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Réveil Communiste

La situation politique au Népal, analyse publiée dans Approches Marxistes (septembre 2009)

23 Septembre 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale

La situation politique au Népal

Serge SENEZ

 

Les événements qui se sont déroulés au Népal en 2008 peuvent surprendre et ont surpris nombre de ceux qui sont attentifs aux changements politiques mondiaux en ces temps de « mondialisation » libérale. La victoire d’une large coalition allant d’une gauche plus ou moins traditionnelle aux maoïstes mérite quelques explications dans cette région frontalière entre l’Inde et la Chine, où les USA s’activent depuis longtemps via la question tibétaine à affaiblir la Chine et à opérer les changements d’alliances propices à leurs visées impérialistes. Dans ce petit pays de tradition hindouiste et néanmoins berceau du bouddhisme, s’affrontent en interne une monarchie autoritaire garante d’un système de castes identique à celui de l’Inde, une importante question agraire, ainsi qu’une pluralité de nationalités ou d’ethnies (sherpas, tamangs, newars, gurungs…), vestiges d’une histoire locale chaotique et se traduisant par un antagonisme entre la vallée de Katmandou (la capitale) et les autres régions.

Dans ces conditions, la situation politique peut être décrite par la situation géopolitique du Népal et les relations du gouvernement avec les pays voisins et leurs alliés d’une part, les forces d’opposition à la monarchie avec leurs différences et leurs convergences d’autre part.

 

La situation géopolitique

De par sa religion d’Etat (l’hindouisme) jusqu’à un passé récent et son système social et même politique (analogie des partis politiques en présence), la politique du Népal est influencée par ses relations avec l’Inde, avec éloignement ou rapprochement selon le parti au pouvoir en Inde, en particulier avec le Parti du Congrès. Les relations avec le voisin chinois dans le cadre des relations d’Etat à Etat sont claires depuis quelques décennies où Pékin n’apporte aucun soutien logistique aux maoïstes et que les autorités népalaises n’autorisent pas le transit des Tibétains à travers leur territoire. On peut dire que l’enjeu géopolitique népalais était plus nodal du temps de l’affrontement est-ouest et de la tension sino-soviétique.

 

Restent les conflits de pouvoir dans la société népalaise. Début 2000, il y avait sept partis légaux : trois partis communistes, deux fractions du Parti du Congrès, un parti royaliste et un parti nationaliste. Tous ces partis sont qualitativement différents des partis existants avant 1989. En particulier les partis communistes, issus de la scission des années 60, ont connu des évolutions en fonction de leur alignement sur la Chine ou sur l’URSS, puis de leur compréhension de la politique de ces pays respectifs, de leurs appuis d’organisations similaires en Inde, et enfin de leur propre analyse de la société népalaise. Des éclatements puis des regroupements se sont effectués. C’est l’attitude vis-à-vis de la monarchie qui va renforcer leur unité respective jusqu’à un front objectif pour renverser la monarchie. Car c’est la dérive autoritaire du roi installé depuis 2001, après le massacre de la famille royale précédente, qui a précipité l’unité de ceux, parti du Congrès et UML (communiste), préconisant une monarchie constitutionnelle.

 

Les maoïstes, de leur côté, ont préconisé la lutte armée dès 1996, en œuvrant dans leurs zones pour une réforme agraire contre les propriétaires terriens et les autorités politiques locales, mettant en œuvre une structure parallèle, redistribuant les terres et dénonçant l’appui militaire indien, britannique et américain au gouvernement royal. La volonté politique de celui-ci de retreindre la représentation au seul parti royaliste va favoriser un accord entre les partis d’opposition et les maoïstes en novembre 2006, allant jusqu’à soutenir le projet républicain de ceux-ci.

La suite du processus aboutit à l’élection d’une assemblée constituante en avril 2008, à l’abolition de la monarchie, puis à la nomination de Pachandra, le dirigeant du CPN-maoïste, au poste de Premier ministre. Des premières mesures d’assainissement budgétaires, par l’instauration d’un impôt sur les plus fortunés, vont accroître les revenus de l’Etat et permettre d’entamer des campagnes d’alphabétisation, ainsi que de premières mesures de gratuité médicale.

Toutefois, l’unité commence à se lézarder sur la question des buts poursuivis par le CPN-maoïste et aboutit à la démission de Pachandra en mai 2009.

La fragilité du processus est ainsi mise en évidence à plusieurs niveaux :

-l’unité réalisée pour abattre la monarchie n’est pas suffisante à assurer l’unité pour la construction nouvelle du pays. Un débat démocratique clair devrait déterminer les positions de chacun des blocs pour la conduite à mener.

-les regroupements opérés dans chacun des blocs sont eux-mêmes menacés d’éclatement faute d’avoir éclairci préalablement quelle classe dirige le processus, les questions agraires, ethniques… risquant de reprendre le dessus sur une politique d’ensemble. Ces risques d’éclatement existent tant à l’intérieur du CPN-maoïste, de l’UML que du Parti du Congrès népalais.

-accessoirement, la stabilité de la coalition est liée à la situation interne du puissant voisin indien dont la situation économique et sociale, ainsi que l’échiquier politique présentent des analogies, voire des connexions : partis du Congrès, partis communistes, maoïstes/naxalistes, partis nationalistes, mouvements ethniques ou tribaux.

 

Serge Senez, pour le numéro spécial d'Approches Marxistes de septembre 2009, consacré aux partis communistes au pouvoir dans le monde

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