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Réveil Communiste

"On vivait bien, on était en paix, on était tous égaux et amis"

10 Juin 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine

Par Danielle Bleitrach sur son blog

la nostalgie n’explique pas tout

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Cantine "URSS" salades à partir de 2 grivnas (15 centimes d’euro), entrées 4 grivnas, plat principal 5 grivnas


Dans la grande rue de Simféropol, dans laquelle nous passons en voiture, je suis frappée tout à coup par la devanture d’un grand magasin. On y vend des chaussures et des vêtements et l’enseigne s’intitule CCCP (URSS), avec le portrait d’une kolkhozienne, foulard sur la tête qui met un doigt sur sa bouche: CCCP, le magasin dont les prix sont comme du temps de l’Union soviétique.


Nous rions avec Marianne et Anton qui conduit. Il nous explique qu’il y a un restaurant intitulé aussi CCCP et qui a reconstitué l’univers de l’Union Soviétique. Il se trouve à l’étage de la poste centrale. Quand nous arrivons à l’heure du repas, dans le grand hall de la poste, il n’est pas question de reconstitution: des femmes habillées comme les vendeuses de l’Union Soviétique, quelque chose entre l’infirmière et la kolkhozienne distribuent des pizzas, des pains au chocolat pour une somme dérisoire.


Le restaurant qui accueille un grand nombre de femmes qui sans le moindre volonté de décalage folklorique sont installées là, paraissant avoir lentement vieilli sous les portraits de Lénine, Brejnev et un Marx assez méconnaissable. Pas le moindre Staline à l’horizon.
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Sur le panneau est écrit "le goût de la nostalgie"… sur la photo du bas l’intérieur du restaurant…

 

 

LES PRIX COMME DU TEMPS DE L’UNION SOVIETIQUE

Après le repas, sommaire mais bon comme dans une cantine soviétique, nous passons par la rue Karl Marx et Ella, notre amie Criméenne nous indique avec la moue une église orthodoxe flambant neuve comme pour nous dire ils s’implantent, mais elle est communiste et Tatare et elle a quelques suspicions au point d’affirmer qu’il s’agit d’une nouvelle construction alors que le panneau indique qu’il s’agit d’une reconstruction. Heureusement en face, il y a le premier tank soviétique entré dans la ville flanqué d’un drapeau rouge avec la faucille et le marteau, nous achetons des billets pour le cirque de Moscou qui sera là ce vendredi. Des tee shirts représentant la Crimée avec le slogan: Nous les Criméens nous sommes tellement malins que nous sommes devenus russes en emportant notre presqu’ile… Un peu plus loin dans le parc, une tente sous laquelle deux militants expliquent ce qu’il faut envoyer pour le Donbass, une liste de médicaments, de produits de première nécessité. Marianne se précipite et leur explique ce que nous faisons là, nous informons les Français comme nous le pouvons et nous prévoyons des réunions de solidarité où nous tenterons de collecter. Le militant dit le plus important est l’information, faire connaître la réalité.


Toujours dans ce contexte de nostalgie historique, il faut encore raconter ce samedi soir où toutes les familles de Simféropol semblent s’être rendues à une reconstitution de la grande guerre patriotique en 3D. Il faut passer par un portique pour voir si il n’y a pas d’armes. Ce sont les Russes qui les ont installés là. Et même si cela provoque bousculade et attente, les familles sont très contentes que l’on veille sur leur sécurité. Comme les courtois petits hommes en vert. Le spectacle en 3 D provoque des hurlements, quand les avions piquent dans la foule, celle-ci hurle: "Non, nous ne voulons pas ça…" Mais quand à la fin, c’est la victoire, une explosion de joie, de toutes les poitrines part : "on a gagné", c’est la joie au bord des larmes… Parce que le paradoxe de la situation, c’est que si les gens des zones calmes peuvent se déplacer y compris entre la Crimée et l’Ukraine, par ailleurs des gens à Slavinsk et à Donetsk, là où ça continue à bombarder soit sont bloqués par des barrages ukrainiens autour de la ville, soit ne savent pas où aller et refusent de laisser leurs modestes biens.



L’HISTOIRE CONTINUE


Il ne faudrait pas croire que quelque chose s’est momifié et donc a perdu le pouvoir de renaître. Ce quelque chose je l’ai découvert aussi dans cette auberge au bord de la mer et où arrivent des gens, des habitués pour la plupart. Constantin dont nous avons parlé, l’homo soviéticus et qui nous a étonné en nous affirmant qu’il n’était pas un réfugié mais qu’il avait l’habitude de prendre ici des vacances en juin, il continuait. Nous avons mieux compris ce qu’il voulait dire ce matin vers 7 heures à la plage. Il y avait trois grand mères avec lesquelles nous avons fraternisé. L’une nous a expliqué qu’elle venait de l’Ouest, en Galicie, dans les Pré-carpathes, elle nous a vanté les eaux de la Mer noire mais aussi la Galicie, où les gens sont comme ici, gentils, accueillants. Son mari et elle sont Russes, la mère de son mari est enterrée ici, alors elle revient. Sa fille est installée en Espagne et l’invite, mais elle ne peut pas renoncer aux vacances en Crimée. Elle nous explique que là-bas, il y a une plage que l’on a privatisé: "Avant c’était mieux, c’était un lieu de vacances pour les enfants, il y avait des chaises longues, des parasols pour tout le monde." Elle n’aime pas ce qui s’est passé, elle ignore le Donbass mais parle des morts du Maïdan, des têtes brûlées mais qui avaient des idées de liberté… Mais elle explique que tout cela va passer. Que ces sont les politiciens qui sont trop gourmands. Toujours cette idée qu’un peu pilleurs on comprend, mais trop c’est trop et le peuple se fâche. Mais les gens s’aiment, ils ne veulent pas la guerre, alors tout va se calmer et tout sera comme avant, avec les enfants on ira à la plage en Crimée.


Il y a eu l’Union soviétique qui a donné un espace commun, puis ces 23 ans de séparation durant lesquelles les habitudes se sont poursuivies mais aussi transformées. Le mélange est encore plus important que ce que l’on peut imaginer, les gens se sont mariés et ils continuent obstinément à refaire les mêmes parcours, même s’il y a la guerre, les oligarques, ils iront planter leur parasols en Crimée où ils rejoindront la famille moscovite qui vient d’arriver ce matin ou celle de Kharkov. La petite manucure de Donetsk, installée en Crimée, va éclater en sanglots en me faisant les mains, pendant que la coiffeuse coupe les cheveux de Marianne? de gros sanglots parce que sa maman est à Konstantinovka à 40 km de Donetsk et qu’elle n’est pas sûre, alors pas sûre du tout que demain ça s’arrangera… De grosses larmes coulent sur ses joues poupines…


UNE NOUVELLE GENERATION DE COMMUNISTES


Sue ce terreau, dans cet extraordinaire mélange russo-méditerranéen, de ces eaux mêlées des choses naissent, des individus que rien ne prédestinait à l’engagement et pourtant…
Le secrétaire du Parti Communiste de la ville de Simféropol nous raconte que rien ne le prédestinait à être communiste, ses parents ne l’étaient pas, personne dans sa famille ne l’avait jamais été. Aussi quelle ne fut pas sa stupéfaction quand sa mère l’a interpelé: "Ça ne peut plus continuer comme ça! Il faut que tu t’engages en politique!" Toujours ce sentiment qu’un seuil avait été franchi dans l’insupportable du pillage et que eux les anciens ne pouvaient plus mais que lui devait agir. Et l’obéissance du fils aux parents.


Il nous explique sa conception de la politique et à ce titre il insiste beaucoup sur le lien entre les pionniers et les vétérans. Il ajoute: "maintenant nous faisons avec les gens!"


Le local de la section de Simférofol est installé dans le sous-sol d’un petit immeuble d’une cité ouvrière des années 1960.Enfoui dans la végétation, des bâtiments de petite taille, des vieux sur des bancs. Le secrétaire nous raconte que quand les gens du coin étaient persuadés que le maïdan allait les envahir pour les tuer, ils leur ont demandé d’enlever la plaque du KPU sur la porte. La section du parti ne la remettra que quand ils le lui demanderont.


De la même manière, il explique que Simperfol est en zone agricole et que les habitants d’un village voisin les ont supplié de venir les aider à garder le monument de Lénine, parce qu’il y avait des bandits qui rodaient la nuit pour l’abattre.


Les communistes ont répondu: il faut une décision du village, nous ne viendrons que si vous êtes tous d’accord". Ils l’ont été et nous sommes venus monter la garde. C’est un principe tiré de l’expérience, faire avec le peuple s’il le veut.


Ce serait une erreur de croire que ceux qui adhèrent au parti communiste le font uniquement par nostalgie ou par tradition familiale, quelque chose apparaît sur quoi le parti communiste d’Ukraine table pour recréer l’unité du pays c’est la lutte contre la corruption et le pillage des oligarques partagé de l’est à l’ouest. Par comparaison l’Union soviétique prend un relief extraordinaire: "dans le fond on vivait bien, on était en paix et on était tous égaux et amis."
Ce que le secrétaire de section traduit par une vision simple: "Si on trouve mieux que le communisme, même nous les communistes nous sommes d’accord pour l’adopter, mais pour le moment tout est pire"…


23 ans c’est très court, c’est même extraordinaire que dans un temps si court, revienne l’histoire qui sera toujours celle de la lutte des classes disait Marx dans le Manifeste… et dans le même temps il s’est passé des tas de choses. Sous le Good Bye Lénine surgit un autre monde…


Danielle Bleitrach

 

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