Leçons économiques et politiques d'un voyage à Cuba.
2 Septembre 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #L'Internationale
Le contexte : une fois mises à part le rôle du blocus et de la menace miltaire étatsunienne dans les difficultés économiques cubaines, et qui peuvent être compensées en partie par une aide chinoise, russe, ou vénézuélienne, quelles en sont les causes internes, qui indiquent aussi une marge de progression, si on "compte sur ses propres forces"? Il semble que certains Cubains appartenant à l'appareil d'État jugent que leurs compatriotes manquent d'initiative et d'ardeur au travail, parce que le système socialiste leur donne le nécessaire quasi gratuitement.
Précisions sur mon questionnement : je pense que la plainte concernant le manque d'initiative et d'ardeur au travail de la population, qui était aussi une rengaine obsédante des cadres et des économistes des pays socialistes européens, est la difficulté spécifique d'une organisation socialiste encore trop peu dialectique, où la planification se développe sous une forme générant des contrôles excessifs a priori, et décourageant la critique. Il faut noter que l'objectivité scientifique de ce diagnostic fait problème, dans la mesure où les cadres eux-mêmes sont les miroirs de la "base" qu'ils critiquent. Ce sont ces cadres, après tout, qui ont servi de base sociale à la contre révolution capitaliste en Russie, et qui ont détruit le système socialiste sous prétexte de l'améliorer. Les Chinois ont contourné la difficulté en généralisant la critique ad hominem des cadres du parti. Bref, il est sain que les cadres critiquent la paresse populaire, si le peuple peut critiquer librement l'autoritarisme et l'avidité des cadres et obtenir leur remplacement ou leur amendement (et, si l'on veut c'est ce que nous faisons à Réveil Communiste en pratiquant, dans certaines limites, la critique ad hominem du groupe dirigeant du PCF, toutes tendances confondues) GQ.
L'article d'Aurélien :
Après avoir pensé l'annuler, je poste cette conclusion, car je dois vraiment changer de sujet. La montée du chômage (malgré la "croissance surprise" de 0,3% au second semestre), les séquestrations de patrons, l'actualité du Venezuela et de son ignooooooooble "dictateur" Chavez qui "ferme les derniers médias privés" (depuis des années qu'il est accusé de le faire, il est étonnant qu'il n'ait pas encore fini)... autant de sujets sur lesquels je n'écris rien. Le compte rendu de voyage ne m'occupe plus vraiement depuis le 13 août, et j'ai un autre projet sur le feu, concernant des vidéos sur ladite crise, et ladite révolution.
Je déteste rédiger des conclusions, tant en fin de dissertation qu’en fin de rapport, car elles obligent à se répéter. Je pense que ceux qui auront lu les dix précédents chapitres du compte-rendu auront compris que les cubains disposent de l’essentiel, tant sur les plans alimentaire, sanitaire, vestimentaire, etc… mais aussi, j’ose le dire, en matière d’information. Un touriste français qui aurait voulu lire au cubain un rapport de Reporters Sans Frontières à des cubains aurait pu le faire. Et je ne vois pas quel risque un cubain aurait encouru à nous dénoncer telle ou telle exaction du régime, surtout à la veille de notre départ. Aucun d’entre nous n’aurait eu intérêt à dénoncer un cubain.
Ils ont l’essentiel, disais-je. En lisant mon compte-rendu, Gilles Questiaux, sur Réveil Communiste, a remarqué les propos de Ramon Belloch selon qui la principale tare de l’économie cubaine serait justement que les cubains, étant fournis par l’état sur leurs besoins fondamentaux, en seraient démotivés et réduiraient leurs initiatives économiques et leur ardeur au travail.
http://reveilcommuniste.over-blog.fr/article-34660181.html
Gilles Questiaux y a vu une critique fondamentale du socialisme : en effet, si, comme tout communiste doit le vouloir, l’éducation, l’alimentation, la santé, l’électricité, l’eau, le logement ne constituent plus une incertitude pour le travailleur lambda, et que la conséquence en est le relâchement général du travail, alors le socialisme serait donc condamné à moyen terme.
On peut y répondre de plusieurs manières. Une économie socialiste où l’essentiel est garanti, mais où la consommation plus « dispensable » (loisirs, voyages, luxe, suralimentation...) reste tributaire des efforts de chacun, n’a pas de raison de languir dans la paresse générale. Le problème de Cuba serait donc, blocus oblige (et quelques erreurs d’orientation industrielle aussi), que l’économie cubaine serait juste capable de fournir cet « essentiel », toutes les ressources étant mobilisées par l’état, exceptées bien sûr celles de l’économie parallèle. On peut aussi voir la réponse de Ramon Belloch sous un angle cynique : si l’économie cubaine était organisée de sorte à ce que les cubains n’aient pas l’essentiel, que des manques cruels se fassent sentir, alors l’esprit d’initiative serait plus fort, et dynamiserait sans doute l’économie nationale (la principale motivation étant la survie), mais au prix d’inégalités beaucoup plus fortes aussi (le principal ressort de ce système étant que les déshérités ne soient jamais sortis de la misère pour rester pressurés…).
Je vois pour ma part une autre signification : la reconnaissance d’un faible niveau d’initiative, que le pouvoir cubain lui-même a admis par sa tentative d’individualiser le travail agricole en 1993. Mais dont les causes ne sont pas forcément celles indiquées par Ramon, ni réductibles au blocus ou à la chute de l’URSS. Elles sont peut-être avant tout dans le choix fondamental de l’économie de commande et des prix fixés. Rappelons que le marché et le capitalisme sont deux choses différentes, que le marché comme le Plan subsistent à des degrés divers dans toute économie, et donc qu'un système socialiste n'a pas de raison d'éradiquer tout rapport marchand.
Si l’on veut répondre aux interrogations de Gilles, il faut garder à l’esprit que même dans le socialisme, on ne recrutera pas la totalité de la population active dans les secteurs de la santé, dans l’agroalimentaire, dans l’industrie lourde et des produits de base, ni dans l’éducation et les services sociaux. Un espace de « marge », ou de « liberté » pourra toujours être laissé à une fraction des individus, et ce même si l’on part à l’origine sur le principe d’une économie planifiée. Dès lors que l’on n’est plus dans la satisfaction des besoins élémentaires de la population, la collectivité n’est plus fondée à décider de ce qui doit être produit pour, puisque justement, on n’est plus dans le domaine du besoin objectif, mais du désir subjectif. Pour cela, l’entreprise individuelle ou, à plus haut niveau, la coopérative restent des structures plus appropriées que l’économie de Plan. Et pour ces travailleurs-là, pas de revenu garanti, ou alors un plancher minimal.
Mais pour ceux qui veulent continuer sur Cuba, d’autres compte-rendus (assez proches du mien cependant) vous attendent :
Celui des Jeunes Communistes du 92 :
http://jc92.over-blog.com/article-34578540.html
Celui, plus détaillé que le mien, de Nicolas Maury, des Bouches du Rhône :
http://www.editoweb.eu/nicolas_maury/Carnet-de-route-impressions-de-Cuba-premiere-partie_a3110.html
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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