Le débat sur l'identité nationale est un écran de fumée au moment où la France abandonne de plus en plus vite sa souveraineté à l'Union européenne
15 Novembre 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #l'Europe impérialiste et capitaliste
« LES CHOSES QUI SONT DERRIERE LES CHOSES »
Jacques PREVERT
Ce matin, sur France Inter, l’émission du ‘7/9 du week-end’ était consacrée à « l’identité nationale ». Ce débat, initié par Nicolas Sarkozy, dès sa campagne présidentielle, est repris opportunément dans cette période préélectorale.
Les critiques « de gauche » ne manquent pas de signaler la volonté du Président de récupérer, à travers cette question, une partie de l’électorat lepéniste, qui, dit-on, reviendrait à se premières amours.
Certes, les déclarations de Nicolas Sarkozy peuvent avoir cet objectif.
Mais est-ce l’essentiel ?
Alors que la politique menée par le pouvoir vise mettre en cause l’indépendance de la France, réduite au niveau d’un land de l’Empire européen, et la souveraineté de son peuple, confisquée dans le cadre aggravé du Traité de Lisbonne, le Président de la République veut donner le change.
C’est le but de la campagne de Nicolas Sarkozy sur le thème de « l’identité nationale »
C’est le sens de ses discours.
C’est ce qui explique ses références historiques et littéraires à« l’héritage que nous a légué notre histoire ».
Entrons dans le vif du sujet.
Qui dit « identité nationale », suppose l’idée de « nation ». Or, la constitution de la nation française date de la révolution, à partir du moment, où de « sujets », les Français sont devenus « citoyens ».
Symboliquement, cette mutation prend corps avec la victoire populaire de Valmy sur les armées de l’Europe monarchique coalisée, le 20 septembre 1792, et la proclamation de la République, le lendemain. Ce bouleversement faisait suite à la prise de la Bastille, symbole de l’arbitraire royal, le 14 juillet 1789, et à celle des Tuileries, résidence de ce même pouvoir, le 10 août 1792.
Cette révolution débouche naturellement sur la première Constitution de notre République, celle de 1793, qui ne sera jamais appliquée.
Jamais cet évènement n’est évoqué par Sarkozy. On comprend pourquoi * :
Aussi, quand Sarkozy évoque **, pêle-mêle, le « sacre de Reims » de « nos rois » et la Révolution française, quand il cite Maurice Barrès, le chantre de la guerre de 14-18, tout en qualifiant celle-ci de conflit « fratricide » ; quand il porte aux nues les « origines chrétiennes de la France » et parle de laïcité, le président, par l’amalgame démagogique des contraires, tient un discours de pure propagande. Et, s’il en fait son cheval de bataille, c’est pour mieux camoufler derrière un écran de fumée, l’abandon de notre indépendance et de notre souveraineté.
Aussi, les réactions hostiles que Sarkozy suscitent à « gauche », semblent aller de soi.
Voire.
Le débat ouvert sur France Inter, ce matin, est éclairant à ce sujet.
Les deux invités, Nicolas Offenstadt, agrégé et docteur en histoire, maître de conférences en histoire du Moyen-âge à l’université Paris I Sorbonne et Jean Viard, sociologue, directeur de recherches CNRS au CEVIPOF (centre de recherches politiques de Sciences Po) ont, l’un et l’autre, apporté un point de vue critique sur la campagne lancée par le Président sur « l’identité nationale », alors que pour eux, il ne s’agit que d’un « roman national » sans rapport avec la réalité de l’histoire.
C’est pour mieux conclure :
« Alors que se construit l’Union Européenne, il serait plus logique de discuter de ‘l’identité européenne’ en formation ».
Ainsi, deux courants paraissent s’affronter : pour ou contre « l’identité nationale ». En fait, ils se rejoignent, celui incarné par Nicolas Sarkozy, qui pérore sur cette notion, alors qu’il détruit sa substance en noyant la France dans l’Europe, et l’autre courant, qui nie cette identité au nom de « l’universalisme », alors qu’il redouble d’efforts en faveur d’une Europe politique, se substituant aux Etats Nations.
Il ne faut pas se laisser bercer par les mots.
Il est nécessaire, comme le suggère Jacques Prévert : de regarder « les choses qui sont derrière les choses »
NOTES
* La Constitution de 1793
- Consacre la théorie de la souveraineté populaire se traduisant par l'introduction du référendum (c'est le peuple réel qui est souverain),
- Prévoit que « l'insurrection devient un droit et un devoir quand le gouvernement viole les droits du peuple »,
- Instaure le droit d'asile : "Il donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour cause de la liberté. Il le refuse aux tyrans." (Art. 120).
** Discours à La-Chapelle-en-Vercors (Drôme), le 12 novembre 2009
"On comprend l'Histoire de France quand on accepte de vibrer avec le souvenir du Sacre de Reims et d'être ému par le récit de la fête de la Fédération", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Le président français juge ensuite que le retrait de la mention des "racines chrétiennes de l'Europe" du traité européen est une erreur. Son discours est imprégné du culte des ancêtres, de la terre, de la famille comme l’est le "Roman de l'énergie nationale" de Maurice Barrès.
Jean LEVY
Réveil Communiste :
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