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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 20:49

 

Parti Du Travail Genève
Parti Du Travail Genève 21 décembre 17:52
Le Parti Suisse du Travail salue tout d’abord la libération de tous les « Cuban Five », ces héros cubains chargés d’enquêter sur des groupes terroristes d’extrême-droite préparant des attentats contre Cuba depuis la Floride, et pour cela incarcérés pendant de longues années aux Etats-Unis suite à une procédure judiciaire dont l’irrégularité était flagrante. Suite à la libération par la République de Cuba d’Alan Gross, espion américain engagé dans des activités subversives visant au renversement du gouvernement cubain, les USA ont accepté d’enfin libérer Gerardo Hernández, Antonio Guerrero et Ramón Labañino, après 16 ans de détention injuste (Fernando González et René González avaient déjà étaient libérés auparavant après avoir purgé l’entièreté de leur peine). C’est donc un long combat contre une injustice flagrante perpétrée par l’impérialisme étatsunien qui s’achève par une victoire.

Le Parti Suisse du Travail salue également le changement de ton des USA envers la République de Cuba, annoncé par Barack Obama, la volonté de normalisation des relations entre les deux pays, le projet de rétablissement des relations diplomatiques et de la réouverture des ambassades, ainsi que l’allégement de certaines mesures d’embargo par le président des USA. Cela constitue une indiscutable avancée, mais ne sera jamais suffisant tant que le blocus illégal au regard du droit international et des décisions de l’ONU (chaque année, à l’Assemblée générale de l’ONU, 188 pays votent pour exiger la levée du blocus, contre les seules voix des USA et d’Israël, et trois abstentions…mais du droit international, les USA n’en n’ont cure), ruineux pour l’économie cubaine et inhumain. Car, rappelons-le, le blocus n’est pas encore levé, puisqu’il est inscrit dans des lois que seul le Congrès des USA peut abroger. La lutte doit continuer pour que le Congrès lève enfin ce blocus scandaleux.

La plupart des commentateurs de la presse bourgeoise ne sont que trop prompts à saluer l’esprit d’ouverture de Barack Obama. Pour notre part, nous estimons au contraire qu’il s’agit d’une grande victoire du peuple cubain et de la révolution cubaine, et d’un aveu d’échec de l’impérialisme étatsunien. Malgré plus de 50 ans de blocus étouffant, malgré d’innombrables tentatives d’assassinat contre Fidel Castro, malgré de multiples attentats terroristes organisés avec le soutien direct de la CIA, malgré une intense activité de subversion déployée par les agents étatsuniens à Cuba depuis des années, les USA n’auront pas réussi à briser la détermination du peuple cubain, n’auront pas réussi à renverser le socialisme à Cuba. Le changement de cap d’Obama ne constitue que l’aveu de l’inutilité de ce blocus qui n’a pas atteint ses objectifs et n’aurait pas pu les atteindre. Nous rappelons aussi que cela fait des années qu’une campagne internationale est menée pour exiger du président des USA qu’il accorde la grâce présidentielle aux « Cuban Five », dont il ne pouvait pas ignorer l’illégalité de la détention. Il s’y est toujours refusé jusqu’à ce jour, et ce, sans aucune raison valable. Par ailleurs, la vigilance reste de mise. Il est en effet à craindre que l’impérialisme étatsunien sur le déclin ne fait que renoncer à des objectifs qui n’ont pas ou plus d’importance stratégique majeure, afin de mieux déployer ses forces ailleurs. C’est en ce sens qu’il faut comprendre le « pivot vers l’Asie » initié par Barack Obama. Tant que l’impérialisme existe, il restera agressif et continuera de menacera la paix mondiale. Cela, nous ne devons jamais l’oublier. Tant que l’impérialisme existera, nous devrons le combattre, et ne pas nous laisser bercer par les belles paroles de ses représentants du moment.

Le Parti Suisse du Travail réaffirme sa solidarité avec le peuple cubain et le Parti Communiste de Cuba, ainsi que sa confiance envers la révolution cubaine et le développement du socialisme à Cuba.
Par Réveil Communiste - Publié dans : Cuba - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 20:37

La Havane, août 2014, vers 9 heures du matin ...

 

 

 

Un film de Pasquale Noizet

Par Réveil Communiste - Publié dans : VIDEOS - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 20:21

 

Extraits du Cahier de Prison numéro 11, § 12, traduction et notes d'André Tosel, Éditions  Sociales, mis en ligne par l'Université canadienne de Chicoutimi


1. Introduction à l'étude de la philosophie. Quelques points de référence préliminaires

 

 Il faut détruire le préjugé très répandu que la philosophie est quelque chose de très difficile du fait qu'elle est l'activité intellectuelle propre d'une catégorie déterminée de savants spécialisés ou de philosophes professionnels ayant un système philosophique. Il faut donc démontrer en tout premier lieu que tous les hommes sont « philosophes », en définissant les limites et les caractères de cette « philosophie spontanée », propre à « tout le monde », c'est-à-dire de la philosophie qui est contenue : 1. dans le langage même, qui est un ensemble de notions et de concepts déterminés et non certes exclu­si­­vement de mots grammaticalement vides de contenu; 2. dans le sens commun et le bon sens; 3. dans la religion populaire et donc également dans tout le système de croyan­ces, de superstitions, opinions, façons de voir et d'agir qui sont ramassées gé­né­ralement dans ce qu'on appelle le « folklore ». 

Une fois démontré que tout le monde est philosophe, chacun à sa manière, il est vrai, et de façon inconsciente - car même dans la manifestation la plus humble d'une quelconque activité intellectuelle, le « langage » par exemple, est contenue une con­cep­tion du monde déterminée -, on passe au second moment, qui est celui de la critique et de la conscience, c'est-à-dire à la question : est-il préférable de « penser » sans en avoir une conscience critique, sans souci d'unité et au gré des circonstances, autre­ment dit de « participer » à une conception du monde « imposée » méca­ni­quement par le milieu ambiant; ce qui revient à dire par un de ces nombreux groupes sociaux dans lesquels tout homme est automatiquement entraîné dès son entrée dans le monde conscient (et qui peut être son village ou sa province, avoir ses racines dans la paroisse et dans l' « activité intellectuelle » du curé ou de l'ancêtre patriarcal dont la « sagesse » fait loi, de la bonne femme qui a hérité de la science des sorcières ou du petit intellectuel aigri dans sa propre sottise et son impuissance à agir) ; ou bien est-il préférable d'élaborer sa propre conception du monde consciemment et suivant une attitude critique et par conséquent, en liaison avec le travail de son propre cerveau, choisir sa propre sphère d'activité, participer activement à la production de l'histoire du monde, être à soi-même son propre guide au lieu d'accepter passivement et de l'extérieur, une empreinte imposée à sa propre personnalité ?  

           Note 1. Pour sa propre conception du monde, on appartient à un groupement déter­miné, et précisément à celui qui réunit les éléments sociaux partageant une même façon de penser et d'agir. On est toujours les conformistes de quelque confor­misme, on est toujours homme-masse ou homme collectif. Le problème est le sui­vant : de quel type historique est le conformisme, l'homme-masse dont fait partie un indi­vidu ? Quand sa conception du monde n'est pas critique et cohérente mais fonc­tion du moment et sans unité, l'homme appartient simultanément à une multiplicité d'hommes-masses, sa personnalité se trouve bizarrement composite : il y a en elle des éléments de l'homme des cavernes et des principes de la science la plus moderne et la plus avancée, des préjugés de toutes les phases historiques passées, misérablement particularistes et des intuitions d'une philosophie d'avenir comme en possédera le genre humain quand il aura réalisé son unité mondiale. Critiquer sa propre conception du monde signifie donc la rendre unitaire et cohérente et l'élever au point où est parvenue la pensée mondiale la plus avancée. Cela veut donc dire aussi critiquer toute la philosophie élaborée jusqu'à ce jour, dans la mesure où elle a laissé des strati­fications consolidées dans la philosophie populaire. Le commencement de l'élabora­tion critique est la conscience de ce qu'on est réellement, un « connais-toi toi-même » conçu comme produit du processus historique qui s'est jusqu'ici déroulé et qui a laissé en chacun de nous une infinité de traces reçues sans bénéfice d'inventaire. C'est cet inventaire qu'il faut faire en premier lieu.  

           Note 2. On ne peut séparer la philosophie de l'histoire de la philosophie et la culture de l'histoire de la culture. Au sens le plus immédiat et adhérant le mieux à la réalité, on ne peut être philosophe, c'est-à-dire avoir une conception du monde criti­que­ment cohérente, sans avoir conscience de son historicité, de la phase de dévelop­pe­ment qu'elle représente et du fait qu'elle est en contradiction avec d'autres con­ceptions. Notre conception du monde répond à des problèmes déterminés posés par la réalité, qui sont bien déterminés et « originaux » dans leur actualité. Comment est-il possible de penser le présent et un présent bien déterminé avec une pensée élaborée pour des problèmes d'un passé souvent bien lointain et dépassé ? Si cela arrive, c'est que nous sommes « anachroniques » dans notre propre temps, des fossiles et non des êtres vivants dans le monde moderne, ou tout au moins que nous sommes bizarrement « composites ». Et il arrive en effet que des groupes sociaux, qui par cer­tains côtés expriment l'aspect moderne le plus développé, sont, par d'autres, en retard par leur position sociale et donc incapables d'une complète autonomie historique.  

           Note 3. S'il est vrai que tout langage contient les éléments d'une conception du monde et d'une culture, il sera également vrai que le langage de chacun révélera la plus ou moins grande complexité de sa conception du monde. Ceux qui ne parlent que le dialecte ou comprennent la langue nationale plus ou moins bien, participent néces­sai­rement d'une intuition du monde plus ou moins restreinte et provinciale, fossilisée, anachronique, en face des grands courants de pensée qui dominent l'histoire mon­diale. Leurs intérêts seront restreints, plus ou moins corporatifs ou économistes, mais pas universels. S'il n'est pas toujours possible d'apprendre plusieurs langues étrangè­res pour se mettre en contact avec des vies culturelles différentes, il faut au moins bien apprendre sa langue nationale. Une grande culture peut se traduire dans la langue d'une autre grande culture, c'est-à-dire qu'une grande langue nationale, historiquement riche et complexe, peut traduire n'importe quelle autre grande culture, être en somme une expression mondiale. Mais un dialecte ne peut pas faire la même chose.  

           Note 4. Créer une nouvelle culture ne signifie pas seulement faire individuelle­ment des découvertes « originales », cela signifie aussi et surtout diffuser critique­ment des vérités déjà découvertes, les « socialiser » pour ainsi dire et faire par con­sé­quent qu'elles deviennent des bases d'actions vitales, éléments de coordination et d'ordre intellectuel et moral. Qu'une masse d'hommes soit amenée à penser d'une ma­nière cohérente et unitaire la réalité présente, est un fait « philosophique » bien plus important et original que la découverte faite par un « génie » philosophique d'une nouvelle vérité qui reste le patrimoine de petits groupes intellectuels. 

Connexion entre le sens commun, la religion et la philosophie. La philosophie est un ordre intellectuel, ce que ne peuvent être ni la religion ni le sens commun. Voir comment, dans la réalité, religion et sens commun, eux non plus ne coïncident pas, mais comment la religion est un élément, entre autres éléments dispersés, du sens commun. Du reste, « sens commun » est un nom collectif, comme « religion » : il n'exis­te pas qu'un seul sens commun, car il est lui aussi un produit et un devenir historique. La philosophie est la critique et le dépassement de la religion et du sens commun, et en ce sens elle coïncide avec le « bon sens » qui s'oppose au sens commun. 

Rapports entre science-religion-sens commun. La religion et le sens commun ne peuvent constituer un ordre intellectuel parce qu'ils ne peuvent se réduire à une unité, à une cohérence, même dans la conscience individuelle, pour ne rien dire de la con­science collective : ils ne peuvent se réduire à une unité ni à une cohérence « d'eux-mêmes », mais par une méthode autoritaire, cela pourrait se faire et c'est en fait arrivé dans le passé à l'intérieur de certaines limites. Le problème de la religion entendu non au sens confessionnel mais au sens laïque d'une unité de foi entre une conception du monde et une norme de conduite conforme à cette conception : mais pourquoi appeler cette unité de foi « religion » et ne pas l'appeler « idéologie » ou franchement « poli­tique » ? 

En effet la philosophie en général n'existe pas : il existe diverses philosophies ou conceptions du monde et, parmi celles-ci, on fait toujours un choix. Comment se fait ce choix? Ce choix est-il un fait purement intellectuel ou plus complexe ? Et n'arrive-t-il pas souvent qu'entre le fait intellectuel et la norme de conduite il y ait contra­diction? Quelle sera alors la réelle conception du monde : celle qui est affirmée logi­que­ment comme fait intellectuel, ou celle que révèle l'activité réelle de chaque indi­vidu, qui est implicitement contenue dans son action? Et puisque agir c'est toujours politiquement, ne peut-on dire que la philosophie réelle de chacun est contenue tout entière dans sa politique ? Cette contradiction entre la pensée et l'action, c'est-à-dire la coexistence de deux conceptions du monde, l'une affirmée en paroles, l'autre se manifestant dans l'action effective, n'est pas toujours due à la mauvaise foi. La mau­vaise foi peut être une explication satisfaisante pour quelques individus pris séparé­ment, ou même pour des groupes plus ou moins nombreux; elle n'est toutefois pas satisfaisante quand la contradiction apparaît dans une manifestation de la vie des gran­des masses : Elle est alors nécessairement l'expression de luttes plus profondes, d'ordre historique-social. Cela veut dire dans ce cas qu'un groupe social (alors qu'il possède en propre une conception du monde, parfois seulement embryonnaire, qui se manifeste dans l'action, et donc par moments, occasionnellement, c'est-à-dire dans les moments où ce groupe bouge comme un ensemble organique) a, pour des raisons de soumission et de subordination intellectuelles, emprunté à un autre groupe une con­ception qui ne lui appartient pas, qu'il affirme en paroles, et qu'il croit suivre, parce qu'il la suit « en temps normal », autrement dit lorsque la conduite n'est pas indépendante ni autonome, mais justement soumise et subordonnée. Ainsi donc on ne peut détacher la philosophie de la politique et on peut montrer même que le choix et la critique d'une conception du monde sont eux aussi un fait politique. 

Il faut donc expliquer comment il se fait qu'en tout temps coexistent de nombreux systèmes et courants de philosophie, comment ils naissent, comment ils se répandent, pourquoi ils suivent dans leur diffusion certaines lignes de fracture et certaines directions, etc. Cela montre combien il est nécessaire de rassembler sous forme de système, avec l'aide d'une méthode critique et cohérente, ses propres intuitions du monde et de la vie, en établissant avec précision ce qu'on doit entendre par « système » pour que ce mot ne soit pas compris dans son sens pédant et professoral. Mais cette élaboration doit être faite et ne peut l'être que dans le cadre de l'histoire de la philoso­phie qui montre quelle élaboration la pensée a subie au cours des siècles et quel effort collectif a coûté notre façon actuelle de penser, qui résume et rassemble toute cette histoire passée, même dans ses erreurs et ses délires. Il n'est pas dit, d'ailleurs, que ces erreurs et ces délires, bien qu'ils appartiennent au passé et qu'ils aient été corrigés, ne se reproduisent pas dans le présent et n'exigent pas de nouvelles corrections. 

Quelle est l'idée que le peuple se fait de la philosophie ? On peut la retrouver à travers les manières de parler du langage commun. Une des plus répandues est celle de « prendre les choses avec philosophie », et cette expression, après analyse, n'est pas à rejeter complètement. Il est vrai que la formule invite implicitement à la rési­gna­tion et à la patience, mais il semble que le point le plus important soit au contraire l'invitation à la réflexion, à se rendre bien compte que ce qui arrive est au fond ration­nel et que c'est comme tel qu'il faut l'affronter, en concentrant ses propres forces ration­nelles et non en se laissant entraîner par des impulsions instinctives et violentes. On pourrait grouper ces façons de parler populaires avec les expressions semblables des écrivains de caractère populaire - en les empruntant aux grands dictionnaires - où entrent les termes « philosophie » et « philosophiquement », et on verrait alors que ces termes signifient très précisément qu'on surmonte des passions bestiales et élémentaires au profit d'une conception de la nécessité qui donne à sa propre action une direction consciente. C'est là le noyau sain du sens commun, ce que justement on pourrait appeler « bon sens » et qui mérite d'être développé et rendu unitaire et cohé­rent. On voit donc que c'est aussi pour cela qu'on ne peut séparer la philosophie dite « scientifique » de celle dite « vulgaire » et populaire qui n'est qu'un ensemble d'idées et d'opinions disparates. 

Mais maintenant se pose le problème fondamental de toute conception du monde, de toute philosophie qui est devenue un mouvement culturel, une « religion », une « foi », c'est-à-dire qui a produit une activité pratique et une volonté et qui se trouve con­tenue dans ces dernières comme « prémisse » théorique implicite (une « idéolo­gie », pourrait-on dire, si au terme « idéologie » on donne justement le sens le plus élevé d'une conception du monde qui se manifeste implicitement dans l'art, dans le droit, dans l'activité économique, dans toutes les manifestations de la vie individuelle et collective). En d'autres termes, le problème qui se pose est de conserver l'unité idéologique dans tout le bloc social qui, précisément par cette idéologie déterminée est cimenté et unifié. La force des religions et surtout de l’Église catholique a consisté et consiste en ce qu'elles sentent énergiquement la nécessité de l'union doctrinale de toute la masse « religieuse » et qu'elles luttent afin que les couches intellectuellement supérieures ne se détachent pas des couches inférieures. L'Église romaine a toujours été la plus tenace dans la lutte visant à empêcher que se forment officiellement deux religions, celle des intellectuels et celle des « âmes simples ». Cette lutte n'a pas été sans graves inconvénients pour l’Église elle-même, mais ces inconvénients sont liés au processus historique qui transforme toute la société civile et qui, en bloc, contient une critique corrosive des religions; ce qui rehausse d'autant la capacité organisatrice du clergé dans le domaine de la culture et le rapport abstraitement rationnel et juste que dans sa sphère, l’Église a su établir entre les intellectuels et les « simples ». Les jésuites ont été indubitablement les plus grands artisans de cet équilibre et pour le conserver, ils ont imprimé à l’Église un mouvement progressif qui tend à donner satisfaction aux exigences de la science et de la philosophie, mais avec un rythme si lent et méthodique que les mutations ne sont pas perçues par la masse des « simples » bien qu'elles paraissent « révolutionnaires » et « démagogiques aux intégristes ». 

Une des plus grandes faiblesses des philosophies de l'immanence [1] en général consiste précisément dans le fait de ne pas avoir su créer une unité idéologique entre le bas et le haut, entre les « simples » et les intellectuels. Dans l'histoire de la civili­sa­tion occidentale, le fait s'est produit à l'échelle européenne, avec la faillite immédiate de la Renaissance et en partie également de la Réforme, en face de l’Église romaine. Cette faiblesse se manifeste dans la question scolaire, dans la mesure où les philoso­phies de l'immanence n'ont même pas tenté de construire une conception qui pût remplacer la religion dans l'éducation de l'enfant, d'où le sophisme pseudo-historiciste qui fait que des pédagogues sans religion (sans confession) et en réalité athées, concè­dent l'enseignement de la religion parce que la religion est la philosophie de l'enfance de l'humanité qui se renouvelle dans toute enfance non métaphorique. L'idéalisme s'est également montré hostile aux mouvements culturels qui veulent « aller au peuple », et qui se manifestèrent dans les universités dites populaires et autres institu­tions semblables, et non pas seulement pour leurs aspects négatifs, car en ce cas ils auraient dû chercher à faire mieux. Ces mouvements étaient pourtant dignes d'intérêt, et ils méritaient d'être étudiés : ils connurent le succès, en ce sens qu'ils démontrèrent de la part des « simples » un enthousiasme sincère et une forte volonté de s'élever à une forme supérieure de culture et de conception du monde. Ils étaient toutefois dé­pour­vus de tout caractère organi­que, aussi bien du point de vue de la pensée philo­so­phique qu'en ce qui concerne la solidité de l'organisation et la centralisation culturelle ; on avait l'impres­sion d'assister aux premiers contacts entre marchands anglais et nègres africains : on distribuait une marchandise de pacotille, pour avoir des pépites d'or. D'ailleurs l'unité organique de la pensée et la solidité culturelle n'étaient possi­bles que si entre les intellectuels et les simples avait existé la même unité que celle qui doit unir théorie et pratique, c'est-à-dire à la condition que les intellectuels eussent été les intellectuels organiques de ces masses, qu'ils eussent élaboré et rendu cohé­rents les principes et les problèmes que ces masses posaient par leur activité pratique, et cela par la constitution d'un bloc culturel et social.   

           Note. Peut-être est-il utile « pratiquement » de faire la distinction entre philoso­phie et sens commun pour mieux indiquer le passage du premier moment au second; dans la philosophie sont surtout mis en évidence les caractères d'élaboration indivi­duelle de la pensée; dans le sens commun au contraire, les caractères diffus et généri­ques d'une certaine époque et dans un certain milieu populaire. Mais toute philoso­phie tend à devenir sens commun d'un milieu même restreint (de tous les intellec­tuels). Il s'agit par conséquent d'élaborer une philosophie qui, ayant déjà diffusion et possibilité de diffusion parce que liée à la vie pratique et contenue implicitement en elle, devienne un sens commun rénové, doué de la cohérence et du nerf des philoso­phies individuelles : cela ne peut arriver que si est constamment sentie l'exigence du contact culturel avec les « simples ». 

Nous nous retrouvons devant le même problème auquel il a été fait allusion : un mouvement philosophique est-il à considérer comme tel seulement lorsqu'il s'applique à développer une culture spécialisée, destinée à des groupes restreints d'intellectuels ou au contraire n'est-il tel que dans la mesure où, dans le travail d'élaboration d'une pensée supérieure au sens commun et scientifiquement cohérente, il n'oublie jamais de rester en contact avec les « simples » et, bien plus, trouve dans ce contact la sources des problèmes à étudier et à résoudre? Ce n'est que par ce contact qu'une philosophie devient « historique », qu'elle se purifie des éléments intellectualistes de nature individuelle et qu'on fait du « vivant ». 

Une philosophie de la praxis [2] ne peut se présenter à l'origine que sous un aspect polémique et critique, comme dépassement du mode de pensée précédent et de la pensée concrète existante (ou monde culturel existant). Par suite, avant tout, comme critique du « sens commun » (après s'être fondé sur le sens commun pour démontrer que « tous » les hommes sont philosophes et qu'il ne s'agit pas d'introduire ex novo [3] une science dans la vie individuelle de « tous les hommes », mais de rénover et de rendre « critique » une activité déjà existante) et donc de la philosophie des intellec­tuels, qui a donné lieu à l'histoire de la philosophie, et qui, en tant qu'individuelle (et elle se développe en effet essentiellement dans l'activité de personnalités particulière­ment douées) peut être considérée comme les « pointes » du progrès du sens commun, tout au moins du sens commun des couches les plus cultivées de la société, et, grâce à elles, du sens commun populaire également. Voici donc qu'une préparation à l'étude de la philosophie doit exposer sous forme de synthèse les problèmes nés du processus du développement de la culture générale - qui ne se reflète que partiel­lement dans l'histoire de la philosophie, laquelle demeure toutefois - en l'absence d'une histoire du sens commun (impossible à construire par manque d'un matériel docu­men­taire) - la source fondamentale à laquelle il faut se référer pour faire la criti­que de ces problèmes, en démontrer la valeur réelle (s'ils l'ont encore) ou la signifi­cation qu'ils ont eue, comme anneaux dépassés d'une chaîne, et définir les problèmes actuels nouveaux ou les termes dans lesquels se posent aujourd'hui de vieux problèmes. 

Le rapport entre philosophie « supérieure » et sens commun est assuré par la « po­li­tique », de même qu'est assuré par la politique le rapport entre le catholicisme des intellectuels et celui des « simples ». Les différences dans les deux cas sont toutefois fondamentales. Que l’Église ait à affronter un problème des « simples », signifie juste­ment qu'il y a eu rupture dans la communauté des fidèles, rupture à laquelle on ne peut remédier en élevant les « simples » au niveau des intellectuels (l’Église ne se propose même pas cette tâche, idéalement et économiquement bien au-dessus de ses forces actuelles) mais en faisant peser une discipline de fer sur les intellectuels afin qu'ils n'outrepassent pas certaines limites dans la distinction et ne la rendent pas catastrophique et irréparable. Dans le passé, ces « ruptures » dans la communauté des fidèles trouvaient remède dans de forts mouvements de masse qui déterminaient la formation de nouveaux ordres religieux - ou étaient résumés dans cette formation - autour de fortes personnalités (saint Dominique, saint François). [4]

           Note. Les mouvements à caractère hérétique du Moyen Age, en tant que réaction simultanée à l'attitude politicienne de l’Église et à la philosophie scolastique qui en fut une expression, ont été, sur la base des conflits sociaux déterminés par la naissan­ce des Communes, une rupture, à l'intérieur de l’Église, entre la masse et les intellec­tuels, rupture « recousue » par la naissance de mouvements populaires religieux réabsorbés par l’Église grâce à la formation des ordres mendiants et à la création d'une nouvelle unité religieuse. 

Mais la Contre-Réforme a stérilisé ce pullulement de forces populaires : la Com­pagnie de Jésus est le dernier grand ordre religieux, d'origine réactionnaire et autori­tai­re, possédant un caractère répressif et « diplomatique », qui a marqué par sa nais­san­ce le durcissement de l'organisme catholique. Les nouveaux ordres qui ont surgi après ont une très faible signification « religieuse » et une grande signification « dis­cipli­naire » sur la masse des fidèles, ce sont des ramifications et des tentacules de la Compa­gnie de Jésus, ou ils le sont devenus, instruments de « résistance » pour con­ser­ver les positions politiques acquises, et non forces rénovatrices de développe­ment. Le catholicisme est devenu « jésuitisme ». Le modernisme n'a pas créé d' « ordre religieux », mais un parti politique, la démocratie chrétienne.  

           Note. Rappeler l'anecdote (racontée par Steed dans ses Mémoires) du cardinal qui explique au protestant anglais philo-catholique que les miracles de saint Janvier [5] sont des articles de foi pour les petites gens de Naples, mais non pour les intellectuels, que même dans l'Évangile il y a des « exagérations », et qui à la question : « Mais ne sommes-nous pas chrétiens ? », répond : « Nous sommes les prélats, c'est-à-dire des “ politiques ” de l’Église de Rome. » 

La position de la philosophie de la praxis est l'antithèse de la position catholique : la philosophie de la praxis ne tend pas à maintenir les « simples » dans leur philo­sophie primitive du sens commun, mais au contraire à les amener à une conception supérieure de la vie. Si elle affirme l'exigence d'un contact entre les intellectuels et les simples, ce n'est pas pour limiter l'activité scientifique et pour maintenir une unité au bas niveau des masses, mais bien pour construire un bloc intellectuel-moral qui rende politiquement possible un progrès intellectuel de masse et pas seulement de quelques groupes restreints d'intellectuels. 

L'homme de masse actif agit pratiquement, mais n'a pas une claire conscience théorique de son action qui pourtant est une connaissance du monde, dans la mesure où il transforme le monde. Sa conscience théorique peut même être historiquement en opposition avec son action. On peut dire qu'il a deux consciences théoriques (ou une conscience contradictoire) : l'une qui est contenue implicitement dans son action et qui l'unit réellement à tous ses collaborateurs dans la transformation pratique de la réalité, l'autre superficiellement explicite ou verbale, qu'il a héritée du passé et accueil­lie sans critique. Cette conception « verbale » n'est toutefois pas sans consé­quences : elle renoue les liens avec un groupe social déterminé, influe sur la conduite morale, sur l'orientation de la volonté, d'une façon plus ou moins énergique, qui peut atteindre un point où les contradictions de la conscience ne permettent aucune action, aucune décision, aucun choix, et engendrent un état de passivité morale et politique. La compréhension critique de soi-même se fait donc à travers une lutte « d'hégémo­nies » politiques, de directions opposées, d'abord dans le domaine de l'éthique, ensuite de la politique, pour atteindre à une élaboration supérieure de sa propre conscience du réel. La conscience d'être un élément d'une force hégémonique déterminée (c'est-à-dire la conscience politique) est la première étape pour arriver à une progressive auto­conscience où théorie et pratique finalement s'unissent. Même l'unité de la théorie et de la pratique n'est donc pas une donnée de fait mécanique, mais un devenir histo­rique, qui a sa phase élémentaire et primitive dans le sentiment à peine instinctif de « dis­tinction » et de « détachement », d'indépendance, et qui progresse jusqu'à la pos­ses­sion réelle et complète d'une conception du monde cohérente et unitaire. Voilà pour­­quoi il faut souligner comment le développement politique du concept d'hégé­monie [6] représente un grand progrès philosophique, en plus de son aspect politique pratique, parce qu'il entraîne et suppose nécessairement une unité intellectuelle et une éthique conforme à une conception du réel qui a dépassé le sens commun et qui est devenue, bien qu'à l'intérieur de limites encore étroites, critique. 

Toutefois, dans les plus récents développements de la philosophie de la praxis, l'approfondissement du concept d'unité de la théorie et de la pratique n'en est encore qu'à une phase initiale : des restes de mécanisme demeurent, puisqu'on parle de théo­rie comme « complément », « accessoire » de la pratique, de théorie comme servante de la pratique. Il semble juste que cette question doive elle aussi être posée histori­que­­ment, c'est-à-dire comme un aspect de la question politique des intellectuels. Auto­conscience critique signifie historiquement et politiquement création d'une élite d'intellectuels : une masse humaine ne se « distingue pas et ne devient pas indépen­dante « d'elle-même », sans s'organiser (au sens large), et il n'y a pas d'organisation sans intellectuels, c'est-à-dire sans organisateurs et sans dirigeants, sans que l'aspect théorique du groupe théorie-pratique se distingue concrètement dans une couche de personnes « spécialisées » dans l'élaboration intellectuelle et philosophique.. Mais ce processus de création des intellectuels est long, difficile, plein de contradictions, de marches en avant et de retraites, de débandades et de regroupements, où la « fidélité » de la masse (et la fidélité et la discipline sont initialement la forme que prennent l'adhé­sion de la masse et sa collaboration au développement du phénomène culturel tout entier) est mise parfois à rude épreuve. Le processus de développement est lié à une dialectique intellectuels-masse ; la couche des intellectuels se développe quanti­ta­tivement et qualitativement, mais tout bond vers une nouvelle « ampleur » et une nouvelle complexité de la couche des intellectuels, est lié à un mouvement analogue de la masse des simples, qui s'élève vers des niveaux supérieurs de culture et élargit en même temps le cercle de son influence, par des pointes individuelles ou même des groupes plus ou moins importants, en direction de la couche des intellectuels spécia­lisés. Mais dans le processus se répètent continuellement des moments où, entre masse et intellectuels (soit certains d'entre eux, soit un groupe) se produit un décro­cha­ge, une perte de contact, et, par conséquent l'impression d' « accessoire », de com­plé­­mentaire, de subordonné. Insister sur l'élément « pratique » du groupe théorie-pratique, après avoir scindé, séparé, et pas seulement distingué les deux éléments (opé­ra­tion purement mécanique et conventionnelle) signifie qu'on traverse une phase historique relativement primitive, une phase encore économique-corporative, où se transforme quantitativement le cadre général de la « structure » et où la qualité-super­structure adéquate s'apprête à surgir mais n'est pas encore organiquement formée. Il faut mettre en relief l'importance et la signification qu'ont, dans le monde moderne, les partis politiques dans l'élaboration et la diffusion des conceptions du monde, en tant qu'ils élaborent essen­tiel­le­ment l'éthique et la politique conformes à ces derniè­res, et qu'ils fonctionnent en somme comme des « expérimentateurs » historiques de ces conceptions. Les partis sélectionnent individuellement la masse agissante et la sélection se fait aussi bien dans le domaine pratique, que dans le domaine théorique et conjointement, avec un rapport d'autant plus étroit entre théorie et pratique, que la conception innove d'une manière plus vitale et radicale, et qu'elle se présente comme l'antagoniste des vieux modes de pensée. Ainsi peut-on dire que par les partis s'élaborent de nouvelles conceptions intellectuelles, intégrales et totalitaires, c'est-à-dire qu'ils sont le creuset de l'unification de la théorie et de la pratique, en tant que processus historique réel, et on comprend combien est nécessaire que le parti se forme au moyen d'adhésions individuelles et non selon le type « labour party », car il s'agit de diriger organique­ment « toute la masse économiquement active », il s'agit de la diriger non pas selon de vieux schèmes, mais en innovant, et l'innovation ne peut prendre à ses débuts un caractère de masse que par l'intermédiaire d'une élite, pour qui la conception contenue implicitement dans l'activité humaine est déjà devenue, dans une certaine mesure, conscience actuelle cohérente et systématique, volonté ferme et précise. 

Il est possible d'étudier une de ces phases dans la discussion au cours de laquelle se sont manifestés les plus récents développements de la philosophie de la praxis (discussion résumée dans un article de E. D. Mirski, collaborateur de la Cultura [7]). On peut voir comment s'est fait le passage d'une conception mécaniste purement exté­rieure à une conception activiste, qui se rapproche davantage, comme on l'a observé, d'une juste compréhension de l'unité de la théorie et de la pratique, bien qu'on n'ait pas encore donné son sens plein à la synthèse. On peut observer comment l'élément déter­mi­nis­te, fataliste, mécaniste a été un « arôme » idéologique immédiat de la philo­sophie de la praxis, une forme de religion et d'excitant (mais à la façon des stupé­fiants), que rendait nécessaire et que justifiait historiquement le caractère « su­bal­terne » de couches sociales déterminées. 

Quand on n'a pas l'initiative de la lutte et que lutte même finit par s'identifier avec une série de défaites, le déterminisme mécanique devient une formidable force de résistance morale, de cohésion, de persévérance patiente et obstinée. « Je suis battu momentanément, mais à la longue la force des choses travaille pour moi, etc. » La volonté réelle se travestit en un acte de foi, en une certaine rationalité de l'histoire, en une forme empirique et primitive de finalisme passionné qui apparaît comme un substitut de la prédestination, de la providence, etc., des religions confessionnelles. Il faut insister sur le fait que même en ce cas, il existe réellement une forte activité de la volonté, une intervention directe sur la « force des choses », mais justement sous une forme implicite voilée, qui a honte d'elle-même, d'où les contradictions de la con­science dépourvue d'unité critique, etc. Mais quand le subalterne devient dirigeant et responsable de l'activité économique de masse, le mécanisme se présente à un certain moment comme un danger imminent, et on assiste à une révision de tout le système de pensée, parce qu'il s'est produit un changement dans le mode de vie social. Pourquoi les limites de la « force des choses » et son empire deviennent-ils plus étroits? C'est que, au fond, si le subalterne était hier une chose, il est aujourd'hui, non plus une chose mais une personne historique, un protagoniste ; s'il était hier irrespon­sable parce que « résistant » à une volonté étrangère, il se sent aujourd'hui respon­sable parce que non plus résistant mais agent et nécessairement actif et entreprenant. Mais avait-il été réellement hier simple « résistance », simple « chose », simple « irres­ponsabilité ? » Certainement pas, et il convient au contraire de mettre en relief comment le fatalisme ne sert qu'à voiler la faiblesse d'une volonté active et réelle. Voilà pourquoi il faut toujours démontrer la futilité du déterminisme mécanique, qui, explicable comme philosophie naïve de la masse, et, uniquement en tant que tel, élément intrinsèque de force, devient, lorsqu'il est pris comme philoso­phie réfléchie et cohérente de la part des intellectuels, une source de passivité, d'auto­suffi­sance imbécile ; et cela, sans attendre que le subalterne soit devenu dirigeant et responsable. Une partie de la masse, même subalterne, est toujours dirigeante et responsable, et la philosophie de la partie précède toujours la philosophie du tout, non seulement comme anticipation théorique, mais comme nécessité actuelle. 

Que la conception mécaniste ait été une religion de subalternes, c'est ce que mon­tre une analyse du développement de la religion chrétienne qui, au cours d'une certaine période historique et dans des conditions historiques déterminées a été et continue d'être une « nécessité », une forme nécessaire de la volonté des masses po­pu­laires, une forme déterminée de la rationalité du monde et de la vie, et a fourni les cadres généraux de l'activité pratique réelle. Dans ce passage d'un article de Civiltà cattolica [Civilisation catholique] « Individualisme païen et individualisme chrétien » (fasc. du 5 mars 1932) cette fonction du christianisme me semble bien exprimée : 

« La foi dans un avenir sûr, dans l'immortalité de l'âme destinée à la béatitude, dans la certitude de pouvoir arriver à la jouissance éternelle, a été l'élément moteur d'un travail intense de perfection intérieure et d'élévation spirituelle. C'est là que le véritable individualisme chrétien a trouvé l'élan qui l'a porté à ses victoires. Toutes les forces du chrétien ont été rassemblées autour de cette noble fin. Libéré des fluctuations spéculatives qui épuisent l'âme dans le doute, et éclairé par des principes immortels, l'homme a senti renaître ses espérances ; sûr qu'une force supérieure le soutenait dans sa lutte contre le mal, il se fit violence à lui-même et triompha du monde. » 

Mais en ce cas également, c'est du christianisme naïf qu'on entend parler, non du christianisme jésuitisé, transformé en pur narcotique pour les masses populaires. 

Mais la position du calvinisme, avec sa conception historique implacable de la prédestination et de la grâce, qui détermine une vaste expansion de l'esprit d'initiative (ou devient la forme de ce mouvement) est encore plus expressive et significative. [8] 

Pourquoi et comment se diffusent, en devenant populaires, les nouvelles concep­tions du monde ? Est-ce que dans ce processus de diffusion (qui est en même temps un processus de substitution à l'ancien et très souvent de combinaison entre l'ancien et le nouveau) influent (voir comment et dans quelle mesure) la forme rationnelle dans laquelle la nouvelle conception est exposée et présentée, l'autorité (dans la mesure où elle est reconnue et appréciée d'une façon au moins générique) de la personne qui expose et des savants et des penseurs sur lesquels elle s'appuie, le fait pour ceux qui soutiennent la nouvelle conception d'appartenir à la même organisation (après être toutefois entrés dans l'organisation pour un autre motif que celui de partager la nouvelle conception) ? En réalité, ces éléments varient suivant le groupe social et le niveau culturel du groupe considéré. Mais la recherche a surtout un intérêt en ce qui concerne les masses populaires, qui changent plus difficilement de conceptions, et qui ne les changent jamais, de toute façon, en les acceptant dans leur forme « pure », pour ainsi dire, mais seulement et toujours comme une combinaison plus ou moins hété­roclite et bizarre. La forme rationnelle, logiquement cohérente, le caractère exhaustif du raisonnement qui ne néglige aucun argument pour ou contre qui ait quelque poids, ont leur importance, mais sont bien loin d'être décisifs; mais ce sont des éléments qui peuvent être décisifs sur un plan secondaire, pour telle personne qui se trouve déjà dans des conditions de crise intellectuelle, qui flotte entre l'ancien et le nouveau, qui a perdu la foi dans l'ancien et ne s'est pas encore décidée pour le nouveau, etc. 

C'est ce qu'on peut dire aussi de l'autorité des penseurs et des savants. Elle est très grande dans le peuple, mais il est vrai que toute conception a ses penseurs et ses savants à mettre en ligne et l'autorité est partagée ; il est en outre possible pour tout penseur de distinguer, de mettre en doute qu'il se soit vraiment exprimé de cette façon, etc. On peut conclure que le processus de diffusion des conceptions nouvelles se produit pour des raisons politiques, c'est-à-dire en dernière instance, sociales, mais que l'élément formel, de la cohérence logique, l'élément autorité et l'élément organisa­tion, ont dans ce processus une fonction très grande, immédiatement après que s'est produite l'orientation générale, aussi bien dans les individus pris isolément que dans les groupes nombreux. On peut ainsi conclure que dans les masses en tant que telles, la philosophie ne peut être vécue que comme une foi. Qu'on imagine, du reste, la position intellectuelle d'un homme du peuple ; les éléments de sa formation sont des opinions, des convictions, des critères de discrimination et des normes de conduite. Tout interlocuteur qui soutient un point de vue opposé au sien, s'il est intellectuelle­ment supérieur, sait présenter ses raisons mieux que lui, et lui clôt le bec « logi­quement », etc. ; l'homme du peuple devrait-il alors changer de convictions ? simple­ment parce que dans la discussion immédiate il ne sait pas se défendre ? Mais alors, il pourrait lui arriver de devoir en changer une fois par jour, c'est-à-dire chaque fois qu'il rencontre un adversaire idéologique intellectuellement supérieur. Sur quels éléments se fonde donc sa philosophie ? Et surtout, sa philo­sophie dans la forme, qui a pour lui la plus grande importance, de norme de conduite ? L'élément le plus impor­tant est indubitablement de caractère non rationnel, de foi. Mais foi en qui et en quoi ? Avant tout, dans le groupe social auquel il appartient, dans la mesure où, d'une manière diffuse, il pense les choses comme lui : l'homme du peuple pense qu'une masse si nombreuse ne peut se tromper ainsi, du tout au tout, comme voudraient le faire croire les arguments de l'adversaire ; qu'il n'est pas lui-même, c'est vrai, capable de soutenir et de développer ses propres raisons, comme l'adversaire les siennes, mais que dans son groupe, il y a des hommes qui sauraient le faire, et certes encore mieux que l'adversaire en question, et qu'il se rappelle en fait avoir entendu exposer, dans tous les détails, avec cohérence, de telle manière qu'il a été convaincu, les raisons de sa foi. Il ne se rappelle pas les raisons dans leur forme concrète, et il ne saurait pas les répéter, mais il sait qu'elles existent parce qu'il les a entendu exposer et qu'elles l'ont convaincu. Le fait d'avoir été convaincu une fois d'une manière fulgurante est la raison permanente de la permanence de sa conviction, même si cette dernière ne sait plus retrouver ses propres arguments. 

Mais ces considérations nous amènent à conclure à une extrême fragilité des con­victions nouvelles des masses populaires, surtout si ces nouvelles convictions sont en opposition avec les convictions (même nouvelles) orthodoxes, socialement confor­mistes du point de vue des intérêts généraux des classes dominantes. On peut s'en persuader en réfléchissant à la fortune des religions et des églises. La religion où telle église maintient la communauté des fidèles (à l'intérieur de certaines limites imposées par les nécessités du développement historique général) dans la mesure où elle entre­tient en permanence et par une organisation adéquate sa propre foi, en en répétant l'apologétique sans se lasser, en luttant à tout instant et toujours avec des arguments semblables, et en entretenant une hiérarchie d'intellectuels chargés de donner à la foi, au moins l'apparence de la dignité de la pensée. Chaque fois que la continuité des rapports entre Église et fidèles a été interrompue d'une manière violente, pour des raisons politiques, comme cela s'est passé pendant la Révolution française, les pertes subies par l’Église ont été incalculables, et, si les conditions difficiles pour l'exercice des pratiques relevant de la routine avaient été prolongées au-delà de certaines limites de temps, on peut penser que de telles pertes auraient été définitives, et qu'une nou­velle religion aurait surgi, comme elle a d'ailleurs surgi, en France, en se combinant avec l'ancien catholicisme. On en déduit des nécessités déterminées pour tout mouve­ment culturel qui se proposerait de remplacer le sens commun et les vieilles concep­tions du monde en général : 1. de ne jamais se fatiguer de répéter ses propres argu­ments (en en variant littérairement la forme) : la répétition est le moyen didactique le plus efficace pour agir sur la mentalité populaire ; 2. de travailler sans cesse à l'éléva­tion intellectuelle de couches populaires toujours plus larges, pour donner une personnalité à l'élément amorphe de masse, ce qui veut dire de travailler à susciter des élites d'intellectuels d'un type nouveau qui surgissent directement de la masse tout en restant en contact avec elle pour devenir les « balei­nes » du corset. Cette seconde nécessité, si elle est satisfaite, est celle qui réellement modifie le « panorama idéolo­gique » d'une époque. Et d'ailleurs ces élites ne peuvent se constituer et se développer sans donner lieu à l'intérieur de leur groupe à une hiérarchisation suivant l'autorité et les compétences intellectuelles, hiérarchisa­tion qui peut avoir à son sommet un grand philosophe individuel; ce dernier toutefois, doit être capable de revivre concrètement les exigences de l'ensemble de la commu­nauté idéologique, de comprendre qu'elle ne peut avoir l'agilité de mouvement propre à un cerveau individuel et par conséquent d'élaborer la forme de la doctrine collective qui soit la plus adhérente et la plus adéquate aux modes de pensée d'un penseur collectif. 

Il est évident qu'une construction de masse d'un tel genre ne peut advenir « arbi­trairement », autour d'une quelconque idéologie, par la volonté de construction (formelle) d'une personnalité ou d'un groupe qui se proposeraient ce but, poussés par le fanatisme de leurs convictions philosophiques ou religieuses. L'adhésion de masse à une idéologie ou la non-adhésion est la manière par laquelle se manifeste la critique réelle de la rationalité et de l'historicité des modes de pensée. Les constructions arbi­trai­res sont plus ou moins rapidement éliminées de la compétition historique, même si parfois, grâce à une combinaison de circonstances immédiates favorables, elles réus­sis­sent à jouir d'une relative popularité, alors que les constructions qui correspondent aux exigences d'une période historique complexe et organique finissent toujours par s'imposer et prévaloir, même si elles traversent nombre de phases intermédiaires, où elles ne peuvent s'affirmer qu'à travers des combinaisons plus ou moins bizarres et hétéroclites. 

Ces développements posent de nombreux problèmes, dont les plus importants se résument dans le style et la qualité des rapports entre les diverses couches intellec­tuellement qualifiées, c'est-à-dire dans l'importance et dans la fonction que doit et peut avoir l'apport créateur des groupes supérieurs en liaison avec la capacité organi­que de discuter et de développer de nouveaux concepts critiques de la part des cou­ches intellectuellement subordonnées. Il s'agit donc de fixer les limites de la liberté de discussion et de propagande, liberté qui ne doit pas être entendue dans le sens admi­nis­tratif et policier, mais dans le sens d'auto-limites que les dirigeants posent à leur propre activité ou bien, au sens propre, de définir l'orientation d'une politique cultu­relle. En d'autres termes : qui définira les « droits de la science » et les limites de la recherche scientifique et ces droits et ces limites pourront-ils être proprement défi­nis ? Il parait nécessaire que le lent travail de la recherche de vérités nouvelles et meilleures, de formulations plus cohérentes et plus claires des vérités elles-mêmes, soit laissé à la libre initiative de chaque savant, même s'ils remettent continuellement en discussion les principes mêmes qui paraissent les plus essentiels. Il ne sera du reste pas difficile de mettre en lumière le cas où de telles initiatives de discussion répondent à des motifs intéressés et n'ont pas un caractère scientifique. Il n'est, du reste, pas impossible de penser que les initiatives individuelles soient disciplinées et ordonnées, qu'elles passent à travers le crible des académies ou instituts culturels de tout genre et ne deviennent publiques qu'après avoir été sélectionnées, etc. 

Il serait intéressant d'étudier concrètement, pour un pays particulier, l'organisation culturelle qui tient en mouvement le monde idéologique et d'en examiner le fonction­ne­ment. Une étude du rapport numérique entre le personnel qui professionnellement se consacre au travail actif culturel et la population des différents pays serait également utile, avec un calcul approximatif des forces libres. Dans chaque pays c'est l'école dans tous ses degrés, et l’Église, qui sont les deux plus grandes organisations culturelles, par le nombre du personnel occupé. Les journaux, les revues et l'activité libraire, les institutions scolaires privées, soit qu'elles complètent l'école d'État, soit qu'elles jouent le rôle d'institutions de culture du type universités populaires. D'autres professions incorporent dans leur activité spécialisée une fraction culturelle qui n'est pas indifférente, comme celle des médecins, des officiers de l'armée, de la magis­trature. Mais il faut noter que dans tous les pays, encore que dans une mesure diverse, existe une grande coupure entre les masses populaires et les groupes intellectuels, même les plus nombreux et les plus proches de la masse nationale, comme les instituteurs et les prêtres; et que cela se produit parce que, même là où les gouver­nants affirment le contraire en paroles, l'État comme tel n'a pas une conception uni­taire, cohérente et homogène, ce qui fait que les groupes intellectuels sont dispersés entre une couche et l'autre et dans les limites d'une même couche. L'Université, quelques pays mis à part, n'exerce aucune fonction unificatrice ; souvent un libre penseur a plus d'influence que toute l'institution universitaire, etc. 

A propos de la fonction historique remplie par la conception fataliste de la philosophie de la praxis, on pourrait en faire un éloge funèbre, en demandant qu'on reconnaisse son utilité pour une certaine période historique, mais en soutenant, et pour cette raison précise, la nécessité de l'enterrer avec tous les honneurs qui lui sont dus. On pourrait en réalité comparer sa fonction à celle de la théorie de la grâce et de la prédestination pour les débuts du monde moderne, théorie qui toutefois atteint son apogée dans la philosophie classique allemande [9] et sa conception de la liberté comme conscience de la nécessité. Elle a été un doublet populaire du cri « Dieu le veut », mais pourtant, même sur ce plan primitif et élémentaire, elle marquait le début d'une conception plus moderne et plus féconde que celle contenue dans « Dieu le veut », ou dans la théorie de la grâce. Est-il possible que « formellement », une nou­velle conception se présente sous un aspect autre que l'aspect grossier et confus d'une plèbe ? Et toutefois l'historien, quand il a les perspectives nécessaires, réussit à préci­ser et à comprendre que les débuts d'un monde nouveau, toujours âpres et cail­lou­teux, sont supérieurs au déclin d'un monde agonisant et au « chant du cygne » qu'il produit dans son agonie.

 

(M.S., pp. 3-20 et G.q. 11, § 12, pp. 1375-1395.)

[1932-1933]



[1]      C'est à B. Croce d'abord, à G. Gentile ensuite que Gramsci pense ici : ils sont philosophes de l'immanence dans la mesure où leur philosophie trouve dans le monde lui-même son premier principe, l'Esprit créateur, sans faire appel à un Dieu extérieur au monde. Croce fut ministre de l'Éducation nationale dans le dernier ministère Giolitti (1920-1921), gouvernement qui était en place au moment de l'occupation des usines en avril 1920.

[2]      Le marxisme. L'expression permettait certes de ne pas alerter les censeurs de la prison qui eussent été arrêtés par le mot marxisme. Il faut toutefois bien voir que Gramsci entend donner au choix de cette expression un sens positif : elle adhère mieux que tout autre à un climat de recherches marxistes proprement italien (Antonio Labriola, et même les premiers travaux de Croce et de Gentile). L'expression rend compte également de l'exigence profonde d'entendre le marxisme, à l'école de Lénine, comme la parfaite compénétration dialectique de la théorie (philosophie) et de la pratique (praxis), comme l'affirmation d'une volonté pratique de changer le monde en même temps que l'affirmation de toutes les possibilités de développement de la théorie dialectiquement liée à la pratique, développement original et autonome par rapport à l'ancien matérialisme comme à toute forme d'idéalisme.

[3]      Sur un terrain de nouveauté absolue.

[4]      Les fondateurs des deux grands ordres en qui Dante (1265-1321) voit les « princes » appelés par Dieu pour régénérer l’Église (Divina Commedia, Par., XI), Les deux ordres sont fondés à une époque où l’Église est particulièrement ébranlée par les hérésies (cathares, patarins, albigeois ...). Ces mouvements hérétiques sont souvent des mouvements de masse auxquels ne reste pas indifférent le bas clergé plein de rancœur contre le luxe des dignitaires que dénoncent une foule de prophètes improvisés.

[5]      Saint Janvier (San Gennaro), patron de Naples.

[6]      « L'hégémonie » correspond à la thèse développée par Lénine, du prolétariat comme classe dirigeante, en même temps qu'à la pratique de cette direction. L' « hé­gé­monie » suppose la dictature du prolétariat, c'est-à-dire la coercition que la classe dominante fait nécessairement peser sur les groupes antagonistes. Mais c'est aussi la direction intellectuelle et morale (culturelle) de tous les alliés du prolétariat dont on a gagné le consentement et dont on veut organiser le « con­sen­tement actif » (paysan­nerie, etc.). L'emploi par Gramsci du mot « hégémonie » ne vise pas seule­ment à trom­­per une censure qui aurait réagi à l'expression « dictature du prolétariat ». Alors que cette dernière expression évoque surtout le moment de la coercition, l'hégémonie, qui ne peut exister sans le premier moment, développe l’aspect positif de la « direc­tion ». Ainsi s'établit la distinc­tion entre « dominant » et « dirigeant » : la prise de pou­voir donne la domination, reste à conquérir la « direc­tion ». Mais cette direction elle-même n'est pas postérieure à la domination : les deux mo­ments sont dialectique­ment liés et un groupe peut et doit être « dirigeant » avant de conquérir le pouvoir, et lorsqu'il devient « dominant », malheur à lui s'il perd son rôle « diri­geant ». Il s'agit donc de la part de Gramsci d'un développement original donné à une thèse fondamen­tale de Lénine : le prolétariat, classe dirigeante organisée par son parti qui est l' « ap­pa­reil hégé­monique » (« apparato egemonico »). L'hégé­mo­nie, telle qu'elle a été théorisée et réalisée par Lénine, change complètement les don­nées philosophiques, puisque se trouvent effectivement établis, à l'échelle d'un grand peuple, des rapports nouveaux entre la théorie et la pratique, et que s'accomplit ainsi un progrès consi­dérable de la connaissance.

[7]      Allusion probable à l'article de E. D. Mirski : « Demokratie und Partei im Bolchevismus » [La Démocratie et le Parti dans le bolchevisme], publié dans le recueil : Demokratie und Partei, par P. R. Rohden, Wien, 1932. Gramsci appelle Mirski collaborateur de la Cultura car ce dernier y avait publié un article dans le numéro de février 1931.

[8]      On peut voir à ce propos Max Weber, « L'etica protestante e lo spirito del capitalismo » [L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme], publié dans Nuovi Studi [Nouvelles Études], fascicule de 1931, et suiv., et le livre de Groethuysen sur les origines religieuses de la bourgeoisie en France (Note de Gramsci).

[9]      Il faut entendre le grand courant idéaliste qui commence avec Kant (1724-1804) et que Marx et Engels appellent parfois « philosophie idéaliste allemande », « philosophie allemande moderne ». Ce courant idéaliste où s'insèrent également Johann Gottlieb Fichte (1762-1814), disciple de Kant, et Schelling (1775-1864), trouve son achèvement dans l'idéalisme absolu de Hegel.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Antonio Gramsci - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 19:33

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Michel Segal

Préface

Dès le premier regard, les premiers comptes-rendus, les premières photos, c’est ce qui frappe : la « guerre » en Ukraine est un gâchis ! Un incroyable et absurde gâchis. Morts inutiles, souffrances, cruauté, haine, vies brisées. Un ravage insensé, des destructions stériles, d’infrastructures, d’habitations, de matériels, de villes, de toute une région. Deuil et ruines, partout. Pour quoi tout cela ?

Et d’abord, pourquoi s’intéresser à la guerre en Ukraine lorsque l’on n’est pas même ukrainien ? Pourquoi à celle-là plutôt qu’à ce qui se passe en Iraq, en Lybie, en Syrie, à Gaza, au Mali, en Amérique du sud, en tant d’endroits ? Pourquoi surtout entreprendre d’écrire un livre sur une guerre qui n’est pas achevée ? Sur un conflit toujours en cours ?

A cause de l’enjeu sans doute. Des enjeux. Les mêmes raisons qui poussent, ici et là, des individus qu’a priori rien ne prédestinait à cela, à s’engager pour la cause de la ré-information, pour la défense d’une certaine idée de la vérité, de certaines valeurs. Les mêmes raisons et le même trouble qui agitent nombre d’anonymes et nombre d’internautes, tant de gens ordinaires dont la tranquillité s’est comme évanouie au spectacle du « traitement » de l’affaire ukrainienne, tandis que se faisait jour cette évidence que se détourner aujourd’hui, se coucher cette fois encore serait comme sceller l’évidence que l’on restera couché et laissera faire à toujours et quoi qu’il arrive.

Bien sûr, il y a le risque, et il est à la porte, en Europe même ; celui d’une confrontation majeure Est-Ouest. « Ce face-à-face Russie/OTAN alimenté par des déclarations fracassantes, suspicieuses ou agressives laisse donc entrevoir un vrai risque d’explosion du conflit dans toute l’Europe. »

Mais plus que cela, il y a la honte. « La honte est vraisemblablement le sentiment dominant de ceux qui ont compris ce qui se passait, et qui l’ont compris parce qu’ils ont voulu y être un peu attentif. »

La honte quand, face à ce qui n’est devenu que trop visible, le discours de haine, les symboles du nazisme, les atrocités, l’accumulation des crimes, les voix de l’occident se taisent ou s’unissent dans un déni, guère plus convaincu qu’il n’est convainquant. La lassitude et le dégoût face à la litanie des accusations a priori, partiales, non fondées, systématiques, face à la déformation des faits, répétée encore et encore.

Devant la perte de conscience occidentale, l’alignement, la propagande, la servitude européenne et otanesque, une réaction trop longtemps contenue s’opère. Car certains enjeux sont plus proches de nous que la seule Ukraine. D’une certaine façon, c’est l’avenir de nos sociétés qui se joue avec l’Ukraine, avec le Donbass. Lorsque derrière le discours monopolistique de la propagande se profile l’abandon des valeurs éthiques, des valeurs politiques, des valeurs humaines tout simplement. Ce n’est pas tant l’économie qui tue nos « démocraties », c’est une perte de repères, lorsque la vérité devient relative, lorsque les valeurs de la morale et de l’humain deviennent négligeables et sont passées par pertes et profits. Nos pays, nos peuples, sont d’abord prisonniers de leurs systèmes institutionnels, de leurs dirigeants, nationaux et européens, de ces castes détentrices du pouvoir et de l’information.

Avec l’Ukraine, les dissonances sont devenues flagrantes, incontournables, insupportables.

Et l’on sait gré dès lors à Michel Segal de nous présenter là ce que l’on ne trouvera pas ailleurs. Pas dans les médias pressetitués. Pas même chez les blogueurs du Net. Quand la moindre analyse est mise au service de la propagande chez les premiers, elle est morcelée par l’événementiel chez les seconds. Certes, la tenue et la publication de listes récapitulatives des faits sont précieuses, et l’on saluera à cet égard des chronologies telles que celle que tient le site Tradition !, outil précieux et assez unique pour les francophones.

Le propos de « UKRAINE : HISTOIRES D’UNE GUERRE » est différent. C’est le genre de synthèse qui manquait jusqu’ici, le dossier « Ukraine », ce numéro spécial que nous serions en droit d’attendre mais n’aurons vraisemblablement jamais. En tout cas pas d’aucun de nos médias institutionnels. Peut-être, au mieux et dans fort longtemps, de la part de quelque historien. La présentation en est synthétique, par thèmes.

« Tel jour, à telle heure, après des frappes effectuées avec tels moyens d’artillerie sur les positions de tels et tels ennemis, une attaque a été lancée sur tel objectif situé dans telle direction à telle distance de tel village, par telles unités dotées de tels effectifs d’infanterie et équipées de tels et tels matériels et de tels moyens d’appui de telle catégorie. » Voilà le type de phrase auquel nous nous sommes plus ou moins habitués en suivant l’actualité du conflit ukrainien (sur internet). Et voilà bien ce que nous ne trouverons à aucun moment sous la plume de Michel Segal.

Au-delà des détails bruts de l’horreur du Donbass, il nous entraine dans une démarche singulière.« L’objectif de ce travail est de comprendre la réalité non seulement d’un enchaînement complexe d’évènements internationaux politiques, économiques et militaires, mais aussi leur superposition. »Pour ce faire, il part du discours des médias occidentaux. Excès de confiance ? Mansuétude ? Pas vraiment : « Très rapidement, écrit-il, j’ai acquis la conviction que les informations données par la presse française sur la crise ukrainienne constituaient une incroyable somme d’ambiguïtés, de mensonges (au moins par omission), de propagande, de manipulations et d’analyses militantes. »

Même si l’on peut douter que viennent un jour à lire son livre ceux qui s’abreuvent de la presse institutionnelle et se trouvent déjà faussés par elle, handicapés par une vue biaisée des évènements, Michel Segal démonte pas à pas, thème après thème, la logique ou l’absence de logique du discours des médias en question, et de celui des dirigeants dont les déclarations sont rapportées. Procédé à l’efficacité redoutable, et d’autant plus difficilement contestable que l’accusation de propagande pro-russe perd ainsi d’entrée de jeu toute pertinence : les sources de l’auteur sont occidentales.

Celui qui se présente dès la première phrase comme professeur de mathématiques va nous emmener souvent sur les chemins de la démonstration par l’absurde. Toutes les grandes lignes du conflit sont explorées. Et le décryptage se fait vite cinglant. Car en traversant la forêt, on finissait par perdre de vue les arbres, on n’y prêtait plus attention.

De la constatation la plus évidente (« Si Kiev n’avait pas de responsabilité dans le crash du Boeing, elle chercherait à connaître et faire connaître la vérité, car c’est dans son intérêt ») à des observations plus fines, on se laisse agréablement prendre au jeu. Arbre après arbre. « L’échange réciproque des statuts d’émeutier et de force légale a été opéré par les USA et l’UE. » « Mais pourtant, fait très révélateur, ces deux journaux n’ont pas hésité à employer la désignation de guerre civile en Ukraine lors des manifestations du Maidan précédant le renversement de Ianoukovitch. Donc d’un côté, des opérations militaires avec blindés, tirs d’artillerie, bombardements de population par l’aviation qui sont appelés des troubles pour ne pas « stigmatiser » Porochenko, mais d’un autre côté, des répressions policières de manifestants qui sont décrites comme une guerre civile par ces mêmes journalistes. »

A promener un regard neuf (mais pas forcément naïf) sur les choses, les anomalies apparaissent, l’une après l’autre. « Pour bien synthétiser les choses, il faut parfois s’imaginer qu’on doit les expliquer à un enfant. On est alors contraint de revenir au regard le plus simple, y mettre un peu de recul, oublier les analyses sur les origines ou les enjeux, faire abstraction de ses propres positions et ne dire que des choses vraies et minimales. Si l’on revient à la situation réelle et basique sans pousser d’analyse plus loin que les faits, on peut dire alors : « Une région veut obtenir l’indépendance de son pays d’origine », et pour qu’un enfant comprenne mieux, on ajouterait : « Cette province veut s’en détacher et devenir elle-même un pays ». En toute « logique démocratique », la question la plus importante surgit alors immédiatement : « Mais est-ce que tous les gens de cette région le souhaitent ? ». Tout a démarré justement lorsque les habitants du Donbass ont voulu connaître la réponse à cette question, c’est-à-dire quand les habitants ont eu le souci démocratique. Notons alors ce fait remarquable que, cette question étant le fondement de la démocratie, c’est la question elle-même qui est interdite par Kiev, par Bruxelles et par Washington. Il faut souligner cette situation absolument incroyable : la question fondatrice de la démocratie est interdite, la réponse est illégale, et une guerre sera déclarée à ceux qui ont posé la question pour les en punir. Et lorsque l’on sait que ces positions sont prises par Bruxelles et Washington, par ceux qui justifient leurs ingérences précisément par la démocratie, alors on en déduit que la situation est objectivement absurde. Il y a ici une contradiction interne, et ce sont là des faits, pas des analyses ou des interprétations : les représentants de la démocratie vont interdire jusqu’à la guerre la question démocratique. »

Sa recension critique, d’une lecture alerte, se révèle étonnamment complète et équilibrée, offrant un tour d’horizon éclairant des principales questions. Ayant fait le choix délibéré d’utiliser quasi-exclusivement les organes de la presse occidentale comme sources, elle permet, ce qui est assurément l’un des aspects les plus intéressants du livre, de comparer les évènements sur le terrain et leur couverture dans la dite presse, la presse institutionnelle de nos pays « démocratiques », qui relaie, appuie et confirme la parole de nos dirigeants, et vice-versa. Exemple après exemple, le constat surprend : la comparaison donne en effet à voir peu à peu cette réalité effarante que « notre » journalisme n’est plus seulement partisan, comme l’on pouvait s’en douter ; il est délibérément et clairement mensonger et manipulateur ; il s’est mis littéralement au service d’une totale désinformation.

Son discours est passé au crible, démonté dans ses implications logiques, ses contradictions, ses enchaînements, ses articulations avec les faits. Et si « UKRAINE : HISTOIRES D’UNE GUERRE » n’est sans doute pas le document le plus détaillé et exhaustif que l’on puisse imaginer, c’est vraisemblablement le plus pédagogique. Il fonctionne en tout cas comme nous devrions tous fonctionner. En réfléchissant. En mettant la logique au service de l’interrogation critique. C’est pour mieux l’illustrer que l’auteur part à chaque fois des déclarations et des comptes-rendus occidentaux, par une sorte de parti-pris de neutralité initiale qui en dévoile l’inanité, la malhonnêteté, la malfaisance. La démonstration n’en est que plus convaincante (nous allions dire « décapante »).

Si l’écœurement guette, de fait, voilà sans doute la démonstration que l’on aimerait avoir sous la main lorsqu’une connaissance nous demande : « Tu dis que nos médias ne cessent de nous mentir, que ce qu’ils racontent à propos de l’Ukraine n’est que propagande. Mais tu crois qu’en face, il n’y a pas de propagande ? Comment es-tu sûr que tes informations à toi n’en sont pas, de la propagande ? »

Au terme de la revue des évolutions du discours, de ses ressorts internes et de ses contradictions, que reste-t-il ? Qu’en retenir ?

Nos médias nous mentent. Nos dirigeants nous mentent. Les faits du terrain sont soit tus, soit minimisés, soit à ce point déformés qu’ils en deviennent méconnaissables. Les constatations des « reporters », leurs silences, leurs conclusions, jusqu’au vocabulaire qu’ils emploient, leur sont comme imposés d’avance. La réalité est niée, opportunément tue, voire même inversée à convenance. La presse n’est plus seulement à plat ventre, elle s’est faite complice. Ce qui était déjà apparent ici ou là lors de crises passées est devenu patent, probablement plus criant que jamais auparavant : « Cette crise aura sans doute marqué le début de la fin de la presse « classique ». Celle-ci a pris, tout du long, « la position d’une presse officielle du pouvoir », sans jamais porter « aucun regard critique sur la politique internationale des USA, de l’UE et de la France. »

L’origine de la crise ? La volonté de domination étatsunienne, bien sûr, et la suspicion antirusse qui n’a pas su (ou pas voulu) liquider les fantasmes de défiance du temps de l’URSS. Mais aussi l’existence politique de l’UE : « Les enjeux de cette crise sont extrêmement importants, à commencer par l’origine même de la crise en novembre 2013, où l’enjeu n’est rien de moins que l’existence politique de l’Union européenne, de plus à la veille d’élections… »

Qu’a-t-on vu, au fond ? « A des régions qui ne demandaient qu’un simple référendum parce qu’elles se sentaient trahies par un coup d’Etat, l’Union européenne semble avoir trouvé légitime que l’on réponde par des bombardements de population civile. Alors qu’elle l’aurait pu, elle ne s’y est pas opposée. » « Au travers de la crise ukrainienne, l’Union européenne a muté, elle est devenue un monstre. »

Malgré la profusion des déclarations et des accolades hypocrites, les dirigeants occidentaux n’avaient en fait jamais mis fin à la guerre froide ! Et cette fois, les masques sont tombés. Chaque jour, ils en font désormais la preuve.

Que restera-t-il de tout cela ? Cette guerre aura eu lieu pour rien. Pour rien tous ces morts, pour rien toutes ces ruines. Pour rien, ou plutôt pour le pire.

« Le conflit armé reprendra sans doute encore sporadiquement après les accords de paix, la haine sera trop forte d’un côté et de l’autre, et il mettra peut-être quelques années à s’éteindre définitivement. C’est la meilleure hypothèse, celle où la Russie résiste à toutes les provocations de Kiev, à tous les appels à la guerre, à tous les mensonges de l’OTAN et à toutes les attaques économiques de l’Union européenne, et n’entre pas dans le conflit malgré tous les efforts en ce sens des Américains, de leurs manipulations à leurs mensonges. Mais quelle qu’en soit l’issue, il sera définitivement impossible pour ces populations de vivre avec Kiev.

En quelques semaines, sous le prétexte d’en sauvegarder l’unité, Porochenko aura définitivement désintégré le pays. Il y aura vraisemblablement un exode massif de cette région où un grand nombre de logements ont été détruits, où les infrastructures ne fonctionneront plus, où il n’y aura plus ni travail, ni espoir, ni eau, ni électricité, ni gaz à l’entrée de l’hiver, où il n’y aura plus qu’un désastre humanitaire et de la haine. »

Voilà pour l’Ukraine. Et chez nous ? Dans nos pays d’Europe de l’Ouest ? En France ? La guerre en Ukraine sera-t-elle l’occasion d’un réveil de la conscience ? D’un sursaut de l’esprit critique ? D’un retour à la lucidité ? « UKRAINE : HISTOIRES D’UNE GUERRE » en tout cas nous y incite, en nous en donnant comme un modèle. C’est là sa singularité, et c’est ce qui en fait l’indéniable intérêt.

 

http://www.lamartine.fr/9782845215108-ukraine-histoires-d-une-guerre-m...

Par Réveil Communiste
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 19:24

lu sur PCF Bassin :

 

141905161034_20141221.JPGforce de gauche proche des communistes : solidarité !

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

Présentée comme modèle du capitalisme du XXI ème siècle, la Corée du sud montre surtout l'image de ce que pourrait être un capitalisme autoritaire au XXI ème siècle. L'interdiction du principal parti d'opposition de gauche en est la dernière preuve inquiétante.

La nouvelle n'est pas une surprise pour ceux qui suivent l'actualité coréenne. Elle marque néanmoins une rupture dans la pratique autoritaire du pouvoir sud-coréen. Un retour en arrière qui lorgne vers le temps de la dictature de Syngman Rhee (1948-60), puis Park Chung-Hee (1963-1979)

Une dérive autoritaire : la fille du dictateur sur les traces de son père

Les partis de gauche, les syndicats, les militants de défense des droits de l'Homme dénonçaient en 2012 l'arrivée à la présidence de Park Geun-Hye, mêlant libéralisme économique, nationalisme anti-communiste (mais pro-américain) et autoritarisme politique. Une « dame de fer » made in Korea.

Les opposants à cette dérive autoritaire du régime sud-coréen soulignaient que Park Geun-Hye était aussi la fille du dictateur Park Chung-Hee. Le président à la plus grande longévité qui imposa un régime brutal, en emprisonnant les étudiants et ouvrier, en réprimant brutalement toute opposition.

Park Chung-Hee avait fait passer en 1972 une nouvelle Constitution qui lui accordait – au nom de l' « état d'urgence » face au péril communiste – les pleins pouvoirs, restreignant les libertés fondamentales, sanctionnant le tout par un referendum fantoche. 93 % de oui !

Sa fille a visiblement gardé un héritage vivace de cet héritage. Depuis deux ans, elle multiplie les attaques par la voie judiciaire contre l'opposition de gauche, le mouvement syndical. Cette fois, un cap est franchi avec l'interdiction du principal parti d'opposition, le Parti progressiste unifié.

Il faut d'abord rappeler que la Loi de Sécurité nationale de 1948 est toujours en vigueur.

Au nom de la lutte contre le communisme, elle permet à l'Etat sud-coréen de réprimer les activités anti-Etat qui mettent en danger la sécurité nationale (art 1), les groupes anti-Etat étant ceux qui troublent l'ordre national (art 2), prévoyant la peine de mort ou des peines supérieures à 2 ans (art 3 et 4), y compris pour ceux qui constituent des groupements politiques ayant cette intention (art 7).

De fait, depuis 65 ans, la Loi de Sécurité nationale sert de prétexte à la répression de tout mouvement d'opposition, syndical ou politique, et à l'interdiction du mouvement communiste, malgré son assouplissement dans les années 1990. 2014 marque la fin du « dégel » démocratique.

Le Parti progressiste, un parti de masse à gauche qui dérange

Le Parti progressiste unifié (PPU) regroupe des forces unies dans un combat commun pour une démocratie sociale, la paix, l'indépendance face aux États-Unis. Il rassemble large, des patriotes de gauche aux progressistes sociaux-démocrates, des militants syndicaux jusqu'aux communistes.

Malgré ce climat difficile, le PPU était parvenu à incarner – comme le Parti communiste au Japon – l'opposition aux dérives autoritaires d'un régime structurellement lié aux intérêts des grands monopoles sud-coréens (les chaebol) et de l'impérialisme nord-américain.

Avec ses 100 000 militants, le PPU était une force incontournable dans la société, bien que minortaire au Parlement, mais s'appuyant beaucoup sur la puissance des syndicats de lutte. Il avait toutefois réussi à récolter 13 sièges aux élections de 2012, dépassant la barre des 10 %.

Qui croit au complot communiste déjoué par les services secrets ?

Ce 18 décembre 2014, la Cour constitutionnelle a reconnu à 8 voix contre 1 que le PPU menaçait « l'ordre démocratique de la République de Corée ». La charge retenue : appel à l'insurrection pour tenter d'instaurer le communisme comme en Corée du nord.

La Cour constitutionnelle reprend les allégations des services secrets faisant référence à une rencontre secrète qui se serait tenue en mai 2013, organisée par Lee Seok-Ki, député du parti, avec 130 responsables du PPU.

Cette rencontre aurait posé les grandes lignes d'un complot para-communiste visant à prendre le pouvoir légalement d'ici 2017 (sic), tout en préparant un plan clandestin de lutte armée en cas de guerre avec la Corée du nord, et de guérilla contre les infrastructures du pays, insistant sur de cyberattaques contre le réseau Internet sud-coréen.

Une réunion qui serait la preuve d'une organisation secrète dans le PPU – l'Organisation révolutionnaire (OR) – qui se serait fixé comme but le renversement violent du régime sud-coréen, la préparation d'une guérilla en Corée du sud.

Ce dossier abracadabrantesque monté par les services secrets sud-coréens (Service d'intelligence nationale/SIN), à charge contre le PPU, a laissé sceptique les observateurs. On connaît trop bien le passé du SIN, expert dans la manipulation des faits montés de toute pièce à des fins politiques.

Un passé très récent puisqu'en 2012 le SIN a inondé le web, ainsi que les réseaux sociaux, d'articles favorables à la candidat de droite Park Cheung-Hee mais aussi d'articles diffamatoires, calomniateurs sur ses opposants.

Selon les analystes politiques, cette campagne médiatique a pu faire la différence dans un scrutin présidentiel qui s'est finalement joué à 51-49 %. Ce qu'a corroboré l'enquête de la Police métropolitaine de Séoul.

L'enquête, bloquée dans un premier temps, a révélé au cours de l'année 2013 une manipulation massive via Internet mais elle n'a pas emmené à des poursuites concrètes contre le SIN. Et c'est à ce moment qu'est apparu le scandale du dit « complot communiste ». Une divine surprise.

Le parlementaire du PPU, Lee Seok-Ki, a été arrêté en septembre 2013, jugé en février et condamné à 12 ans de prison. Trois autres hauts responsables du PPU ont été condamnés à des peines allant de 4 à 7 ans, accusés de « haute trahison » contre l'Etat sud-coréen.

Deux ans d'attaque contre toute opposition, contre le mouvement social

L'attaque légale contre le PPU a donc culminé par son interdiction ce 18 décembre. Une interdiction qui, pour la présidente du PPU, Lee Jung-Hee, signifie que « la démocratie est morte aujourd'hui en Corée du sud », la Cour constitutionnelle « ouvre la voie au totalitarisme ».

Le patrimoine, mobilier et immobilier, du parti va être saisi. Des élections devraient être anticipées en avril 2015 pour ré-attribuer les 13 sièges laissés vacants par le parti de gauche.

Cette mesure autoritaire marque la fin d'une période d'intenses luttes sociales contre la toute-puissance des grands monopoles privés, la privatisation des monopoles publics, et globalement la reprise en main autoritaire du pays par la fille de l'illustre dictateur sud-coréen.

En décembre 2013, plusieurs semaines de grèves des cheminots sud-coréens contre la privatisation de la KORAIL ont été ponctuées par une grève générale massive il y a un an de cela.

Et depuis septembre, c'est l'automobile qui connaît des mobilisations inédites touchant Kia, Hyundai mais aussi Renault.

Le gouvernement a déjà choisi la solution autoritaire pour briser la puissante confédération de lutte – qui entretient des liens privilégiés avec le PPU – qu'est la KCTU (Confédération des syndicats coréens), avec ses 700 000 membres.

Le syndicat des enseignants (KTU) est interdit depuis décembre 2013, celui des employés de la fonction publique (KEGU) depuis 2009, enfin l'attaque contre les syndicats de cheminots et de la métallurgie (dont l'automobile) laisse craindre une interdiction du mouvement syndical de classe.

Alors que nos médias s'indignent haut et fort face à de prétendues cyberattaques nord-coréennes sur Sony – qui nous ferait passer l'Etat socialiste pour le pays le plus à la pointe au niveau des hautes technologies, un honneur peut-être légèrement surfait – personne ne dit rien sur le danger que porte la re-militarisation japonaise, la dérive autoritaire inquiétante en Corée du sud.

Exprimons clairement notre solidarité avec nos camarades coréens, brisons le mur du silence médiatique : non à l'interdiction du Parti progressiste unifié, au nom de l'anti-communisme !

Par Réveil Communiste - Publié dans : Impérialisme - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 10:48

Lu sur le blog de Jean Lévy

 

COMITE VALMY

Russie :

du sang à la corbeille 
Par Jacques Sapir

jeudi 18 décembre 2014, par Comité Valmy

 

Russie : du sang à la corbeille

Par Jacques Sapir

18 décembre 2014

La séance a été mouvementée, mais glorieuse, pour le rouble ce mercredi 17 décembre. Il s’est apprécié fortement face au dollar et à l’Euro après les séances catastrophiques de vendredi, lundi et mardi. Dans le même temps, la Bourse de Moscou, qui avait connu une forte baisse ce lundi et ce mardi, s’est brillamment reprise et a connu une hausse de 17%. Il faut, certes, se méfier des mouvements sur un marché des actions qui est très étroits. Près de 90% des volumes se font sur cinq titres seulement. Néanmoins, la tendance est ici très nette. Ces mouvements sont comparables dans leur amplitude à la baisse spectaculaire de mardi 16. Ils n’ont cependant pas provoqués les mêmes commentaires, et ceci est révélateur des parti-pris anti-russes d’une partie de la presse et des soi-disant « observateurs ». Ils n’en sont pas moins intéressants car ils révèlent ce qu’est la politique des autorités russes. Mais, au-delà de ce simple constat, il faut s’interroger sur les choix qui ont été faits par les autorités.

 

La stratégie des autorités et le bain de sang des spéculateurs

La stratégie du gouvernement et de la Banque Centrale semble fonctionner à court terme. Moins que la hausse du taux d’intérêt à 17%, il semble bien que ce soit essentiellement l’engagement des réserves du Ministère des Finances et de la Banque Centrale couplé avec des mesures administratives visant certaines banques, qui ait provoqué cette hausse importante. Elle est très significative. On voit que la veille, le rouble s’était effondré avant de remonter vers la fin de la journée. Cela s’explique par le mouvement de spéculation. On achète du dollar en vendant des roubles en début de journée, et ce mouvement fait chuter le rouble, puis on revend ces dollars, provoquant une légère remontée, mais qui reste à un niveau inférieur à celui auquel on les a acheté. Le spéculateur est ainsi gagnant. Songeons qu’il a pu acheter des dollars entre 63 et 65 roubles et les vendre entre 77 et 72 roubles, empochant ainsi un beau bénéfice. Mais, ce mercredi 17 c’est un tout autre scénario. Les achats de dollars se font entre 69 et 71 roubles, dans l’espoir de vente au-delà de 80 roubles. Mais, l’intervention de la Banque Centrale fit remonter le rouble qui à 8H00 est à 63 roubles pour 1 dollar. Les spéculateurs sentent que a situation leur échappe et ils multiplient les achats, faisant chuter le rouble un instant, mais l’intervention de la Banque Centrale et du Ministère des Finances sature le marché, le rouble s’apprécie, et les contrats se dénouent entre 62 et 60,5 roubles pour un dollar, ce qui entraine des pertes énormes pour les spéculateurs.

 

Graphique 1

Mouvement du cours du rouble face au dollar le 16 et 17 décembre

Ces mouvements du 17 décembre impliquent donc des pertes très lourdes pour les spéculateurs qui jouaient la baisse du rouble. On verra dans les jours qui viennent ce qui se passe pour certains fonds spéculatifs, en particulier aux Etats-Unis, et certaines petites banques russes, proches de milieux opposés à la politique menée par Vladimir Poutine. Il est clair que cette stratégie doit absolument être poursuivie dans les jours qui viennent pour rendre ces pertes irréversibles et redonner par la même occasion confiance à la population russe.

 

L’objectif devrait donc logiquement être d’atteindre le niveau de 55 roubles pour 1 dollar. Ce cours qui correspond plus ou moins au niveau d’équilibre pour un baril de pétrole en dessous des 60 dollars et qui rassurerait la population.

 

Le coût pour les autorités.

On ne connaît pas encore exactement le coût direct de cette stratégie. Il est cependant clair qu’il a été important. La Banque Centrale et le gouvernement ont certainement jeté des sommes importantes sur le marché pour arriver à leurs fins. Ils devront dépenser des sommes toutes aussi importantes dans les jours à venir, probablement autour de 30 milliards de dollars par semaine s’ils veulent atteindre cet objectif. Mais il est clair que la Russie en a aujourd’hui les moyens. Les réserves de la Banque Centrale sont au-dessus des 400 milliards de dollars.

 

Ce coût n’est pas le seul, et il faut aussi envisager le coût caché de cette politique. Il réside dans le maintien de taux d’intérêts élevés. Ces derniers sont actuellement de 17% l’an, alors que l’inflation se situe autour de 10,5% l’an. Si ces taux devaient s’inscrire dans la durée, ils étrangleraient l’économie russe. Il faut donc ici bien considérer que si une politique de lutte contre la spéculation par des moyens de marché peut être efficace, comme cela a été prouvé ce mercredi 17 décembre, le coût, tant direct qu’indirect de cette politique devient rapidement croissant. On comprend que, dans l’esprit du gouvernement, cette stratégie ne soit pas appelée à durer. Il est clair qu’il espère qu’avec le mois de janvier prochain les pression baissières sur le rouble vont se calmer. Néanmoins, si la spéculation s’avérait soutenue politiquement par certains pays, ceci pourrait ne pas être le cas. Dans cette situation, la meilleure solution pour la Russie serait d’introduire rapidement des mesures réglementaires, ce que l’on appelle un contrôle des capitaux. La réussite de la stratégie adoptée par les autorités, qui se refusent pour l’instant de considérer l’option du contrôle des capitaux, va faire baisser la pression sur ces mêmes autorités. Mais, si l’engagement du Ministère des Fiances et de la Banque Centrale devait se poursuivre, il faudrait alors reconsidérer sérieusement les différentes options possibles.

 

Des leçons à tirer.

Une dernière leçon doit être tirée des événements qui viennent de se passer. Ce mini-krach sur le marché des changes a réactivé tout l’inconscient de méfiance vis-à-vis de l’économie russe qui date de la crise d’août 1998. Or, contrairement à cette époque, jamais il n’y a eu un risque de défaut. En 1998, les réserves de la Banque Centrale étaient très faibles, autour de 30 milliards. Elles sont aujourd’hui à 420 milliards, soit 14 fois supérieures. La dette publique était un problème majeur en 1998 ; aujourd’hui la Russie est l’un des pays les moins endettés du monde avec au tour de 9% du PIB pour sa dette publique, soit 10 fois moins que la France. La balance commerciale était en déficit au premier semestre 1998, alors qu’elle est excédentaire aujourd’hui de près de 120 milliards par an, un chiffre comparable à celui de l’Allemagne.

 

L’industrie russe se développe rapidement, et on a pu le voir dans les contrats signés récemment avec l’Inde, tout comme on peut le voir si l’on regarde les chiffres de la production automobile, ou aéronautique. Il est donc profondément stupide de comparer la Russie à un quelconque émirat pétrolier. Cela n’avait non plus aucun sens de comparer 1998 avec ce qui s’est passé les jours derniers. Et pourtant, certains l’on fait, parfois de bonne foi montrant cependant que leur connaissance de l’économie russe était bien courte, et d’autres de moins bonne foi, démontrant une incontestable volonté de nuire. Il est important de ne pas se laisser guider par l’idéologie quand on cherche à comprendre ce qui se passe en Russie.

 


Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels.

Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques.

Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

 

Par Réveil Communiste - Publié dans : Impérialisme - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 10:40

 

 

par Jean LEVY

 

Le Monde n’a de cesse de démontrer à ses lecteurs  la « défaite » subie par Cuba, défaite  résultant de la décision prise par le Président Obama de reprendre entre ces deux pays des relations diplomatiques.

 

Dans son édition datée du 19 décembre, le quotidien du soir note à cette occasion le « revirement du régime castriste ».

Il note avec perspicacité  en début d’article : 

« La clé du revirement de La Havane à l’égard de Washington se trouve à Caracas ».

Et d’ajouter ce jugement lumineux :

« Seul le rétablissement des relations avec le Etats-Unis peut sortir Cuba de l’ornière où l’a enfoncé un demi-siècle de castrisme ».

 

Et pour qu’on comprenne bien l’étendue de la défaite de Cuba, Le Monde cite les propos du président progressiste sortant d’Uruguay, José Mujica concernant  l’annonce de la reprise du dialogue US-Cuba :

«Pour l’Amérique latine (l’évènement) c’est l’équivalent de la chute du mur de Berlin ».

 

Car chacun sait que l’isolement diplomatique de Cuba résulte d’une décision de Fidel Castro…

 

Pour justifier ce que considère Le Monde comme une l’initiative d’ouverture de Cuba, le quotidien français, dit de « référence » poursuit son analyse dans son édition du lendemain. Il précise que ce geste résulte du « lâchage » de La Havane par le régime chaviste de Caracas…Jugement d’une clarté évidente…

 

Mais pourquoi Le Mondes’arrête-il en si bon chemin ?

 

Pourquoi, au-delà des relations diplomatiques, le quotidien n’intime pas l’ordre à Raul Castro de cessez immédiatement le blocus des Etat-Unis, entrepris, à l’encontre du droit international depuis cinquante ans ?

 

Pourquoi ne pas exiger le procès de Fidel qui, en 1962 avait tenté, avec le soutien du KGB,  un débarquement en Floride dans la baie des Cochons, pour détruire le gouvernement US de Kennedy ?

 

Pourquoi – l’opération dure encore – ne pas rompre l’encerclement de la base US de Guantanamo, cité paisible étasunienne, cernée par les militaires cubains ?

Pourquoi Le Mondeet son spécialiste Paulo Paranagua, basé en Colombie, qui nous raconte toujours les horreurs des régimes chavistes et castristes, ne dénonce-il pas les meurtres répétés de ressortissants noirs par la police totalitaire et raciste de La Havane et de Caracas, sans que les meurtriers soient jamais traduits en justice ?

 

Pourquoi ce journaliste ne s’élève-il pas contre la menace que font courir à l’égard du Monde libre, les dirigeants de Cuba, ceux-ci  ayant délibérément placé leur île à 100 kms des Etats-Unis ?

 

Pourqoi Paulo Paranagua se tait-il donc sur ces dangers que fait courir Raoul Castro à la Communauté internationale ?

 

Paulo Paranagua ne serait-il pas un agent infiltré  des « services » cubains et vénézuéliens ?

 

Le Monde doit d’expliquer sur ces silences

 

Par Réveil Communiste - Publié dans : Cuba - Communauté : Parti Communiste Français
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 10:18

 

Il y a beaucoup de rencontres des communistes mais peu d’unité entre ceux qui se rencontrent.

 

Une des raisons : nul ne veut commander, mais nul ne veut être commandé non plus. Tous ces scrupules démocratiques cachent mal un manque évident de détermination. Il y a des gouvernés et des gouvernants. Les communistes veulent devenir des gouvernants, pour supprimer différence entre gouvernants et gouvernés. Sinon quoi ?

Et une autre : il existe des clivages idéologiques exogènes qui nous déstabilisent ; sommairement, le camp de ceux qui se revendiquent comme « communiste » se divise en deux ailes composées avec les guillemets de rigueur des « patriotes » et des « internationalistes », qui prennent des positions opposées dans la plupart des débats sociétaux. Je les appelle comme ça et je pense qu’ils se reconnaitront  bien que tout le monde prétendra relever des deux à la fois. Dans ces débats sociétaux, plus on pense avoir de raisons et moins on se sert de la Raison. Mais la prégnance de ces débats sans autre issue que l’hystérisation réciproque est caractéristique du nouvel âge de la politique bourgeoise.


Pour avancer je propose :


1)      D’écarter ce qui divise, de renforcer ce qui rassemble,

 

Ce qui implique de sacrifier ou de mettre au second plan par un accord tacite des campagnes et des thèmes d’action militante qui sont chers à beaucoup au point d’y consacrer l’essentiel de leur temps.

Ce qui rassemble les communistes, cela va sans dire, c'est le rejet de l'UE et de l'OTAN. C’est par exemple la solidarité au Donbass antifasciste, à la Syrie martyrisée par l’impérialisme, à l’Afrique néocolonisée. Le rejet définitif et sans retour possible des « socialistes » français et européens à placer au rang d’ennemi majeur. Le jugement positif et critique, mais d’abord positif, sur l’expérience du socialisme réel. Il semble, mais c'est moins explicite, que les communistes n'aient plus de complaisance soixante-huitarde envers la délinquance qui ravage le prolétariat.

Ce qui divise les communistes, comme tout le reste la société ni plus ni moins, ce sont les fameux débats plein de bruit et de vent consistant à enculer les mouches du « sociétal ».

Il faut la mise entre parenthèse des faux débats suscités par la bourgeoise pour détourner l’attention, diviser le prolétariat, et pour cela convenir que nos organisations ne prennent pas position et conservent une forme de neutralité tactique sur les questions suivantes :

-          Les « patriotes » devraient mettre au second plan la laïcité et les problématiques qui sont liées (voile, caricatures, etc.). Pour ce que ça vaut on en a bien assez parlé comme ça, et ces causes ont trouvé d’autres défenseurs dont elles se passeraient bien.

-          Les « internationalistes » devraient remettre en question leurs certitudes concernant l’immigration : notamment la question de la régularisation globale des sans-papiers. Au fait combien de sans-papiers aidés par des militants sont-ils devenus des communistes ?

Et moins important mais dévorateur d’énergie et de temps:

-          Famille, mariage homosexuel, reproduction assistée, etc.

-          Mémoire et concurrence de mémoire. Incidemment nous sommes sortis du culte des héros pour tomber dans celui des victimes et nous n’y avons pas gagné au change.

-          Questions d’identité : pour un marxiste je pense que le concept d’identité n’a aucune valeur.

-          Religions : les communistes n’ont pas de religion, et n’ont pas celle de ne pas en avoir. Mais les religions véhiculent des discours politiques et en cas de conflit entre ces discours et le matérialisme historique, ce dernier doit l’emporter absolument. Le communisme est un Dieu  jaloux dans son genre.

-          Genre, parité, féminisme etc ;  l’oppression des femmes bourgeoises est un fait du passé. L’oppression des femmes du prolétariat continue pourtant bien tranquillement.

Cette mise en parenthèse ne signifie pas que ces débats sont complètement dépourvu d’intérêt, et de fait ils passionnent les foules, mais qu’ils sont dans le contexte capitaliste autant de pièges qui font disparaitre le prolétariat de la scène et travaillent à le dissoudre en l’enfermant dans des communautés opposées. L’opposition bourgeoise au communautarisme finissant par former un communautarisme de plus.

Un débat sociétal peut refléter à l’occasion des contradictions plus profondes à titre de symptôme, mais seulement à ce titre.

Fondamentalement dans le nouvel âge du capitalisme sont opprimés les femmes prolétaires, les homosexuels prolétaires, les musulmans prolétaires, les noirs prolétaires, les juifs prolétaires, et les prolétaires sans qualité ne relevant d’aucune pseudo-communauté. Le reste est littérature.

Sur la question nodale de l’immigration, un seul objectif pour nous : l’unité de la classe ouvrière en France et l’organisation de la classe dans le monde. Ni fermer les frontières pour préserver une identité nationale largement mythique, ni les ouvrir en grand pour faire pression à la baisse sur les salaires ne peuvent s’inscrire dans un programme communiste. Nous devons cesser d’osciller sans vouloir l’admettre entre le programme chauvin et le programme libéral. Notre programme doit transcender ces oppositions fomentées par la bourgeoisie. Car si nous parvenons un jour au pouvoir, cela dit sans ironie, le problème sera plutôt l’émigration ! On l’a vu dans le passé et on le reverra, car la construction du socialisme ne passe pas par un chemin semé de roses. On serait beau si on arrivait à faire aussi bien qu’en RDA, dans les mêmes conditions.

Pour retrouver la légitimité du prolétariat il faut lutter pour restreindre l’immigration de l’ère capitaliste, en se préparant à faire appel à une gigantesque immigration socialiste pour compenser la fuite de la bourgeoisie.

Il n’y a plus que deux contradictions antagoniques qui jouent dans le monde : capital /travail, et Occident néocolonialiste /monde. Les différences susmentionnées ne sont pas (ne sont plus) des contradictions.


2)      Se tourner résolument vers les militants d’entreprise

 

Pour qu’ils forment un nouveau noyau politique.

S’il faut reconstituer un vrai parti des exploités c’est sur eux qu’il faut s’appuyer, pour former son ossature. Le caractère de classe du parti doit s’affirmer concrètement dans son recrutement ; ce qui signifie qu’il ne doit pas recruter en priorité dans les groupes qui sont spontanément attirés par le discours (le bla bla) politicien, et singulièrement les étudiants en « sciences » politiques.

Cela ne signifie pas qu’il faut attendre que les militants salariés élaborent seuls la théorie et les objectifs, mais qu’il faut leur présenter la théorie de manière concrète. Que leur langage doit prédominer, pour le parti soit représentatif. La classe ouvrière n’est pas porteuse spontanément d’une politique révolutionnaire, mais seul un parti révolutionnaire avec de nombreux cadres formés parmi les travailleurs et parlant leur langage peut devenir légitime dans le prolétariat. Seuls des militants d’entreprises sont à l’abri de la plupart des tentations opportunistes du spectacle électoral et médiatique de la democracy.

Un vrai parti des exploités doit se plonger dans le peuple et sortir de la fausse sécurité de l’entre soi militant et de son langage, fût-il radical, révolutionnaire ou bolchevik. Les militants d’entreprise sont l’interface entre le monde militant et le peuple réel. Les élus, dans la mesure où ils ne doivent pas leur élection au PS peuvent l’être également, mais le cas est comme on le sait de plus en plus rare.


3)      Trouver un accord commun autour d’un manifeste court

 

Rédigé en langage clair, et qui servirait de source virale à la formation de groupes communistes en France, et tant qu’à faire partout dans la monde.

Ce texte, sans avoir peur d’aller à contre-courant de la mode, mais en évitant aussi le repli sur des formes langagières dépassées affirmerait :

-          La volonté de réaliser le socialisme définit comme la propriété collective des grands moyens de production, en expliquant pourquoi c’est bien, et pourquoi c’est nécessaire.

-          L’expropriation des oligarques et des super riches (que le ressentiment à leur égard est légitime et vertueux, et pourquoi).

-          La nécessité de quitter immédiatement l’UE et l’OTAN ;  Il indiquerait la nécessité de la souveraineté nationale comme cadre démocratique incontournable.

-          L’objectif de la refondation d’une sécurité sociale étendue au logement à l’alimentaire et aux services publics gratuits, contre l’invasion de l’humanitaire ; un monde des droits opposables (à commencer par celui du travail) et non du don caritatif, où tout le nécessaire est gratuit.

-          Le pouvoir populaire, et l’initiative populaire pour reconstruire la république de la base au sommet.

-          Montrerait que l’expérience soviétique fut une expérience positive de socialisme réel, et affirmerait ne rien renier du passé des expériences socialistes et des révolutions : que rien n’a pu les rendre mauvaises ! Le discours antisoviétique étant à classer dans sa totalité comme propagande bourgeoise, et la chute de l'Union Soviétique étant présentée pour ce qu'elle est : un recul de civilisation aux conséquences dramatiques dans le monde entier.

-          Se rangerait dans le camp anti-impérialiste, le camp de la paix et du respect de souveraineté des peuples, et non dans celui de l’altermondialisation et de l’ingérence morale.

-          Placerait  le socialisme en préalable à la solution des problèmes écologiques qui menacent la survie de l’espèce, sans minimiser ces problèmes, au contraire, en défendant l’écologie scientifique contre l’écologie mythique des petits bourgeois.

-          Négativement il doit utiliser le marxisme sans se complaire aucunement dans le jargon militant.

-          Il doit éviter le bolchevisme théâtral des symboles qui ne choque ni n’intéresse personne à part quelques zombies des pays de l’Est.

-          Ce texte devra rompre avec le style commémoratif qui sévit trop souvent chez les communistes, comme si notre âge d’or était derrière nous. Une récente réunion en Équateur des partis « communistes et ouvriers » a produit une résolution d’action commune dont la moitié au moins consistait en l’organisation de commémorations.

-          Il ne doit pas non plus comporter une rhétorique de l’indignation qui finit sans s’en apercevoir par présenter l’ennemi comme tout puissant. Cela vaut aussi pour la dénonciation des complots supposés, qui ne peut pas être le centre d’un discours politique, les complots en question fussent-ils tous réels. La vraie dénonciation d’un complot réel de la réaction étant un complot révolutionnaire encore plus réel.

-          Il doit refléter la force et la confiance en soi des masses qui se mettent en mouvement.

 

4)      Pour un front patriotique


Quels alliés politiques envisageables des communistes voulant redevenir les représentants légitimes du prolétariat ? (eux-mêmes pour la plupart encore issus du long passé du PCF ou des courants ML) :

Nationalistes de gauche, chrétiens de gauche, musulmans anti-impérialistes,  écologistes rationnels (pronucléaires !), sociaux-démocrates cohérents anti UE, anti-impérialistes, patriotes conservateurs convaincus (anti OTAN), etc.  Pour un front patriotique ; mais jamais à la remorque d’aucune de ces tendances, qui sont d’ailleurs toutes très faibles au moins en France.

Quels ennemis proches à démasquer ?

 Approfondir et dialectiser la scission avec eux pour attirer à nous les jeunes militants trompés par leur langage : « la gauche », sociaux démocrates, postcommunistes, gauchistes libéraux (NPA), les idéologues des droits de l’homme.

Ennemis stratégiques à combattre avec la dernière énergie:  MEDEF, CFDT, PS, sociaux libéraux, chrétiens démocrates, atlantistes, libertairiens, régionalistes, séparatistes, écologistes incohérents (presque tous), et les nouveaux nazis assumés qu'ils soutiennent en Ukraine.

Leurres à ignorer dans la mesure du possible : néofascistes, antisémites, sionistes, intégristes, anarchistes manipulés, sectaires de tout acabit (y compris de sectes composées de communistes purement verbaux).

 

5)      Questions internationales


Sur la question palestinienne, recentrer nos positions en critique des États-Unis qui sont l’ennemi principal des peuples du monde et le donneurs d’ordre d’Israël (et non l’inverse) pour sortir de l’impasse de la mauvaise dialectique juifs/musulmans. On dirait parfois qu’il n’y a que Jérusalem sur cette terre dans la géographie de bien des militants.

Soutien critique à la politique extérieure de la Russie et de la Chine non à leur politique intérieure. Leur rôle étant positif dans la mesure où ils affaiblissent l’impérialisme occidental (le seul qui agisse), mais négatif dans la mesure où ils oppriment leur prolétariat national. Et je crois que la « longue NEP » chinoise sensée aboutir au socialisme (théorie de Losurdo) commence à être bien trop longue ! La critique bourgeoise de la Chine n’est qu’un ramassis de clichés racistes, mais ça ne change rien au fait la Chine ne peut ni ne veut faire absolument rien pour les prolétaires du monde.

Soutien sans failles à Cuba socialiste, sans donner de leçon, mais en restant attentif à la montée possible de forces opportunistes (dans le style des postcommunistes gorbatchéviens européens) dans le contexte de réformes économiques indispensables. Soutiens aux socialistes anti-impérialistes d’Amérique latine, et étude fine de leurs promesses, comme de leurs limites.

Exigence de l’évacuation militaire par la France de l’Afrique. Soutien actif et sonore au panafricanisme. Si l’Afrique était unie elle serait en plein développement comme la Chine.

Campagne de dénonciation et même de vandalisation des médias et de la culture stipendiée par le capital, de Google à Louis Vuitton, et de l’idéologie artiste qui cimente la petite bourgeoisie française (sans avoir peur se s’attaquer aux « stars » du postmodernisme culturel). Cinéastes et artistes soi-disant d’avant garde mais sans impact populaire nous font tout simplement perdre notre temps. Jean-Luc Godard a formé combien de communistes ?

En conclusion, il nous faut enfin revenir dans le cœur du sujet, il nous faut parler de l’exploitation, du socialisme, de la révolution, et des moyens de la libération économique et politique du prolétariat. Et cesser de polémiquer avec des moulins à vent, de « parler politique » et de « débattre culture ».

 

6)      Organiser un congrès  « de Livourne »,

 

C'est à dire provoquer une scission sociologique pour rassembler sur une base saine.

Le but n’étant pas de créer une organisation de militants d’accord sur tout (et sur tout ce qui n’intéresse en rien le prolétariat !) mais de rassembler des voix diverses pour l’unité prolétarienne et l’action.

Pour valider le manifeste et pour désigner un groupe dirigeant réellement compétent et un petit nombre de portes paroles médiatiques choisis sur leur capacité et leur conviction.

Un congrès de rassemblement sur une base claire, avec une scission claire avec les éléments dominés par l’idiotie petite bourgeoise, dans sa « diversité », sa « pluralité », sa « multiplicité », sa « tolérance », ses affaires de cul, et son individualisme de masse.

C’est moins sur des tactiques que doit se fonder la scission que sur l’appartenance de classe ; en 1921 en Italie au congrès de Livourne qui fonda le Parti Communiste d’Italie en le séparant d’un parti socialiste pourtant très « à gauche », celle-ci faisait partie de la réalité la plus tangible et évidente. Au pays des enfants-rois du capitalisme, au cerveau lessivé par la marchandise, c’est moins clair. Le critère sera donc à chercher du coté de la volonté de l’engagement prolétarien du parti.

Suggestion en passant d’un nom pour le parti : L’unité prolétarienne, ou « « UNIPROLO ».

 

GQ, 9 décembre 2014

 

Outre les remarques, additions et commentaires ci dessous, on peut lire aussi, notamment sur la question de la régularisation de tous les sans-papiers :


Pour une union des communistes, pour un parti du prolétariat. Pour rassembler il faut clarifier les débats : Discussion (suite)

Par Réveil Communiste - Publié dans : GQ - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 10:16

Pour une union des communistes, pour un parti du prolétariat. Pour rassembler il faut clarifier les débats (GQ).

 

Réponses et objections sur le site lepcf.fr (d'autres sont visibles en commentaire de l'article ci-dessus, sur RC) :

 

** "XUAN":


Bonjour à toutes et à tous,


Pour un parti prolétarien évidemment, un parti de la classe ouvrière et constitué d'abord par les plus exploités. Mais pas d'accord pour un nom bidon, il ne doit pas dissimuler nos objectifs mais s'afficher communiste.

C'est d'un point de vue de classe prolétarien qu'on peut apprécier l'attitude de la grande bourgeoisie et des classes moyennes, par conséquent celle des partis et des personnalités.

Faire un catalogue des bons partis et des mauvais n'a pas de sens. C'est une analyse des classes et de leurs intérêts qui compte. La position des partis passe après. Un groupe « vert » peut être révolutionnaire sur un sujet et réactionnaire sur un autre, du point de vue du prolétariat.

D'accord pour mettre au second plan les questions qui préoccupent la petite-bourgeoisie par rapport aux intérêts de la classe ouvrière et des masses.

Un gros bémol : l'intérêt de la clase ouvrière c'est son unité et l'unité de son statut. La régularisation des sans papiers n'a rien à voir avec l'humanitarisme bourgeois ou les bobos. L'objectif c'est de combattre la concurrence entre salariés et de les organiser, pas de faire de l'assistanat. Quant à la reconnaissance du ventre…parlons plutôt des perspectives électoralistes du pcf, elles en ont fait fuir bien davantage et pas que des immigrés.

Maintenant conseiller la bourgeoisie sur le quota d'immigrés qui nous conviendrait…je crois qu'on touche le fond là.

Si on veut un parti réellement « indépendant de toutes les formations bourgeoises », ce n'est pas pour nous compromettre dans la « régulation » officielle ou officieuse de l'immigration, pas plus que dans la « régulation » de la délinquance...en sachant pertinemment que la bourgeoisie, la police et la délinquance ont mille liens.

Le soutien de la Chine, à qui ? A Questiaux, au PRCF, aux ML machin. Comptons d'abord sur nos propres forces avant de demander une reconnaissance ou de compter les points dans la lutte de classe au sein des partis communistes dans le monde.

A ce propos il faudrait remettre en question la propension bien française à coller des étiquettes et donner des conseils aux autres pays en matière de révolution, comme si la Révolution bourgeoise de 89 nous donnait quelque autorité sur ces questions.

Mémoire ? Ce n'est pas la question, d'ailleurs les commémorations anti esclavagistes n'empêchent pas d'envoyer des barbouzes en Afrique. Ce qui compte c'est de combattre notre impérialisme et c'est toujours d'actualité. C'est même la priorité par rapport à l'Europe et aux USA.

Au fait, qui sont ces « patriotes conservateurs » et quels intérêts de classe défendent-ils ?

On en revient toujours au même : la nature de classe de notre parti et son objectif fondamental, une démocratie populaire (peu importe le nom) socialiste, transition au communisme.

salutations fraternelles

 

** ma réponse (un peu piqué quand même!)

 

Je ne crois pas être très éloigné de positions de Xuan, mais lui croit être éloigné des miennes. Bien entendu un nom n’est qu’un nom, mais je ne crois pas que celui que j’ai proposé soit particulièrement bidon. Mais passons et creusons un peu le fond en question. Xuan est très choqué parce que je suggère de ne pas soutenir le mot d’ordre de régularisation de tous les sans papiers. Pourtant les faits sont là : la politique d’immigration organisée par la bourgeoise (c’est bien la bourgeoisie qui règne dans notre société si je ne me trompe pas ?) est très probablement désavantageuse pour le prolétariat, que ce soit pour son niveau de vie actuel que pour ses perspectives d’émancipation, et en tout cas , il en est persuadé. Si nous voulons être entendu dans le prolétariat nous devons en tenir compte, non pas qu’il faille le flatter, mais sans doute PARCE QU’IL A RAISON. Le prolétariat immigré est d’ailleurs tout aussi opposé à la régularisation que le prolétariat sans qualité. Ce n’est pas sorcier : l ’apôtre de la liberté complète de circulation de la main d’œuvre est Laurence Parisot. Si nous voulons continuer toute notre vie qui commence à avoir été longue à nous parler à nous mêmes, nous pouvons continuer d’ignorer la réalité quand elle nous déplait.

Le seul intérêt politique (je ne dis pas humain, mais pour être humain nul besoin d’être communiste) du combat pour la régularisation des SP est en effet la formation de cadres communiste internationalistes, et ça , on ne le fait pas.

Quant à la Chine, malgré ses grandes qualités, elle a toujours eu bien du mal a mener une quelconque politique internationaliste. Inutile de rappeler les faits, ils sont bien connus.

Cela soit dit fraternellement.


(PS : certaines remarques de Xuan ne me paraissent pas répondre à mon texte mais à des idées toutes faites).

 

 

**"Luniterre";


Bonjour,

Dans l'ensemble, la démarche du camarade Gilles Questiaux me parait faire preuve de beaucoup de bon sens, ce qui manque le plus à notre époque de "surinformation" qui dilue effectivement l'essentiel dans l'accessoire.

Une démarche unitaire encore plus simple et radicale peut se tenter en s'appuyant simplement sur le point N°1 :

"écarter ce qui divise, renforcer ce qui rassemble !"

"Est-il au moins un point sur lequel les communistes et marxistes-léninistes de différents groupes pourraient se mettre d'accord pour agir, et rapidement… ?"

Telle est la question suivante, posée dans un bref article essayant de situer l'idée de Gilles Questiaux par rapport à un objectif concret :

http://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/12/15/2113_unir_les_communistes/

Mais l'idée était déjà dans l'air, au cours d'un échange entre blogueurs marxistes-léninistes, et se trouve donc en résonance avec cette tentative de convergence, publiée en commentaire, par le camarade Gilles PRIN, à la suite d'une republication de l'article de G. Questiaux :

http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/pour-une-union-des-communistes-pour-un-parti-du-proletariat-pour-rasse-a113925718

Luniterre


http://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/12/15/2113_unir_les_communistes/
http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/pour-une-union-des-communistes-pour-un-parti-du-proletariat-pour-rasse-a113925718

 

  **Xuan :

Bonjour Gilles,

La bourgeoisie ne cherche pas la liberté complète de circulation mais seulement celle qui correspond à ses besoins du moment. D'autre part la bourgeoisie a des intérêts parfois divergents et des besoins contradictoires (travail légal / clandestin, qualifié / non qualifié, local / délocalisé, etc.).

Mais d'une manière générale les capitalistes n'ont aucun intérêt à ce que les salariés obtiennent le même statut.

Ce qui est réellement désavantageux pour le prolétariat ce n'est pas la présence d'autres prolétaires, d'étrangers, de jeunes, vieux, etc. c'est la différence de statut entre ouvriers ou salariés, et la concurrence qu'elle engendre entre eux.

Soit : l'immigration avec ou sans papiers, mais aussi l'immigration « choisie » de personnel qualifié sous payé, mais aussi l'embauche des jeunes diplômés pour un salaire de manar et en CDD, les stagiaires d'entreprise qui font des projets d'ingénieur pour des nèfles et qu'on embauche au ras des pâquerettes, les boites sous traitantes qui viennent bosser pendant les grèves, les chômeurs qui seront prêts à tout accepter, les intérimaires nationaux et immigrés d'Europe Centrale, le recrutement de retraités pour les travaux d'été, ceux qui croient échapper à l'exploitation par l'auto entreprenariat, le travail des femmes (puisqu'elles sont moins payées)…etc.

Alors on fait quoi ? On les empêche de bosser ou bien on se bat pour les mêmes droits ?

On trouvera toujours des salariés pour se retourner contre leurs frères de classe parce qu'ils vivent cette concurrence tous les jours. Même les minimas sociaux sont mal vécus par ceux qui travaillent.

Ils en souffrent effectivement mais ce n'est pas pour ça qu'ils ont raison. Leur intérêt supérieur c'est l'union de la classe ouvrière sans distinction.

Tout succès dans l'unité contre la classe capitaliste est un pas vers la révolution, si un parti révolutionnaire est alors capable de montrer le lien qui existe entre cette unité et le but à atteindre.

La traduction de cette union par l'organisation pour la lutte économique et/ou politique est évidemment une nécessité.

Et pour cette même raison, lutter pour la régularisation des sans papiers n'est pas faire le jeu de la bourgeoisie, contrairement à ce que prétendent les thèses de Soral, Zemmour ou Michéa (*). Ici je ne fais pas d'amalgame mais il est particulièrement important pour nous communistes de connaître leurs arguments respectifs dans ce débat.

A part ça la Chine travaille à la constitution d'un front uni mondial contre la superpuissance US.

C'est leur modeste contribution à l'internationalisme prolétarien.

salutations fraternelles

(*)

> Voir la vidéo « À qui profite l'immigration ? » sur le site d'A. Soral - plusieurs déclarations de Zemmour y figurent.

> J-C Michéa « le complexe d'Orphée – la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès »


Par Réveil Communiste - Publié dans : GQ - Communauté : Parti Communiste Français
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 10:13

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