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Réveil Communiste

Danielle Bleitrach en Crimée, suite de son témoignage : Serguei, le "Flic" Communiste ou l’insupportable corruption.

8 Juin 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ukraine

Sur son blog :

 

Serguei, le "Flic" Communiste ou l’insupportable corruption


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Serguei, un des jeunes du Donbass rencontré dans le trolleybus; était donc policier. Notons tout de suite que lui et ses copains qui parlaient à coeur ouvert et qui nous ont laissé leur courrier électronique pour que nous leur envoyons les articles les concernant, n’ont pas voulu être photographiés de peur que les patrons les reconnaissent et ne les embauchent plus.
Quand il nous a confié être policier, je l’ai interrogé: Berkut?

Il rougit en secouant négativement la tête. Il rougit facilement avec sa peau claire, les yeux bleus faïence écarquillés, le crâne rasé. Il prend tout au sérieux,à l’inverse d’Anatoli, son copain, un petit brun au teint hâlé, le gavroche de la bande.

-Oh! Non proteste Serguei, je ne suis pas un berkute.J’aurais bien aimé, mais je n’ai pas pu!
-Mais pourquoi va-t-il sur un chantier au lieu de rester policier?


Parce qu’il ne veut pas faire la guerre contre le siens et Pravy Sektor pend les policiers qui n’obéissent pas aux ordres, me répond-t-il.
Anatoli le couve d’un regard moqueur et attendri. On imagine bien le destin des deux copains. Serguei croît l’humanité, en des valeurs chevaleresques y compris l’amour. Il nous tend une photo dans son portable, celle des épaules d’une jeune fille qui a soulevé sa chevelure pour que l’on voit un tatouage sur sa nuque, écrit en Français:"le bonheur d’une vie".Il rougit en nous demandant de traduire ce qu’il y a d’écrit. marianne s’exécute et Anatoli commente goguenard:"Elles sont comme ça les filles chez nous!" Anatoli se moque de la crédulité de son ami, amsi au bout d’une heure de discussion on se dit qu’il est capable de mourir pour une cause dont il a ri le quart d’heure avant, peut-être pour suivre son don quichottesque ami, pour le protéger… Sur la question de la difficulté de rester policier, il intervient pour préciser:
-Les policiers sont été licenciés en masse.
la suite de la conversation prouve qu’il y a eu deux types de licenciements, ceux auxquels ont procédé les gens de Kiev, et ceux de la République de Donetsk, dont il semble convenu de dire qu’elle est "autoproclamée", ce qui est une catégorie générale dans cette période ukrainienne des plus troubles.
En ce qui concerne les nouvelles autorités du Donbass, Serguei est résolument pour, il explique! Il y a un nouveau gouvernement qui tente de créer quelque chose de nouveau. Il faut se débarrasser des corrompus. Il précise ce sont des gens très simples, comme nous,ils ont pris les armes pour défendre leurs maisons, leurs familles, ils veulent établir un nouvel ordre. Par exemple, il y a une structure (je laisse à Marianne le soin de décrire la dite structure et d’installer son sigle en cyrilique). Elle est censée lutter contre le trafic de drogue, en fait elle l’organise et ses membres sont les parrains.

apparemment la revendication de l’appartenance à la Russie est première en Crimée. Mais déjà pour beaucoup elle marque l’échec de toute administration ukrainienne de la base au sommet. Pour les ouvriers du Donbass, ce refus d’un Etat en faillite est encore plus déterminant. Serguei, notre jeune héros a le berkute pour idole parce que pour lui ce sont des gens compétents et au-dessus de la mêlée, le recours des petites gens pressurés de tous côtés. En attendant il insiste sur qui a pris le pouvoir dans le Donbass et nous ne lui arracherons pas un mot sur une aide extérieure."Ce sont des gens simples qui ont pris les armes pour défendre leurs maisons, leurs écoles, leurs enfants".

Je l’interrompt.
-Mais contre qui ont-ils pris les armes?
-Mais contre le Maïdan, voyons!
Anatoli intervient, il ne rit plus:
-Il aurait fallu écraser le Maïdan dans l’oeuf; regardez ce que dit Porochenko: "Il faut écraser le Donbass, tirer d’abord et après on parle. Il n’y a pas d’autre solution si l’on veut finir avec eux.
Serguei nous interpelle:
- Un conseil, regardez la télé ukrainienne, écoutez les conneries qu’ils disent. Ils ont bombardé un jardin d’enfant. Alors au choix ça devient: "les terroristes se sont emparés du jardin d’enfant ou encore des avions russes maquillés en avions ukrainiens ont bombardé un jardin d’enfant!
Puis il revient sur l’objet de leur peur, pravy Sektor, pour expliquer que pas plus que les jeunes policiers comme lui, l’armée ukrainienne ne veut se battre contre le peuple du Donbass, alors Pravy sektor fait le sale boulot, ils sont drogués.. par parenthèse, nous pouvons confirmer, certains jeunes appelés pour une courte période sont envoyés sur le Front et il existe désormais y compris dans l’Ouest un mouvement des mères qui réclame le retour de leurs enfants, elles ne font pas de politique simplement elles réclament le retour des enfants et depuis ce week end, elles sont passées à l’action et arrêtent les convois militaires.

Néanmoins je m’interroge et j’ai pris l’habitude d’interroger tous les interlocuteurs sur la réalité de cette omniprésence de Pravy Sektor et je demande à ces jeunes gens:
- Avez-vous vu ces gens de pravy Sektor, de vos yeux, pas par ouï dire?
Serguei les a vu à deux reprises quand il est allé à Kiev pendant les événements du Maïdan. Il a reçu de leur part des cocktails molotov. Autour de lui ses collègues ont été brûlés, ils n’avaient pas d’armes, de simples boucliers. ils seraient drogués.Ce sont les mêmes qui rodent dans nos villages du Donbass en bandes, ils utilisent des bombes "à hélice", à fragmentation. Il revient sur ce qu’il a vu sur le maïdan: "Ces gens-là étaient payés 100 dollars par jour, plus que ce que nous gagnons en un mois, plus la drogue à volonté… Et il résume, pour lui le Maïdan ce sont ces gens de Bandera, des nazis avec des politiciens corrompus qui se font des fortunes sur leur dos, nomment des fonctionnaires eux-mêmes corrompus…

"Il nous envoyaient des cocktails molotov sur nous jeunes policiers désarmés et puis quand ils ont pris le pouvoir, ils ont licencié le Berkut. Sauf celui de l’ouest qui a promis de les servir. Le Berkut c’est la puissance de l’Etat.Il fallait les dissoudre. Le Berkut le plus célèbre était celui de Kharkov. Ils ont mis à prix la tête de don chef qui a fini par s’enfuir en Russie. Dans une manif, six Berkut sont capable d’isoler les provocateurs, de les sortir d’une foule de centaines d’individus et à les empêcher d’agir. Vous avez vu l’image des hommes déshabillés à Kharkov? C’étaient des gens de Pravy Sektor quand ils se sont vus représ deux d’entre eux se sont aspergés d’essence, comme ils ne pouvaient pas s’enfuir, ils menaçaient de devenir des torches vivantes dans la foule. Les Berkuts en trois temps deux mouvements, les ont isolés et déshabillés, ligotés avec leurs vêtements et entravés.

Qui se bat à Slanvinsk selon eux? La population répond Serguei, mais ils sont tous d’accord et approuvent sa description.Des anciens de l’armée, des jeunes et même des vieux. Tu vois dans le journal que l’on tue, tout d’un coup tu ne peux plus le supporter alors tu vas à un endroit où tu sais que tu peux t’engager et tu te retrouves sur le front. De là il faut faire sortir les femmes et les enfants, c’est le plus urgent, les envoyer à Rostov et en Crimée où ils seront à l’abri.

Marianne est restée à Simferopol pour interviewer plus précisément sur son trajet exact et sur ce qu’il a vu, le fils de la famille chez qui nous sommes. Nous l’avons vu un beau matin débarquer complétement affolé et nous décrivant l’inquiétude de chacun devant cet afflux de femmes et enfants arrivant du Donbass avec des trains bondés dans lesquels on ne prend même plus les billets au guichet mais on glisse la pièce au chef de train pour s’entasser, la corruption toujours… Il revenait de chez sa belle-mère sa femme est ukrainienne et au départ il était assez peu chaud à l’idée de la séparation avec l’Ukraine, il a fallu de nombreuses discussions avec lui et sa femme pour l’inciter à voter pour le rattachement. Comme un lecteur de ce blog a mis en cause son témoignage, Marianne est chargée de l’interviewer sur les conditions de l’exode et tout ce qu’il a vu.

On a du mal à mesurer ce que représente pour Serguei mais aussi pour l’ensemble de la population ukrainienne cette corruption qui va du sommet d’un Etat failli jusqu’à la base, c’est non seulement une taxation permanente des fruits de son travail mais aussi une humiliation des plus faibles, un désespoir devant l’injustice subie au quotidien, c’est peut être un des phénomènes les plus déterminant pour expliquer la peur et la résistance des populations.

Danielle Bleitrach

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