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Réveil Communiste

Quelle attitude les communistes de l’année 2010 peuvent ils avoir vis-à-vis de Staline?

10 Janvier 2010 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique


http://www.educol.net/staline-et-lenine-t7239.jpg

Photo :Staline et Lénine en mars 1919


Quelle attitude les communistes de l’année 2010 peuvent ils avoir vis à vis de Staline, de ce qu’il fut vraiment, de l’image qu’on s’en fait aujourd’hui, et de ce qu’il symbolise ? Doivent-ils le rejeter avec effroi, le revendiquer avec hauteur au risque de scandaliser les honnêtes gens (dont beaucoup d’honnêtes gens véritablement honnêtes) ? Doivent-ils l’esquiver comme un secret de famille honteux ?


Dans les peuples du monde certains de plus en plus nombreux dressent l’oreille quand ils entendent son nom. En général ils en entendent parler par la bouche de leurs ennemis, et par les dénégations apeurées de leurs tièdes amis qu’on accuse de stalinisme à la première occasion. Ils entendent ce nom au milieu des insultes et du scandale. Et ils se disent que quelque fut le vrai Staline, si ceux là ont encore peur de lui, les exploiteurs, c’est qu’il ne devait pas être si mauvais.


Staline est un méchant qui hante le monde de la fin de l’histoire qui adore se faire peur au cinéma, c’est un monstre diabolisé à l’égal d’Hitler auquel on tente de l’assimiler par l’usage de la théorie de guerre froide du « totalitarisme », et que l’on tente de rendre par le récit grotesque de l’histoire scolaire complètement inintelligible, mais pour d’autres raisons que le dirigeant raciste contre-révolutionnaire allemand. Hitler est rejeté par la même bourgeoisie qui l’a utilisé, comme si elle n’avait rien à voir avec lui. Staline est invoqué au contraire pour « exorciser le communisme » comme l’écrit le journal « Le Monde » sans guillemets, pour rendre à jamais impossible une nouvelle révolution comme celle d'octobre 1917 en Russie. Bref, comme Dostoïevski l’avait anticipé en critiquant les révolutionnaires russes vers 1870 dans Les possédés, on lui fait porter un costume de démon des plus banals dans la tradition judéo-chrétienne (et d’une version de la théologie judéo-chrétienne bien peu intelligente). Le méchant ainsi signalé à l'attention du public attire à lui le négatif humain que la société bourgeoise veut mettre au rebus, ceux qui sont traités comme des fous, les paumés, les perdants, les humiliés, Staline donc a une mauvaise réputation du genre à plaire à l’opprimé isolé par le spectacle du triomphe planétaire du capitalisme. On peut penser qu’il vaut mieux que son nom cristallise la révolte plutôt que celui d’Hitler. Mais Staline n’est pas une figure de la décomposition populaire du romantisme. Il n’a pas été adulé par des foules qui comptaient nombre de héros et de génies comme un ogre mais comme un sauveur.


Staline n’est pas le personnage monstrueux que l’on a cherché à accréditer depuis le rapport Khrouchtchev de 1955. L’histoire objective de son pouvoir sur l’URSS et le mouvement communiste reste à écrire, même si c’est une histoire horrible pleine d’excès et de brutalité. Mais cette horreur n’a pas été introduite par dans l’histoire par la malveillance d’un homme ou de quelques-uns. C’était un politicien très intelligent, habile, convaincu, incorruptible, et plutôt prudent, porté à des mesures extrêmes par des circonstances inouïes. Et qui fut sans doute, comme Mao après lui victime des illusions que secrètent le pouvoir absolu.


Nos idées sont davantage remises en cause par l’expérience historique du socialisme réellement existant que ne l’est la personnalité des chefs qui ont voulu les mettre en pratique. On leur doit cela : on peut reprocher tout ce qu’on veut aux communistes intraitables de la génération formée par Staline, mais pas d’être inoffensifs, pas d’avoir été des « intelligents » tchékhoviens se morfondant à regarder passer l’histoire en se plaignant de leur impuissance, ou des romantiques complaisants comme dit Lautréamont « se roulant sur la pente du néant en poussant des cris joyeux ». Staline incarne la dictature du prolétariat. S’il y a quelque chose qui ne va pas chez Staline, c’est dans la théorie de la dictature du prolétariat qu’il faut le chercher, telle que Karl Marx l’avait envisagée. Il n’y a pas de gentilles dictature du prolétariat qui pourrait épargner, par exemple les amateurs de peinture abstraite.


Invoquer Staline aujourd’hui n’est pas prudent, n’est pas politique, et risque de conduire à l’isolement. Même les maoïstes asiatiques l’ont fait disparaître de leurs références. Sans doute peut-on dire que la tentative stalinienne de mettre en pratique le marxisme a finalement été vaincue. Mais il y a quelque chose d’étonnant de voir toute l’intelligentsia mondiale élevée dans le culte de Nietzsche s’épouvanter de voir ce que ça donne, d’agir « par de là bien et mal ». De voir le surhomme en chair et en os mettre en œuvre la dictature du prolétariat à ses dépens.


Le fait est que Staline fut le dirigeant rationnel de la révolution dans les circonstances d’airain où elle se produisit, dans le monde de violence sans limite ouvert par la boucherie de la Grande Guerre impérialiste de 1914-1918 qui avait déprécié totalement la valeur de l’existence humaine, et face à la contre-révolution également sans limite du fascisme et du nazisme qui en avait au concept même d’humain. L’analyse qui veut  proposer un « communisme sans Staline » qu’il fut celui de Trotski, de Rosa Luxembourg, de « Socialisme ou Barbarie », n’a pas de sens. Ces communismes là n’ont pas de terroriste, ils n’ont que des martyrs, ce sont comme des religions qui parlent d’un autre monde que le monde réel. Et leur analyse est à contresens des faits : car Staline n’a pas exercé la terreur au nom de la bureaucratie contre le prolétariat, il a exercé la terreur sur la bureaucratie, au nom du prolétariat.


Terreur qui fut exercée à froid, sans pitié, mais avec une certaine mauvaise conscience. Il n’y a aucune fascination romantique du mal à chercher là-dedans. Lorsque la Convention thermidorienne fait exterminer les milliers d’émigrés aristocrates capturés à Quiberon en 1795, elle le revendique. L’URSS a tenté de nier sa responsabilité dans le massacre des officiers polonais en 1940, elle a tenté de produire une façade légale à la Terreur, pendant les procès de Moscou mis en scène de 1936 à 1938. Cette faiblesse montre aussi que la révolution soviétique avait perdu son assurance dans la scientificité et la rationalité de son projet. On l’aurait perdu à moins, si l’on avait participé à une pareille histoire.


Moins les communistes seront tentés de répudier le Staline historique, moins ils seront tentés de rejeter Staline dans les poubelles de l’histoire, moins ils seront staliniens, au sens trivial du mot qui caractérise bien l’apparatchik brejnévien : autoritaires, menteurs, dissimulés, brutaux, incultes, veules, opposés à la spontanéité révolutionnaire et à la démocratie. Car ceux que l’on qualifie spontanément de « stalinien » avec ce que cela comporte d’opprobre justifiée ne sont pas staliniens, mais khrouchtchviens, gorbatchéviens, eltsiniens. Ou en d’autres termes ceux de Thermidor, pourris et cyniques ne peuvent pas juger la Terreur, à laquelle ils ont participé.


Reste les mérites du personnage historique auquel il faut rendre justice : Il a su rendre concrète l’expérience du « socialisme dans un seul pays (l’alternative étant, non pas la « révolution permanente » mais « le socialisme dans aucun pays »), expérience que l’humanité devait faire. Il a su diriger le peuple soviétique pour vaincre le nazisme, presque seul. Sans Staline, le Parti communiste soviétique, et le peuple russe, le Troisième Reich aurait triomphé. Il a accéléré la décomposition du monde colonial et du racisme, et rendu dans le monde entier l’exploitation et la misère illégitime. Le seul moyen de vaincre le socialisme a été de faire provisoirement mieux que lui sur son terrain, le terrain social, et on voit bien ce que ça donne aujourd’hui que ce puissant stimulant a disparu.


Il est vrai que Staline symbolise un bilan terrible, jusqu’à environ quatre millions de morts en trente ans (exécutés et déportés ajoutés, selon l’estimation élevée de Moshe Lewin), une fois revenu des délires hyperboliques diffusés par les historiens anticommunistes professionnels. Comme le dit Losurdo, l'État révolutionnaire fondé par les bolcheviks n'a jamais pu se sortir de l'état d'exception, il n'a pas réussi à fonder une nouvelle légalité, de manière à entrer dans un développement pacifié et prosaïque, et Losurdo pense, paradoxalement, mais il a sans doute raison, que la composante anarchisante du projet communiste, l'objectif du dépérissement de l'État, a empêché la stabilsation du socialisme et son retour au respect de la légalité. Et en effet, les premiers bénéficiaires d'une telle pacification devaient être les cadres, les "bureaucrates". Il voit Staline comme une sorte d'anarchiste doté du pouvoir absolu.


Mais tout ça ne s’est pas produit dans une époque et dans des pays tranquilles, où les gens au creux des lits font des rêves, on fait comme si n’y avait jamais eu de guerre menée au socialisme, comme si l'Union Soviétique et la révolution prolétarienne n’avaient eu aucun ennemi, et surtout comme si cet ennemi n’avait pas pris dès avant octobre 1917 l’initiative de la violence et de la Terreur. Il est certain qu’aujourd’hui, et on le voit en Amérique Latine, les révolutionnaires ont appris à économiser le sang versé. Et cela n’empêchera contre eux ni calomnies, accusations délirantes, provocations, complots où les médias bourgeois participeront avec enthousiasme, et cette mauvaise réputation que nous pouvons finalement nous sentir assez fiers de partager.


Mais nous ne devons pas accepter les jugements moralisateurs des hypocrites dans des faux-procès en inhumanité, car les morts qu’ont causés le capitalisme, et l’ordre social de classe de puis son origine dans la nuit des temps, sont tellement nombreux que personne n’a même essayé de les compter.


GQ, 3 janvier 2010, avec ses meilleurs vœux aux internautes qui fréquentent "Réveil Communiste"

Sur le sujet voir aussi : 

Domenico Losurdo, Staline : histoire et critique d'une légende noire

Qualités et limites de l'ouvrage de Losurdo sur Staline

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G
<br /> Une précision : je n'ai rien contre la peinture abstraite.<br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Gramsci, Staline, Trotsky<br /> lien au texte de Gramsci sur les luttes internes en URSS pour ceux que ces questions intéressent<br /> <br /> <br />
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E
<br /> "Nous portons la moustache depuis notre plus tendre enfance !"<br /> <br /> Très jolie photo, et qui a le mérite de rappeler un fait indéniable, quoique largement occulté: Staline a toujours été aux côtés de Lénine, tandis que Trotski l'a presque toujours combattu.<br /> <br /> Evidemment, ça ne suffit pas à justifier tout ce qu'a fait Staline. On peut penser qu'il a trahi l'œuvre de Lénine après sa mort. On peut aussi penser, d'ailleurs, que Léniene n'avait pas forcément<br /> raison sur tout.<br /> <br /> Mais quand les trotskistes (et d'ailleurs tous les manuels d'histoire officielle) présentent Trotski comme le compagnon et l'héritier de Lénine, et Staline comme un usurpateur, on devrait être en<br /> droit de leur demander: "Si vous pensez avoir raison, pourquoi mentez-vous ?". On a parfaitement le droit de penser que Trotski avait raison dans toutes les critiques qu'il a adressées à Lénine,<br /> puis à Staline, souvent les mêmes. Mais dans ce cas là, il faut dire honnêtement qu'on pense que Lénine avait tort, plutôt que se réclamer du léninisme. <br /> <br /> <br />
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G
<br /> Je dirais comme Deng à propos de Mao : 70% positif, 30% négatif, ça c'est le négatif. Encore que je ne suis pas d'accord pour minimiser à ce point son rôle pendant la révolution. Et pour<br /> l'oppsition, je rappelle que Gramsci qui s'y connaissait un peu en fascisme a pris position sans équivoque pour Staline contre l'opposition.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> Bonjour, je suis étonné de lire que grace à Staline on a eu non pas "le socialisme dans aucun pays, mais dans un seul pays". En effet, C'est Lénine qui a achevé la révolution, allié d'autres<br /> communistes. Staline n'était qu'un personnage secondaire. Merci à l'armée rouge également d'avoir vaincue les armées blanches. Et ce n'est pas Staline qui l'a créée je pense.<br /> <br /> Des questions me viennet à l'esprit :<br /> - pourquoi avoir donné une mauvaise stratégie au parti allemand contre les nazis ? ("contre les socials traites") qui les amena au pouoir.<br /> - pourquoi avoir dissou l'internationale communiste ?<br /> - pourquoi avoir purgé les oppositionnels ?<br /> - pourquoi n'avoir jamais redonné réellement le pouvoir au soviets comme le préconisait Lénine avant de mourir ?<br /> <br /> Il est tentant c'est vrai de défendre Staline sur sa victoire contre les nazis... Mais tout son anticommunisme démocratique me fais être prudent quand à sa défense...<br /> <br /> <br />
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G
<br /> Recommandation n'est pas obligation !<br /> <br /> <br />
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S
<br /> "... roman que tout révolutionnaire devrait avoir lu".<br /> <br /> Heureusement que j'ai un sac en papier sur la tête.<br /> <br /> Trop la honte de ne pas avoir suivi une bonne bibliographique révolutionnaire.<br /> <br /> Et trop la honte de ne pas avoir envie de la suivre à l'avenir non plus.<br /> <br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Apprends de Staline, apprends de Stalingrad !<br /> <br /> <br /> 26 octobre 2009 · Classé dans Hapoel<br /> <br /> <br /> Et prends conscience que sans Stalingrad, nous ne serions sans doute pas là…<br /> <br /> <br /> (trouvé sur un blog marxiste léniniste juif)<br /> <br /> <br /> <br />
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G
<br /> Sur Dostoîevski, qui diabolise au sens propre du terme les "narodniki", révolutionnaires des années 1870 en Russie qui méritent au contraire respect et admiration, dans Les Possédés,<br /> néanmoins magnifique roman, il faut le lire, parce qu'il nous offre à un niveau élévé la critique morale du communisme, tout en ne pouvant pas dissimuler la grandeur de l'entreprise. Il faut se<br /> choisir de grands adversaires intellectuels. Comme l'écrit le critique soviétique Bakhtine, les opinions réactionnaires de l'auteur ne sont qu'une des voix multiples qui s'expriment dans ces romans<br /> que tout révolutionnaire devrait avoir lu. Lire aussi de Coetzee, le roman récent "le maitre de pétersbourg", dont Dostoïevski, au momment où il écrit les Possédé est le personnage, et où il<br /> rencontre NétchaÏev, l'auteur sulfureux du "catéchisme du révolutionnaire", qui eut un rôle aussi dans la génalogie des méthodes staliniennes.<br /> <br /> <br />
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G
<br /> La photo associant Staline et Lénine n'est qu'une piqûre de rappel du fait que l'histoire du mouvement ouvrier et communiste forme un tout, et que les réussites comme les dérapages doivent aussi<br /> être assumés ensemble sous peine de tomber dans la falsification de l'histoire.<br /> <br /> Je ne suis pas partisan d'un retour aux méthodes staliiennes, et je suis fermement opposé aux traces de pratiques bureaucratiques dans le parti, mais j'espère que nous aurons à l'avenir des<br /> dirigeants aussi déterminés que ces deux là, car le capitalisme lorsqu'il est véritablement menacé devient féroce. Pour le moment il garde la main en torturant et en offrant le martyre à des<br /> fanatiques religieux, qui, à l'échelle de l'Empire sont bien peu dangereux. <br /> <br /> Mais le savoir faire acquis en Palestine ou en Afganistan est déjà utilisé en Colombie ou en Inde contre des communistes révolutionnaires. Et la catégorie du "terrorisme" est bien utile pour<br /> anesthésier le public.<br /> <br /> <br />
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