Extrait du compte rendu et témoignage sur la lutte des résidents des foyers de travailleurs migrants à Paris, par Pasquale Noizet
Le 16 janvier 2010 à 11 h devant l’hôtel de ville : délégation massive des 20 foyers parisiens (6 délégués par foyer) pour demander au maire de Paris, M. Delanoë, « UN FOYER, UNE CUISINE », et qu’une délégation soit reçue.
Compte rendu réunion du 8 janvier (extraits)
Tenue au Foyer des Muriers - 8, passage Montbrun Paris 20ème
J’ai poussé une lourde porte à la vitre cassée, j’ai traversé un hall délabré puis je suis montée au premier étage, j’ai suivi un long couloir avec des chambres disposées de part et d’autres, configuration plus proche de celle de cellules de prison que d’un foyer de travailleurs, et je suis enfin arrivée au premier étage où avait lieu la réunion. C’était une salle au plafond vétuste avec non pas des « poutres apparentes » mais de vilains tuyaux apparents (pas mis en valeur, pour « l’Art » comme ceux de Beaubourg), des courants d’airs qui faisaient tomber régulièrement durant la projection la planche de bois qui maintenait le drap sur lequel était projeté le film de Michael Hoare. Ce film témoignait de l’état de délabrement de plusieurs foyers, de l’état de délabrement de foyers « réhabilités » vite fait mal fait qui, au bout de trois mois se détériorent vitesse grand V. Quelques exemples : la peinture des plafonds formant des plaques qui se détachent et tombent dans les assiettes des résidents alors qu’ils dînent, des placards collés près de fenêtres où est placé un radiateur qui bloque l’ouverture d’une des portes, une douche (enfin un pommeau de douche et son tuyau suspendu contre un mur et sur le sol une grille, posée telle qu’elle pour l’écoulement de l’eau sauf que la grille est recouverte par le revêtement du sol qui garde les traces d’humidité. Des toilettes posés dans la chambre elle-même et non pas à part ce qui serait la moindre des choses etc. Un représentant du foyer expliquait dans ce film la situation des résidents du Foyer des Muriers.
Cette réunion devait faire le point sur la situation du Foyer des Muriers (construit en 1975) qui n’a pas avancé d’un iota depuis un an alors que le projet de réhabilitation soulève bien des questions, notamment celles du logement des résidents durant la période des travaux – sans pour autant qu’il y ait concertation entre les initiateurs du projet et responsables de mairies et les premiers intéressés : les résidents du foyer et leurs délégués. Les résidents refusent la proposition de partager des chambres de 9m² à 3 ou 4 durant les travaux.
La Loi SRU (2001) qui préconise la réhabilitation des foyers de « travailleurs migrants » en « résidence sociale » ce qui pour les résidents est une négation de ce qu’ils sont c'est-à-dire des travailleurs et des migrants.
Le programme de relogement des résidents du foyer durant les travaux est bloqué. Pourquoi ?
Il s’agit de trouver ce qu’on appelle des « logements à tiroir » pour loger les résidents du foyer. Alors qu’il existe des bâtiments vides à Paris (pour comble, un bâtiment vide de l’ADOMA qui achète les foyers en question, et qui a été squatté durant deux mois par une association (présente à la réunion mais dont je n’ai pas bien entendu le nom). La mairie centrale et la mairie du 20ème se renvoient les responsabilités, lorsque l’un dit oui pour un relogement l’autre dit non et vice et versa. Il parait qu’un de nos élus (PCF-Paris) avait trouvé un lieu de relogement pour les résidents du foyer mais que la mairie centrale auraient dit non parce que le bailleur refusait de son côté de louer (à des immigrés).
Problème des surnuméraires
41 personnes du foyer des Muriers dont les places vont être supprimées attendent des propositions concrètes de relogement durant les travaux mais aussi de logement en résidence après les travaux.
Ils sont le plus souvent sans papier et ne peuvent prouver qu’ils ont été résidents depuis tant d’années pour obtenir un logement en foyer.
Les résidences sociales
Elles vont s’adresser à des migrants de passage et non plus à des résidents qui travaillent et s’installent en France.
Les foyers réhabilités que ce soit en « résidences sociales » ou sous un autre intitulé ne seront loués que pour 5 ans aux travailleurs migrants. Par exemple, la SONACOTRA construit un nouveau site : il s’agit d’un foyer de 150 places. Le projet a mis 7 ans à se monter. La COPAF en est gestionnaire. Les travailleurs devront quitter le foyer au bout de 5 ans et des étudiants y seront logés ensuite.
Politique des résidences sociales
Extrait du tract pour le 16 janvier : « Les pouvoirs publics ont décidé d’entasser les travailleurs vivant sans leur famille et toutes les « personnes en difficulté » dans des « résidences sociales ». Ce ne sont ni des résidences, ni du logement social H.L.M. mais du sous logement social, des espaces de relégation, d’encasernement, où les espaces collectifs sont de plus en plus réduits voire supprimés et où nous n’avons aucun droit.
Que se passe-il aujourd’hui à Paris ?
Les services vétérinaires de la Préfecture de Police inspectent nos cuisines collectives qui ont toutes été laissées à l’abandon et dont eux-mêmes se sont désintéressés pendant 40 ans. Ils exigent des travaux. Les gestionnaires, les propriétaires, les financeurs refusent de faire ces travaux. La Ville de Paris décide de ne laisser dans chaque arrondissement qu’une ou deux cuisines, sans dialogue avec nous.
En général, nous faisons plutôt des travaux pénibles et nous avons des temps et des conditions de transport également pénibles et, sans cuisine collective, nous sommes obligés, le soir, de courir encore pour acheter un tieb ou un maffé et pour préparer la gamelle du lendemain. Ainsi, au mépris des résidents de Terres-au Curé et Clisson dans le 13ème, de ceux de Charonne dans le 11ème, de la Duée dans le 20ème, d’Hautpoul dans le 19ème. D’autres mauvais coups sont en préparation. Certains foyers comme Vincent Auriol dans le 13ème qui vont être « réhabilités » vont perdre leur cuisine collective. La cuisine BIsson dans le 20ème n’a pu être ouverte…. »
Pour résumer voici ce que les résidents des 20 foyers à Paris revendiquent :
- Une cuisine collective adaptée dans chaque foyer (restau social, cuisine associative des résidents)
- Travaux d’aménagement de ces cuisines, de mise aux normes
- Véritable concertation avec constitution de groupes de travail
Les loyers
Les résidents du foyer des Muriers paient un loyer de 340 euros par mois (je ne sais si cela compte ou non les charges), et dans les conditions actuelles ils ont décidés de ne plus payer leur loyer (ils bloquent l’argent) jusqu’à ce que leur situation soit clarifiées. (Les bailleurs n’entretiennent pas le foyer, leur situation de relogement n’est pas précisée : ils n’ont aucune raison de payer en plus !).
D’autre part, ils s’inquiètent à juste raison sur le montant des futurs loyers du foyer réhabilité. Ils pensent que c’est encore eu x qui vont faire les frais du surcoût dû au temps perdu.
L’espace collectif, la cuisine
Ce sont deux points sensibles qui apparaissent dans les revendications de tous les résidents des 20 foyers de Paris notamment celles qu’ils porteront le 16 janvier. Concernant le foyer des Muriers, selon la maquette du projet de réhabilitation, il apparait que les espaces collectifs (cuisine collective et salle en tant que lieu de vie, seront retirés. A la place il y aura une terrasse avec des arbustes !
Chaque résident se fera la cuisine dans sa chambre avec tous les problèmes que cela constitue (et les risques il va sans dire !). Il n’y aura plus la possibilité de solidarité envers les travailleurs au chômage (partager la nourriture), plus de possibilité de stocker les aliments, d’acheter groupé et donc moins cher, de s’organiser, de recevoir amis et famille. Seuls resteront chambres, couloir, bureau pour l’administration et une salle dite « polyvalente ».Ceux qui voudront aller manger dans une cuisine collective n’auront qu’à aller dans un foyer qui en a une. Cela se fait déjà ailleurs.
Qui sont les décideurs/acteurs /gestionnaires/responsables politiques de ce projet…bloqué ?
La FNAIM (Groupement d'agences pour la vente, la location et la location de vacances) propriétaire responsable du foyer donc un des gestionnaire du foyer et qui tient un rôle ambigu sur le cadre de vie des résidents (règlement intérieur qui stipule de ne pas recevoir après 9h du soir, de ne pas avoir de verrou à sa porte de chambre, qui gère la restauration collective bref qui a un droit de regard sur la vie individuelle de chacun).
La ville de Paris : responsable de la politique du logement à Paris et suit le projet des 20 foyers des travailleurs migrants. Gérée par un parti politique dit de gauche (le PS) qui, en cette période électorale est mis devant ses choix et ses responsabilités politiques. Quelles sont les interventions de nos élus du PCF qui à leur niveau suivent ces dossiers au niveau central et local ? Se sentant interpellée une élue présente (Verts) a parlé de leur difficulté à intervenir efficacement dans ces dossiers qui d’après elles, sont très complexes puisqu’il y a beaucoup d’interlocuteurs, de difficultés à se réunir et à se mettre d’accord, et que viennent s’ajouter des problèmes de résidents sans papiers qui habitent dans ces foyers depuis plus de 10 ans (certains depuis le début et qui sont à la retraite).
Comité de pilotage : (Mairie de Paris qui s’est saisie de la compétence logement en 2005, Mairie du 20ème, FNAIM, AFTAM -Association qui s’occupe de l'habitat social adapté, - l'hébergement social, - la promotion sociale (formation professionnelle et accompagnement social), - le médico-social (personnes âgées et adultes handicapés-(je n’ai pas toutes les infos sur le comité de pilotage)
Soutien des résidents des foyers : le COPAF- fondé en 1996 qui regroupe militants, délégués, amis de l’Afrique…, les militants associatifs
Compte rendu de Pasquale Noizet, PCF XXème, membre du CN du PCF