorique russe « chauviniste ». Le fascisme en Ukraine ne peut être défié par le fascisme russe. Le soutien ne peut être acquis que si la politique économique et sociale interne poursuivie favorise les intérêts de la majorité des travailleurs.

Qu’entends-je par une politique « orientée vers le peuple » et favorisant les classes laborieuses ?

Entends-je « socialisme », voire une nostalgie du système soviétique ? Ce n’est pas ici qu’il convient de réévaluer l’expérience soviétique en quelques lignes ! Je me contenterai de résumer mes points de vue en quelques phrases. L’authentique révolution socialiste russe a produit un socialisme d’État qui était la seule première étape possible vers le socialisme ; après Staline, ce socialisme d’État s’est transformé pour devenir un capitalisme d’État (expliquer la différence entre les deux concepts est important, mais ce n’est pas le sujet du présent petit article). Et, en 1991, le capitalisme d’État a été démantelé et remplacé par un capitalisme « normal » s’appuyant sur la propriété privée, ce qui, comme dans tous les pays du capitalisme contemporain, représente fondamentalement la propriété des monopoles financiers, détenus par l’oligarchie (similaire aux – et non différente des – oligarchies gérant le capitalisme dans la Triade), dont beaucoup provenaient de l’ancienne nomenklatura, et parmi lesquels on trouvait aussi des nouveaux-venus.

L’explosion de pratiques démocratiques authentiques et créatives, telle qu’elle fut initiée par la Révolution (russe) d’Octobre fut par la suite muselée et remplacée par un modèle autocratique de management de la société, tout en garantissant cependant des droits sociaux aux classes laborieuses. Ce système aboutit à une dépolitisation massive et ne fut pas protégé contre des déviations despotiques et même criminelles. Le nouveau modèle de capitalisme sauvage s’appuie sur la continuation de la dépolitisation et du non-respect des droits démocratiques.

C’est un système de ce genre qui dirige non seulement la Russie, mais aussi toutes les autres républiques soviétiques anciennes. Des différences ont trait à la pratique de ce qu’on appelle la démocratie électorale « occidentale », plus réelle en Ukraine, par exemple, qu’en Russie. Néanmoins, ce modèle n’est pas de la « démocratie », mais une farce, quand on le compare à la démocratie bourgeoise telle qu’elle fonctionnait dans les anciens stades du développement capitaliste, y compris dans les « démocraties traditionnelles » de l’Occident, puisque le pouvoir réel est désormais restreint au pouvoir des monopoles et qu’il opère à leur profit exclusif.

Une politique orientée vers le peuple implique par conséquent qu’on s’éloigne autant que possible de la recette « libérale » et de la mascarade électorale qui lui est associée et qui prétend conférer une légitimité à une politique sociale régressive. Je suggérerais de remplacer cela par un nouveau capitalisme d’État à dimension sociale (je dis bien « sociale », par « socialiste »). Ce système ouvrirait la voie vers d’éventuels progrès vers une socialisation du management de l’économie et, partant, de nouveaux progrès véritables vers l’invention d’une démocratie correspondant aux défis d’une économie moderne.

Ce n’est que si la Russie change de cap dans cette direction que le conflit entre, d’une part, la politique internationale indépendante voulue par Moscou et, d’autre part, la poursuite d’une politique interne sociale réactionnaire pourrait avoir une issue positive. Un tel changement de cap est nécessaire et possible : certains fragments de la classe politique dirigeante pourrait s’aligner sur un tel programme pour autant que la mobilisation et l’action populaires en fassent la promotion. Dans la mesure où des progrès similaires seraient également réalisés en Ukraine, en Transcaucasie et en Asie centrale, une authentique communauté des nations euro-asiatiques pourrait s’établir et se muer en un acteur puissant dans la reconstruction du système mondial.

5. Le pouvoir de l’État russe restant dans les strictes limites de la recette néolibérale annihile les chances de succès d’une politique étrangère indépendante et les chances pour la Russie de devenir un pays réellement émergent agissant en tant qu’acteur international important.

Pour la Russie, le néolibéralisme ne peut produire qu’une tragique régression économique et sociale, un modèle de « lumpen development » et un statut subordonné croissant dans l’ordre impérialiste mondial. La Russie fournirait à la Triade du pétrole, du gaz et certaines autres ressources naturelles ; ses industries seraient réduites au statut de sous-contractantes au profit des monopoles financiers occidentaux.

Dans une telle position, qui n’est pas très loin de celle qu’occupe aujourd’hui la Russie dans le système mondial, les tentatives d’agir en toute indépendance dans le domaine international resteront extrêmement fragiles, menacées par des « sanctions » qui renforceront l’alignement désastreux de l’oligarchie économique au pouvoir sur les demandes des monopoles dominants de la Triade. Le flux actuel vers l’extérieur du « capital russe », associé à la crise ukrainienne, illustre ce danger. Rétablir le contrôle de l’État sur les mouvements du capital est la seule réponse efficace à ce danger.

Lectures complémentaires

Amin, Samir. The Implosion of Contemporary Capitalism (L’implosion du capitalisme contemporain), Londres et NY: Pluto and Monthly Review Press, 2013.

Amin, Samir. « What ‘Radical’ Means in the 21st Century » (Ce que « radical » signifie au 21e siècle), Review of Radical Political Economics 45.3 (septembre 2013).

Amin, Samir. « The Democratic Fraud and the Universalist Alternative » (La fraude démocratique et l’alternative universaliste), Monthly Review 63.5 (octobre 2011).

Amin, Samir. « Unity and Diversity in the Movement to Socialism » (Unité et diversité dans le mouvement vers le socialisme), Monthly Review (paraîtra dans le numéro de juin 2014).

Amin, Samir. « Russia in the Global System » (La Russie dans le système mondial). Traduit de l’arabe en russe par Said Gafourov.

Samir Amin est directeur du Third World Forum i(Forum du tiers monde) à Dakar, au Sénégal. Parmi ses derniers ouvrages : The Implosion of Contemporary Capitalism (L’implosion du capitalisme contemporain) et Three Essays on Marx’s Value Theory (Trois essais sur la théorie de la valeur de Marx). Tous deux ont été publiés par Monthly Review Press en 2013.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Impérialisme - Communauté : Communard toujours !
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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 14:26

 

En ligne sur le site de l'UQAC, l'Université du Québec à Chicoutimi 

 

Extrait du Cahier de Prison 15, § 4

 

  Éléments de politique

 

Dans ce domaine, il faut bien le dire, ce qu'on oublie d'abord, ce sont justement les premiers éléments, les choses les plus élémentaires ; et pourtant, comme ils se répètent mille fois, ces éléments deviennent les piliers de la politique et de n'importe quelle action collective.

Le premier élément, c'est qu'il existe réellement des gouvernés et des gouvernants, des dirigeants et des dirigés. Toute la science et l'art politiques se fondent sur ce fait primordial, irréductible (dans certaines conditions générales). Les origines de ce fait constituent un problème en soi, qui devra être étudié à part (au moins pourra-t-on et devra-t-on étudier comment atténuer et faire disparaître le fait, en changeant certaines conditions susceptibles d'être identifiées comme agissant dans le sens de cette divi­sion), mais il reste le fait qu'il existe des dirigeants et des dirigés, des gouvernants et des gouvernés. Ce fait étant acquis, il faudra voir comment on peut diriger de la manière la plus efficace (une fois définis certains buts) et comment, en conséquence, assurer la meilleure préparation aux dirigeants (c'est plus précisément l'objet de la première section de la science et de l'art politiques) et comment d'autre part, on ap­prend à connaître les lignes de moindre résistance ou lignes rationnelles conduisant à l'obéissance des dirigés et des gouvernés. Dans la formation des dirigeants, ce qui est fondamental, c'est le point de départ : veut-on qu'il y ait toujours des gouvernés et des gouvernants, ou bien veut-on créer les conditions qui permettront que disparaisse la nécessité de cette division ? C'est-à-dire part-on du principe de la division perpétuelle du genre humain ou bien ne voit-on dans cette division qu'un fait historique, répon­dant à certaines conditions ? Il faut voir clairement que, même si elle remonte, en dernière analyse, à une division en groupes sociaux, cette division en gouvernés et gouvernants existe cependant, les choses étant ce qu'elles sont, jusque dans le sein d'un même groupe, même d'un groupe socialement homogène; en un certain sens, on peut dire que cette division est une création de la division du travail, que c'est un fait technique. C'est sur cette coexistence de problèmes que spéculent ceux qui, en toute chose, voient seulement la « technique », la nécessité « technique », etc., pour ne pas envisager le problème fondamental. 

Étant donné que jusque dans un même groupe existe cette division entre gouver­nants et gouvernés, il devient nécessaire d'établir quelques principes n'admettant aucune dérogation, et c'est justement sur ce terrain que surviennent les « erreurs » les plus graves, c'est-à-dire que se manifestent les incapacités les plus criminelles, mais aussi les plus difficiles à corriger. On croit que, une fois établi le principe de l'homo­généité d'un groupe, l'obéissance doit être automatique, et non seulement qu'elle doit être acceptée sans qu'on ait besoin d'en démontrer la « nécessité » ni la rationalité, mais qu'elle est indiscutable (certains pensent et, ce qui est pire, agissent conformé­ment à cette pensée, que l'obéissance « viendra » sans être demandée, sans que la voie à suivre soit indiquée). C'est ainsi qu'il est difficile d'extirper des dirigeants le « cadornisme  [1] », c'est-à-dire la conviction qu'une chose sera faite parce que le diri­geant considère comme juste et rationnel qu'elle soit faite : si elle n'est pas faite, la « faute » est versée au compte de ceux « qui auraient dû » etc. C'est ainsi qu'il est diffi­cile d'extirper l'habitude criminelle de né­gliger d'éviter les sacrifices inutiles. Et pour­tant, le sens commun montre que la majeure partie des désastres collectifs (politiques) arrivent parce qu'on n'a pas cherché à éviter le sacrifice inutile, ou qu'on a montré qu'on ne tenait pas compte du sacrifice des autres et qu'on a joué avec la peau des autres. Chacun a entendu raconter par des officiers du front comment les soldats réellement risquaient leur vie dans les moments où c'était vraiment nécessaire, mais comment au contraire ils se révoltaient quand ils voyaient qu'on n'avait pour eux aucun égard. Par exemple : une compagnie était capa­ble de jeûner plusieurs jours, si elle voyait que les vivres ne pouvaient arriver pour une raison de force majeure, mais elle se mutinait si on sautait un seul repas par négligence et bureaucratisme, etc. 

Ce principe s'étend à toutes les actions qui exigent un sacrifice. C'est pourquoi, toujours, après tout échec, il faut avant tout rechercher la responsabilité des diri­geants, et cela, au sens strict (par exemple : un front est constitué de plusieurs sec­tions et chaque section a ses dirigeants : il est possible que d'une défaite les dirigeants d'une section soient plus responsables que ceux d'une autre, mais c'est une question de degré, et il ne s'agit pas d'exclure la responsabilité de quiconque, en aucun cas). 

Une fois posé le principe qu'il existe des dirigés et des dirigeants, des gouvernés et des gouvernants, il est vrai que les « partis » sont jusqu'ici la façon la plus adéquate d' « élaborer » les dirigeants et la capacité de diriger (les « partis » peuvent se présen­ter sous les noms les plus divers, même sous le nom d'antiparti et de « négation des partis [2] » ; en réalité, même ceux qu'on appelle des « individualistes » sont des hom­mes de parti, à cette différence près qu'ils voudraient être « chefs de parti » par la grâce de Dieu ou en vertu de l'imbécillité de ceux qui les suivent). 

Développement du concept général contenu dans l'expression « esprit d'État [3] ». Cette expression a un sens bien précis, historiquement déterminé. Mais un problème se pose : existe-t-il quelque chose de semblable à ce qu'on appelle « esprit d'État » dans tout mouvement sérieux, c'est-à-dire qui ne soit pas l'expression arbitraire d'indi­vi­dualismes plus ou moins justifiés ? Tout d'abord, l' « esprit d'État » suppose la « con­ti­nuité », soit avec le passé ou la tradition, soit avec l'avenir, c'est-à-dire qu'il suppose que tout acte est le moment d'un processus complexe, qui est déjà commencé et qui continuera. Le sentiment de responsabilité de ce processus, le sentiment d'en être les acteurs responsables, d'être solidaires de forces « inconnues » matériellement, mais qu'on sent pourtant actives et opérantes et dont on tient compte, comme si elles étaient « matérielles » et physiquement présentes, s'appelle justement dans certains cas « esprit d'État ». Il est évident qu'une telle conscience de la « durée » doit être non pas abstraite mais concrète, c'est-à-dire en un certain sens ne pas dépasser certaines limites ; mettons que les limites minima soient la génération précédente et la géné­ration future, ce qui n'est pas peu dire, car on considérera les générations, non pas en comptant trente ans avant pour l'une, trente ans après pour l'autre, mais organique­ment, au sens historique, ce qui pour le passé tout au moins est facile à comprendre : nous nous sentons solidaires des hommes qui aujourd'hui sont très vieux, et qui pour nous représentent le « passé » qui vit encore parmi nous, qu'il nous faut reconnaître, avec lequel il faut faire les comptes, qui est un des éléments du présent et des pré­misses du futur. Et avec les enfants, avec les générations qui naissent et qui gran­dissent et dont nous sommes responsables. (Bien différent est le « culte » de la « tra­dition », qui a une valeur tendancieuse, qui implique un choix et un but déterminés, c'est-à-dire qui est à la base d'une idéologie.) Même si un « esprit d'État » ainsi entendu existe chez tout le monde, il faut toutefois combattre tour à tour les défor­mations qui l'affectent ou les déviations qu'il produit. 

« Le geste pour le geste », la lutte pour la lutte, etc., et surtout l'individualisme étroit et petit, qui n'est que la satisfaction capricieuse d'impulsions momentanées, etc. (En réalité, il s'agit toujours de l' « apolitisme » italien, qui prend ces formes variées, pit­to­resques et bizarres.) L'individualisme n'est qu'un apolitisme de caractère animal, le sectarisme est « apolitisme », et, si on y regarde de près, le sectarisme est en effet une forme de « clientèle » personnelle, alors que manque l'esprit de parti qui est l'élé­ment fondamental de « l'esprit d'État ». Démontrer que l'esprit de parti est l'élément fondamental de l'esprit d'État est une des thèses les plus importantes à soutenir ; vice versa, l' « individualisme » est un élément de caractère animal, « qui fait l'admiration des étrangers » comme les ébats des habitants d'un jardin zoologique.

 

(Mach., pp. 17-20 et G.q. 15, § 4, pp. 1752-1755.)

[1933]



[1]      Le mot vient du général Luigi Cadorna, chef d'état-major des armées italiennes jusqu'à la retraite de Caporetto (1917) dont il fut le principal responsable. Caporetto met en lumière le caractère erroné du système de direction en vigueur dans l'armée italienne, et le « cardornisme » symbolise ici le bureaucratisme ou l'autoritarisme des dirigeants qui considèrent comme superflu le travail de persuasion auprès des « dirigés » pour gagner leur adhésion volontaire.

[2]      Les fascistes définissaient souvent leur parti comme un « anti-parti », et Mussolini aimait insister sur son « individualisme » de principe.

[3]      Concept utilisé par Hegel dans sa Philosophie de l’Histoire :

« L'esprit d'un peuple est un esprit déterminé et comme on vient de le dire, déterminé selon le degré historique de son développement. Cet esprit constitue le fondement et le contenu pour les autres formes de la conscience de lui-même qui ont été indiquées (...) A cause de l'identité pre­mière de leur substance, de leur contenu et de leur objet, les formations sont unies inséparablement à l'esprit de l'État, telle forme politique ne peut coexister qu'avec telle religion et dans tel État ne peuvent exister que telle philosophie et tel art. » (Leçons sur la philosophie de lHistoire, J. Vrin 1963, trad. Gribelin, pp. 49-50.)

La notion d'un « esprit de l'État » fut reprise par le fascisme, voir Mussolini, discours à la Chambre des députés, 13 mai 1929 : « Qu'aurait été l'État, s'il n'avait pas un esprit, une moralité, s'il ne disposait pas de ce qui donne de la force à ses lois, de ce grâce à quoi il réussit à s'assurer l'obéissance de ses citoyens ? »

Par Réveil Communiste - Publié dans : Antonio Gramsci - Communauté : Communard toujours !
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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 14:19

 

22 octobre 2014

DIFFUSION NATIONALE AUX SOUTIENS A MUMIA ABU-JAMAL

 

Mobilisation internationale pour l'abrogation de la loi anti-Mumia !

Comme vous le savez, le projet de loi privant les prisonniers de Pennsylvanie de leur droit d'expression a été voté par les élus de la Chambre des Représentants et du Sénat. Le Gouverneur de l'Etat devrait, ce jour, promulguer cette loi.

De leur côté, une soixantaine d'organisations et de personnalités américaines - auxquelles se sont joints notamment les collectifs de soutien à Mumia de France, d'Allemagne, du Mexique, d'Autriche - lancent une campagne pour l'abrogation de cette loi liberticide. Une conférence de presse et une manifestation auront lieu à Philadelphie mercredi 22 octobre.(...)

 

Une pétition en ligne vous permet de vous prononcer contre ce projet de loi qui sacrifie les droits de tous les prisonniers de Pennsylvanie pour faire taire Mumia Abu-Jamal. Nous vous invitons à la signer. Le texte de la pétition est en anglais mais son contenu est un résumé de la déclaration commune des organisations (pièce jjointe) qui se sont prononcées pour l'abrogation de cette loi contraire au premier amendement de la Constitution des Etats-Unis.


Signez et faites signer cette pétition en cliquant sur ce lien (*) : 

 

http://act.rootsaction.org/p/dia/action3/common/public/?action_KEY=10521

 

LE COLLECTIF FRANÇAIS "LIBÉRONS MUMIA"

rassemblant une centaine d'organisations et de collectivités publiques

www.mumiabujamal.com

Par Réveil Communiste
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Mercredi 22 octobre 2014 3 22 /10 /Oct /2014 14:10

Lu sur le blog de Jean Lévy

 

POUR APPROFONDIR - Qui persécute l’Eglise en Chine ?

 

20/10/2014 - par Michel Chambon *

 

Il est de notoriété publique qu’après 1950, l’Eglise en Chine (protestants comme catholiques) fut divisée entre « souterrains » et « patriotes » du fait de la politique du Parti communiste chinois.

Pourtant, depuis 1979, beaucoup de choses évoluent en Chine et ces changements ont une influence sur la condition ...... des chrétiens.

 

D’un lieu à un autre, la situation devient très variée :

D’une part, la politique religieuse du gouvernement (largement dépendante des dynamiques régionales) se révèle très hétérogène, parfois accommodante mais souvent pragmatique. Clairement, la sphère politique s’est diversifiée ces trente-cinq dernières années, ce qui rend les choses plus difficile à appréhender depuis l’extérieur.

D’autre part, les tensions internes entre chrétiens chinois sont un facteur de divisions qu’on ne serait sous-estimer. De nombreuses sectes crypto-chrétiennes ont pris une importance nouvelle dans le paysage religieux chinois, ce qui oblige catholiques et protestants à se repositionner.

En « interne », catholiques et protestants ont encore à gérer l’héritage d’être « souterrain » ou « patriote », notions qui restent significatives en bien des endroits, mais souvent d’une manière tout autre de ce que l’on soupçonne depuis l’Occident.

Bref, la sphère religieuse du christianisme en Chine s’est, elle aussi, terriblement complexifiée ces dernières décennies. Il n’est donc pas simple d’appréhender la situation globale des chrétiens en Chine, du fait des contradictions internes, du contexte socio-religieux et de l’environnement politique.

Cependant, l’exercice devient encore plus complexe quand on essaie de présenter cette Eglise de Chine à des Occidentaux. Quand on veut parler des chrétiens en Chine à une audience occidentale, un certain nombre de curiosités émergent et s’imposent, en toute bonne foi, mais sans se rendre compte de leurs ambiguïtés.

Les Occidentaux veulent d’abord savoir « Comment les catholiques souterrains ‘survivent’ en Chine ? », et puis « Comment les chrétiens chinois vivent leur sexualité puisqu’ils doivent concilier ‘politique de l’enfant unique’ et ‘interdiction religieuse sur la contraception’ ? » ou encore si « Le catholicisme en Chine n’est pas utilisé pour ré-instituer le patriarcat chinois au détriment de l’émancipation des femmes ? »…

Toutes ces questions sont certes intéressantes et justifiables, mais elles laissent bien peu de place aux problématiques et défis que vivent les chrétiens de Chine eux-mêmes. Si quelqu’un veut parler des chrétiens en Chine, il doit répondre à ces ‘curiosités’ occidentales en priorité, le reste devant attendre.

Dès lors, les interlocuteurs occidentaux imposent en quelque sorte leur propre grille de lecture (politique, sexualité, féminisme), découpant à leur manière l’Eglise en Chine. On peut se demander dans quelle mesure ce dialogue laisse une réelle place aux préoccupations des chrétiens chinois eux-mêmes.

Cette ambigüité du dialogue n’est toutefois pas spécifique à la rencontre des chrétiens en Chine. Que l’on parle des chrétiens en Amérique latine, en Afrique ou en Asie, chacun arrive avec ses catégories et centres d’intérêts, pour questionner sans toujours laisser place au visage de l’autre. L’authentique rencontre nécessite de laisser place à l’autre en tant qu’autre.

Cette difficulté est inhérente au dialogue. Si on ne fait pas attention à notre approche, les curieux qui veulent mettre les chrétiens qu’ils rencontrent dans des catégories toutes faites (présupposés sur la politique, la sexualité ou le féminisme) deviennent des persécuteurs, déchirant d’avance l’Eglise qu’ils rencontrent entre ‘officiels’ et ‘souterrains’, sans se préoccuper vraiment du corps du Christ qui se montre à eux.

Cependant, une chose est spécifique à la rencontre entre les Occidentaux et les chrétiens en Chine, il s’agit de la récente émergence politico-économique de la Chine. La République populaire de Chine a en effet accompli ces trente dernières années des miracles économiques qui lui donnent un nouveau point politique. Washington, Paris et Londres ne peuvent rester indifférents face à cette nouvelle compétition et il devient courant de voir dans les médias occidentaux des articles quasi diffamatoires sur la Chine. En matière d’hégémonie politico-économique, tous les moyens sont bons.

Mon propos est donc une mise en garde à l’intention des chrétiens occidentaux qui veulent parler des chrétiens en Chine : avant de trop parler de ‘catholiques souterrains’, ou des ‘persécutions religieuses en Chine’, assurons-nous que nous ne sommes pas en train de faire le jeu de Washington, Paris ou Londres.

Notre état de chrétien nous oblige au discernement. Mon propos n’est pas de dire que la Chine est un paradis – loin s’en faut –, mais elle n’est pas non plus l’enfer !

En tant que chrétiens, nous devons servir le bien commun, pas l’hégémonie occidentale, sinon c’est nous qui devenons les persécuteurs des chrétiens en Chine !

 

Michel Chambon,


19 octobre 2014


Notes

* Michel Chambon est un théologien catholique laïc qui poursuit actuellement un doctorat en anthropologie à Boston University (USA). Ses recherches portent sur la rencontre et l’hybridation actuelle entre culture chinoise et foi chrétienne. Après un master sur la croyance parmi les catholiques de Taipei dans les esprits-fantômes, sa recherche doctorale porte sur les pratiques de guérison parmi les protestants en Chine continentale. On pourra lire sa précédente contribution dans les colonnes d'Eglises d'Asie ici (« Peut-on vraiment parler de pentecôtisme en Chine ? », 18 mars 2014).

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Légende photo : S’agissant de la Chine et des chrétiens de Chine, « les interlocuteurs occidentaux imposent en quelque sorte leur propre grille de lecture », met en garde Michel Chambon.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Chine - Communauté : les anti-capitalistes
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