Les causes du déclin du PCF par Antoine Lubrina
LES CAUSES DU DÉCLIN DU PCF (septembre 2009)
Antoine Lubrina socrateplaton@orange.fr
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Le système capitaliste est condamné. Comme l'était le féodalisme en 1789. Mais l'histoire n'est pas rectiligne. La bourgeoisie a mis cinq cents ans pour prendre définitivement la place de l'aristocratie en Europe. Il y a eu en permanence des avancées et des reculs mais la marche de l'histoire est incontournable.
Lorsque Louis XVIII restaure la monarchie en France en 1815 à la chute de Napoléon, beaucoup pensaient que c'en était fini des « utopies » de la révolution française et que seul l'ordre féodal de retour était l'avenir éternel du monde. Il ne faudra pas attendre 15 ans, c'est-à-dire 1830 pour que les trois glorieuses rétablissent définitivement la bourgeoisie au pouvoir.
Pour le mouvement ouvrier, il en va de même. C'est un long combat fait de conquêtes et de reculs provisoires : les massacres des canuts de Lyon, des révolutionnaires de 1848 et surtout des communards, portent la semence de nouvelles victoires.
Qui aurait pensé, après l'échec apparent de la Commune que le capitalisme subirait 47 ans plus tard sa plus grande défaite avec la révolution d'Octobre. La Commune a duré 70 JOURS, l'URSS 70 ANS, la prochaine révolution qui embrassera forcément toute la planète 70 SIECLES.
Actuellement, le mouvement ouvrier est sous le choc d'un recul certain mais tout à fait provisoire. Il suffit seulement de regarder ce que le capitalisme et sa liberté d'exploiter sans vergogne a apporté comme lot de misère dans les anciens pays de l'Est. Le recul apparent du mouvement ouvrier, comme après la répression sanglante de la Commune est tout à fait visible. En effet on a assisté après la chute du mur de Berlin à l'effondrement quasi total des partis communistes dans les pays occidentaux spécialement en Europe.
Il semble que les dirigeants de ces partis, déboussolés par l'effondrement de l'URSS et fascinés par les avancées démocratiques (souvent formelles) que les luttes populaires ont arrachées en occident le long des siècles, se soient ralliés, pieds et poing liés, sans aucune réserve à la sociale-démocratie, c'est-à-dire à la gestion loyale des intérêts de la bourgeoisie dans le cadre de l'alternance.
C'est ce qu'a pratiqué le PCF en 1981 et 1997 sans aucun complexe, sans aucune autocritique jusqu'à ce jour et malgré le désaveu flagrant du peuple des travailleurs : 1,9% aux dernières élections présidentielles pour la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet. Mais la direction du PCF en s'alliant avec le socialiste Mélenchon, politicien patenté, continue l'erreur de la signature du programme commun de 1972. Se jeter dans les bras de la bourgeoisie au lieu de continuer la lutte idéologique et pratique sur le terrain avec les travailleurs, en consolidant et créant partout des cellules et des sections d'entreprise.
Comment expliquer une telle dérive, une telle trahison de toutes nos valeurs communistes ? Le PCF depuis sa création au congrès de Tours, rompant avec la ligne de collaboration de classe a, jusqu'à sa participation au gouvernement social-démocrate de Mitterrand en 1981, toujours été dans le camp des travailleurs, luttes anticoloniales et parti des fusillés dans la résistance.
Cette dérive des partis communistes occidentaux ne peut s'expliquer que par un rappel de l'histoire l'URSS. En 1917 dans le monde entier se font formés des partis communistes dont le principal objectif était de défendre par tous les moyens la révolution d'Octobre attaquée de toute part, par tous les pays capitalistes du monde « l'entente » puis la mise au pouvoir par ces même capitalistes d'Adolf Hitler dont la mission principale était d'éliminer les communistes : d'abord dans son propre pays puis de détruire l'Union soviétique. Échec sanglant de von Paulus à Stalingrad. L'URSS commence à libérer toute l'Europe. L'armée soviétique dépasse même Berlin de 300 km à l'ouest. Devant l'échec de leur alliance réelle avec Hitler : non intervention en Espagne en 1936, soutien de Pétain contre de Gaulle, les État-Unis contraints et forcés vont être obligé de faire alliance avec l'URSS. Mais n'oublions pas que la troisième bombe atomique après Nagasaki et Hiroshima devait tomber sur Moscou.
Ce n'est pas un hasard si le capitalisme a été mis provisoirement à genoux dans les pays les plus arriérés, semi-féodaux et semi-coloniaux comme la Russie tsariste et la Chine des empereurs.
Là les êtres humains, paysans pour la plupart, vivant dans des conditions infra-humaines étaient en perpétuelle révolte. Et c'est sous l'éclairage des enseignements de Marx repris par Lénine et Mao qu'ils ont libéré leur pays et mis à genoux provisoirement le capitalisme en nationalisant les grands moyens de productions, assurant ainsi pour tous gratuitement : l'école, la santé, le logement, fin du chômage, donc du travail pour tous, refus de la guerre (paix de Brest-Litovsk) et surtout amélioration considérable des conditions de vie du peuple. Depuis la chute du mur, l'espérance de vie a baissé de dix ans dans l'ex-URSS, terminés : la santé, l'école, les vacances, le logement gratuits et pour tous. A la place le chômage généralisé, la misère partout. L'immense majorité de la population (à part les mafiosi) regrette l'ancien régime.
Or il est bien évident que dans ces pays arriérés, ancienne Russie et Chine, les structures d'État correspondaient au niveau de développement de ces pays : pouvoir autoritaire des tsars et des empereurs. Les communistes, en prenant le pouvoir, durent s'adapter aux traditions nationales de ces pays arriérés. La priorité pour ces peuples n'était pas la démocratie bourgeoise formelle mais la paix, le pain, du travail pour tous, la santé et l'école. N'oublions pas qu'en France par exemple il a fallu des siècles de combats populaires pour obtenir, jamais définitivement et souvent formellement les libertés de pensée et de circulation. Pensons à la déclaration de l'édit de Nantes sous Henry IV (cohabitation des catholiques avec les protestants), Descartes et la nécessité de penser par soi-même, le siècles des Lumières et tous ses écrivains spécialement Rousseau et Diderot, surtout la Révolution française, espoir de liberté pour les peuples du monde entier, l'affaire Dreyfus avec Zola (mise en cause de l'armée et de l'État pour rendre justice à un seul individu),la séparation de l'Église et de l'État, les lois sur la laïcité qui met toutes les religions sur le même pied d'égalité, respects de toutes les opinons et croyances. La France est un des rare pays au monde dont la constitution est laïque.
Il est bien évident que le capitalisme ne peut être abattu chez nous en proposant la mise en place d'un parti unique, d'un syndicat unique, d'une presse contrôlée par l'État. Après le formidable courant de sympathie pour les communistes et leur rôle dans l'écrasement du nazisme (20 millions de mort en URSS, pour 300 000 américains), un malaise s'est installé chez les communistes après la mort de Staline et la révélation de dérapages graves, favorisés par l'absence de garde-fous qui n'existent pas dans des structures d'État autoritaires. Mais enfin l'occident avec les guerre du Vietnam (napalm etc.), les dictatures installées en Grèce, en Amérique latine, en Asie, Franco soutenu en Espagne et Salazar au Portugal, sans parler d'au moins 500 000 indigènes tués et torturés en Algérie par les colonialistes français, les puissances occidentales qui ont soutenu l'apartheid jusqu'au bout, sont bien mal placées pour donner des leçons de respect des droits de l'homme. Contre toutes les lois de la guerre des bombes nucléaires sont lâchées sur des populations civiles, femmes et enfants pour éviter que le Japon exsangue ne soit libéré par les troupes soviétiques. C'est à l'honneur de l'URSS d'avoir fait elle même la critique de ce qu'il faut bien appeler les crimes de Staline. Mais Staline, c'est aussi Stalingrad et l'existence de l'URSS de 1923 à 1953. Comme l'écrit Dominico Losurdo « on a diabolisé Staline mais pas Mao ».
Mais il reste absolument vrai que les pays ex-communistes n'ont rien à voir avec le nazisme et que les conditions de vie pour le peuple étaient cent fois meilleures qu'elles ne le sont devenues depuis le retour du capitalisme pur et dur. Débarrassé des tsars, ce pays ultra arriéré devient la deuxième puissance mondiale. Pensons à Gagarine, le premier homme dans l'espace, l'aide inlassable au Vietnam et dans tous les pays en voie de libération. Cuba, où il faut rappeler que l'on vit dix ans de plus en moyenne que sous les dictatures de Haïti soutenues par les USA. Grâce à la médecine cubaine, la meilleure au monde, des milliers de personnes on recouvré la vue en Amérique latine. Nombreux sont les citoyens américains à venir se faire soigner gratuitement à Cuba.
Le problème après l'autocritique des dérives stalinienne fut en 1956 l'invasion de la Hongrie par l'armée rouge puis la fin du printemps de Prague en 1968. Le PCF condamna cette dernière intervention et se rendit compte que le passage au socialisme ne pouvait absolument pas en France être calqué sur le modèle soviétique. Il était légitime en 1917 de concentrer toutes ses énergies pour défendre la jeune révolution menacée puis d'engager toutes ses forces contre le nazisme. Mais maintenant, surtout après Mai 1968 en France, où le PCF se coula uniquement dans les luttes syndicales (il n'y eut pas un seul meeting du PCF durant tous les événements) et pourtant les travailleurs savaient très bien que sans un changement profond des structures politiques, la bourgeoisie récupérerait rapidement tout ce qu'elle avait dû lâcher, à contrecœur sous la pression des luttes dans les usines et entreprises.
Fasciné par le modèle de « communisme démocratique » à la française la direction du parti se lança à fond dans la démocratie (Georges Marchais, « le défi démocratique ») mais elle oublia le socle, le pilier, le fondement, l'essence du communiste qui est la lutte de classe. Il fallait conjuguer ensemble démocratie et lutte de classe. En signant le programme commun avec un parti qui n'a pas d'identité de classe, le parti socialiste, parti social-démocrate qui suivant les rapports de forces oscille entre l'alliance avec la classe ouvrière ou la bourgeoisie, avec en plus à sa tête ce vieux politicien opportuniste qui de sa francisque obtenue sous Pétain et sa participation aux régimes les plus corrompus de la France, signant l'exécution d'Algériens durant la guerre d'Algérie comme ministre de l'Intérieur, donc la direction du PCF accepte de participer en ultra-minoritaire à un gouvernement social-démocrate c'est-à-dire bourgeois. Mitterrand s'emploie en effet durant tout l'été à rassurer les Américains. Avec un cynisme consommé, il explique ainsi le 24 juin à George Bush père, mandaté par le président Reagan pour s'expliquer, entre alliés sur cette affaire, de quelle façon il est en train « d'ETRANGLER LES ROUGES EN LES COMPROMETTANT DEFINITIVEMENT; IlS VONT SE CRAMPONNER AUX POSTES ET LEUR EROSION SERA GRANDE. »
Malgré un meeting de Jeannette Thorez contre les politicards de Marchais le 8 juillet, le tournant est pris. La direction du PCF malgré tous les désaveux populaires retournera au gouvernement en 1997, ne démissionnera pas pendant le bombardement du Kosovo et continuera sa politique incessante d'alliance avec les politiciens de tout bord jusqu'à désirer dissoudre le PCF et ses valises de plomb ». Mais la base se ressaisit. L'assemblée extraordinaire des ruches en décembre 2007 réaffirme l'attachement profond des communistes de base à leur parti et aux valeurs de lutte de classe. De même après le 1,9% de Marie-George Buffet à la présidentielle, les députés, eux, sous une étiquette communiste doublent les voix du PCF et aux cantonales, sans aucune alliance, les candidats PCF font 9%. Au dernier congrès la listes 3 « Faire vivre et renforcer le PCF » recueille 25% des voix et la liste 2, sur un texte marxiste a elle 18%. Ce qui fait que la marge de manœuvre de la direction sociale démocrate actuelle du PCF se réduit en peau de chagrin. Récemment, le résultat catastrophique d'une liste européenne où le PCF met encore une fois son drapeau dans sa poche pour une liste mélenchoniste, montre que la direction actuelle du PCF, ne prépare que l'alternance au pouvoir actuelle pour des intérêts uniquement personnels, profiter de quelques postes ministériels et comme en 1981 et 1997 gérer contre les travailleurs et avec les socialistes les intérêts de la bourgeoisie. Plus que jamais il faut lutter pied à pied dans nos cellules, sections et fédérations, à la porte des usines, entreprises, tous les lieux de travail pour montrer à notre peuple que le PCF existe toujours et qu'il faut renforcer ses rangs pour le remettre enfin sur les rails de la lutte des classes.
Antoine Lubrina